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[RP fermé] Les fleurs du mal ne poussent pas dans un jardin

Baile
Croisant les bras sur sa poitrine qui narguait même le plafond, du moins pour le moment, la Baile fixa la main qui rejetait en bloc toutes ses propositions. Elle haussa les épaules imperceptiblement, une part d'elle déçue malgré tout que la brune ne communique pas davantage, l'autre, plus importante, prenant parfaitement bien la mesure de la bulle dans laquelle la fugitive s'était réfugiée.

Aussi, lorsque la fascinante inconnue lui révéla enfin son prénom, elle sourit spontanément, sentant le lien ténu entre elles perdurer au lieu de se rompre. Elle ne bougea pas quand elle vint s'allonger sur le lit, à quelques millimètres seulement de son corps.

Moi j'suis Baile. Rebaile c'est mon vrai nom, mais une...vieille amie me l'a coupé ya longtemps, et j'l'ai gardé depuis.

Elle avait envie de plus qu'un nom, et elle se savait marcher sur des oeufs. Au moindre faux pas, c'était l'omelette crue assurée, et sans doute de nouveau, un mur cette fois infranchissable de silence. Alors elle laissa passer quelques secondes, reculant sur le lit pour s'adosser contre le mur qu'il collait. L'air de rien, elle enchaîna, doucement.

Tu fuis qui, Sad?...

De toute façon, pour faire une omelette, il fallait bien casser quelques oeufs, et mettre les pieds dans le plat, c'était un peu sa spécialité... Elle ne tint pas en place très longtemps, et changea une nouvelle fois de position. S'allongeant à son tour, sur le côté et la tête posée sur la main, sa cuisse nue frôlant la sienne, elle la fixa, le visage impassible mais le désir toujours brûlant, de la toucher, de la sentir.

Parle-moi. Ne me fuis pas, tu as réveillé quelque chose en moi... Fais que ton histoire s'entremêle avec la mienne maintenant... Elle joua machinalement de ses doigts sur l'espace de drap entre leur deux corps, réfléchissant à ses mots, puis rajouta.

Je peux t'aider je crois, à éliminer ce qui te fait te cacher comme ça.

Elle savait qu'elle s'engageait en terrain miné. Mais elle ne raisonnait pas plus qu'il y a quelques minutes, lorsqu'elle avait choisi de suivre l'inconnue qui n'en est plus totalement une dorénavant. Elle laissait parler son instinct, et son instinct s'accrochait à ce nom, maintenant. Sad. Porteur de plus qu'une Tristesse, porteur de cette mélancolie qui attire et attache... Les doigts frôlent presque involontairement la chemise, et la Baile déglutit silencieusement.

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"I have never seen a wild bird feel sorry for itself. A little bird will fall frozen from a bough without ever having felt sorry for itself."
Sadnezz
Proximité, comme lors de la chevauchée, proximité qui dérange car... Proximité qu'elle n'a pas l'habitude d'offrir, sauf peut-être à Attila. D'un corps de femme, seul celui de sa chère cugina, chair cugina... Avait sut apprivoiser le sien. Non pas que les quelques nuits passées entrelacées avaient été empreinte d'une quelconque ambiguité, mais ce corps si semblable au sien dans sa jeunesse était le seul autel sur lequel la Corleone s'était étendue. Havre de paix, entre ses bras , terre d'asile.. Terre d'exil. Attila, Tila, Attia, délicieuse cugina.

Pourtant de corps de femme, elle en avait croisés qui ne l'avaient pas laissée indifférente. Une brune écorchée en Touraine, apres son combat à part inégale avec les sbires du duc Zebracolor... Ayerin. Puis Lucie, angélique vipère à la bague entrave. Mais toujours cette presque indifférence, dernière protection , ultime bouclier de son âme. Se perdre dans les nuits masculines était plus rassurant, le corps tremblait un peu, exultait beaucoup et s'en retournait vers des heures plus calmes et plus solitaires.

Pour la première fois, elle ne s'éloigna pas de cette présence qui avait mangé encore un peu l'espace qui la séparait d'elle, considérant que tout de même le lit était sien. La chambrine embaumait Elle, maintenant qu'elle était à ses coté elle pouvait mettre un prénom sur cette odeur. Un parfum naturel, qui avait chatouillé ses narines à son entrée.

Belle, elle s'appelait Belle... Rebelle, un nom qui lui plaisait. C'est fou comme les petits détails peuvent changer une foule de chose. Son prénom était comme une marque au fer, le détail discret mais pourtant inévitablement ancré qui classifiait les personnes dans telle ou telle catégorie. Et pour une Rebelle, Sad avait décidé qu'elle était de son coté. Inévitablement...

Les présentations menaient toujours à des choses plus...Concrètes. Et pouvait même donner l'impression que l'on avait un certain droit de regard sur ces choses. Aussi à sa question, sad pour la première fois étira ses lèvres en autre chose qu'un rictus dédaigneux... Inéluctable. Mais apres tout, si la Rebelle portait bien son nom et était des siens elle pouvait passer sans encombre le test de reconnaissance. C'est donc sur un ton d'un naturel désarmant qu'elle lui lança:


Nicolas Di firenze, le Machiavelli, que j'ai fais borgne pour une belle somme d'argent voilà de ça quelques mois...

Et d'ajouter en effaçant peu à peu son sourire pour un air beaucoup plus fataliste, tête doucement secouée...

Mais on n'échappe pas aux conséquences de nos péchés.

Car le Tres Haut savait que certaines âmes n'étaient pas faites pour la rédemption. Elles se jettent dans l'abysse et demande le pardon, recommencent encore et encore, inexorablement refont leurs erreurs en espérant qu'un signe de croix viendra effacer la salissure. Sad se signa, machinalement, terriblement machinalement. Elle détacha son regard corbeau du plafond et vint embrasser celui de l'inconnue qui ne l'était plus.

Belle. Ce nom te va bien.


Elle détailla ostensiblement son visage, se confortant dans l'idée que cette main tendue était peut-être une vraie aubaine désintéressée. Mais la Corleone ne put cacher l'intêret qu'elle lui portait, lors de ces quelques secondes à la dévisager. Visage clair, cheveux châtains. Pas diaphane, pas brune, mais dejà un beau brin de femme. Proximité... Qu'elle n'a pas l'habitude d'offrir. Les habitudes se prennent vite...
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Les murs ont des oreilles, mes oreilles ont des murs... Spiritu Sanguis.
--Umbre


Fort heureusement, la course-poursuite n'avait pas duré très longtemps, et après avoir relâché leur moyen de transport, les deux fugitives avaient trouvé refuge dans une auberge. Umbre, qui produisait à peu près le même bruit qu'un soufflet de forge, s'appuya sur un mur à proximité. Ses pieds le faisaient souffrir, ses articulations grinçaient, des muscles dont il avait oublié l'existence se rappelaient à son bon souvenir...

Garces...

C'était gratuit et inutile, mais cela soulageait. Laissant son corps le punir pour les efforts abusifs qu'il lui avait imposé, l'espion réfléchit. Sadnezz et sa complice ne projetaient pas de se déplacer à nouveau cette nuit, sans quoi elles auraient gardé le canasson. Il pouvait donc raisonnablement supposer qu'il se trouvait face à une de leurs planques. Le fait qu'elles soient deux lui compliquait considérablement la tâche, et il était hors de question qu'il poursuive seul la filature. L'appel à des renforts le gênait, sauf quand la situation ne lui offrait pas d'autre possibilité. On ne pouvait pas être efficace et obtus...

Du moins, pas lorsqu'on traquait ce genre de gibier. La Corleone le poussait dans ses retranchements. Il leva les yeux vers la façade, comme si son regard décidé pouvait percer les pierres, et lui offrir la vision de sa proie -ses proies- naïvement rassurée d'avoir rejoint sa tanière. La maigre lumière d'une chandelle jouait entre les interstices des volets d'une chambre, à l'étage... que manigançaient-elles au juste ? Peut-être ne s’apprêtaient-elles qu'à dormir, mais peut-être préparaient-elles quelque chose. Entrer et tâcher de l'apprendre était trop risqué, le tenancier pouvait être des leurs, et même un honnête homme aurait trouvé inquiétante l'entrée d'un encapuchonné dans son établissement à une heure pareille. Il allait devoir mettre sa curiosité en veilleuse... pour cette fois.

Son coeur ne semblait plus décidé à se frayer un passage entre ses côtes à force de battements affolées, aussi reprit-il sa marche. La Cour des Miracles lui offrirait probablement un ou deux auxiliaires fiables, et avant l'aube, la surveillance reprendrait. Au bout de la rue, il se tourna vers l'auberge et dit à voix basse :


Bonne nuit mes petites... à très vite.
Baile
La bête ne s'était pas enfuie devant la main tendue, le corps de Sad ne s'était pas crispé au contact des doigts encore timides. Alors, dans le court silence qui suivit sa dernière phrase, la Baile osa davantage. Un petit pas dans le chemin qu'elle parcourait depuis des années sur le corps des femmes de sa vie, un bond de géant dans cette nuit qui lui avait fait croiser la route de la brune. Elle posa la main bien à plat sur le lit, la calant sans ambiguïté contre le flanc maintenant réchauffé de la vendeuse de rêves. Elle ne bougea plus. Parce qu'apprivoiser est un art dont patience et mesure sont les muses, et elle, l'élève assidue.

Elle eut un mouvement de recul étonné, lorsque Sad répondit enfin à son interrogation.

Nicolas di Firenze, le rédacteur en chef de la KAP?

Sa question était plus rhétorique qu'autre chose. Elle avait balancé ces quelques mots comme un écran de fumée qui lui laisserait le temps d'organiser l'espèce de chaos interrogatif engendré par cette révélation. Tout en réfléchissant à ce que cette simple information contenait d'éléments nouveaux, la jeune femme se laissa glisser sur le dos, son bras flirtant avec la hanche de sa compagne de lit imprévue.

Les pensées diverses s'entrechoquaient violemment dans son esprit. Elle ne jugeait absolument pas l'acte de la mercenaire, car bien qu'elle fût capitaine inébranlable d'un Ordre qui était le centre de sa vie, elle seule savait qu'elle était bien loin des valeurs de chevalerie qui animaient ses soeurs d'armes. Non... Elle se demandait, dans le désordre, si elle, qui avait torturé par défi une femme bien plus âgée que la brune, aurait pu le faire pour de l'argent si elle n'avait pas mis un peu de blanc dans son rouge. Ou encore comment elle allait pouvoir honorer la proposition qu'elle venait de faire, lorsque le traqueur était un homme reconnu et influent dans la société... Elle aurait également voulu savoir ce qu'avait ressenti la mercenaire en commettant son action, plaisir, satisfaction du travail accompli, rien du tout...

La voix doucement amère la tira de ses questionnements existentiels, et elle tourna la tête vers celle qui venait de se dévoiler, son front se posant légèrement sur le coude tendu. Le mot péché répugnait à l'impie qu'elle était depuis sa jeunesse, et elle répondit presque farouchement.

Ca dépend de c'que t'entends par "échapper", et par "péchés". Mais moi je sais qu'c'est pas une fatalité!

Elle aurait voulu ajouter "T'as qu'à l'tuer pour en finir, et accepter de vivre avec ça, hein?". Mais elle savait qu'elle réagissait férocement à la résignation pseudo religieuse de la femme, et pas à la vérité qu'elle énonçait. Parce qu'elle avait raison: quoi qu'on fasse, on ne s'en sortait jamais totalement... Elle soutint sans ciller le regard qui vint saisir le sien, et son début de révolte métaphysique se calma brutalement face à l'incontrôlable frisson qui la parcourut quand Sad ajouta une dimension plus personnelle à l'échange entamé.

C'est une femme qui a beaucoup compté pour moi qui me l'a donné, dans une autre vie... depuis j'l'ai gardé.

Jouant machinalement avec le triskel qu'elle portait en pendentif, elle sentait sourdement que la maîtrise qu'elle avait d'ordinaire sur les événements de sa vie lui échappait en cette nuit. Non seulement elle avait proposé et maintenu symboliquement son aide à une hors-la-loi avérée, ce qui lui vaudrait à la fois les foudres et les ironiques critiques des détracteurs de la capitaine "royaliste" que l'ancienne mercenaire était devenue, mais cette femme qui lui renvoyait sans le savoir une partie importante de son passé à la figure, elle la désirait, plus furieusement qu'elle n'avait désiré aucune autre rencontrée dans le courant tranquille de sa vie, et plus que tout, elle brûlait d'envie de la connaître.

L'image de la croix sur son dos martyrisé lui revint en mémoire. Le visage soudain crispé, elle se redressa brusquement et sauta à bas du lit. La lumière de la bougie vacillait, et elle se fit la réflexion qu'il faudrait peut-être la changer. Se dirigeant vers la fenêtre pour masquer le trouble qui l'avait durablement envahie, elle occupa ses mains à relever le loquet pour ouvrir grand les volets. Dans l'obscurité d'une nuit faiblement éclairée par un quartier de lune, elle crut distinguer au loin la silhouette d'un homme qui s'éloignait. Elle murmura, espérant illusoirement que la présence sans doute inoffensive les ramèneraient aux préoccupations de survie de la dénommée Sad:

Ya un homme dans la rue... il vient de disparaître, là...

Elle se retourna brusquement.

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"I have never seen a wild bird feel sorry for itself. A little bird will fall frozen from a bough without ever having felt sorry for itself."
Sadnezz
Une pierre après l'autre, lentement mais sûrement, pour que s'érige de toute sa hauteur rassurante le mur de la confiance... On mêle des regards, puis on partage notre air. Vient ensuite les échanges que l'on s'offre en paroles, puis l'étrange contact qui fait frémir les échines. Sad resta impassible au rapprochement de Belle, pourtant ses sens se mirent immédiatement en alerte. La part infinitésimale d'elle qui refusait les milles idées qui accompagnaient la progression mesurée de sa voisine de couche s'était tue, expectatrice.

Mais l'attitude mi étonnée mi incrédule à laquelle elle dût faire face lorsque le nom du borgne fut révélé sonna la trêve contemplative. Foutre... Elle connaissait le Machiavelli... Tout ça n'arrangeait pas ses affaires. Sad savait bien qu'elle aurait mieux fait de la fermer. Aussi elle resta coite à la demande de précision, bien que ce fut trop tard pour rectifier le tir. Des Nicolas di Firenze, il n'y en avait pas tripotées dans le royaume...

D'un geste tâtonnant elle étendit son bras jusqu'à trainer sur le sol, à la recherche de ses vêtements en boule. La dextre trouva la poche de ses braies, en extirpa une fiole. Echappatoire liquide, le précieux sésame manquait soudainement à sa propriétaire. Liège débouchonné, la Corleone vint humer au creux de ses mains jointes les évanescentes émanations d'un mélange assommant d'opiacées comme on prendrait une bouffée d'oxygène. L'effet fut presque trop léger à son gout, se désespérant de constater qu'au fil des années les addictions se ternissent d'accoutumance, celle qui réclame mais n'est jamais assez assouvie.

Les mots de Belle lui parvinrent par bribes quelques instants. Une femme... Compté... Autre vie. Alors c'est ça, toi aussi tu est née d'un Avant, et tu vis d'un Après. Je suis passée du blanc au noir, et même l'étreinte la plus étouffante de mes soirs mélancolique n'a su me le faire regretter. Ses yeux virent sonder le plafond de la chambre, et c'est la morsure de la fraicheur extérieure qui vint atténuer sa torpeur.

Vivement la Belladone tourna la tête vers Belle. Ses sourcils se froncèrent a demi et elle se leva pour voir de quoi il en retournait, là en bas. Un homme. Elle ne l'aperçut pas, et ferma les volets sans tarder.


Il vaut mieux se cloitrer jusqu'au lever du soleil, n'ouvres ni porte ni fenêtres... Tu devrais t'allonger, dormir un peu.


La brune constata qu'elles avaient exactement la même taille, et aussi que de se mouvoir sans corset était vraiment ... Etrange. Machinalement elle remit une mèche des cheveux fuyarde de Rebelle derrière son oreille droite... Et suspendit son geste.
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Les murs ont des oreilles, mes oreilles ont des murs... Spiritu Sanguis.
Baile
Paske tu crois que j'p...

Les mots moururent sur sa langue au moment même où les doigts frôlèrent sa peau et ses cheveux. Un séisme de désir brutal la figea paradoxalement sur place. La main de la brune est là, à portée de ses lèvres, et elle a envie de s'y enfoncer, de se perdre dans sa peau et dans ce parfum de mystère qui émane de chaque parcelle d'elle. Alors elle tourne lentement la tête, les yeux fermés, le visage enfoui dans la paume et les lèvres collées en un baiser imaginé.

Elle la regarda enfin, au bout d'une éternité de sensations, et lâche, dans un souffle.

Je ne crois pas que j'ai envie de dormir.

La réponse fusa, presque moqueuse, le sourire taquin sur les lèvres de la brune balayant ses misérables défenses.

Pourtant... Ta nuit a été aussi longue que la mienne je pense... non?

Pourquoi la provoquait-elle ainsi? Elle devait parfaitement voir le trouble complexe dans lequel évoluait la Baile depuis leur rencontre aux abords de la Rose. Pourquoi en jouait-elle? Elle se mordit la lèvre, hésitant à lui rendre ce sourire provocant et encore sous l'emprise du désir qui la consumait.

Sans doute... mais ta présence, c'que tu m'as raconté en peu de mots, ca m'empeche de.. ressentir cette fatigue. J'ai plein de questions plutôt, je crois..

La mercenaire ravala son sourire et son expression se referma légèrement.

Tu es pas comme les autres toi, hein...

Ces mots sonnaient presque comme une acceptation de la brune assassine, et une délivrance pour la capitaine. La Baile frémit intérieurement alors que Sad renchérissait.

La curiosité, c'est mauvais parfois, tu le sais ça?

La Baile éclata spontanément d'un rire léger, qui atténua la crispation de ses muscles.

Tu vas m'éborgner pour ça, alors?

Plissant les yeux, elle ajouta à voix basse.

J'aime aussi ta présence, je crois, et dormir, même un peu, m'empêchera d'en profiter puisque tu vas fuir à nouveau dans quelques heures...


Elle n'avait jamais fait cet aveu à aucune femme qui avait partagé sa couche. Aucune... En cet instant, ils étaient sortis naturellement de sa bouche, et bizarrement, elle ne le regrettait pas... Et les mots d'en face lui parvinrent à travers les brumes d'un désir soudain partagé dans un murmure...

Eborgner un si beau visage.. Je ne fais pas toujours les choses pour le plaisir... Pas toujours mais parfois...

Disséquant ces mots un par un, et plusieurs fois, la jeune femme approcha sans ambiguïté sa tête de celle de la mercenaire, ses lèvres effleurant les siennes.

C'est quoi, ta définition de plaisir?...

La brune a un mouvement imperceptible de recul, avant de prendre entre ses mains le menton de la Baile, un moment subjuguée.

Je ne sais pas... A te regarder là, maintenant, je dirai que c'est toi.

Les dernières pierres de la digue lâchèrent et un effroyable torrent d'excitation la fit frissonner. Oubliant le borgne Italien, oubliant son Ordre et oubliant le monde, elle n'était plus désormais que cette femme aux sens chamboulés. Alors, enserrant doucement de ses mains le cou de la mercenaire, elle vint reprendre presque farouchement le baiser que Sad lui avait volé.


* 'ci à la joueuse de la fascinante Italienne pour ce rp à quatre mains.
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"I have never seen a wild bird feel sorry for itself. A little bird will fall frozen from a bough without ever having felt sorry for itself."
Sadnezz
Le mouvement de recul avait été aussi instinctif que son geste suivant. C'était mal. Ce qu'elle faisait avec la Belle était mal. Rentrer dans son jeu, se laisser aller à apprivoiser ce qu'elle savait déjà acquis. La Corleone avait vu, senti, des lors que leurs corps s'étaient heurtés dans la pénombre d'une porte cochère... Cette femme exhalait le désir, comme une rose laisse derrière elle ses fragrances captivantes. Une à une, elle avait gravit le mur, prenant soin de laisser tomber quelques pierres au passages qui s'était éclatées sur les idées et les principes de l'italienne. Une femme qui en cherche une autre... Infamie. Déviance.

Si la jeune tentatrice n'avait pas senti la dextre qui serrait son menton trembler un peu, elle n'avait pu passer à coté de la lutte silencieuse qui lui avait fait face... Qu'un temps. Comme elle est faible la Belladone... Comme elle est faible. Sa piété a pris l'eau, à la saveur d'une bouche de femme, à la faveur d'une tentation méconnue. Honnie soit-elle... La Belle. Certainement le malin qui l'a mise sur sa route pour mieux l'empêcher de regarder vers le ciel. Ce que lui offre la créature n'est plus de l'abandon, c'est pur folie. Pensées contre nature, insensée envie. L'envie, capital péché.


Le plongeon intérieur est violent, abrupt, mais ce qui en résulte est d'une infinie douceur. Oublier qu'elle ne connait d'elle que son nom et se laisser prendre dans le tourbillon provoqué par son culot. Du menton ses doigts glissent vers les cheveux, et sa langue vient gouter sa jumelle avec le gout acide de l'interdit. Une sourde envie lui vrille les reins, et sans plus se retenir le corps tanné vient doucement écraser son autre contre la fenêtre.

Le désir reconnait son double là où il le voit, et le corps de la Belle ne ment pas quand il réagit à son baiser. Les mains glissent le long du dos, soulevant la chemise pour caresser fermement la peau, ses doigts serpentent sur la croix de chair et arrachent un premier tressaillement à Sad. La part infime d'elle même qui retenait ses doutes s'évanouit sur les chemins que tracent les mains de l'inattendue désirée . Des images lui reviennent en rafale, sa main sur la bouche , la porte cochère et le silence. Son corps, encore, si près dans la bergerie, et leur traversée de paris. Il n'y a plus deux femmes aux envies interdites mais juste l'appel de deux êtres qui se désirent et font taire tout les bruits alentours .

Les étoffes se froissent, les yeux se cherchent pour se rassurer ou pour s'enfiévrer crescendo. Des mains impudiques pour dialogue, mieux que toutes les conversations du monde et la mercenaire vient aider la barrière de tissus qui les sépare à tomber, dénudant leur corps en un geste où ne perlait aucune hésitation. Laisser choir au sol les étoffes superflues, tout ce qui peut couper les lippes de l'odeur de cette peau de jouvencelle. Sa dextre suit le vagabondage de sa jumelle venue caresser les monts tendus, puis s'égare sur ses hanches, de courbes et de creux.

Lorsque la Belle finit par la pousser de son corps vers le lit, l'y laissant choir pour s'allonger à demi sur elle, la Belladone a depuis longtemps capitulé. Rendre les armes, le blanc de cette peau pour seul drapeau. Les hostilités n'existent plus que dans ses souvenirs. Sens aiguisés au tranchant de l'erreur, la Corleone se laisse même dominer d'un corps aux élans diaboliques. La recueillant contre elle, le contact est chaud et son odeur revient pour mieux la damner. Lorsque sa jeune partenaire vient taquiner l'aréole, ses lèvres viennent embrasser les cheveux qui cascadent sur sa poitrine et ses cuisses prendre en leur joug la nudité de sa taille.


Le coeur fatigué se réveille, et la douceur de l'arrondi séant la fait même soupirer.. Le velours n'est pas plus doux que cette étreinte. A la lisière de ses fesses, les doigts viennent effleurer un grain de peau qu'elle n'a jamais trouvé ailleurs, trop habituée aux poignes masculines... Il n'y avait pas de ça deux heures, son corps tanné était encore en proie aux assauts de l'Araignée, homme de fougue aux plaisirs douloureux. Sad s'offrait à une femme après un homme dont elle avait encore l'odeur sur la peau, le gout sur la langue.

Le contact des braies arrache un râle de frustration à la Belle, qui déjà se détache pour les retirer. La mercenaire se laisse faire, et son bassin qui se cambre exacerbe la tension qui émane de la Rebelle. Revenant à Sad, elle s'étend de nouveau sur son corps meurtri, son intimité rencontrant la sienne et ses seins s'unissant à leurs doubles. Sa bouche de jouvencelle plonge avec une lenteur languissante dans ce cou qui se marbre de mèches corbeau et le mord de baisers.

Les monts laissent exprimer leur tension à la rencontre de ce corps à posséder et la tendre morsure dans son cou, le contact délectable qui les unit, lui arrachent un râle à demi étouffé d' indéniable plaisir. A pleines mains, les fesses sont prises en coupelles, accentuant la force de cette rencontre. Les hanches chaloupent, pour mieux sentir les ondes de plaisir que fait naitre le frottement de leurs peaux et de leur intimité. Les baladeuses pressent, pétrissent doucement presque malgré elles, guidées par un besoin irrépressible de connaitre la moindre parcelle de cette femme. Sa bouche vient mordiller l'oreille, qui bourdonne peut-être comme la sienne... C'est le diable qui lui chuchote sa perte... C'est le diable qui se plait à lui murmurer...

"Sans peine je ferai sauter un à un les verrous de ta volonté* "


* IAM, L'Empire Du Côté Obscur. / RP à quatre mains.
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Les murs ont des oreilles, mes oreilles ont des murs... Spiritu Sanguis.
Baile
Dieu n'existe pas. Aristote et Christos ne sont que chimères et illusions. L'infini réside dans le corps d'une femme qui se donne et dans son âme que l'on touche. Le credo est blasphématoire, mais l'abîme italien dans lequel sombre la Baile en ce moment contient toute la richesse du monde... Donneuse de mort, vendeuse de rêves, femme aux mille tourments que l'on voudrait aimer et non faire disparaître, l'amante qu'elle tient prisonnière de son corps en ébullition est porteuse de cet infini après lequel la jeune femme court en permanence...

Elle a fait l'amour tant de fois qu'elle ne saurait plus les compter. Et si chaque fois était restée unique en sa mémoire et sur sa peau, la nuit en train de se dérouler la marquerait à jamais d'un fer rouge comme ses sens explosés, et c'était la Baile elle-même qui tenait fermement le tisonnier au-dessus de l'âtre. Je te veux, comme rarement j'ai désiré quelqu'un. Et par ton corps que je fais mien ce soir, je te lie à moi à jamais, toi la mercenaire, toi qui est reine d'un monde où je ne vivrai plus jamais.

Quand l'esprit devient brasier tout aussi ardent que le corps, la jouissance n'est plus loin, tourbillon d'un instant aux répercussions éternelles. Sa main va chercher rageusement ce que la nature ne l'a pas autorisée à posséder autrement. Elle fouille et s'enfonce à chaque fois plus loin dans ce territoire encore insoumis. La forteresse longtemps assiégée baisse enfin ses défenses et ouvre ses portes. L'armée conquérante, tous étendards levés, y pénètre en force, mais une fois dedans, jette bas les armes et les drapeaux, pour fusionner avec l'ennemi.

Elle-même se laisse envahir. Donnant donnant. Une bataille pour moi, l'autre pour toi. Peut-être qu'à deux nous gagnerons la guerre. Bella prend peut-être. Mais Belladone aussi, totalement, quand elle le veut. Et les corps se lâchent en même temps, dans une explosion qui ressemble aux deux brunes, étouffée mais intense. La guerre est finie, il y a deux vaincus, et autant de vainqueurs. Mais dans les palpitants qui battent la chamade, la paix semble bien précaire, la trêve tout juste tolérée.

La Baile se rejette sur le côté, ses doigts enserrant toujours ceux de la mercenaire, comme un symbolique trophée, le corps offert à l'obscurité de la pièce où la bougie a enfin cessé de vaciller. Pendant de longues minutes, aucun mot ne sort de ses lèvres serrées, malgré les assauts répétés contre la fragile barrière de son cerveau en émoi. Elle ne se pose aucune question sur l'acte charnel qu'elle vient de réaliser. Ce qui la trouble elle, c'est cette femme et uniquement cette femme, et tous les exquis dangers qu'elle porte en elle.

Et puis lentement, son être enfin libéré de l'incroyable tension qui ne l'avait pas quittée depuis sa rencontre avec Sad, elle redevint elle-même, joueuse et provocante, cherchant dans la dérision une porte de sortie à sa fierté, toujours mise à mal quand elle se donne sans retenue, c'est-à-dire pas très souvent...

C'est quand même le pied, de faire l'amour avec l'ennemi...

Ayerin... Miramaz... Aujourd'hui Sad. Elle a toujours eu une attirance irrésistible pour les écorchées vives et les hors-la-loi. Mais si Ayerin était une page qu'elle avait définitivement tournée, et Mira une histoire toujours en train de s'écrire, aussi atypique et humaine que la mercenaire qu'elle était, Sad se révélait l'ultime tentation, celle devant laquelle on se sait être fort, mais qu'on brûle d'envie de la laisser nous consumer. Et la Baile n'avait qu'une envie, la revoir, encore, ou alors que cette nuit ne voit jamais le jour. Les doigts se pressent instinctivement contre leurs semblables.

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"I have never seen a wild bird feel sorry for itself. A little bird will fall frozen from a bough without ever having felt sorry for itself."
Sadnezz
Il en aura fallu des soupirs et des chevauchées, des ascensions et des découvertes pour que les deux êtres s'apprivoisent.

Quand d'un geste l'une s'offre l'autre reprend, et la nuit qui blanchit regarde la rencontre étrange de deux fleurs qui se dévoilent en s'effleurant. La sève qui les habite est bien différente, mais les couleurs qu'elles s'offrent rayonnent d'un même aura. L'une poison l'autre épineuse, deux êtres en faute dans l'interminable rang d'une société qui ne veut comprendre. Qui ne peut comprendre.

La course à la volupté entraine dans sa folle cadence les moindres éclats de lucidité de la Belladone, corps en offrande pour cette autre qu'elle encense, esprit en symbiose avec la Rebelle. La chair qu'elle a gouté est tendre, vierge du temps qui passe et des stigmates d'enfantement. Une terre presque immaculée, que peuvent égayer discrètement ça et là quelques estafilades passées. Une terre à conquérir, pour y tracer son empreinte comme un message indélébile.

La Belle qu'elle découvre n'en reste pas moins dans un liminal instant cette inconnue , presque connue. Il y a en elle une ambivalence que la Corleone ne saurait nommer, des milliers de choses à en apprendre. Avoir longtemps marché sur des sentiers perdus ne veut pas dire que l'astre qui guide est devenu superflu... La Corleone se fait quelques instants enfant, avide d'en connaitre plus, de se nourrir encore.

Les gestes qui pénètrent offrent à son être des joies qui le font souffrir, souffle court aux saccades frénétiques... Il n'y a plus l'âge ni la morale, plus de fierté ni de faux semblants, transpercées et transpirantes, le lit pourrait même être leur tombeau qu'elles n'en seraient pas ébranlées. Quand au creux d'elle même le plaisir sonde, le mimétisme espère éveiller son autre aux voluptés qui la terrassent.

Le paroxysme nait de l'amalgame brulant, lorsque sous les paupières les couleurs assassines de l'éclosion viennent entacher le coeur de l'ombre, alors que les corps eux restent souillés de la seule sueur qui ne donnera jamais la vie. Les palpitants en liesse et les corps fébriles échouent non loin l'un de l'autre, et sur les lèvres interdites les nuances qui reviennent parlent à leur place. L'implosion a été aussi brève que puissante, volant à la nuit un cri d'émoi, comme celui d'une première fois.

Quelques minutes où les halètements meurent, avant que ne se déchire le voile.. Le corps de l'italienne ruissèle, d'extase et de fatigue, d'incrédulité aussi. Apres cette nuit, elle saura le plus doux des calices... Le plus défendu aussi. Les mots de Belle sont lointains d'abord, puis se heurtent à la réalité, leur réalité. Violente, terrible.

Sad laisse s'écouler quelques secondes, pour assimiler ce qu'elle vient de comprendre. Le regard tombe comme un couperet sur le corps esnué qui la côtoie, saisi de l'étrange état d'esprit qui s'est emparé de ses convictions. Se redressant un peu, elle surplombe le paysage qu'elle a exploré.


Que veux tu dire...


Leur étreinte stérile a donné la vie à d'innommables ressentiments...
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Les murs ont des oreilles, mes oreilles ont des murs... Spiritu Sanguis.
Baile
Ce qui se voulait boutade consciente était devenu question de vie ou de mort. Les doigts restent accrochés à ceux de la brune, mais les yeux se détournent, fixant un plafond qu'ils ne voyaient pas. La Baile n'était pas en mission, encore moins d'infiltration, et les mots qu'elle venait de lancer, elle ne les avaient pesés qu'à l'aune de sa propre perception des choses. Mais la mercenaire à qui elle avait uni son corps à l'instant, vivait ces choses autrement, et le mouvement spontané de crispation retenue qu'elle a eu le révélait en pleine lumière à la jeune femme.

Aujourd'hui, je suis capitaine d'un Ordre royal, je ne l'ai pas toujours été...

Va au-delà des mots, Sad.. Comment te dire que tu ne seras mon ennemie que si tu fais du mal à ceux que j'aime?... Elle tourna de nouveau son visage vers la brune, et tendit la main pour lui caresser la joue. Mais la forteresse venait de relever ses défenses et de reprendre le contrôle de son territoire... Alors la Baile lâcha enfin les doigts qu'elle tenait et se redressa sur le lit, adossée au mur.

J'suis pas vraiment ton ennemie.. J'suis pas ce qu'on veut toujours que je sois, ni ce qu'on croit que je suis, peu importe le camp qui me juge...

Des mots dérisoires, comme autant de coups de butoir inutiles contre la muraille de pierre. Mira n'avait pas eu peur d'elle, ni du camp qu'elle protégeait maintenant, alors même qu'elle l'avait combattue en Alençon. Mais cette femme n'était pas comme les autres, aucune autre... Et la Baile sentait confusément que le pont qui avait été jeté entre elles deux se fissurait inexorablement.

Elle serra impulsivement les poings. Tout son être rejetait la méfiance revenue. Mais elle ne savait comment l'exprimer. Elle se retrouvait sans mots et impuissante, sachant que les gestes qu'elle avait envie de faire seraient mal interprétés en cet instant.

J'étais sincère... j'peux t'aider, pour l'Italien...

Ne pars pas... Juste ne pars pas... Cependant, elle n'esquissa pas le moindre geste, parce qu'elle savait qu'elle perdrait alors pour de bon celle qui venait d'irréversiblement la marquer.

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"I have never seen a wild bird feel sorry for itself. A little bird will fall frozen from a bough without ever having felt sorry for itself."
Sadnezz
L'animal instinct reprend le dessus, rétif. Elle avait entendu, bien entendu. Une capitaine... Une putain de capitaine. Sûr que les mots prenaient tous leur sens alors que Sad perdait proportionnellement les siens. Le reste traversa la pièce sans que la Corleone ne l'entende. Elle prit conscience soudainement qu'elle venait d'aimer une de celles qu'elle se plaisait à éviter... Aimer... Euphémisme. Le corps a jouit de l'ennemie, peste soit-elle de n'avoir pas été plus curieuse.

D'un mouvement brusque, Sad se lève et abandonne la Belle, traversant la chambre nue et soudain grelottante. Les affaires... Elle avait tiqué, elle aurait du mieux y regarder. Sans gêne, elle fouilla avec frénésie les affaires de son hôte jusqu'à trouver ce qu'elle voulait. Ou redoutait.


Saint foutre...

Entre ses doigts, les vêtures aux écussons se froissèrent et l'onyx se ternit. Elle était Capitaine.. Elle était capitaine d'un ordre royal. Sous les prunelles fusèrent mille idées folles, et tous les sombres desseins qui se recoupaient avec le détail qui lui crevait les yeux depuis le début. Volte face, pour un face à face.

T'es donc une de ces gueuses à la solde de la royauté.

Une chienne, obéissante et loyale entre les mains des haut dignitaires d'un pays dans le trouble. Sans plus la regarder, elle rassembla ses habits d'emprunt , la gorge nouée. Pour se donner bonne conscience, elle se plut à imaginer une chose plus méprisante que vraiment pensée. Cette nuit n'était pas si perdue, elle avait baisé le symbole même de la reyne. L'autorité suprême, l'intouchable.

Qu'est-ce qu'elle se forçait pas à croire quand même... Le manteau de fierté avait doublé d'épaisseur, et elle ne chercha plus à croiser le regard de sa voisine lorsque sans ciller elle passa la porte qui claqua.

La réflexion prit tout de même le dessus sur son entêtement. Belle l'avait aidée... Et plus encore. Mais l'idée de la savoir de l'autre camps brulait la Belladone. Regard au corridor, la nuit n'est pas encore morte. Dehors elle est peut-être attendue... Puis de toute façon, dehors brulait tous les jours les gens comme elles. Au bucher les sorceresses, les déviants et les criminels. Coupable, elle l'était autant que la jeune femme qu'elle fuyait.

Adossée au mur de longues minutes durant Sad continua sa lutte, bon sens s'écrasant aux rives de sa fierté. Un bruit venu d'en bas la ramena à sa réalité. D'un geste plus lent qu'à l'accoutumé l'italienne poussa la porte de la chambre de nouveau et vient se rasseoir sur le lit toujours aussi nue, arête du nez pincée entre le pouce et l'index, paupières closes. La croix se voûta, le corps fatigué de Sad s'étendit sur le ventre dans un soupir las.

Qui a dit que tout était simple? En proie à des sentiments contradictoires, la Corleone garda seulement en tête l'attente nécessaire, qui mènerait bientôt le jour sur leurs couche défaite.

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Les murs ont des oreilles, mes oreilles ont des murs... Spiritu Sanguis.
Baile
Elle aurait dû penser, elle aurait dû savoir, que ce qui était évident pour elle ne le serait jamais aussi facilement pour les autres. La réaction de la brune ne l'avait pas étonnée, mais peut-être déçue, dans l'espèce d'attente inconsciente que l'intense désir qu'elle ressentait pour la mercenaire avait engendrée en elle. Elle la regarda, nue et si désirable, fouiller dans ses affaires sans esquisser un geste. Elle n'avait rien à cacher. Elle assumait toutes ses différences, et était en paix avec elle-même.

Cependant, les mots de Sad l'atteignirent de plein fouet et lui firent serrer la mâchoire à s'en briser les dents. Pas toi la brune... Pas toi comme les autres... Pour la Baile, le monde ne se divisait pas en seulement deux parties radicalement opposées. Elle l'avait vécu, elle le vivait chaque jour, au plus profond d'elle-même. Et elle haïssait quiconque pensait détenir la vérité sur elle, quel que fût son camp et quel que fût son combat.

La colère monta soudain, rageuse, déferlante. Elle serra un peu plus fort les poings et fit un effort monstrueux pour ne pas se lever et cogner aveuglément. Bien sûr, son foutu camp royaliste serait fier d'elle, de la maîtrise acquise sur ses pulsions qu'avant elle avait érigées en maîtres. Un rictus amer vint déformer le visage aux yeux fermés. Les répliques se succédaient aux portes de son esprit, mais rien ne sortait. Je te hais, Sad, pour être comme les autres finalement. Je te hais pour chambouler mes sens et me donner viscéralement envie de sortir de ma propre forteresse. Je te hais pour ne pas voir au-delà des choses comme tant de tes semblables. Je te hais...

Elle entendit la porte se refermer sur son silence. Le rictus disparut lentement. Lorsqu'on se retrouve seul face à soi-même, le masque tombe immanquablement, et sous les ruines d'une colère protectrice, il ne reste que l'immense Tristesse d'avoir frôlé l'infini et de l'avoir vu continuer sa route. Elle se leva et ramassa machinalement la cape à l'Ecu vert, la repliant lentement. Elle eut froid soudain, et réalisa que la présence de la mercenaire, cette nuit, avait occulté tout le reste. Elle soupira, et entreprit de se rhabiller. Mais elle suspendit son geste, le coeur emballé par le bruit familier du battant qui s'ouvrait.

Elle la regarda reprendre sa place sur le lit, plus vulnérable et plus attirante que jamais. Les questions ironiques moururent sur ses lèvres. Peu importe au final que tu sois revenue pour les vêtements, pour la bouffe, ou pour ne pas te retrouver seule face au danger que tu fuis... Et ton dégoût de ce que je suis n'était peut-être qu'une autre de ces défenses que tu voudrais infaillibles... Elle renonça à lacer la chemise, et retourna s'asseoir au pied du lit.

Je suis gueuse, je suis capitaine, et je ne suis à la solde de personne...

Les mots sont dits doucement, et ils ouvrent grand la vanne d'une histoire rarement narrée comme telle. Dans un souffle, elle lui conta son passé dauphinois, son passé blanc. Elle lui parla d'Ayerin et de ses rêves de "Libertad". Elle ne cacha rien du Palazzo, des tortures infligées par pur défi, pour exister à "leurs" yeux, et de son combat incessant contre elle-même. Elle raconta Sélène et Maleus, les rêves brisés au détour d'une aventure périgourdine, et elle raconta Zya et la paix retrouvée, pour finir avec une Rasée, symbole de l'unicité entre ce qu'elle a été et ce qu'elle est devenue.

Elle ne savait pas si la brune l'écoutait. Elle ne la regardait pas. Mais elle parlait, moins pour se libérer que pour reconstruire le pont détruit. Lorsqu'elle se tut, elle ferma les yeux et baissa la tête, se massant lentement la nuque.

Tu peux rester ici jusqu'au lever du jour, si tu veux. Je n'ai pas d'intérêt à te livrer au di Firenze. Et si ta tête est mise à prix, je n'suis pas chasseur de primes...

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"I have never seen a wild bird feel sorry for itself. A little bird will fall frozen from a bough without ever having felt sorry for itself."
Sadnezz
Mutique, elle avait tout écouté cette fois. Tout. Au fil de l'histoire sad étouffa ses remarques et ses exclamations, le nez flanqué dans ses draps. Qui aurait cru. Oui, elle avait un avant et vivait dans un apres, mais la Belladone était à des lieues de se douter que son histoire croisait la sienne avec tant d'ironie... Les noms qu'elle murmura étaient pour la plupart familiers à Sad, ou plus si affinités... Ayerin... Que le monde est petit. Cette femme qui l'avait attirée avait été sienne avant tout. Miramaz, Maleus.. Des noms qu'elle ne connaissait que trop bien.

Sad l'écouta comme on entre en prière, avec l'attention et le silence qui allait de pair. Libertad, un passé et pas des moindres...

Ainsi la Belle a deux visages. Sad la laissa terminer, pour lui parler enfin, pour lui parler vraiment. Elle échangea ses impressions, lui raconta Miramaz et Lomax, la mort et l'Eroz. Les amants d'une nuit, les colosses, Théo , l'araignée, les dragons et l'Anjou. Elle ne s'attarda pas sur la mort de l'enfant et la défection dont elle avait fait preuve pour les autres. Les fauchards, les crocs rouges, tout les groupuscules dans lesquels elle évoluait au gré des envies... La guerre et la torture, tout ce qui avait forgé la réputation qui lui collait à la peau. Les massacres furent éludés, mais le fil de sa vie fut conté, presque paisiblement.

Lorsque le silence revint, elle cessa de regarder la jeune femme comme une étrangère, retrouvant dans son histoire une parcelle de la sienne. Le jour pointait pour lui rappeler qu'elle ne devait pas s'attarder... Elle lui avoua avoir une Garçonnière, qui n'en avait que le nom. Une vieille bicoque dans un quartier pourri ou elle venait se terrer lorsque le besoin se faisait trop pressant. Derniere demeure d'un Adonis a jamais emporté par les eaux sombres.

Le corps se couvrit, les cheveux s'attachèrent.. Sad vint sceller leur moment d'un fugace baiser . Un souffle pour dire pardon, un autre pour dire..


Grazie.

Et la Belladone s'en alla.

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Les murs ont des oreilles, mes oreilles ont des murs... Spiritu Sanguis.
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