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[RP] - J'irai cracher sur vos tombes.

Grimoald



Lorsqu’il était descendu, il avait passé son temps avec Agnès. Ils étaient restés de longues minutes à attendre, sans parler. Grimoald était rassuré. Oui, pour lui, il n’y avait aucun doute : Aleanore ne mentirait pas. En fait, il ne se posait même pas la question. Elle l’aimait, il l’aimait, et à présent, il le savait. Pourquoi introduire le mensonge dans une telle relation ? Non, non. Aleanore devait se ressourcer, partir à Firenze, et, même, elle y serait bien. Oui, il n’y avait pas de doutes là-dessus. Elle serait heureuse, là bas, bien qu’elle soit loin de ses amis. Alors il attendait. Que devrait-il se passer ? Il n’en savait rien. La seule chose dont il avait la certitude était que les personnes passaient, les unes après les autres. Dans la salle « d’attente » planait un silence lourd, pesant. L’Alterac ferait un dernier discours, les remerciant, sûrement, ou bien les priant de prendre soin d’eux. Rien de bien innovant. Or, Grimoald, comme tous, attendait ce moment. Il voulait l’entendre, encore et encore, sa voix douce et fluette… Celle qu’il aimait tant, et qui mainte fois l’avait fait rire, pleurer, chanté…

Puis enfin, lorsque tous furent passés, elle apparut dans la salle. Belle, gracieuse, comme tous l’aimaient. Son visage ne traduisait rien de sa souffrance, rien de son envie d’en finir. Elle avait toujours été une bonne actrice. Alors, l’étincelle sortie de la salle, leur adressant un dernier au revoir, qui en réalité était un adieu. Oh, triste providence… Pourquoi nous quittes-tu, belle demoiselle ? Tu ne te doutes pas du mal que tu pourrais faire… Tu ne veux plus avoir mal, mais veux-tu vraiment que l’on souffre pour toi ? Le mieux n’aurait-il pas été de garder au fond de toi cette souffrance, et que tous vivent heureux ? Serais-tu égoïste, Aleanore ?

Ainsi, donc, elle est partie. Elle reviendra, Grimoald en a la certitude. A son retour, il l’aimera autant, il l’aimera même plus. Souris, Grimoald, la vie t’attend. Mais ce fut sans compter sur la misère humaine. Les humains sont pauvres, dénués de courage. Alors que certains animaux tuent pour survivre, l’humain se donne la mort, fuyant ce qui, pour certains, est un trésor. Il allait monter dans le coche, lorsqu’un cri fut poussé. Ce n’était pas un cri de femme (ce qui eut pour effet de rassurer le môme). Un cri d’homme, viril, dont la signification n’était pas audible. La chapelle… Montmorency laissa là la comtesse du Lavedan, se fondant en excuses, et il courut vers la chapelle. Les portes étaient ouvertes, et le peu de lumières qu’offrait cette ouverture éclairait le sinistre tableau.


« Non… non… »

Et si, Grimoald. Pauvre petit… Elle t’a mentit. Ne fais confiance en personne. La vie te l’a déjà montré, non ? Et maintenant, il te reste à pleurer. A la pleurer, en espérant qu’elle monte avec les anges. Ni une ni deux, le gosse se dirige vers elle, courant, bousculant tout sur son passage. Il n’en croit pas ses yeux écarquillés, et ne se soucie même plus du titre de noblesse de l’homme qui est déjà près d’elle. Il s’en moque, sa reine n’est plus. Poussant de l’épaule (mais non sans volonté) le Baron, il secoua le corps sans vie de l’étincelle. N’essayes pas, Grimoald, cela n’en vaut plus la peine. Pourtant, il la secoue, l’appelant, criant son nom… Et les larmes de lui venir aux yeux… Et le jeune homme de pleurer… Ses habits sont souillés de sang, mais il s’en moque. Le sang n’a jamais tué personne… Et il crie, encore, se vidant de toutes les larmes que son corps pouvait produire. Il l’embrasse, l’étreint, lui murmure des choses. Mais ceci ne la fera pas revenir.

Et c’est ainsi que, en quelques instants passés aux côtés de celle qui n’était à présent qu’un fantôme, Grimoald devint un homme. Oui, le môme a grandit. Jamais plus il ne pleurera, jamais plus il ne sera triste. Parce qu’aujourd’hui, sa raison de vivre est partie.

Adieu, belle Poupée Sanglante.

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Eilinn_melani
[In the dark, I can see, I can feel your light]

Alors qu'elle attendait la réponse du baron de Digoine, un jeune garçon, déjà rencontré à Cauvisson la dépassa, bousculant presque Eusaias pour pénétrer dans la chapelle. Intriguée, elle pencha la tête pour savoir ce qui se tramait au sein du lieu saint.

Ce furent les gémissements de Grimoald qui l'alarmèrent, et elle entra dans le sanctuaire. Ce fut d'ailleurs le sang répandu qui glaça sa poitrine. Lentement, dans la pénombre, elle distingua la robe qu'elle avait vu portée quelques minutes plus tôt par l'Etincelle, et elle étouffa un cri, ne comprenant que trop bien ce qui se passait. Elle s'approcha encore, pour voir Grimoald étreindre avec ferveur le corps d'Aléanore.

Eilinn comprit alors la raison qui avait poussé le baron à faire appel à un prélat. Et par le cruel destin imposé par les Parques, elle se retrouvait en ce lieu, avec ce corps éteint, se préparant à commettre un des pires crimes considérés par l'Eglise Aristotélicienne. Ses poings se serrèrent, elle ne pouvait refuser cet office à l'Etincelle. Et sans cérémoniel, donna un ordre au Digoine.


Empechez quiconque d'entrer.

La gamine fit volte-face, et alla fermer les portes de la chapelle, les barricadant avec un banc se situant non loin de là. Elle posa un instant le front sur le bois frais de la porte, rassemblant ses esprits. Puis avec une energie inattendue, elle se retourna et fouilla du regard la chapelle.
Ne s'interrogeant même pas sur la présence providentielle d'un calice d'eau bénite, elle s'en saisit, pour aller le déposer près du corps sanglant de l'Etincelle. Grimoald toujours prostré sur son corps, pleurait. Mais Eilinn ne pouvait se permettre de laisser les secondes s'écouler.
Elle n'avait que trop peu de temps pour officier, et elle força presque avec violence Grimoald à lâcher le corps de l'Etincelle.

Cruelle ironie que son premier office de cistercienne soit un enterrement...


Aide-moi ! Récite avec moi !

Elle ne pourrait pas aller au bout de ce qu'elle allait commettre seule, et c'était par terreur qu'elle entrainait Grimoald dans ce cérémoniel macabre. Eilinn commença par réciter le Crédo, les paroles s'écoulant avec aisance, tellement habituée qu'elle était à murmurer cette prière. Mais elle était dite avec une ferveur inattendue.

Je crois en Dieu, le Très Haut tout Puissant
Créateur du Ciel et de la Terre,
Des enfers et du Paradis,
Juge de notre âme à l'heure de notre mort.

Et en Aristote son prophète,
Fils de Nicomaque et de Phaestis,
Envoyé pour enseigner la sagesse
Et les lois divines de l'Univers aux hommes égarés.

Je crois aussi en Christos,
Né de Maria et de Giosep.
Il a voué sa vie à nous montrer le chemin du Paradis
C'est ainsi qu'après avoir souffert sous Ponce,
Il est mort dans le martyr pour nous sauver.
Il a rejoint le Soleil ou l'attendait Aristote à la droite du Très Haut.

Je crois en l'Action Divine,
En la sainte Eglise Aristotelicienne Romaine, une et indivisible,
En la rémission des péchés,
En la communion des saints,
En la vie éternelle.
Amen

Tenant toujours les mains de Grimoald, elle enchaina sur l'Absoute.

Délivre-moi, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable:
où le ciel et la terre seront ébranlés, quand tu viendras éprouver le monde par le feu.
Voici que je tremble et que j'ai peur, devant le jugement qui approche, et la colère qui doit venir.
Ce jour-là doit être jour de colère, jour de calamité et de misère, jour mémorable et très amer
Donne-leur le repos éternel, Seigneur, et que la lumière brille à jamais sur eux.


Pardonne-moi Seigneur de piétiner la liturgie de la sorte, mais j'espère en ma candeur et ma naïveté profonde que ton jugement sera juste et qu'il fera fi des manigances des corrompus qui disent te servir.

Eilinn se saisit du calice d'eau bénite, trempant ses doigts ensanglantés, et traça la croix sur le front d'Aléanore, terminant sa prière par le "Subvenite".



Venez, saints de Dieu, Accourez, anges du Seigneur,
Prenez son âme et présentez-la devant la face du très-haut.
Que Christos qui t'a appelé te reçoive, et que les anges te conduisent au Paradis Solaire.
Donne-lui, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière perpétuelle l'illumine.


La main tremblante, elle reposa le calice à terre, se sentant soudainement épuisée, terrassée, comme ce jour ou elle avait appris la mort de sa mère. Alors seulement, les larmes coulèrent sur son visage, tandis qu'elle réalisait la mort d'Aléanore. Et l'atrocité de ce qu'elle venait de commettre.
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Clemence.de.lepine
Elle avait encore sur ses lèvres la sensation du baiser d’Aléanore. Ça avait été aussi violent qu’une gifle portée de toute la force d’un bras, ça avait été aussi douloureux que cette lame de poignard affutée glissant sur sa peau blanche, ça avait été aussi puissant qu’un mot de haine, un mot d’amour… Qu’aurait-elle pu lui dire de plus ? Qu’aurait-elle pu faire de plus ? Elle avait essayé de la supplier, et elle en avait rougi la seconde d’après, alors qu’Aléanore la mettait face à son reflet. Elle avait essayé l’ironie, cela n’avait pas eu le même effet qu’autrefois. Aurait-elle dû l’incendier, cette Etincelle, de lui avoir à son tour et à sa façon avoué son amour ? Aurait-elle dû la frapper, l’insulter, elle qui jamais plus n’avait levé la main sur quiconque, elle qui jamais plus n’avait cédé à ses pulsions colériques ? Elle était restée inerte, bouillant intérieurement de ne pouvoir, de ne savoir quoi faire. Elle avait laissé l’Alterac la mettre à l’écart, elle l’avait laissée faire, et si cet élan de tendresse et de réconfort l’avait heurtée dans sa morale prude et innocente, elle ne pouvait pourtant nier qu’il était la preuve la plus parfaite d’un amour dont elle avait rarement pu se sentir à l’origine. Sa mère… sa cousine… Raphaël… sa famille. Mais hormis eux ? Qui avait pu lui offrir un amour tel que celui qui avait émané de cette frêle jeune femme ? Etait-il possible qu’elle parvienne à aimer tant de monde à la fois, et même ceux lui ayant montré si peu de tendresse – elle la première ?

Telle une marionnette tentant de vivre lamentablement sans son marionnettiste, elle tourna les talons, épuisée, pleine de crainte, d’incertitudes, de doutes et de rêves, pourtant. La vie sans Aléanore ? Bien sûr, que c’était possible. Comment avait-elle fait, avant ? Il faudrait juste, une nouvelle fois, surmonter quelques angoisses, quelques douleurs, quelques souvenirs, et l’histoire suivrait son cours. Comme toujours. Elle vint leur dire adieu, et c’était alors comme si Aléanore n’était déjà plus là. Y avait-il ici quelqu’un qui comprenait réellement ce départ ? Personne n’avait pu la retenir, alors au fond, pourquoi ne pas la laisser partir, pourquoi ne pas tout simplement l’oublier, faire comme si tout était normal et que tout avait été décidé avant même qu’elle ne prenne sa décision, que c’était irrévocable, pas parce que l’Etincelle était obstinée, mais parce qu’il y avait une force au dessus d’eux tous qui avait tracé sans eux, sans elle, la destinée d’Aléanore ? Va donc, chère amie, mon Autre vivante quand l’autre ne l’est plus. Ne l’a jamais été. Notre résignation ne sera qu’éphémère. N’est-on pas voué à oublier, avec le temps ? Et si certains n’y parviennent, alors gageons que la folie les rattrapera en premier.

Et elle partit. Avec tout ce que Clémence aimait, adorait presque en elle, et tout ce qu’elle détestait, aussi. Etait-ce un soulagement ? Oh non. Encore un peu, l’Epine serait égoïste et ressentirait les affres de la perte d’un être qu’on n’a pas su aimer tout à fait comme on l’aurait voulu. La douleur des regrets, parce qu’on aurait voulu lui dire tant d’autres choses qui jamais pourtant ne franchiront ces lèvres timorées. Mais bientôt, elle le savait, elle parviendrait à ne plus lui en vouloir et peut être qu’elle comprendrait.

Pour l’heure, il était temps de partir également, et de laisser là, sans un regard, ceux qui restaient encore. Sauf que… bien entendu, les choses ne se passent jamais comme on s’y attend. Très vite, trop vite, ce fut la débandade : des cris, la réclamation d’un prélat et le départ de la jeune Eilinn, la fuite de Grimoald. Dans ce genre de situation, il n’y a qu’une seule attitude à adopter : on suit, et ensuite on prend le temps de s’inquiéter.

Affolée. C’était le mot. Pourquoi convergeaient-ils tous vers la chapelle ? Pourquoi s’inquiétaient-ils tous ? Pourquoi s’inquiétait-elle ? Pourquoi lui faisait-il peur, cet édifice religieux, alors qu’à leur vue, en temps normal, elle se trouvait habitée d’un profond sentiment de quiétude ? En temps normal… Y avait-il eu une seule chose normale, depuis qu’ils avaient tous reçu l’invitation d’Aléanore ? Elle se met à courir, le poids de ses jupes entravant sa cavalcade. Il lui semble qu’elle revient quelques semaines plus tôt, où dans les couloirs du château de Cauvisson, elle avait entamé une course semblable. Sauf qu’aujourd’hui, il n’y a pas de détonation. Mais le silence lui-même est détonnant.


« Aléanore… » souffle-t-elle alors qu’elle s’essouffle. « Aléanore…quelle folie est-il encore arrivé ? »

Elle se heurte à la porte, close, qui résiste, lui résiste, alors que sa poigne nerveuse tente de faire jouer le mécanisme. Pourquoi… Ils sont entrés, eux ! Qu’y a-t’il à cacher, pourquoi ont-ils fermé les portes ? Sa paume s’abat rageusement contre le bois, et elle appelle :

« Depuis quand interdit-on sans sommation l’accès à un lieu de culte ? » Hurle-t-elle ? Elle hurle. Elle essaie, à nouveau, impuissante. Et elle pense alors. Il y a toujours un accès pour le prêtre. Sera-t-il verrouillé, lui ?

Oh, non, il ne l’est pas. Elle a fait le tour, et elle constate. Elle constate bien plus qu’une issue ouverte. Le revestiaire est traversé et la vue du sang l’immobilise, encore.

Cette fois, c’est bien le sien, il n’y a pas de doute. Il y a ce visage, tourné vers la mort, et cette mer rouge qui l’entoure et l’auréole, qui la protège dans un carcan sombre mais tellement étincelant. Le sang, le sang… il lui donne la nausée, il lui donne des insomnies, des nuits de cauchemars. Est-ce un cauchemar ? Un rêve qui aurait mal tourné ? Ils sont tous là, Eilinn termine son office, et l’incongruité de la situation lui échappe : pourtant, que fait une gamine à s’occuper ainsi d’un… cadavre ? Un hoquet s’échappe de ses lèvres et elle porte la main à sa bouche, comme pour étouffer un cri qui de toute façon ne viendra jamais. Elle les rejoint, et peu importe alors qu’Eilinn soit la fille de la Salamandre – elle ne porte pas son passé - , et peu importe que le Baron soit un homme au verbe infâme – il est là et il a l’air bouleversé - , et peu importe que le Montmorency l’ait prise de si haut à Corbigny – il est si jeune et si pâle… - elle a envie de les aimer aussi parce qu’ils sont témoins de la même scène ignoble qu’elle.

Aléanore, tu es ignoble. D’un bout à l’autre tu l’as été.

Alors pourquoi es-tu si belle, même dans ce bain noirâtre qui exprime toute la laideur de ton acte ?

Oh, je t’aime, Aléanore. Pourquoi ne m’as-tu pas laissé le temps de te le dire ? Pourquoi nous en as-tu laissé si peu, à tous ?

Et elle laissa à son tour couler ses larmes. De souffrance, d’incompréhension, de tristesse. Sa main vint caresser la joue d’Eilinn tandis que l’autre, doucement, vint effleureur le dos de celle de Grimoald. Parce que c’est ce qu’aurait voulu Aléanore. Que l’on prenne soin des enfants.

Son regard alla à Digoine, douloureux, tragique : tu es l’Homme, que faut-il faire, maintenant ?

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Eilinn_melani
Eilinn eut un hoquet en sentant la main douce et légère de la demoiselle de Decize sur la joue. Elle releva ses yeux d'azur vers Clémence, trouvant miraculeusement un réconfort certain dans cette présence inattendue. Mais cette arrivée était aussi un danger certain, et la jeune fille devait maintenant dissimuler son forfait.

Avec effort, Eilinn se releva, sa houppelande maculée de sang noir, et se saisit du calice, renversant ce qu'il restait d'eau bénite sur le sol. La jeune fille avisa l'endroit par lequel Clémence était entrée, et jeta dehors le calice, aussi loin qu'elle le pouvait, comme si il était désormais contaminé par l'office tout juste achevé.
Tout cela était fait avec une froideur certaine, alors qu'elle était anéantie par le spectacle cauchemardesque de la chapelle. Sa tâche était terminée, et elle s'agenouilla sur un prie-dieu, mortifiée et épuisée, veillant à ne plus regarder le corps sans vie. L'odeur âcre du sang lui donnait le vertige, et elle ferma les yeux, tenant entre ses doigts fins sa croix de bois cistercienne.
Prier, il ne restait plus que cela.

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Isaure.beaumont
Si Isaure avait été aux côtés de Clémence comme elle l’aurait dû, elle se serait trouvée dans cette chapelle. Alors elle se serait avancée, impassible, et elle se serait plantée devant Elle. Elle se serait étonnée de tant de sang, mais son regard se serait arrêté sur le visage de l’Etincelle. Tu es belle l’Etincelle, même dans la mort, tu restes belle. Mais je te hais. Toi aussi tu me laisses. Et puis sans un mot, elle serait repartie en se terrant dans un profond mutisme, comme à chaque fois.

Mais de cette mort abjecte, Isaure n’en savait rien. Elle ne connaissait que l’obscurité de cette malle, promesse d’un somptueux voyage. Elle n’en sortirait que lorsqu’elle serait sûre d’avoir franchie la frontière Italienne, car oui, à cet instant là, il serait trop tard pour faire demi-tour, et Aléanore serait heureuse de l’avoir à ses côtés. C’était certain ! Elles seraient heureuses à Florence ! Aléanore, Clémence et elle. Oui parce qu'il était évident que sa cousine les y rejoindrait...

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Kilia
Pourquoi pas...

Il n'y avait rien à ajouter, elle avait été mise dehors comme tous les autres, dernier regard vers Aleanore et porte qui se referme. Le cœur est lourd, elle sort du castel comme un zombie, sans regarder les autres, sans pouvoir leur dire mot. Elle se force à dire à Trellia et Clayce un:

On se retrouve en Anjou.

Cape qui s'envole sur ses épaules et pas qui la conduisent jusqu'à sa monture. Voilà, les choses sont dites, l'étincelle part briller ailleurs. Et pourquoi se sentiment d'échec, de dégout en elle? Comme une mère qui lui aurait donné une seconde fois la vie elle s'en veut, certaine qu'en fait le mal d'antan n'avait pas complétement quitté son sang. Elle l'avait soigné, l'obligeant à regarder à nouveau ce monde qui l'avait détruit.
Elle se sentit plus légère en pensant que peut être l'Italie serait son salue, peut être que Nore avait raison, là-bas elle pourrait peut être vivre plus sereinement, faire nouveau visage et retrouver la joie de vivre. Oui, pourquoi être triste? Là-bas Aleanore serait heureuse, elle lui enverrait des lettres emplies de rayon de soleil, de beaux bruns lui faisant la cour. Elle ne pourrait voir son visage illuminé mais elle le lirait dans les lettres.
Un pied dans l'étriller et la voilà sur sa monture. Refaire le trajet en arrière cape au vent, sentir la brise sur son visage, ses cheveux flottant, se sentir en vie.
Bruits devant la porte du château qui lui attire l'attention. Aleanore sort et regagne son équipage. Voilà, elle part, elle vole vers un avenir plus prometteur. Main qui se pose à nouveau sur le papillon offert. Soit heureuse Aleanore, soit heureuse pour nous, pour toi... Dernière prière avant d'éperonner son cheval et de partir au grand galop. La duchesse repart vers son aimé, vers ses enfants, vers la vie qui se dessine à nouveau devant elle. Vers son mariage qu'elle doit préparer. Elle n'a pas eu le courage de dire à l'étincelle qu'elle était follement amoureuse, oui, elle, duchesse solitaire se perdait jour après jour dans ce regard d'océan, déclenchant en elle moult tempêtes proches des ras de marrée qui n'en finissaient pas de la submerger. Pensée vers son Vicomte de Pons, Baillant l'attendait, et galop qui se fit plus rapide.
Elle était déjà loin, insouciante, quand elle ressentit comme un coup de poignard dans le ventre. Ses mains se crispent sur les brides, stoppant sa monture. Reprendre sa respiration quelques secondes, cheval qui tourne sur lui même.
Le regard de la duchesse s'arrêta dans la direction du castel de Concèze, envie de faire demi-tour, raison qui revient la mettre dans le droit chemin, ne pas avoir de regret, cela ne sert à rien...

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[Milite pour l'ancien Forum!] Mère D'Anjou, dict la Lumière D'Anjou
Eusaias
Tout s’enchaîna si vite à l’arrivée des premiers. Une idée à la va vite vint piquer la jeune fille : verrouiller la porte pour protéger l’office. Aléanore aurait l’extrême onction, qu’importent les folles idées de l’église, tout se bascule, même le coup d’épaule ne le détourna pas de ses occupations. Alors que la petite marquise arrivait et le toisa du regard le Balbuzard recula d’un pas et tourna pudiquement la tête. Il ne pleura pas devant, plus… L’inspiration se fit très forte, jusqu’à soulever la cage thoracique prête à exploser et le souffle puissant chassa l’immobilisme et les pleures qui arrivaient.

Clémence vous allez chercher Clarisse, qu’elle nettoie le corps. Aidez-la s’il le faut, faites-vous aider aussi.

Le regard s’accrocha à Eilinn tout comme sa main le fit à l’épaule de la jeune fille.

Merci à vous, désormais nous savons qu’Aléanore avait de franches amies. Si jamais quelqu’un venait vous causer des tords pour cela, faites m’en part.

Les mots étaient mécaniques, autoritaires. Il cherchait à mettre en avant son sang froid, il le devait pour elle, pour eux. Désormais les quatre étaient liés par ce secret, cette prière interdite pour une jeune femme interdit d’église. Sans ménagement il saisit le jeune homme par l’épaule et le tira vers le haut.

Debout et aide mon valet à porter le corps au coche. Tu demanderas au valet de t’aider la-bas afin de la mettre dans sa chambre. Victor donne-moi ton pantalon !

Sans la moindre pudeur le Balbuzard fit tomber son pantalon souillé au sol et passa celui que Victor venait d’ôter.

Aide le jouvenceau à mettre le corps de ma belle dans sa chambre. Cache le corps au maximum ! Marie ne doit rien voir, ni les enfants. Je vais les chercher…

Les yeux se fermèrent pour retenir les larmes qui revenaient et la voix se brouilla :

Faites !

Ce fut à grands pas qu’il traversa la chapelle et de verrouilla la porte. L’eau du bénitier se tinta de rouge quand les mains du balbuzard furent lavées dedans. Désormais le plus difficile, le plus douloureux restait à faire, car si une chose était connue du Balbuzard, ce fut que le drame n’est point la mort, mais son annonce. Il avait donc, remontant l’allée, décidé d’étreindre sa suzeraine, de l’écarter, la maintenir contre lui malgré ce qu’elle dirait, ce qu’elle ferait. Même si dans un accès de colère elle lui enfonçait plusieurs pouces de fer dans la poitrine, il ne la lâcherait pas pour autant, elle ne verrait pas sa fille souillée de sang.
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Mariealice
Maintenant elle est libre.....

Depuis qu'elle était redescendue et avait demandé à Eusaias de se calmer, Marie avait regardé les allers et venues, sans plus de réaction que cela. Comme une spectatrice devant une pièce de théâtre, détachée.
Etait-ce une comédie? De celles dont on rit au final quand la trame est éventée, faisant se lever tout le monde pour applaudir la comédienne principale, le rôle titre, recevant des fleurs à tour de bras? Etait-ce une tragédie? De celles qui vous arrachent des larmes, des sanglots, vous serrent le coeur jusqu'à étouffer, vous laissent pantelant?

Elle l'ignorait. Sentiments confus pourtant que tout ceci était bien une mascarade sans pouvoir mettre le doigt sur l'indice vital qui lui permettrait de remonter dans la chambre de sa fille, de la secouer, de l'entrainer avec elle, de se retrouver enfin. Aleanore aimait depuis longtemps l'étalage de la puissance, de la richesse, sans doute pour compenser ce qui lui manquait et que sa mère n'avait jamais su lui apporter. Et une fois de plus elle se sentait inutile, fautive. Et une fois de plus elle restait sans réaction visible alors qu'un tumulte la secouait à l'intérieur, la faisait vaciller. Qu'une fois ne cessait de lui murmurer de l'arrêter, de l'empêcher, qu'il le fallait absolument si elle ne voulait pas la perdre. Que la réaction de son ainée, ce semblant de fuite, ne lui correspondait pas.

Et pourtant... Elle ne fit pas un geste lorsque cette dernière finit par les rejoindre, tout sourire, mais pâle, si pâle, pour un dernier au-revoir à la cantonade, suivie par cet homme qui les avait menés les uns après les autres en haut de ces marches qu'elle descendait maintenant avant de disparaître dans un coche. Eusaias s'engaga à sa suite, ordonnant aux enfants de rester là, qu'il allait chercher leur mère. Même à cela Marie ne réagit pas, restant à murmurer ce qu'il ne pouvait entendre, comme un mantra dérisoire et vain.


Rattrapez-la.... Rattrapez-la....

Lentement pourtant, elle sortit elle aussi sur le perron, les coches étaient hors de vue. Trop tard, trop loin déjà et cette envie d'hurler, de l'appeler, même si cela ne servait à rien. De crier encore une fois ce prénom qu'elle avait choisi alors que Jacques l'avait fait pour Arthur. Jusqu'à entendre ce prénom mais dans la bouche d'un autre. Un autre hurlait mais d'une façon si déchirante, si.....

Elle s'arrêta net tandis que d'autres marchaient ou couraient en direction de cette voix. Elle s'arrêta net comme si tout son corps refusait déjà la vérité qu'il n'avait cessé de tenter de lui faire entendre. Tout ceci n'était pas normal, tout ceci n'était qu'une vaste machination, un plan savamment orchestré et l'Italie n'était qu'un leurre de plus.

Combien de temps se passa tandis qu'elle devenait statue de marbre dans cette allée? Nul n'aurait pu le dire. Ce qui la sortie de sa torpeur ce fut de voir Eusaias, celui dont elle avait reconnu la voix, venir à sa rencontre. Aussi pâle qu'elle. Et le sang qu'il avait tenté de masquer en changeant de tenue, parce que tenir ainsi un corps sanglant ne maculait pas que les braies. Ce sang qui réveilla le sien. Ce sang qui redonna vie à ce corps inerte. Ce corps qui se mit en mouvement et fut arrêté par son ami et vassal. Ce corps qui se raidit, se tendit à l'annonce funeste qu'elle avait pressentie et refusée d'entendre. Et le soleil se ternit, le jour se voila, le sang se retira de ce même corps, tandis que le noir se faisait, que ce coeur qu'elle aurait aimé retirer de sa poitrine, se serrait mais continuait de battre, que quelques mètres plus loin, celui d'Aleanore avait cessé à tout jamais. Pour toujours et à jamais, ces deux ainés avaient rejoint leur père. Libérés.

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Alycianne
Au bord de la crise nerveuse, l'Alycianne ne voyait qu'une chose à faire : manger. Aussi se dirigea-t-elle lentement, le nez comme guide, vers les cuisines. Arrivée là, elle capta le regard d'un marmiton. Je suis dans l'Horrible et Affreuse détressitude, là, tu sais ?

- Je peux avoir des goutues de gourmandises, s'il vous plait ?

On l'installe à une table, on lui parle, elle n'entend rien, on essaie de la distraite, oui, cela arrive ma demoiselle, tout va bien, elle fixe ses mains, ne revenant toujours pas de ce qui est arrivé un peu plus tôt.
De petites chouquettes arrivent, et à la mioche d'en saisir une, la lorgner consciencieusement, et de croquer dedans. Toute la tension accumulée lâche alors, le robinet des pleurs est ouvert, et c'est une fillette fontaine qui se bâfre de petits choux à la crème -par ailleurs "dilicieux". Ca renifle, ça mastique, ça pleure, et ça avale. Le marmiton lui apporte un verre de vin. Gentil marmiton. Glouglou, la môme ne s'arrêtera dans sa crise de boulimie que les chouquettes finies, sous l'oeil interloqué du garçon de cuisine.


- Marchi.
Reniflement des plus délicats, puis un sourire vient étirer ses lèvres. J'avais du besoin, là. Besoin de pleurer... Elle se sent chochotte, salie par cet adjectif, salie par ces larmes.

Puis elle réalise qu'elle a mal agit, qu'elle aurait dû parler, essayer de comprendre, calmitude un jour calmitude toujours, discuter entre amies-complices, et jamais il n'y aurait eu de problème. Elle l'aurait raisonnée, elle lui aurait sourit, elle l'aurait charmée, non, rien ne pouvait lui résister, l'Etincelle ne manquerait pas à la règle. En étant Polie, Adorable et Sage, elle aurait ce qu'elle voudrait.
Vague de remords qui s'abat sur l'enfant.

Oh, j'ai fait une bêtise !

Il faut la réparer ! Et vite.
Elle saute de son siège, tombe. Les bras du marmiton la relèvent.

- Vous allez bi...
- Merci !

Et déjà, elle est partie. Court, court dans les couloirs. Se perd.

- Aleanore !
Première fois qu'elle n'ajoute pas le "dame" devant.
Tu es où ? Première fois qu'elle la tutoie.
Aleanore !

Elle monte des escaliers, en redescend ouvre plusieurs portes, dérange, lance des "Pardons !" à la volée, se prend les pieds dans un tapis. Puis arrive enfin en terrain connu. Elle a rejoint, elle ne sait comment, le petit salon. Elle ne s'occupe pas des jeunes filles qui sortent en courant, pourquoi le ferait-elle ? Elle a bien plus important à s'occuper.
Se réconcilier, dire que tout est toujours pareil, dire qu'elle a trouvé une solution, inventer une solution, regarder Aleanore rire de sa solution, rire avec Aleanore.


- Aleanore !

Elle grimpe les marches quatre à quatre, se rue dans la chambre de l'Etincelle. Vide. Si seulement elle pouvait se douter que la jeune femme était loin de là, que deux jeunes filles priaient déjà là-bas, que son père savait, lui... Mais non, elle était là, les bras ballants, à regarder cette chambre. A se demander où pouvait être son amie. Et les malles sont là, malles qui attendent aussi leur propriétaire.
L'Etincelle va repasser par ici.

Elle s'assied sur une malle, sèche ses yeux, arrange ses cheveux, n'imaginant pas d'un poil que sous son son postérieur -rose crevette- est cachée une autre demoiselle, tout aussi têtue.
L'Etincelle va repasser par ici.
Et l'Alycianne sera là.

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Cassian_darlezac
Et s'il ne voit pas que tu es un ange, alors qu'il change de boulot...

Un sourire. Voilà ce qu'on peut voir poindre sur le visage du gamin, alors que les yeux de son étincelante et tortueuse angevine s'embuent à nouveau. L'échange entre la mère et le fils prend alors fin. Triste mais étrangement serein le gamin attend les siens près de la porte. Alycianne est la première à la franchir. La déception se lit sur les traits de sa frangine, une nouvelle fois le quartz est martelé et un autre pan de pierre s'en détache et le joyau qu'il renferme n'en est que plus étincelant et fier. Alors il pense à cette soirée en taverne après qu'Alycianne ait été attaqué par l'armée et à cette métaphore qu'il avait faite pour la consoler. L'intrépide avait alors tenu à peu près ce langage :

« Tu es bien un joyau 'Cianne, mais pas n'importe quel joyau. Aussi tu sais ce que c'est un quartz, non ? » A la petite d'acquiescer. « Et il se passe quoi lorsqu'on brise un quartz ? C'est là que ses cristaux révèlent toute leur beauté, pardi ! Toute leur force ! Acharne toi dessus, écrabouille le, fait lui de la saloperie de méchanceté autant que tu veux. Qu'importe que les cristaux se brisent, ils ne cesseront pas de faire de la scintillation pour autant, c'est même plutôt du contraire. Aussi comme un quartz tu as été cassé et comme un quartz tu n'en sera que plus exquise. »

Et au morveux d'approuver ; oui Alycianne est bien un quartz. Seul leur différence d'age fait qu'il réagit différemment, la vie aidant l'enfant qu'il était a appris à se résilier. Il y a des choses qu'on ne peut changer malgré toute la bonne volonté du monde. Ne reste alors plus qu'à les refuser ou les accepter. Contrairement à son père où à Alycianne lui l'accepte pour Aléanore. La vie peut changer si vite, tellement vite. On peut être un orphelin et grâce à un « oui » soufflé timidement voir l'existence reprendre ses couleurs. Et pourtant combien de fois lui a-t-on dit qu'il ne fallait pas suivre des inconnus ? En vertus de son amour pour elle il la laissera donc faire ses propres choix si elle pense que ceux ci peuvent être salvateurs. Et ils le seront gamin, oui tu en es certain, ils le seront. Si ton orgueil t'amène à penser qu'elle ne peut être heureuse loin de vous, ta confiance et ton amour font que tu veux y croire. Alors tu pries pour que – si un jour tu revois 'Nore – ses larmes et ses souffrances soient éteintes à jamais. Dieu peut se révéler étrangement mesquin, tes prières seront exhaussées petit.

Les voilà donc qui sortent tous à la suite d'Alycianne, un instant son regard effleure Griotte resté étrangement muette depuis le début. Puis vient la parade finale, l'étincelle descend les escaliers, fait sa révérence et quitte la scène. Le dénouement approche quand les derniers mots sont prononcés, tout se termine quand la porte du coche se claque. Elle vous aura fermer sa porte à tous et tout les yeux se rivent sur ce coche qui se met en action. Voilà, c'est fini et sans que tu ne puisses rien faire gamin. A présent l'heure n'est plus qu'aux regrets. Et alors que Papa tente une dernière fois le tout pour le tout, toi tu laisses tes pas t'entraîner en dehors du tumulte à la recherche d'un endroit paisible loin de tout, loin de tous.

Comme une réminiscence de son ancienne vie, c'est à chaque dans la nature que le môme par se terrer quand il se sent des envies de solitude. En bon fils de bucheron il s'est toujours senti quelques affinités avec les arbres, une sérénité tout naturel l'aide a pensé ses plaies. Loin de tout il peut enfin se laisser aller à l'apitoiement, avouer qu'il est loin d'être aussi parfait qu'il le prétend et que toutes ses tentatives pour protéger les siens ont toujours été vaines. Là il peut laisser tomber son masque de morveux insensible et parfois même se laisser aller à être nostalgique. Rien qu'un instant il voudrait pouvoir se laisser bercé par le bruit du vent, s'allonger sur un couffin feuillu et relâcher toute la pression qu'il s'est mise sur ses frêles épaules. Cette mission qu'il s'est donné et qui demeure un éternel échec, celle de protéger les siens afin de pouvoir un jour se pardonner d'avoir lâchement fuit.

Un cri. Le môme s'arrête un instant, tend ses esgourdes. Le domaine de Nogent est vaste, boisé, plus loin clapote une rivière, il s'agit l'Huisne qui accueille le Rhône en son sein quelques lieux en amont. Sans doute est ce là que ses pas l'aurait directement mené s'il ne s'était arrêter. Quoi de mieux que la fuite inexorable de l'eau pour qui veut penser sa vie ? Pourtant il fait machinalement demi tour et ses pas le mènent vers la source des exclamations, la chapelle. Discrêtement il approche. Il ne souhaite se mêler aux autres, juste savoir qu'elle peut être la cause de cette agitation. Et comme en réponse à ses questionnements le couperet tombe.


« Clémence vous allez chercher Clarisse, qu’elle nettoie le corps. » Le corps... le corps... le corps...

Frêle silhouette figé tu sens ton esprit faire écho du dernier mot prononcé par Papa, le reste tu ne l'entends plus, le reste est inutile. Combien de temps de temps te faudra-t-il pour sortir de ta léthargie et comprendre enfin ce qu'il vient d'arriver ? Peu importe, le fait est que tes pas refirent le chemin inverse, parcoururent la cour, passèrent l'enceinte et avalèrent encore quelques mètres jusqu'à te porter ensuite aux abords de la rivière. Sur la rive tu t'étais affalé, sans même chercher à te cacher. A quoi bon être invisible de la route ? De toute façon tous sont surement aux côtés de Maman et plusieurs heures peuvent passer avant qu'on s'aperçoive de ton absence. Tes poings se crispent alors qu'une phrase te revient sans cesse à l'esprit : « On ne pleure pas chez les Blanc Combaz, on ne pleure pas mon fils. ». Dans un murmure la réponse arrive: « Non je ne pleure pas Papa c'est juste de la fatigue, de la poussière dans l'œil, non je ne pleure pas Papa. Jamais.»

Machinalement les doigts parcourent le sol à la recherche de cailloux, et là assit en tailleur le môme envoie valser les pierres sur la surface de l'eau où elles rebondissent avant d'être englouties. Il n'aura jamais appris à Maman à faire des ricochets, tu sais ça guérit tout Maman les ricochets...


Edit pour ajouter quelques précisions sur l'endroit où se trouve mon môme.
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Blanche_
Mais où était Blanche ?
Avec Clarisse ! Clarisse qu'elle trouvait charmante, quoiqu'un peu sotte, voire franchement nigaude, et à qui pourtant, elle racontait ses déboires en Pannecé, sa dernière chasse ; à qui elle demandait des nouvelles d'Aléanore, et si tout n'était pas trop dur, partir en Italie, elle voulait dire, car c'est loin, l'Italie, et surtout c'est chaud, comment faire pour ne pas brunir ?
Des mains bronzées, sont-ce encore des mains nobles ? Si la peau brunit et se plisse, elle devient laide et paysanne, disait Blanche. Elle s'abime, et pour Aléanore, quelle perte ! On la dira moins luisante, moins brillante, l'Étincelle, pourrait elle ne pas briller ? Pour Blanche, c'est là la solution : on ne part pas en Italie, car il y a déjà trop de soleil, et le soleil, en France, il n'y en a pas assez...
Qui brillera pour eux, français ? Moi je m'occupe de la Bretagne, car j'y suis née, et j'y mourrai. Mais la France, Aléanore ? As tu songé à cette France que tu abandonnes ?
Il faut rester, pour la France, et tes mains.
Oh, Pauvre Blanche. Ses mains, ses mains... As tu seulement idée comment elles sont, désormais, ces mains ? Quand de l'entaille a jailli la vie, qui coule sur le corps et les membres, a t'il été question, une fois seulement, de ce que la peau recouverte, est dessous le sang blanche ou noire ?
On arrive. Les prévenir, de quoi, quoi ?
Cassian au sol, qui joue avec des petits cailloux. A chaque crissement des souliers sur les gravillons, le mot devient plus dur encore. Le corps. Le corps.
Aléanore, songe t'elle en soupirant. Si tu es morte, je te tue !

Elle avance lentement, ne parle plus à Clarisse, le visage s'est figé entièrement. Elle ne parle plus, elle ne sait plus parler, à quoi servent les mots ? Une question qui revient, qui l'assaille sans répit. Ses mains seront elles noires ou blanches ? Dites ? Sont elles noires ou blanches ?
Cassian joue encore, et l'entre-choc des pierres les unes contre les autres lui devient assourdissant. Elle a envie de le frapper, comme pour évacuer sa colère ou son angoisse. Ne pars pas en Italie, muo dunne, j'ai peur dans le noir !


Digoine. La Marquise. Eilinn et les autres. Les enfants et le père, mais la Mère, où est-elle ? Il manque un petit caillou dans la paume de Cassian, un caillou parfait, aux lignes courbes et douces. Qui étincelle même dans la plus grande obscurité.
Clémence ! crie la voix bretonne.
Pitié, rajoute l'écho silencieux. Dites moi que le caillou n'est pas blanc...


[Mode modo ON]
Bonjour, le HRP n'est autorisé que s'il permet une meilleure compréhension du rp soit pour les lecteurs soit pour les joueurs. Ici, préférez le mp pour ce genre de renseignements. Bien entendu, ce mot pourra être supprimé par vos soins une fois lu. En vous souhaitant une bonne journée et un bon jeu.
'Nouche
[Mode modo OFF]

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Riches, tenez bon !
Clemence.de.lepine
Si le temps avait donné l’impression de s’être figé l’espace d’un instant long, très long, au cours duquel Clémence avait pu étudier un à un chacun des visages présents, la larme coulant toujours le long de ses pommettes saillantes, désormais, ce temps si précieux semblait se précipiter.

Le Baron avait parlé, il avait donné ses recommandations, ses ordres, et l’héritière s’y plierait sans sourciller parce qu’elle savait que c’était lui ici qui devait avoir la maîtrise de la situation. Après un dernier regard encourageant à l’adresse d’Eilinn et de Grimoald, un dernier coup d’œil humide à ce corps inerte et sanglant, elle était sortie de la chapelle par là même où elle était entrée. Aléanore allait être transportée au castel, il lui fallait entre temps trouver Clarisse, comme Digoine l’avait demandé. Ensuite, on lui prodiguerait les derniers soins. On la nettoierait. On lui ôterait toute trace de cet acte d’une si provocante laideur. Ma chère Etincelle, nous te rendrons belle par delà la mort, quand bien même te voilà souillée jusqu’à l’âme…

A l’extérieur, l’air frais la fit chanceler, tout comme la vision de Cassian tournant le dos à l’édifice pour fuir, sans doute. Avait-il surpris quelques uns des mots lancés par son père ? Elle aurait voulu le retenir et oublier un moment ses rancœurs pour lui exprimer quelques paroles rassurantes. Mais que pouvait-elle lui dire de rassurant alors que l’Alterac baignait là-dedans dans son sang ? Son cœur se serra : aurait-elle pensé quelques jours plus tôt qu’elle se retrouverait là à pleurer pour Aléanore mais aussi pour ceux qu’elle laissait derrière elle ? A pleurer pour Cassian, ce petit paon plein d’orgueil qui dans sa solitude, aujourd’hui, lui étreignait l’âme d’une façon si douloureuse ?

Clarisse. On t’a demandé de trouver Clarisse. Mais où donc doit-elle la chercher ? Éperdue, Clémence remonte ses jupes et allonge son pas. Non, elle ne courra pas. Elle ne doit pas paniquer, elle ne doit pas montrer qu’une tragédie vient de se dérouler. Elle prend le chemin du château, compte passer par l’arrière, là où personne ne la surprendra, et elle aperçoit Blanche, alors, qui vient à sa rencontre. Blanche… Que fais-tu avec Clarisse ? Oh, quelle bénédiction ! Le Très-Haut soit loué, Il facilite notre tâche, Il nous aide dans notre effort de vouloir laisser à Aléanore sa dignité de femme et de croyante ! Comment, alors, comment pourrait-Il lui en vouloir de quoique ce soit ? La vie est pleine de signes.


Blanche ! fait-elle en réponse au cri de la Bretonne. Et elle lui tombe dans les bras, leur offrant son corps frêle et tremblant. Nous n’avons pas le temps. Elle se reprend, elle sèche ses larmes d’une main vigoureuse et se tourne vers Clarisse, la confidente d’Aléanore. L’expression de son visage n’offre aucun doute possible. Elle sait.

Vous savez… Vous saviez ! Elle martèle ses mots, emplis d’une rage dont elle avait rarement fait montre devant le monde. Elle pointe un doigt accusateur en direction de cette domestique mais avant tout amie qui avait tout partagé avec sa maîtresse. Jusqu’à ses secrets les plus destructeurs… Elle l’empoigne par les épaules, elle la secoue, elle lui déverse au visage toute sa colère, toute sa douleur, toute sa tristesse. Pourquoi ? Pourquoi l’a-t-elle laissée faire ? Pourquoi n’a-t-elle rien fait pour empêcher cela ? Et si elle connait la réponse – comment peut-on empêcher la Dame de Concèze de faire quoique ce soit ? – elle ne se retient pourtant pas et continue à invectiver Clarisse, la rendant coupable de ce qui s’est produit, puisqu’il en faut un pour purger sa peine. Et quand enfin la raison lui revient – le temps leur manque ! – elle se contente de prendre une simple mais longue inspiration en portant sa main froide à son front si chaud.

Clarisse… Allons à sa chambre. Nous allons… Enfin… Allons-y, c’est tout. Elle nous y attend.

Elle n’a qu’un regard pour Blanche alors qu’elle se dirige vers la chambre. Tu as peut être compris qu’elle est bel et bien partie. Pas vers Florence, non. Ailleurs, bien plus loin encore, ou bien plus prêt, c’est selon. Mais tu n’as sans doute pas compris l’exactitude de la situation, les circonstances de ce départ. A toi de voir si tu te sens le courage de le découvrir en nous suivant. Je ne doute pas de ton courage, et de toute façon, je ne te demanderais pas de rester en arrière… Je n’en ai pas la force. Et tu étais son amie. Aussi.

Et elles poussèrent la porte de la chambre.

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Blanche_
Bien sûr qu'elle savait ! sursaute Blanche en serrant Clémence contre elle. Pour la première fois, Clémence laisse paraitre ses sentiments, et Blanche est désolée, tellement désolée d'y voir de la peur et de la tristesse, qu'elle ne comprend pas l'Hermine, rien, rien du tout, pourquoi elle pleure ni ce qui se passe, et ce ton, cette horreur de ton agressif contre une domestique bête comme ses pieds, allons, ce n'est pas gentil ça, Clémence.
Nous savions tous qu'Aléanore partait, ne vous l'a t'elle pas dit comme à moi ?
Les gens sont fous. D'abord Aléanore et l'Italie, l'Italie chaude et terrible pour la peau, ensuite ces cris autour d'une Église, il ne faut pas crier, ça trouble les morts, et moi ensuite, je suis anxieuse !

Elle suit les deux blondes, troisième point de ce triangle nouveau. Et elle les suit sans comprendre, il n'a jamais été question de comprendre pour celle qui se complait si bien dans un monde imaginaire et beau.
Tout le monde il est beau, pense Blanche. Toi, Aléanore, rouge ou noire, toi aussi tu seras belle. C'est comme ci, c'est comme ça. Elle suit, hermine, dans un troupeau de femme qui va au sépulcre. Mais elle suit sans savoir, c'est cela qui est beau, elle va sans connaitre, en aimant simplement, et si Aléanore voit, elle voit Clémence qui retourne à elle en sachant tout, douce et aimante Clémence, elle voit Clarisse qui vient en ayant su, et Blanche qui bientôt va savoir.
Si Aléanore voit, va t'elle faire quelque chose ? Va t'elle arrêter la porte qui s'ouvre, ou laisser l'hermine se tâcher une fois encore ? Perdre un nouvel idéal, pour celle qui déjà n'en compte presque plus, n'est ce pas laisser partir un bout d'âme vers celle qui déjà a fui ?
La porte s'ouvre. Blanche toujours, ne comprend rien.


Savoir... Mais savoir quoi ?

La voix est rauque de ne pas savoir. Plus que l'acte, c'est son idée qui est odieuse, à s'immiscer dans un esprit pur et ne plus vouloir en déloger. Il n'y a rien à savoir, martèle l'envie de Blanche. Rien, Rien, Rien !
Mais la porte est ouverte, et l'évidence frappe. Le cœur de Blanche cesse de battre un instant, suffisant pour que le nouveau coup qui frappe ensuite la surprenne et la brûle.
J'ai mal, dit le cœur.
On est triste, disent les yeux.
Fermez la, dit la môme. Regardez comme elle est belle quand elle dort.

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Riches, tenez bon !
--Valet_de_rond
Suivre, c'pas compliqué, okay, on suit, mais on suit où, on suit le chef & l'chef y dit d'prendre les rênes et de faire bouger les ch'vaux, alors y fait bouger les ch'vaux, pas compliqué de suivre. Sauf qu'la suite, il la suit plus, l'Baron hurle, crie, pleure, gémit et au fond, il y a cette tâche de sang sur celle que l'Baron appelait sa promise. Et vas y qui nous envoie courir à l'aut' bout pour aller chercher un clerc.

Et tu parles d'un Clerc, une gosse qui barricade la chapelle comme une forcenée, incompréhensible, quand j'vous dis qu'il suit plus rien l'Victor. Une gosse qui en a dans le bide y a pas à dire. Pas comme cui qui larmoie, qui larmoie encore sur .. Elle était belle la promise du Baron, y a pas à dire. Et c'est tout à ses réflexions que l'ordre claque, les braies sont ôtées et il ramasse celles pleines de sang pour les passer puisque de toute façon, il devra porter le corps. Pas besoin d'un avorton pour ça. La cape usée glisse de son dos pour recouvrir délicatement le corps de la pauvrette, et sans un bruit, l'Victor de porter son précieux fardeau et de le ramener vers le Castel, indifférent à tout, à tous. Il porte une morte, une suicidée, l'Victor, mais y s'en fout, c'est rien qu'une pauvrette, cette-là. Et aux regards de certains, c'pas forcément une gamine qu'était mal aimée.

Y s'en fout, l'Victor, y juge personne, y a Dieu pour cela, et l'Baron qui juge les affaires de Digoine. Alors il gravit les marches sans s'arrêter, insensible aux autres, à tous ces autres et il demande son chemin à un valet effrayé et livide. La chambre de la petite donzelle ? M'ci bien m'gars. La porte est poussée et il s'apprête à déposer son chargement quand le regard bovin du valet s'pose sur le coin de la chambre. La gosse.. Qu'est-ce qu'elle fout là, la gosse ? Le corps est posé sur le lit, le manteau sale ôté, ça lui répugne de montrer ça à une enfant, et plus encore celle du Baron, mais la pauvrette mérite pas d'avoir le visage souillé par ses guenilles alors, il l'abaisse juste un peu, par acquis de conscience, prenant soin de recouvrir soigneusement les bras du cadavre.


Va-t-en la môme.. Va-t-en.. T'as rien à voir. Va-t-en qu'j'te dis ! Ton père voudrait pas..

Et la porte s'ouvre, laissant là, un Victor désemparé qui s'adresse aux trois femmes.

Faut qu'elle parte, son père voudrait pas ..

Et moi, je veux pas mourir.
Eilinn_melani
Prostrée sur son prie-dieu, tentant d'oublier les images morbides et sanglantes d'Aléanore, Eilinn ne put prier. Son esprit se révélait anesthésié par l'horreur et le choc, alors que pendant les brefs instants ou elle avait officié, tout avait été clair dans son esprit.
Elle payait durement le contre-coup de son acte, le regard presque hagard, et elle ne répondit même pas au Baron de Digoine. Un sourire désabusé naquit brièvement sur les lèvres pâles de la jeune Salamandre.
Que pourrait-il faire face à l'écrasante machinerie de l'Eglise Aristotelicienne, plus prompte désormais à sortir la menace de l'excommunication qu'à propager la foi ? La seule sauvegarde que la jeune fille pouvait envisager était que jamais ne filtre cet évènement, mais à voir les regards de ceux qui étaient encore présents quelques instants plus tôt, il y avait fort à penser qu'ils ne révèleraient rien.

Epuisée, Eilinn voulut se relever, mais son corps chétif se rebella à sa volonté, et elle resta sur ce prie-dieu, non loin de la mare de sang noirâtre, à se demander comment on en était arrivés là.

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