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[Rp] - Une épopée maritime où la traitrise d'un Chambellan

Scarlett_de_kerdraon
[à Rieux]

Joseph apporta en toute hâte le courrier qui venait d'arriver.

Madame, Madame, une réponse ! c'est Messire Tesquieu !

Scarlett arracha le parchemin des mains de Joseph, prit connassance du message tout en demandant à Thérèse de lui apporter son nécessaire à écriture.

Citation:

Ed,

Je vous remercie de votre funeste missive. Ma belle-fille ne m'a toujours pas répondu. J'espère pour elle qu'elle est occupée sainement, à lever des fonds par exemple.

Je suis en ce moment engagée avec un paysan de Rieux mais j'arrive dès que possible à Kergroadez.

Je pense prendre la route très prochainement.

Je dois dire que cette affaire me surprend. Il va me falloir quelques explications. Si la rumeur est exacte, les bretons me semblent dépourvus de tout sens commun. J'éxècre déjà ce pays où vous m'avez obligé à venir. Heureusement, j'ai l'immense joie de retrouver mon exécrable brue et peut-être un jour, mon fils, ainsi que leur progéniture.

J'arrive le plus vite possible. L'espoir est toujours là.

A très bientôt

Scarlett


Elle tendit le parchemin à Joseph pour qu'il l'expédie à Edmond Tesquieu.

Envoyez ça rapidement, et que ça saute. Vous vous occuperez aussi que l'attelage soit prêt demain à la première heure. On part.

Thérèse, ¨préparez les bagages, nous partons demain.

_________________
Môman ! Et c'est pas une mince affaire !
Edmond_tesquieu
Il remonte le littoral, cherchant au loin la jeune Lallie. Epuisé, il peine à enchainer les pas, la faute à ses pieds qui tantôt s'enfoncent dans le sable et l'instant d'après se prennent entre deux rochers. Mais il ne ralentit pas et tente de garder son rythme. Ici et là, les traces du naufrage sont visibles. Et à mesure qu'il avance, la certitude du décès de celui qu'il considère comme un fils depuis si longtemps s'impose à lui implacablement.

Il craint de trouver une Lallie en pleurs, proche de la crise de nerfs. Une Lallie détruite, anéantie, peut-être proche de faire une sombre bêtise qui sait...

C'est pourtant une Lallie digne, courageuse et certaine de son fait qu'il découvre au détour d'un virage amorcé par la côte. Elle est là, au centre d'un petit groupe qui forme un cercle dans les rochers. De là où il est, il ne voit pas tout de suite le corps qui se trouve au centre du cercle et des préoccupations du groupe.

Lorsqu'il aperçoit le cadavre, il stoppe net. Une boule l'étreint subitement et il peine à retrouver son souffle. Dieu que c'est moche de vieillir quand on est encore un jeune homme dans sa tête.


Retournez le.

Cette voix... Une voix qu'il n'a pas entendu depuis des mois... Mais une voix bien plus froide que celle qu'il a connu. Une voix dans laquelle résonne la résignation là où tonnait la révolte la dernière fois qu'il l'a entendu.

En face d'elle, son garde du corps qui semble hésiter mais entreprend de résister. La tension est palpable mais ni la rousse, ni le grand blond ne semblent vouloir céder. Et à leurs pieds ce corps qui est peut-être, sans doute, sûrement celui de son fils spiritiuel, ce Duc qu'il a tant aimé.

Alors sans réfléchir il s'avance et rejoint le cercle. Les deux qui s'affrontent à coup de regard dur et froid ne semblent pas remarquer sa présence. pourtant à souffler comme un boeuf pour reprendre le contrôle de ses vieux poumons encrassés, il ne passe pas inaperçu.


Hum hum... Si je puis me permettre messire de Bauer... Vous allez dire que ça ne me regarde pas mais...

Je pense que Lallie a le droit de savoir. Et elle a le droit de savoir maintenant...

Qu'elle sache... Qu'on sache tous une bonne fois pour toute...

Retournez ce corps, je vous en prie.

_________________
In dubio pro reo
La_renarde
Leurs regards s'éprouvèrent un moment avant que de Baueur ne rompe enfin le silence qui s'était installé entre eux. Il n'était pas rare que ses domestiques la contestent, mais il n'était pas non plus coutumier qu'ils la toisent avec autant d'aplomb. Cette joute silencieuse était pour lui déplaire elle qui n’était qu’orgueil et fierté. Aussi, la tension étant à son comble elle lui décolla une gifle qui fit un bruit mat sur sa peau. *BAF*, dans les dents le de Baueur. Voilà qui lui apprendra à ne pas s’exécuter à vouloir la ménager quand elle désirait ardemment souffrir. Elle l’appelait cette douleur, elle l’appelait de toutes ses forces car elle nourrirait plus tard sa haine et lui donnerait la force de le venger. Mais pour l’heure il fallait qu’elle souffre pour ne pas oublier. Parce qu’il n’y a pas d’autre chemin dans le deuil que la souffrance et la colère comme exutoire.

La mine sombre pourtant, une voix retentie dans son dos. Une voix qu’elle n’avait pas eu l’occasion d’entendre depuis de longs mois, si ce n’est une bonne année. Cette voix qu’elle n’avait plus finalement imaginé qu’à travers les trop rares lettres qu’ils s’échangeaient, contraints ou forcés. La jeune femme ne se retourna pas tout de suite tant l’émoi était grand. Elle resta là un moment, sans bouger, le remerciant silencieusement pour ces paroles.

Sans plus attendre elle prit ses augustes mains dans les siennes et les porta à ses lèvres avant de les baiser avec ferveur. Un profond abattement se fit soudain ressentir, comme si Edmond détruisait par sa seule présence, toutes les barrières qu’elle avait eut tant de mal à dresser pour ne pas faillir et sombrer. Le gouffre se dessinait désormais sous ces pas et elle n’avait plus qu’une envie, se jeter dans ses bras et sangloter tout son saoul, comme une enfant, sangloter dans des bras forts et sécurisants capables de comprendre les maux de l’âme et du cœur.
D’ailleurs laissant de côté les amertumes et les non-dits, elle s’y réfugia pour y chercher le réconfort, contre le corps de ce vieillard qu’elle avait autrefois étreint avec passion, en d’autres occasions, en d’autres lieux, dans une autre vie, lorsqu’elle sombrait encore.

A croire que ces rencontres avec Edmond avaient nécessairement besoin d’être motivées par le désarroi le plus profond. Qu’il n’apparaissait jamais autrement que pour être l’épaule sur laquelle pleurer. Aujourd’hui encore il était là, accourant après avoir reçu sa lettre. Cependant cette fois-ci tout était différent.

La perte était funeste pour tout les deux. Eux qui avaient aimé le même homme, différemment mais avec la même sincérité. Elle le pressa encore un moment avant de lui dire dans un souffle.


- Merci d’être venu, merci pour vos paroles….
_________________
--Grand_sage
[quelque part dans les limbes]

Il s’était réveillé dans un lieu mystérieux, totalement inconnu pour lui. Une espèce de pièce absolument gigantesque, comme une immense caverne naturellement éclairée par des puits de lumière disséminés ça et là dans le très très haut plafond de pierre. La pièce aux dimensions colossales ne semblait posséder qu’une seule issue. Un passage naturel qui allait en se rétrécissant, comme un entonnoir. Passage vers lequel semblait converger tout le monde. Car il n’était pas seul dans cette pièce. C’étaient ainsi des centaines de personnes qui comme lui semblaient s’éveiller de nul part.

Alors comme tout bon mouton qui se respecte, et puis surtout parce qu’il n’avait nul part d’autre où aller et que suivre les autres lui apporterait peut-être les informations qui lui manquaient, il se dirigea lui aussi vers l’entonnoir.

A mesure qu’il s’approchait, il constata que goulot d’étranglement donnait sur une sorte de porte, qui s’ouvrait vers une autre grande pièce. A l’entrée de celle-ci, des hommes donnaient des consignes et guidaient les arrivants comme lui. Continuant à avancer il finit par distinguer ce que ces hommes, habillés d’une simple toge blanche, dispensaient comme informations.


- Messires et dames, bienvenus ! Veuillez vous orienter selon la cause de votre arrivée ici. Les décès naturels et accidentels dans la file de gauche, les décès brutaux ou violents dans la file de droite.

Un autre ajouta :

- Les suicidés sont exemptés de triage. Ils sont priés d’emprunter la file du milieu pour être conduits sur la lune immédiatement. Merci d’avancer dans le calme.

Alors il avança. Mais il hésita quant à quelle file emprunter. Dans le doute, il se rapprocha d’un de ces hommes chargés de l’accueil.

- J’ai comme qui dirait un doute sur la file à suivre…
- Un doute ? Vous ne savez pas de quoi vous êtes mort ?
- Oui non mais… je suis vraiment mort là ?
- A votre avis ?
- Je me disais que j’étais peut-être en train de faire un mauvais rêve tout simplement…
- Je ne crois pas non…
- En même temps… Si c’est un rêve, vous n’allez pas me dire que tout cela n’en est qu’un puisque vous êtes vous même un élément de se rêve et n’auriez donc aucune conscience de la réalité.
- Si vous le dites… Allez circulez, vous n’êtes pas tout seul !
- Non non ! Attendez un moment. J’étais sérieux, je ne suis pas sûr de la file à suivre.
- Les décès naturels et accidentels dans la file de gauche, les décès brutaux ou vio…
- Oui oui je sais ça. J’ai bien compris, rassurez vous. C’est juste que je ne sais pas dans quelle catégorie je suis rangé...
- Si vous savez comment vous êtes mort, vous savez forcément dans quelle file aller voyons !
- Bhen c’est pas si simple voyez vous…

Le chargé d’accueil soupira. C’est qu’ils semblaient manquer de patience en ces lieux.

- On va pas y passer la nuit des temps hein… Z’êtes mort comment ?
- Et bien voilà. Théoriquement on peut dire que je suis la victime d’un meurtre.
- File de droite !
- Oui non mais… Techniquement, c’est finalement un accident.
- File de gauche alors !
- Non mais… vous ne comprenez pas. L’accident est consécutif à la tentative de meurtre. Donc je me demande si ça rentre dans la mort violente et brutale du fait de la volonté de me voir mort, l’accident étant consécutif à la tentative d’assassinat. Ou bien si c’est un accident qui, bien que provoqué par les événements dont je vous parle, est techniquement indépendant et donc relève de la mort accidentelle.
- C’est embrouillé votre histoire là…
- Je ne vous le fais pas dire…
- Etes-vous certain que sans la tentative d’assassinat, vous seriez mort malgré tout de l’accident?
- Ah ça je n’en sais rien… Seul Dieu le sait…
- Et bien vous lui demanderez !
- Je…
- Vous croyez que vous êtes où là ? Allez, ça relève visiblement du décès accidentel. On considèrera la cause principale et directe du décès dans votre cas. De toute façon, tout doit être consigné dans votre dossier.
- Mon dossier ? Vous avez un dossier sur moi ?

Il était passablement interloqué. Tout cela ressemblait vraiment à un très mauvais rêve. Pourtant les derniers évènements étaient très clairs dans son esprit et sa mémoire. Ca semblait tout à fait naturel qu’il se retrouve en ces lieux. Et vu que personne n’était jamais revenu de là pour raconter ce qui se passait après la mort, il lui était difficile d’être certain qu’il était réellement passé de vie à trépas.

- Bien entendu que nous avons un dossier sur vous ! Vous arrivez pas ici par hasard figurez-vous. Tout est écrit, prévu, planifié. Si vous êtes là, c’est qu’on vous attend pour faire le point sur votre situation et décider de ce qui va advenir de vous.
- D’accord, d’accord… Et je fais comment pour savoir ce qu’il y a dans mon dossier et prendre la bonne file ?
- Prenez la file de gauche, votre dossier est accidentel. Allez, vous encombrez le chemin là. Vous n’êtes pas tout seul mon vieux.

N’insistant plus, il se rangea docilement dans la file de gauche. Et il se mit à attendre… longtemps. Très longtemps. La file ne semblait pas avancer très vite et ce sont plusieurs heures qui passèrent. Il attendait sagement son tour, sans mot dire. De toute manière, personne ne semblait vraiment désireux d’engager la conversation. Mis à part deux individus placés juste avant lui dans la file, qui finirent par échanger quelques mots au bout de quelques heures.

- Et vous êtes arrivé comment vous ?
- Un accident bête. J’étais dans la forêt à chercher du bois. Je monte sur une branche, je m’installe et commence à la scier. Et quand j’ai eu presque fini, je me suis aperçu que je me suis assis du mauvais côté de la branche.
- Ah mince… Et ?
- Et bhen j’avais trop coupé. Quand j’ai tenté de bouger pour rejoindre l’arbre, la branche a cédé et je me suis cassé le cou. Voilà.
- Ah oui… c’est bête quand même…
- Je ne vous le fais pas dire. Et vous ? Un accident ?
- Non non, ma femme m’a poignardé pendant mon sommeil.
- Elle vous a…
- Oui… Pendant que je dormais… Paf un grand coup en plein dans le cœur. J’ai rien senti. Pas eu le temps…
- Mais… c’est la file de droit des morts violentes, non ?

Ils furent plusieurs à acquiescer silencieusement.

- Non…
- Si si, je vous assure.
- Non mais vous ne comprenez pas… Je ne peux pas croire qu’elle l’a fait volontairement… Elle m’aimait vous savez… Ca ne peut-être qu’un accident. Pas possible autrement, je refuse d’y croire.
- Refusez-le si vous voulez… n’empêche qu’elle vous a dézingué et que c’est dans la file de droite que vous devriez être. Ca va pas leur plaire là haut hein…

Haussement d’épaules du vieux qui ne répondit pas mais ne changea pas de file pour autant.

Aucune autre parole ne fut échangée par la suite. Les heures se suivaient et se ressemblaient, mortellement ennuyeuses. Mais il ne ressentait aucune impatience, aucune fatigue, ni faim ni soif. Il attendait parce qu’il ne lui restait plus que cela là faire.

Au bout d’une très longue attente, dont il n’aurait su mesurer avec précision l’ampleur, il finit par arriver aux portes. Au delà, les files se poursuivaient sur une centaine de mètres jusqu'à une espèce de long comptoir où d’autres hommes en toge blanche recevaient les arrivants et procédaient à ce qui semblait être les vérifications d’usage. Un véritable centre de tri.

L’attente ne serait plus longue, avant qu’il en sache enfin plus.

Un pas en avant et il franchit les portes. Ce faisant, il se rendit compte soudainement qu’il venait d’entrer au paradis, aller simple pour l’eau delà.
Souzix_montfort_toxa
« Ne dit on pas de la Tragédie, qu’elle est un genre théâtral inspirant terreur et pitié »

Depuis longtemps, Souzix adorait lire des tragédies dévoilant les faiblesses et la bassesse des puissants, ces personnes de rang noble qui se retrouvaient impuissantes face aux forces supérieures qui les gouvernaient et les manipulaient. Les souffrances des âmes autant que celles des corps lui faisaient souvent passer des nuits agitées mais n’était ce point cela qu’elle recherchait inconsciemment...

L’enchaînement des événements et le dénouement nécessairement dramatique relèvent d’une fatalité implacable, qui peut sembler injuste, inique et bien au-delà de l’endurance humaine, cela étonnait toujours la jeune enfant et la réconforter de vivre sa vie dorée.

Mais quand la tragédie revêt le manteau de la réalité souvent on ne sait comment réagir…

Doit-on agir comme les faibles qui se complaisent dans le chagrin, le dénie parfois ou l’attentisme, leur permettant de rien faire et attendre ?
Ou agir comme les forts qui se nourrissent de douleur et de haine ? Pour en faire leur moteur et ainsi donner un sens a leur vie si terne parfois?

Puis en fin de compte trop de paramètres sont en cause pour savoir comment réagir au mieux, il fallait prendre en compte le rang social, et chez les nobles « pures races » on ne montre pas au public ses sentiments car cela montre ses faiblesses.

Souzix était forgée, de part son éducation religieuse, dans le moule du silence, ce dôme qui vous empêche d’agir et d’évoluer. Cette force qui casse votre volonté et qui alimente les ressentiments, la honte, la colère.

La seule solution qu’elle avait trouvée était de retourner ces forces vers l'intérieur : l’intériorisation qui lui semblait développer son âme et approfondir sa psyché en une multitude de variété.

Et c’est en ce jour de tragédie que la douce enfant appris par la bouche de ses domestiques la disparition du Duc d’Ouessant. Les serviteurs jouaient bien leur rôle et se gaussaient bien du funeste sort de sa grâce, faut dire que son Eminence détestait l’épouse de se dernier, et les domestiques ne voulaient pas faire un séjour dans les donjons du Grand Inquisiteur.

Mais pour la demoiselle c’était autre chose, avant de voir l’ennemi, elle voyait la mère, l’épouse, la veuve…

Cela lui prit plusieurs jours de prières intenses afin de trouver la vérité et contre toute attente Souzix détruisit ses multiples variétés de barrières intérieures et épousa l’audace, la folie, l’impensable aux yeux de sa famille…

De sa plus belle plume, elle exposa son amitié et sa compassion à Lallie ap Maëlweg. Dite la Renarde et lui proposa de garder ses enfants innocents, elle proposa ensuite son soutien et ses ferventes prières.

Souzix par cette action et sa prise de position, impensable encore quelques jours auparavant, savait qu’elle s’exposait peut être au courroux de sa famille mais de cela elle ne s’en souciait plus agissant comme sa conscience lui dictée, prête à affronter les foudres pour ses convictions et sa foi en l’homme et en l’amour. Elle savait en son fort intérieur que sa décision était la bonne et qu’elle pourrait trouver appui et réconfort auprès de ses vrais amis et de son aimé toujours là pour elle Ainsi devrait être tout Aristolicien et tout Breton.

_________________
--De_bauer
La gifle claqua comme un coup de tonnerre. De Bauer encaissa le choc sans broncher. Il était entrainé depuis des années à les prendre. Entrainé également à décider dans l’instant s’il devait répondre ou non. Un sanguin ou un soldat mal entrainé aurait réagi dans la seconde, presque instinctivement, sans réfléchir. Mais de Bauer faisait partie de ces hommes pour qui la maitrise de soi était importante en toute circonstance.

Il resta donc là, le regard toujours planté dans les yeux de la rouquine, la joue en feu. Et entre eux, ce maudit cadavre échoué, cette énième trace de la lutte qui avait fait rage en mer et conduit l’Iffig à disparaître dans les flots. Peut-être le corps sans vie du Duc, la preuve irréfutable que tout espoir était désormais futile et vain.

Il ne voulait pas regarder, il ne voulait pas savoir. Ne pas savoir et garder intact cet espoir insensé de voir son Duc réapparaitre un jour. Ne pas savoir et espérer l’inespérable. Ne dit-on pas l’espoir fait vivre ? C’était à ce point vrai pour lui qu’il ne comprenait pas comment l’épouse du Duc pouvait s’être résignée. Il ne comprenait pas cet acharnement avec lequel elle semblait maintenant décidée à affronter la cruelle vérité. Lui le soldat entrainé, le tueur né qui refusait de regarder la vérité en face quand cette frêle jeune femme y parvenait avec un détachement incroyable. C’était inimaginable.

Mais c’était sans compter l’intervention impromptue de messire Tesquieu. Le vieil Edmond était arrivé sans crier gare, au moment où la tension était la plus palpable entre la rousse et lui. A bout de nerfs, Lallie finit par craquer. Les digues se rompirent et elle fondit en larmes dans ses bras.

La tension disparut dans la seconde. Et quand Edmond demanda lui aussi à ce que le corps soit retourné, de Bauer à son tour se résigna. Il laissa échapper un soupir, réaction émotionnelle si rare chez lui qu’elle méritait d’être soulignée, puis reporta son attention sur le cadavre.

Il se pencha et l’empoigna par les épaules pour le faire pivoter. Le corps était rigide on aurait dit du bois. Il était froid et surtout terriblement abimé, couverts des stigmates sanguinolentes de son passage prolongé dans l’eau. De Bauer passa sa main sur le visage bleui, violacé par endroits, afin de disperser le sable humide qui s’était aggloméré sur la peau.

Bien qu’il tenta de se maitriser, la cadence de son cœur accéléra au fur et à mesure de ses mouvements, signe de sa terrible peur de reconnaître le Duc. Quand il eut finit, il considéra un instant l’homme allongé devant lui cherchant, malgré les multiples écorchures, la langue bouffie, l’absence d’yeux et l’importante plaie ouverte lui barrant le front à reconnaître cet homme et dire finalement s’il s’agissait du Duc comme tout le monde le pressentait ou d’un simple matelot de l’Iffig.

Lorsqu’il eut acquis une certitude, il releva la tête, visage fermé, et regarda en direction de Lallie toujours blottie dans les bras d’un Edmond qui regardait volontairement ailleurs. Puis, après un temps d’hésitation, il dit d’une voix faible :


- Lallie…
--Grand_sage.
[limbes, zone de triage]

Il commençait à voir le bout du tunnel. S’approchant, il put observer et ainsi appréhender ce qui allait lui arriver. Chaque nouvel entrant se présentait au guichet où il était reçu par un des hommes en toge. Après une petite discussion, le guichetier s’en allait vers l’arrière salle, composée à perte de vue de longs et hauts rayonnages remplis de parchemins. Il en revenait avec l’un d’entre eux. Puis la discussion se poursuivait avant que l’homme en toge ne prenne visiblement une décision et indique le chemin à suivre à son interlocuteur. Invariablement ce chemin le menait vers deux portes situées pour l’une dans le mur de droite, et l’autre dans le mur de gauche. La première porte était peinte en rouge, la seconde en gris.

Quelques fois, un problème semblait survenir, qui conduisait inévitablement à l’intervention d’un autre homme en toge blanche. Lequel semblait chapeauter l’ensemble des guichetiers. De son côté, au bout de la file de gauche, ils étaient trois à ainsi recevoir les arrivants. De l’autre, ils semblaient être quatre.

Laissant errer son regard sur ce balai incessant de déplacements derrière le grand comptoir de pierre, la file continua à avancer tranquillement. Son esprit endormi fut finalement sorti de sa torpeur lorsque ce fut presque à son tour. Le ton montait devant lui.


- NON MAIS ! Qu’est ce que vous fichez là ! Décès violents c’est la file de droite ! C’est pas possible ça ! On vous l’a répété je ne sais pas combien de fois à votre arrivée ici !
- Mais puisque je vous dis que c’est une erreur !
- Non il n’y a pas d’erreur. C’est marqué là dans votre dossier ! « Assassiné par son épouse afin qu’elle puisse rejoindre son amant pour vivre leur passion au grand jour sur les deniers de l’héritage ». Pas d’erreur. Assassinat, donc mort violente, donc file de droite. Faut le faire exprès pour pas comprendre !
- Vous devez confondre avec quelqu’un d’autre c’est pas possible ! Ma femme n’aurait jamais fait ça !

L’homme pleurnichait presque. Et en face de lui, le guichetier était rouge de colère. Il agitait un parchemin sous les yeux du récalcitrant

- Non mais regardez-vous même ! Assassinat ! Faut vous faire une raison ! En attendant vous n’avez pas emprunté la bonne file.
- Et alors ? Qu’est ce que ça fait au final ! Je suis mort, je suis mort ! C’est pas une histoire de file, gauche ou droite, qui va changer quelque chose !
- Et si ! Au contraire ça change tout ! Vous ne relevez pas du même service ! Votre affectation n’est pas décidée selon la même procédure ! Mort violemment, vous n’avez pas les mêmes avantages que mort accidentellement. Surtout si l’accident est idiot.

L’homme au cou bêtement cassé, juste après lui dans la file, rentra la tête dans les épaules, tentant vainement de se faire discret.

- Vous me fatiguez !
- Et vous donc ! Non mais vous croyez quoi ? Qu’on a que ça à faire de réparer les erreurs d’aiguillage ? On en reçoit des milliers comme vous tous les jours, j’ai déjà assez de mes accidentés et de mes vieux qui cannent naturellement pour ne pas avoir en plus à m’occuper des assassinés.
- Mais ça change quoi ?
- Ca change tout. De toute manière, on ne va pas tergiverser, vous êtes là, on traite le dossier. Mais selon notre procédure, ce qui veut dire : lune automatique. Allez hop, aux enfers. Porte grise au fond à droite. Et j’ai bien dit droite, pas gauche !
- Vous m’envoyez aux enfers ?
- Oui ! Vu votre dossier, le bilan de vos actions bonnes comme mauvaises au cours de votre vie, vous n’avez pas le nombre de points requis pour prétendre à une place sur le soleil. Donc enfer lunaire. Si vous aviez pris la bonne file, vous auriez eu une compensation en terme de points pour le côté tragique de votre décès, mais là rien du tout.
- Mais je peux retourner faire la queue !
- Non c’est trop tard. Votre dossier est là, je le traite. Pas de retour en arrière possible, désolé. Hop, porte de droite !
- Non mais c’est un comble ! Je me fais assassiner et en plus voilà qu’on me punit pour une petite erreur d’appréciation! Je vous préviens, si c’est ça, je renie ma foi ! Je renonce à mon baptême et tout le tralala !

Le préposé eut alors un sourire quasi carnassier qui n’échappa à personne. On aurait dit qu’il attendait cet argument. Il l’avait sans aucun doute entendu des millions de fois.

- Mon cher monsieur c’est tout simplement impossible. Votre baptême c’est un engagement, un contrat. Le contrat vous ne pouvez le rompre que de votre vivant. Sinon, il emporte ses effets de plein droit à votre décès. Fallait y penser avant !
- Mais on ne m’a rien dit à ce sujet là !
- Et alors ? Quand on s’engage, on ne le fait pas à la légère ! Fallait lire ce qui est écrit en tout petits caractères au dos de votre certificat de baptême ! Trop facile sinon !
- Le curé aurait pu prévenir !
- Non mais attendez… Vous croyez au père nöel vous ou quoi ? Les chargés de clientèle ne sont pas là pour vous détailler l’ensemble des conditions générales de vente. On a déjà assez de mal à faire signer de nouveaux clients pour maintenir notre fond de commerce, c’est pas pour tout leur détailler par le menu. Faut garder un minimum de mystique dans tout ça !
- Les chargés de quoi ?
- Les curés, désolé, j’oublie que vous ne comprenez pas le jargon maison.
- Donc je fais quoi ? Parce que je ne suis pas d’accord figurez-vous !

Le Préposé haussa les épaules et farfouilla en dessous du comptoir avant d’en ressortir un parchemin.

- Vous pouvez adresser une demande de contestation au service contentieux. Vous remplissez ce parchemin en triple exemplaire et une commission consultative indépendante examinera votre demande.
- Ca va prendre du temps ?
- Elle se réunit automatiquement dès que dix dossiers sont en attente et si on atteint pas ce seuil, tous les 300 ans minimum. Le délai d’attente avant la décision finale est en moyenne de 150 ans supplémentaires.
- Et bien je le fais. Je suis prêt à attendre le temps qu’il faudra. Tout ceci est une erreur grotesque !
- En attendant, porte grise au fond à droite, merci.
- Mais je ne vais pas sur la lune, je conteste !
- Votre contestation n’est pas suspensive. Veuillez prendre la porte grise au fond à droite avant que je n’appelle la SECURITE !

A ce mot, prononcé d’une voix volontairement forte, suffit à faire sortir de l’ombre deux espèces de colosses, habillés eux d’une toge rouge, bien visible. Le contestataire les considéra un instant mais décida très vite que le jeu n’en valait pas la chandelle. Si la douleur subissait le même sort que la faim, la soif ou le sommeil, il ne devrait pas ressentir la moindre chose, mais il ne tenait pas plus que ça à prendre le risque.

Alors il soupira puis prit de lui même la direction de l’enfer lunaire, son parchemin de contestation sous le bras. Le guichetier regarda alors le bout de la file en criant:


- Au suivant !

Le dernier rempart entre lui et le comptoir s’avança à son tour. Son cas fut vite réglé et il constata que l’homme alla vite emprunter la même porte grise que son prédécesseur. Lorsqu’il entendit à nouveau le tonitruant « au suivant », il déglutit et s’avança jusqu’au comptoir.

Le préposé qui finissait de remplir et signer le dossier précédent pour archivage, releva les yeux sur son nouveau client.


- Bonjour. Prénom, nom si vous en avez un, surnom éventuel, pays d’origine et cause du décès s’il vous plait.
- Grand_sage de Kerdraon, dit GS le plus souvent, Duc d’Ouessant, originaire de Bretagne et décédé en mer suite à un naufrage.

Il prit note des réponses sur un petit bout de parchemin.

- Epargnez-moi les titres, ils n’ont aucun intérêt ici. Grand_sage… d’accord, d’accord. Noyade donc. Ne bougez pas, je reviens.

Le guichetier partit à la pêche au dossier dans les rayonnages, ses petites informations à la main. L’attente fut longue. Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, il commença à s’inquiéter de ne pas voir son interlocuteur revenir alors que le guichet d’à côté eut le temps de traiter deux dossiers.

Finalement, le chercheur finit par revenir, un air mi-suspicieux, mi-agacé sur le visage.


- Vous êtes sûr de vous ?
- Comment ça ?
- Je ne trouve pas votre dossier… Je n’ai pas de grand_sage, ni de GS dans les dossiers.
- Pourtant c’est bien ainsi que je m’appelle. Vous avez cherché à de Kerdraon ? Et à Duc d’Ouessant ?
- J’ai tout fait, il n’y a pas trace de votre dossier. Vous êtes mort comment exactement ?
- En mer au nord ouest de Brest. Après que mon bateau a été attaqué deux jours durant, nos assaillants ont fini par abandonner l’affaire. Mais manque de bol, le bateau était trop endommagé et il a fini par couler lorsque nous avons tenté de rejoindre la côte.
- Ahhhhhhhhh ! Mais c’est une catastrophe alors !
- Euh… Oui je sais… file de droite mais… votre conseiller à l’entrée…
- Non non ! Mais en cas de catatrophe collective comme un naufrage qui emporte de nombreux marins, notre service évènementiel organise un accueil de groupe personnalisé. Une catastrophe c’est toujours un événement. Du coup faut que je vois avec eux, le problème vient peut-être de là. Ne bougez pas, je reviens.

Nouveau départ et, plus rapidement que la première fois, nouveau retour la mine plus enfarinée que jamais.

- Bon bon bon… Je suis embêté, ils ne vous attendaient pas. Ils travaillent sur la guerre à venir, parce qu’ils vont avoir pas mal de monde à accueillir. C’est notre campagne promotionnelle de l’année celle là ! Le Marketing a mis le paquet côté animation, vous verrez ! Euh… enfin non vous verrez pas, mais c’est pas grave.
- Le mark quoi ?
- Laissez tomber...
- D’accord… Et sinon donc, on fait quoi là ?

Le préposé se gratta la tête un bon moment…

- Bhen je suis embêté parce que votre dossier n’est pas là. Alors bon… il est rare qu’on perde un dossier mais ça peut arriver. Ou alors c’est qu’il y a eu une erreur de procédure et que vous êtes arrivé là alors que ce n’était pas prévu…

Il ouvrit de grands yeux ronds.

- C’est possible ça ?
- Hautement improbable, mais possible oui. Hum… Bon voilà ce qu’on va faire…
- Je vous écoute
- Je vais voir avec les archives pour vérifier s’ils ont votre dossier ou pas. Possible qu’il n’ait pas été monté ici avec les autres comme ça aurait dû être le cas à l’approche de votre décès.
- Et si ce n’est pas le cas ?
- Hum… Franchement ? j’en sais rien… Ne bougez pas, je reviens.
- En même temps… je me demande bien où je pourrais aller…
- Pardon ?
- Non non, rien… Je vous attend là…

Il soupira mais n’en resta pas moins là stoïquement à espérer des informations complémentaires. Décidément… même dans l’eau de là tout va de travers… Manquerait plus qu’il soit mort au mauvais moment.
Cerberus
Cerberus avait eu vent du malheur qui affligeait l'ancienne Mairesse du village. Il savait pertinemment que ce malheur était accompagné de chagrin et de haine.
Le Mentaï possédait le remède à ce malheur. La vengeance. Oui elle devait la désirer ardemment, cela ne faisait aucun doute. C'était la raison de sa visite.
Certes il ne s'attendait pas à être accueilli chaleureusement par la jeune femme. Le peu d'entrevues qu'ils avaient eu ne s'étaient pas bien déroulé. La femme se donnait des airs de fermeté, d'impétuosité, de véhémence ...
Il avait aussi discerné une certaine arrogance et vanité chez l'ancienne Mairesse. Elle semblait se croire hors de toute portée. Mais Cerberus ne savait que trop bien que personne n'était jamais totalement à l'abri. C'était le risque permanent de la vie.

Tandis qu'il se dirigeait vers le domaine où résidait la jeune femme, il se prit à réfléchir à la manière dont il allait se présenter à elle. Bien que son choix fut fait, il ne négligea pas de passer en revue les différentes possibilités.
Il pouvait bien entendu se présenter aux gardes et demander audience comme tout individu sain d'esprit l'aurait fait.
Ou bien forcer l'entrée mais cela à ses risques et périls et Cerberus n'était pas dénué de bon sens.
Il lui était possible également de tenter sa chance une fois en taverne où elle ne serait pas accompagnée de ses gardes mais la patience n'était pas une de ses qualités premières.
Il ne restait donc qu'une seule possibilité ... Celle qui lui plaisait le plus.

...

Un atterrissage contrôlé et Cerberus se retrouvait de l'autre côté de la muraille. Il jeta sa corde, n'ayant cure qu'un garde la découvre. Cela étant, ce ne serait pas le cas avant au moins une heure.
Il se dirigea vers le bâtiment principal évitant aisément les patrouilles de gardes. Sa longue expérience lui permettait bien des choses. Notamment celle de pratiquer l'art de la discrétion sans commettre de bévue.
Tantôt dans un fourré à étudier la ronde des gardes, tantôt à se glisser silencieusement vers le prochain buisson.
Malgré leur torche, les gardes ne se doutaient de rien.
Cerberus n'agissait jamais avec précipitation.
Il avait d'ailleurs attendu la nuit pour se glisser dans le domaine.
Fou n'était pas un qualificatif que l'on pouvait donner à Cerberus bien qu'ils soient considérés ainsi par nombre d'individus.
Le Mentaï parvint enfin à la porte du bâtiment principal. Elle était gardée, cela allait de soi.
Cerberus attendit patiemment le moment propice pour agir.
Un des deux gardes s'absenta un moment pour soulager sa vessie.
L'autre fut aussitôt hélé par une jeune servante plutôt menue.
Elle lui fit quelques avances et lui fit signe d'approcher par la même occasion.
Etait-ce le hasard qui fit qu'elle le héla au moment où s'était justement absenté l'autre garde ? Il est peu de choses que l'or ne peut acheter ...
Ce dernier se dit que ce ne serait pas un drame de laisser la porte sans surveillance durant une minute tout au plus, le temps que son compagnon revint et qu'il eut eu le loisir lui-même de donner quelques coups de boutoirs à cette jeune coquine.
Néanmoins les trente secondes où la porte ne fut point gardée suffirent amplement à Cerberus pour se faufiler sans un bruit à l'intérieur.

Il lui fallut encore usé d'ingéniosité et de patience avant d'atteindre les appartements de la femme du Duc.
Ayant décider de prendre son mal en patience, ses pas le menèrent dans une pièce déserte où il aurait la possibilité de se cacher aisément.

Les heures s'écoulèrent sans qu'il fut repéré et il eut même l'aubaine d'entendre la femme du Duc quitter ses appartements en compagnie de quelques gardes alors que la matinée était bien entamée.

De ce fait, il lui fut facile de crocheter la serrure des appartements de la Duchesse et de se faufiler à l'intérieur.
Il prit ses aises dans un fauteuil au coin du feu qui brûlait afin que la pièce reste agréable.
Cerberus était persuadé qu'à son retour, la duchesse le reconnaitrait sur le champ malgré sa tenue en cuir renforcé et sa cape à capuche noire.
Il misait sur la curiosité de la duchesse et sur son audace.
Le Mentaï se persuadait qu'elle voudrait connaître la raison de sa présence avant d'alerter les gardes. Si, du moins, elle comptait le faire par la suite ...
--La_renarde.
Finalement de Baueur s’était résigné. Peut-être était-ce à cause de l’intervention d’Edmond, ou bien parce qu’il avait eu pitié des larmes de sa maîtresse. Mais peut importe finalement, puisqu’il s’était exécuté, n’était-ce pas là, la seule chose qui comptait ?

La rouquine ne s’était pas retournée tout de suite. Par crainte ? Qui sait ? Si elle aimait à clamer qu’elle ne craignait rien n’y personne, les faits étaient bien souvent tout autres. Ô vanité chérie de la femme révoltée…

Pourtant elle n’avait pas lâché les mains chaudes d’Edmond qu’elle tenait fermement enserrées dans les siennes, totalement glaciale. Comme un perchoir sur lequel se retenir, elle l’agrippait sans trop s’en rendre compte, en refusant cependant de croiser ne serait-ce qu’une demi-seconde, son regard.

Et puis finalement, le corps fut retourné et la voix de Baueur murmura dans son dos. Elle se retourna en évitant soigneusement la vision du cadavre. Ses yeux étaient encore rouges, mais elle ne pleurait plus. Elle avala sa salive et lâcha d’une voix plus ferme qu’elle ne l’aurait souhaité, un simple :


- Oui ?

Qui avait-il de plus à dire à ce moment là ? Ne rien répondre aurait été tout aussi adéquat, mais la rovelaine n’était pas renommée pour ses élans de profond silence évocateur, même si parfois elle se privait de bien des paroles assassines.

(Pitié on m’a forcé à faire ce poste ! J’y suis pour rien ! Ce n’est pas de ma faute s’il est tout court !)
--Grand_sage.
[Coincé au triage]

Toujours coincé au comptoir, il patientait tranquillement le temps qu’on vienne le délivrer de cette attente que n’importe quel humain vivant aurait trouvé insupportable. Il escomptait encore qu’il ne s’agissait là que d’une erreur d’aiguillage de son dossier et rien de plus. Dans quelques instants, le préposé à l’accueil reviendrait, son dossier sous le bras et finirait par lui indiquer la porte grise pour la lune comme ceux avant lui. N’était-ce pas un comble que de voir son bateau couler à pic d’un seul coup alors qu’il a vaillamment résisté deux jours durant aux assauts répétés de ces traitres ? Assurément que si… et il était intimement persuadé que cela ne lui vaudrait pas un meilleur traitement que celui infligé à l’homme qui coupa sa branche d’arbre du mauvais côté…

Mais lorsque ledit préposé finit par réapparaitre, il dut se rendre à l’évidence, c’était plus compliqué que cela. Certes l’homme avait bien un dossier sous le bras. Mais la mine qu’arborait son visage n’indiquait aucun soulagement d’avoir réglé un souci. Et plus encore, la présence d’un autre homme à ses côtés indiquait sans ambiguïté que le problème n’était absolument pas résolu.

Le duo le rejoignit au comptoir. Le préposé posa le dossier bien en évidence sur la pierre et se racla la gorge avant de parler.

- Bon… nous avons retrouvé votre dossier. Il était bien aux archives, rangé à sa place.
- Donc c’est réglé, il n’y a pas de problème ? Porte grise je suppose ?
- Je crains que ce ne soit un peu plus compliqué que cela…
- ah ?
- Hum… oui…
- Expliquez-moi.
- Et bien… C’est que… enfin ce n’est pas simple…
- Respirez un grand coup et dites le moi donc, je suis prêt à tout entendre.
- Je n’en suis pas certain…
- Mais si, allez-y !
- Je préfère que mon collègue du service juridique vous explique lui-même.

Son accompagnateur hocha la tête et prit le relai.

- alors… que je vous explique Votre Grâce.
- Votre Grâce ?

Le fantôme ducal tiqua légèrement. Le préposé lui avait pourtant clairement fait savoir que les titres n’avaient plus cours ici.

- Oui, messire le Duc… Voyez vous, nous avons ici une organisation tout à fait remarquable, fruit d’une longue expérience internationale dans le domaine de la spiritualité. Grâce à cela, nous jouissons d’un prestige exceptionnel et d’une image de marque excellente auprès de nos clients. Malgré la crise actuelle et une concurrence accrue ces dernières années, nous sommes toujours le numéro un mondial. Et nous faisons tout pour le rester, croyez le bien !
- D’accord… Et si on en venait au fait ?
- Et bien… malgré cette solide expérience et notre organisation efficiente qui a fait ses preuves depuis bien des siècles, il peut hypothétiquement arriver qu’un incident survienne, totalement indépendant de notre volonté bien évidemment ! Un grain de sable dans les rouages en quelque sorte. Conséquence fâcheuse d’un aléa imprévisible, véritable cas de force majeure, pour lequel nous déclinons toute responsabilité volontaire de notre fait personnel.
- En clair ?
- Y a eu une couille dans le potage…
- Une… dans le…
- Un souci dans votre dossier…
- Mais vous l’avez retrouvé pourtant !

Il n’y comprenait plus rien. Son nom était calligraphié en gros caractères sur le parchemin. Suffisamment gros pour qu’il puisse le lire à l’envers sans l’ombre d’un doute.

- Mon dossier est là, je ne vois donc pas le problème.
- Vous allez vite comprendre.

Le juriste ouvrit le dossier en question et parcourut brièvement le parchemin à la recherche d’une information précise.

- Ah voilà c’est là !
- Quoi ?
- Cause du décès : morte naturelle due à la vieillesse.
- Gné ?
- Oui vous avez bien entendu…
- Je… C’est n’importe quoi ! Je me suis fait couler le bateau ! Je me suis pris un truc derrière le crane qui m’a assommé et l’instant d’après je suis mort noyé ! Non mais… je sais que je suis vieux déjà mais c’est pas vraiment ce qu’on peut appeler une mort naturelle due à l’âge !
- Je sais bien…
- M’enfin comment c’est possible ! Vous vous êtes plantés dans le dossier.
- Ca non… je peux vous garantir que non. Aucun risque que ça arrive. La cause indiquée ici est la cause de votre décès. La cause prévue, bien avant que ça n’arrive. Une cause déterminée par un processus complexe que je ne saurais pas vous détailler ici tellement c’est compliqué. Mais soyez assuré que ce mode de décès n’a pas été choisi au hasard. Il a été validé par le conseil exécutif de la direction de la prospective, du pilotage et de la stratégie. Il en est fait de même pour tous les dossiers de nos clients.
- Mais comment vous expliquez que je sois là devant vous maintenant alors !!!
- Justement… On ne se l’explique pas… En théorie vous êtes… vous êtes toujours vivant.

Ses yeux s’agrandirent et sa bouche resta ouverte dans une expression de surprise totale.

- En théorie je suis toujours… vivant ?
- C’est ça. Raison pour laquelle nous ne vous attendions pas. Ce qui explique également que votre dossier se trouvait tranquillement aux archives.
- Dites- moi que je rêve… Non mais dites-moi que c’est juste un cauchemar !!
- Malheureusement je crains que non. C’est tout ce qui a de plus réel. Vous êtes théoriquement en vie mais pourtant vous êtes mort.
- Alors là…
- L’ensemble du personnel tient à vous exprimer nos plus sincères regrets pour le désagrément que vous cause cette erreur dans le traitement administratif de votre dossier. Je vous présente nos plus sincères excuses pour la gêne occasionnée. Il va sans dire que nous allons tout mettre en œuvre pour limiter au maximum les conséquences de tout cela sur le traitement de votre cas par nos services.
- Vous savez où vous pouvez vous les mettre vos excuses ?
- Messire je vous en prie…
- Ah non ! Me parlez pas de prière hein ! Je vous signale que j’avais une vie moi en bas. Une vie heureuse. Une femme qui m’aime et que j’aime, un fils qui vient juste de naitre, une mère que j’avais perdu de vue depuis mon enfance et que j’ai à peine retrouvé ! Un nouveau job qui m’attendait, des amis fantastiques, des terres à administrer, un excellent vassal etc etc etc ! Alors ne venez pas me dire que vous allez tout faire pour limiter les conséquences d’une erreur monumentale !
- Il n’a pas tort… Je râle assez contre les clients qui s’orientent mal ou discutent des choix que nous faisons pour la suite de leur existence alors qu’il n’ont plus leur mot à dire… Lui… il est pas censé être là, je crois qu’il a raison de s’en agacer.
- Je sais bien. Mais ce n’est pas de râler que ça changera quelque chose.

Il bouillonnait intérieurement. Autant qu’on puissse bouillonner quand on est mort. Mais c’était à croire que cette nouvelle d’une mort précoce non prévue le faisait finalement se sentir bien plus vivant qu’il ne l’était en réalité.

- Et on fait quoi alors ?
- Et bien… En premier lieu, je vous garantie une place au paradis sur le soleil. C’est bien le moins que l’on puisse faire.
- Et après ? Faut aussi que je me farcisse une réclamation en triple exemplaire qui sera examinée dans deux ou trois millénaires ?
- Non non… un comité d’expert va se réunir pour examiner votre dossier et chercher à comprendre comment ce regrettable incident a pu arriver. Les conclusions de ce comité seront remises à un conciliateur, qui tentera une médiation entre vous et nous pour trouver une solution amiable et ainsi vous dédommager de ces désagréments. Enfin… si notre responsabilité est engagée bien entendu. Dans le cas contraire…
- Dans le cas contraire ?
- Vous pourrez bien entendu, en cas d’échec sur la médiation, saisir le comité mixte paritaire qui est compétent pour examiner votre requête en révision. Si cela ne suffit pas à régler le problème, il restera la possibilité de faire appel au Comité International Œcuménique…

Pendant que le juriste déblatérait tout seul dans un jargon technico-juridique propre à assommer un troupeau d’éléphant, le préposé épluchait le dossier du duc dans le détail. Il scrutait avec intention tous les détails des documents en sa possession quand un détail lui sauta aux yeux.

- C’est de notre faute…
- Et alors vous saurez, dans un délai rapide si… Pardon ?
- C’est de notre faute… Regardez vous-même. Il est marqué « juriste ». Et il n’y a aucune activité complémentaire d’ajoutée. Pourtant il était capitaine d’un bateau. On aurait donc dû mettre son dossier à jour pour y ajouter une sous-catégorie secondaire. Et réévaluer les causes et dates du décès. Le dossier n’est pas à jour… Le service des statistiques n’a pas fait son travail…

Le juriste y regarda à trois fois. Mais il dût se rendre à l’évidence. Le Duc, qui lui n’y comprenait pas grand-chose, risqua une interrogation.

- En clair ?
- Chaque client est catalogué selon son activité professionnelle. Vous avez les économistes, les juristes, les militaires, les paysans, les artisans, les pauvres, les débiles mentaux, les escrocs etc… On a toute une grille comme ça. On a même une catégorie « traitre » maintenant vu comme ça prolifère en ce moment. Sutout en Bretagne d’ailleurs !
- Catégorie socio professionnelle que ça s’appelle. CSP ! Un concept novateur qui a un grand avenir devant lui je vous le dis.
- Vous avez une catégorie principale mais vous pouvez aussi avoir une ou plusieurs catégories secondaires. Enfin bref… toujours est-il qu’on doit mettre à jour les dossiers au fur et à mesure de la vie de nos clients.
- Et en cas de changement, faire réévaluer les chances, causes et date de décès.
- Et ça n’a pas été fait pour vous.
- Donc on est bien en tort.

Le Duc les regardait jouer au ping-pong. Un vrai numéro de duetiste. Ce qu’il comprenait surtout c’est qu’ils avaient fait une grosse boulette. Et cette boulette l’avait conduit tout droit au paradis bien plus tôt que prévu. Ce qui avait le don de passablement l’énerver. Et il manqua pas de le faire savoir.

- Appelez moi le directeur !
- Messire…
- TOUT DE SUITE !

Le juriste n’osa pas répliquer. Et le préposé réagit le premier.

- Je vais prévenir la direction. On est en tort il faut faire quelque chose.

Il quitta précipitamment son comptoir pour un énième aller-retour. Et encore une fois il ne revint pas seul. Mais cette fois, l’homme qui l’accompagnait était vêtu d’une toge dorée. Et il dégageait une aura particulière, un charisme naturellement supérieur à la normale. A son passage, tous les préposés se mirent presque au garde à vous et le saluèrent respectueusement. Aucun doute pour le Duc, il avait affaire à une huile cette fois.

- Bonsoir ! Alors c’est quoi cette histoire ? On a merdé ?
- Grâve… pas de mise à jour de son dossier dans les délais.
- Je vois…

L’homme au charisme étincelant considéra le Duc et lui sourit le plus chaleureusement du monde.

- On a déjà dû vous le dire, mais je vous présente personnellement toutes mes excuses pour cette boulette de nos services. On va régler ça, ne vous inquiétez pas.
- Mouai… Et vous êtes ?
- Harry Stote, directeur général et responsable du service commercial, pour vous servir.
- Harry… Aristote ???
- Oui oui c’est bien moi.
- ah oui quand même…

Impressionné était le Duc. C’était le moins que l’on puisse dire. Aristote en personne…

- Vous aviez bien demandé le directeur ?
- Oui mais là… ça dépasse mes espérances !
- Bon, on fait quoi avec ce dossier chef ?
- J’ai l’accord du grand patron pour régler ce problème à l’amiable. Aucune limite, on arrange le problème sans discuter.
- Une place au paradis ?
- Non. On efface tout et on recommence. Nous tenons à nos clients et nous ne pouvons pas tolérer qu’il payent les pots cassés de nos erreurs. Le service commercial vous propose donc un dédommagement total.
- Total ? C'est-à-dire ?
- Retour à la vie sur terre sans délai. Nous annulons ce décès et vous ramenons à la situation antérieure.
- ahhhhhh ! Enfin une bonne nouvelle !
- Et comme vous êtes un bon client, j’y ajoute un bonus. 200pts fidélité qui s’ajouteront à ceux déjà possédés au moment de votre prochaine mort. Ce qui vous garantie d’avance avec quasi certitude une place sur le soleil. Et comme nous sommes en tort, nous vous offrons 5 ans d’espérance de vie en plus.
- Cinq ans ?
- Malheureusement je ne peux pas faire plus.
- Non non, mais c’est très bien… au contraire même ! Je suis juste surpris c’est tout…
- en échange, vous acceptez de ne pas renier votre foi à cause de cette erreur administrative et vous vous engagez à ne pas dévoiler ce que vous avez vu ici, si tant est que vous en gardiez souvenir à votre retour sur terre.
- Tout ce que vous voulez ! Du moment que je rentre à la maison ça ira !
- Et bien c’est parfait ! Autre chose ?
- On récupère le bateau et tout ce qui était à bord ?
- Ah malheureusement ça c’est impossible. Nous avons une assurance qui couvre tous les dommages corporels occasionnés dans le cadre de notre activité. Mais nous n’avons pas souscrit de garantie pour les dommages matériels. Vous m’en voyez désolé mais je ne peux rien faire pour cela.

Le Duc accusa un instant le coup. Tant pis, il lui faudrait faire le deuil de ses économies. Et plus grave, accepter le fait que la mairie ne reverrait jamais son bateau.

- Tant pis on fera avec. Et donc vous me ramenez à Brest ?
- Non… je vous renvoie d’où vous venez. J’ai le pouvoir de vous ramener à la vie, mais je ne suis pas magicien ! Ne m’en demandez pas de trop !
- D’accord, d’accord !
- Bien ! Affaire conclue ?
- Affaire conclue !

Poignée de main à la limite de l’accolade chaleureuse et tout était réglé. Quelques sceaux et signatures sur un parchemin nommé protocole de règlement à l’amiable plus tard et le Duc était prêt à rentrer. Tandis que dans son dos il entendait son guichetier crier un « au suivant » bien ferme pour prévenir de la réouverture de la file d’attente, il suivit Harry Stote derrière le comptoir jusqu’à un couloir se terminant par une porte peinte en blanc.

- Nous y voilà. C’est là que nos routes nous séparent. Encore toutes mes excuses pour ce malentendu.
- Il n’y a pas de mal, c’est déjà oublié. Et puis quand je vais dire au Primat que j’ai rencontré Aristote !
- Le qui ?
- Le Primat de Bretagne ! Son Eminence Clodeweck !
- Le Primat… le primat… Ah oui ! Notre chef d’agence en Bretagne ! Pardonnez moi, les grades locaux, je ne maitrise pas bien. Le folklore tout ça… je sais que c’est important dans notre branche mais… ça me dépasse. Je voudrais un peu de modernité mais j’ai un boss au dessus de moi et il ne veut pas en entendre parler. Pourtant je suis certains qu’on y gagnerait à moderniser un peu notre politique commerciale.
- Je suis assez d’accord.
- Pour l’instant nous sommes toujours numéro 1 mondial, mais pour combien de temps ? Un jour je vous le dis, nous serons dépassés par la concurrence. On va droit vers une mondialisation de la foi, et la guerre fera rage… On y perdra beaucoup…
- Si vous le dites…
- Personne ne me croit et pourtant… j’en suis convaincu.
- Mouai… Bref, quand je vais dire à Lallie que je vous ai vu !
- Ahhh ! N’oubliez pas notre accord ! Si vous le rompez, direction la lune !
- Ah zut oui c’est vrai…

Harry Stote ouvrit la porte et fit signe au Duc de passer. Il s’avança mais bloqua net au dernier moment. Face là lui, la porte s’ouvrait sur un mur.

- C’est une blague ?

Il entendit Harry rigoler.

- Non non du tout… Regardez vers le bas.

Il baissa le regard et constata avec effarement qu’il n’y avait pas de sol. La porte s’ouvrait sur un trou béant d’une noirceur sans nom.

- Non mais c’est une blague là ? Vous voulez pas que je saute non plus ?
- Si si ! Vous n’avez pas le choix de toute manière. C’est la seule issue possible.
- Sans plaisanter ?
- C’est pas tellement prévu qu’on renvoie les gens sur terre. C’est possible mais c’est pas non plus courant. On a ce passage là, ça suffit bien.
- Non mais je ne veux pas sauter ! Hors de question !
- C’est ça où vous restez…
- Et bhen je me demande si finalement je préfère par le soleiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiil !

Sa voix se perdit dans l’immensité du trou noir dans lequel il venait de se voir propulsé par un coup de pied aux fesses d’un Aristote qui, se penchant par-dessus l’ouverture, lui cria…

- Bon retour chez vous !

… avant de refermer la porte derrière lui.

- Voilà une bonne chose de faite !


[Au large de Brest, à la nuit tombée, le soir du naufrage de l’Iffig]

Le Capitaine John Smith avait la charge d’un petit bateau baptisé « The dolphin ». Il naviguait plein nord pour rejoindre les côtes angloises. Depuis un moment, il avait été alerté par la présence de débris à la surface de l’eau. Trace évidente d’un naufrage. Aussi ne fut-il pas plus surpris que cela quand du pont il entendit un de ses marins crier.

- Un homme à la mer !

Abandonnant le calme de ses quartiers, il enfila un manteau pour se protéger de la fraicheur nocturne et rejoignit l’équipage sur le pont.
--De_bauer
- Oui?

Il la regarda un court instant. Puis son regard se posa une nouvelle fois sur le corps, comme pour s'assurer qu'il ne s'est pas trompé avant d'énoncer sa conclusion. Puis, alors qu'Edmond restait figé dans un mutisme profond et que Lallie le fixait toujours, évitant soigneusement de regarder le cadavre, il déclara simplement:

- Ce n'est pas le Duc.

Ce n'est qu'une fois cette petite phrase prononcée, qu'il se laissa gagner par le soulagement. Fébrile, il se laissa tomber à genoux. Passant ses mains sur son visage puis dans ses cheveux, il se relâcha totalement, répétant inlassablement:

- Ce n'est pas le Duc. Ce n'est pas lui...
Blanche_
[Ancenis, avant réception de la lettre d'Attila, après découverte du renard]

'Fait chier !

Toujours très mélodieuse, la voix de Blanche résonnait dans le château ducal, pour quelques jours encore celui de sa grand mère. Elle y venait chercher les affaires d'Aliéniore, organisait son déménagement en lieu sûr, car bien qu'un jour, un autre qu'elle habiterait le château majestueux, il n'était pas question qu'on ose toucher à ce que Aliéniore-la-grande avait touché, regarder ce qu'elle avait admiré, se vêtir de ce qui faisait d'elle la blonde la mieux parée de la Bretagne Est.
Oh non, il n'en était pas question ; et c'est en donnant des ordres, de multiples ordres qui fusaient en tous sens, rangez les malles, décrochez les tableaux, et les meubles, faites attention aux meubles ! Et en demandant aussi, si c'était fréquent de trouver en terres d'Ancenis des renards tachetés, pour savoir, car elle ne voulait pas qu'on mangeât ses poules, la baronne, et donc elle demandait, elle ordonnait, elle remuait ciel et terre, et meubles et tentures, et fermait les portes, calfeutrait les fenêtres, abandonnait l'abandonnable.
Elle fit aussi marquer, par un tailleur de pierre des environs, une inscription au dessus de la cheminée, monumentale et inoubliable, qui ferait elle en était sûre, rager et trépigner les futurs duc et duchesse d'Ancenis.

Bien fait, qu'elle avait dit à l'artisan, lorsqu'il s'était incliné devant elle le travail fini. Car au dessus de sa nuque ployée, trônait une syntaxe en breton parfait ; l'ancienne langue, utilisée par les nobles et les riches.
"Ici a brillé Aliéniore de Guérande-Penthièvre, la Plus Grande Duchesse d'Ancenis"

Bien fait, qu'elle avait redit une seconde fois. Sourire carnassier et vengeur aux lèvres.

'Fait chier ! Qu'est ce que vous avez foutu, bordel ? Perdre des vêtements ?! Mais on n'a pas idée, enfin !
Qui a volé ? QUI ?

Il fallu enquêter. Elle interrogea, soudoya, implora, et, satanique, découvrit l'impensable !
La traitresse lui fut amenée. On la jeta par terre, sur le sol, à ses pieds d'où elle gémissait comme une souillon. Et dans des suppliques que son bourreau n'entendait plus, elle avoua.
Folle de rage, apprenant le pourquoi, le comment, l'odieuse machination contre sa grand-mère, Blanche se mit à hurler, tomba à genoux au coté de l'esclave assouvie, et frappa, frappa encore cette damnée qui pour une récompense dérisoire, s'était offert son courroux.
La brosse en bois sculpté tapait le crâne, et le crâne tapait la pierre du sol. Les trois résonnaient, brosse-tête-sol, sol-tête-brosse, écho amoindri quand le sang se mit à couler. Blessure superficielle, entaille du dessus du sourcil, mais stupéfaite par ce qu'elle avait fait, Blanche se releva soudain et envoya au loin l'outil vengeur.

Et, les mains poisseuses et pleines de sang qui imbibait ses manches, elle s'écarta de l'inconnue qui gisait à terre, ordonna qu'on la jette dehors, et qu'on prépare, oui, une expédition extraordinaire destinée à secourir la blanche immaculée que la Renarde avait si traitreusement sacrifiée.

_________________
Riches, tenez bon !
--La.renarde
Une infime lueur d’espoir s’était finalement insinuée dans son cœur. « Ce n’est pas lui » se répétait-elle du bout des lèvres. Alors que tout lui laissait présager qu’il n’y avait plus rien de beau ou de bien à attendre de cette vie, elle croyait de nouveau encore possible qu’il fut vivant, en bonne santé et qu’il ne tarderait pas se manifester. Oh, bien évidemment elle n’attendrait pas qu’il vienne à elle, non elle prendrait les devants et irait à sa recherche. Quitte à parcourir toute la côte ouest et naviguer sur la Manche de long en large et en travers.

L’idée faisait son chemin dans sa petite tête noyée sous sa chevelure de feu. Il fallait trouver un bateau, un équipage fiable et aguerri, un bâtiment qui tienne quand même la route, capable de fendre les vagues et gagner en vitesse rapidement. Il fallait pour mener à bien cette aventure, quelque chose de grand, de puissant, de…


- Brivael ramène nos chevaux, on rentre à Kergroadez, nous avons fort à faire.

Sans un regard toujours sur le corps, elle redressa la tête pour se départir des dernières traces d’afflictions. Non elle ne faillirait pas une seconde fois, elle ne donnerait pas ce plaisir à ceux qui je réjouissais du sort qui était le sien. Qu’ils aillent tous en Enfer, c’est bien le seul endroit qui voudra d’eux. Elle tourna alors les talons pour aller rejoindre sa suivante avant de s’arrêter et de lancer à l’adresse de son garde du corps.

- De Baueur, chargez-vous de la sépulture de cet homme, rites aristochose, druidiques où que sais-je encore, débrouillez vous, mais ne le laissez pas à la merci des vautours. Tout le monde mérite une sépulture descente, excepté peut-être cette vieille carne d’Aliéniore dont les charognards ne voudraient même pas tant ses chairs sont putréfiées.

Elle fit à nouveau quelques pas avant de se retourner à nouveau et d’ajouter :

- Edmond nous nous retrouvons à Kergroadez ? Je vous fais préparer une chambre. De Baueur, vous rentrez lorsque vous en aurez fini avec ce que je vous ai demandé.

Cette fois elle partit rejoindre Brivael pour ne plus se retourner. Un peu plus loin sur la dune, la vieille Brivael tenait les rennes des deux bêtes qu’elle venait d’harnacher. La rouquine lui prit les siennes des mains et troussa ses jupons.

- Qu’est-ce que vous faites ?
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