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[RP] Une amitié, une escorte, une promesse...

Eikorc
[Ici... Ou là… Un départ…]

Le temps a filé depuis qu’il est tombé en Poitou… Les heures et les jours se sont égrenés sans qu’on ne s’en rende vraiment compte… Et pourtant il se rappelle du moindre détail de ce qu’il lui est arrivé… Sa convalescence en Poitou… La remise en forme qu’il s’était infligé en s’exilant dans une grotte… Les liens qui se sont forgés ou effacés… Les amitiés renforcées ou explosées… Son esprit et son corps sont marqués de ces différents passages… Mais c’est derrière lui…

Et pourtant avoir frôlé la mort l’a changé, même s’il soutiendra que non… Même s’il ne dira qu’il n’était pas si mal… Quelques personnes seulement savent à quel point sa vie n’a tenu qu’à un fil… Et avoir senti ce fil si tendu, presque rompu, lui a fait comprendre qu’il avait des choses à finir… Des promesses qui avaient été faites et qu’il était temps de tenir… C’est pourquoi il était parti… A peine les blessures traversant son dos refermées, à peine l’encre séchée dans ses chairs…

Le limousin d’abord, qu’il avait traversé pour aller à la rencontre de sa sœur… Elle auprès de qui il resterait le plus longtemps possible… Elle a qui il avait promis de rester à ses côtés et de la soutenir dans ce qu’elle entreprenait… Le colosse s’était même promis à lui-même d’essayer de supporter cet homme qui était devenu son beau-frère… Après tout, s’il devait vivre auprès d’eux… Autant essayer, même s’il savait déjà que ça ne fonctionnerait pas…

De pas en pas, de réflexion en réflexion… La montagne de muscle avait repensé à quelque chose qu’il repoussait depuis des mois, des années même… Un défi, un duel, une promesse… Et peu à peu son esprit s’était accroché à cette promesse, à cette femme qu’il devait retourner voir pour finir ce qui n’avait pu être fait en Maine… Ce combat qu’il devait mener…

Et une nuit, discrètement et silencieusement, il était sorti, parchemin et plume en main… Pour griffonner, pour écrire, s’appliquant à tracer les lettres, pour être le plus lisible possible… Le Seigneur de Vautorte n’a jamais aimé écrire, mais il y a des occasions qui l’y obligent, comme celle là… Organiser à la fois un duel et une expédition… En espérant secrètement qu’elle accepterait…

Dernière relecture pendant que le jour se lève, avant que les tourtereaux qui l’accompagnent ne se lèvent eux aussi… Et envoyer cette lettre direction le Sud… Vers une jolie blonde qui, espère-t-il, sera au rendez-vous qu’il lui a fixé… Ensuite il a été expliquer à sa sœur qu’il devait la quitter pour quelques temps… Pour quelques mois, le temps de la route… Une fois de plus il devait s’éloigner, mais cette fois, promesse est faite qu’il s’en va pour préparer son déménagement, auprès d’elle…

Il ne lui a pas dit qu’il partait pour un duel, sans doute l’aurait-elle empêché de partir sinon… Mais elle a du le sentir… Comme toujours, il n’a pas besoin de parler à son âme-sœur… Ses gestes, ses réactions, ses regards, elle le comprend comme personne, sans qu’il n’ait besoin de dire quoique ce soit… C’est pourquoi il se dit qu’elle a dû comprendre que c’était important pour lui… C’est pour ça qu’il a pu partir sans être retenu…

La nuit venue, il enfourche sa puissante monture… La main droite s’empare des rênes alors que la gauche vient rabattre la capuche sur son visage, masquant ses traits… L’azur brille alors qu’un petit sourire vient se glisser sur le coin de ses lèvres… Une fois de plus il voyage de nuit… Une fois de plus il est seul sur les chemins… Mais cette fois-ci, au lieu d’une longue et large épée, il ne possède qu’un bouclier accroché à sa selle, protégeant sa cuisse gauche, récemment recousue, et deux dagues… L’une dans sa botte droite, l’autre accrochée à sa ceinture, dans son dos…

Coup de talon pour envoyer son cheval aussi impressionnant que lui dans la direction choisie… Les sabots heurtant violemment le sol en dégageant un nuage de poussière derrière lui… Triple galop entamé pour rejoindre le plus rapidement le lieu de rendez vous… Et c’est sans un dernier regard vers la ville qu’il part, direction le Rouergue, pour le moment… Au cas où elle serait présente…


[Là où il faut être, le jour J…]

Les jours comme les lieues ont défilé sous les sabots du colossal Seigneur et de sa monture non moins immense… Le soleil se dévoile, commençant à apparaitre à travers le manteau de la nuit… L’aube est proche et arrache un sourire à la montagne de muscle qui est arrivée au bon moment… L’animal est ralenti doucement, par à-coup, jusqu’à l’arrêter complètement, à côté d’un point d’eau…

Le de Nerra se jette à bas de sa monture, rejetant sa capuche pour dévoiler ses traits plus ou moins tirés, laissant son visage couvert de poussière se faire battre par la brise… Les mains passent sur son front, pour en enlever une partie, avant de glisser sur sa nuque douloureuse… Toujours plus douloureuse depuis qu’il a repris le chemin… Le bout des doigts dessinant les contours de l’épaisse cicatrice avant de suivre la forme longiligne qui est enroulée autour… Ce serpent qu’il n’a jamais vu…

L’azur de son regard s’envole vers le ciel, il est tôt, encore trop pour qu’elle arrive… Si elle vient… Il aura le temps de nettoyer la poussière de son visage, tout en se rafraichissant… Le mantel se fait envoyer au pied d’un arbre, la chemise est délacée lentement et repoussée le long de ses épaules, dévoilant son torse et la large cicatrice qui le traverse…

Doucement le colosse s’accroupit alors que la chemise tombe au sol… Les muscles des épaules roulent, tirant sur les cicatrices qui s’y sont nichées… Coup d’œil sur les mots gravés sur son biceps gauche alors qu’il plonge sa main droite dans l’eau pour s’asperger le visage… Gouttelettes invisibles qui s’envolent et retombent sur sa peau… Le visage est nettoyé, plus ou moins énergiquement… Retirant la moindre traces de fatigue ou de poussière sur le visage dur de la montagne de muscles…

Enfin, pour se rafraichir un peu plus, les mains en coupe font couler l’eau fraîche dans son dos, le long des muscles épais… Eau qui sinue le long des diverses trainées blanchâtres, seules traces qui restent de la punition infligée par le bourreau poitevin… Et pendant que l’eau fraiche arrache des frissons au colosse, son esprit se perd dans ses pensées, persuadé que personne ne sera au rendez-vous…

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"Mercenaire rôliste, cherchant une troupe ? Contactez moi..."
Ilmarin
Un matin, dans le Rouergue.


*gratte gratte gratte*
Un de ces matins où l'on bénit et l'on maudit à la fois le lever du Soleil.
Béni parce qu'il met fin au calvaire d'une nuit sans fin. Maudit parce qu'il révèle les traits tirés, le teint pâle, les doigts accrochés à la couverture comme si sa vie en dépendait.
Un de ces matins où le bonheur de vivre dans le Sud prend tout son sens. Lorsque les médications sont arrêtées, persuadée qu'elle tomberait dans une dépendance qui ne la soulagerait même plus et détourne l'attention d'un esprit épuisé par la lutte. Lorsque la chaleur berce un dos presque brisé et endort les rhumatismes.
Il était loin de faire froid dans leur pourtant vaste chambre. Entre une cheminée ronflante entretenue toute la nuit, les fenêtres orientées au Sud, les duvets épais en plume d'oie. Sans nul doute était-ce pour cela qu'il lui semblait ne pas tant souffrir.

*gratte gratte gratte*
Deux soupirs, synchronisés, s'échappent dans un échange de regards complices. Qui peut bien oser insister ainsi, à peine l'aube levée? Bon, certes, elle n'avait pas dormi; lui non plus d'ailleurs. Mais les ordres étaient stricts. Attendre qu'ils se lèvent. Personne n'approche. Comme à Delle.


- Daronne... Te plé.. C'est urgent, c'pour tes miches...

Par les Enfers... Si son page murmurait de la sorte, c'est bien qu'il craignait le pire, mais moins que les rares domestiques des lieux. Si son page était levé, l'autre devait l'être aussi, tandem infernal dont le couple solitaire avait récupéré la responsabilité.
Nouveau soupir au grattement suivant. Un baiser sur le front aux mèches blondes collées par un début de fièvre né d'une nuit difficile et le Loup récupère la missive sans un mot. Adressée à sa compagne.
Une statue de marbre ne mettrait pas autant de temps à se mettre en marche. Son corps reprend vie muscle par muscle, dans des grimaces ravalées aussitôt qu'elles naissent. Malgré son opposition, elle tient à se lever pour lire ce courrier si matinal.

De Nerra... Crokie... Sa dextre tremblante lui est encore inutile, complétement engourdie par la nuit. L'ouverture est difficile, mais il n'intervient pas, ouvrant la chambre, préparant leurs affaires, les crèmes, la ceinture chaque jour plus vitale. Lui laissant cette part d'indépendance, excellente pour son ego, repoussant une infantilisation inutile.
Son Loup se fige en croisant les émeraudes qui s'arrachent au vélin. Et se reposer? Reprendre des forces? Elle en reprendra, ils partiront dès Maharet revenue à Millau. Le sevrage sera terminé, les anti-douleurs et autres anesthésiques seront de nouveau son lot quotidien et elle pourra se mouvoir quasiment normalement, en dehors de cette raideur qui confine à la froideur. Ce n'est pourtant pas prudent, elle le sait. Comme s'il était prudent... Il a raccroché, elle se rappelle? Oui, mais jusque là? Et Al-Andaluz?
Egalité, belle féline. Score clotûré dans un sourire réciproque. Mais avant de préparer leurs bagages, priorité aux soins. Comment affronter deux monstres et leur enthousiasme en étant en morceau?



Just wanna be free in my world... Une aube, dans le Rouergue.


Elle aurait le temps de se reposer quand elle sera morte. Oui, elle est insupportable à tenir ce genre de discours, surtout quand les gamins peuvent l'entendre. Mais inutile d'insister, elle ne passera pas la nuit dans la Capitale du pays qui les a accueilli. Plus vite ils partiront, plus vite Crokie sera chez lui et plus vite elle reviendra rassurer la Rousse.
Ca en faisait des promesses pour une seule personne... Il ignorait encore cette partie de sa vie? Le rire grave et chaud, rare, du Loup s'élève alors que la lumière des étoiles meure peu à peu.

Son esprit repensait encore à la séparation d'avec la Dame de Calviac. Pourquoi elle se sentait vivre en partant sur les routes? En tenant cette promesse, dénuée de sens? La vie est trop courte, Ilmarin... La douce voix inquiète de son amie résonne encore à ses oreilles, la plongeant un peu plus loin dans ses pensées.
Combien de temps son dos tiendrait-il? Combien de temps sa main daignerait-elle, parfois, réagir à ses stimuli? Combien de temps son corps supportera-t-il un canasson pour moyen de transport, avant de déclarer forfait et la réduire à... Sa gorge se noue; cette éventualité la rendait folle. Au moment où elle domptait peu à peu son esprit, dans les larmes et le sang, l'enveloppe lachait l'affaire, déclarant forfait de toutes ces années de folie sanguinaire, où elle brûlait la chandelle par les deux bouts.
Seule sa blondeur dissimulait d'éventuelles mèches blanches. Mais rien ne cachait les fines rides aux commissures des lèvres, des paupières. Enfin, le temps la rattrapait...


Pour l'instant, attendez moi ici. Redressant le menton, sa main passe dans ses mèches blondes, les repoussant à l'arrière de son oreille. Laissez passer quelques minutes avant de penser me rejoindre.

Non, inutile de discuter, elle n'approcherait pas leur escorté avec eux. De toute façon, elle ne risque rien et elle voulait y aller seule.
La caravane se déplace à chaque fois et elle l'apprécie. Mais la Panthère savait aussi son ami mercenaire, méfiant et recherché. Une troupe débarquant, même au pas, avait de quoi le rendre nerveux au premier abord.

Le pas reprend, quittant le chemin pour s'enfoncer dans la forêt clairsemée. Pas tellement de chants d'oiseaux en plein hiver... Pas tellement d'herbes folles pour étouffer le bruit des sabots sur les branches desséchées par l'hiver. S'agirait de pas se perdre et de bien suivre ses indications. Pour une fois. Rester assez concentrée. C'qu'elle est capable du pire, la Blonde perdue dans ses errances intimes...

Arrivée en lisière, elle tire doucement sur les rênes de cuir neuf. Un nouveau frison, toujours aussi noir, toujours aussi massif et toujours aussi bien dressé. Seul, pour l'instant, mais elle ne désespérait pas de trouver son complément incessamment.
Les émeraudes commencent de parcourir les berges du petit lac ici dissimulé, cherchant la masse familière. Ah... Le voilà... Appui sur la selle, la jambe jettée rapidement en arrière et, quasiment sans bruits, elle retouche le sol. Liens passés autour de sa senestre, bottes entamant leur marche dans l'herbe moribonde qui attend les Alizées pour renaître.


Excusez-moi...
Sa voix claire s'élève dans le silence de l'aube naissante. Le coin droit de sa bouche se plisse en un petit sourire amusé.
Je cherche un homme très grand... Brun... Aux yeux bleus... Figurez-vous que...
Le lien est accroché près de celui de son ami, lui permettant de combler la distance les séparant. Priant les Enfers intérieurement qu'il ne remarque pas la raideur de son dos.
J'ai une promesse à tenir...
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Eikorc
[A l’aube, rencontre entre la panthère et le diable…]

Eau glacée qui parcourt son corps puissant… Les muscles comme la peau frémissent sou la fraîcheur de ce liquide qui sinue sur lui… L’esprit vagabond s’est perdu, loin, très loin… Dans les souvenirs… Des regrets ? Non, aucun. Simplement envie de repenser à ce qui l’a amené ici… Un hiver… En Maine… Attaque angevine dirigée par ses amis les Penthièvre… Il revoit encore le vieux Dizneuf à la tête de l’armée qui était secondé par la salade verte…

Sourire qui étire le coin de ses lèvres alors qu’il se rappelle avec quelle facilité Mayenne était tombée… Ils avaient jouer leur cartes parfaitement avant d’aller à Laval… Et c’était là qu’il l’avait rencontrée… Cette panthère qui était rentrée dans la taverne dans laquelle il avait réussi à pénétrer… Cette tornade blonde qui avait cherché à arracher le moindre détail au colosse mystérieux qui lui faisait face…

Et peu à peu il avait appris qu’elle était dans l’autre camp… Enfin, du côté des défenseurs… Mercenaire comme lui, plus ou moins… Sourire amusé qui vient se glisser au coin de ses lèvres alors qu’il se rappelle comment les discussions étaient menées… Comment elle voulait absolument le croiser sur les remparts… Et lorsque l’armée de Dizneuf fut repoussée, il était parti de l’autre côté, pour rentrer en Anjou, lâchant simplement une promesse… Cette promesse qu’un jour il se retrouverait pour mener à bien le combat qu’elle voulait…

Les mois et les années s’étaient écoulés… Les combats se multipliant, toujours plus dur, toujours plus dangereux… Et il n’avait pu venir plus tôt… Elle le découvrirait avec de nouvelles cicatrices… Des tatouages sur le corps… Ces dessins avaient une signification, les cicatrices une autre…

Bruissement d’herbe qu’on écrase… L’oreille se dresse alors que la tête se relève imperceptiblement… Ecoute d’un bruit de pas presque inaudible mais qui ne peut échapper au mercenaire aguerri… Et pourtant, il n’esquisse pas le moindre geste pour montrer qu’il a entendu, mimant l’indolence parfaite alors que l’esprit cherche déjà à savoir comment il pourrait se défendre, s’il en a besoin…

Mais une odeur se fait amener par une douce brise… Frémissement qui parcourt l’échine du colossal Seigneur, autant pour le froid que pour la fleur d’oranger qui vient chatouiller ses narines… Aucun geste, aucun mouvement… Elle est là alors qu’il n’y croyait plus… Et pourtant…

Voix qui s’élève et fait naitre un sourire au coin des lèvres du colosse qui se redresse légèrement… Elle est dans son dos, elle ne peut pas manquer les cinq sillons blanchâtres qui traversent son dos, se croisant à peine… Les paupières se ferment quelques instants alors qu’il sait que le serpent enroulé autour de l’épaisse cicatrice de sa nuque est visible, que la cicatrice longeant son omoplate l’est tout autant…

Et lorsqu’elle se retrouve près de lui, il se relève… Lentement, prenant son temps… Sourire qui reste accroché sur les lèvres fines du colosse pendant que les paupières s’ouvrent pour dévoiler l’azur brillante…
« Un homme grand vous dites ? »

Sourire qui devient amusé alors qu’il se dresse de toute sa hauteur, pivotant lentement sur lui-même pour faire face à la panthère, plantant son regard dans ses émeraudes… Rapidement l’œil glisse sur le visage, sur le corps de la blonde avant de replonger dans son regard…

« Et vous croyez que je corresponds à la personne que vous cherchez ?
Car j’attends quelqu’un moi aussi… »


Clin d’œil lancé par le colosse à la panthère avant de se pencher pour venir déposer tendrement ses lèvres sur la joue de son amie… L’azur profitant de l’occasion pour observer les environs... Et tout en humant l’odeur qui se dégage des mèches blondes, il chuchote…

« Venue seule à la rencontre du diable ou des amis de la panthère sont cachés quelque part ? » Sourire qui s’étire en coin alors qu’il se redresse, les yeux brillants, sondant les émeraudes de la blonde avant de reprendre plus haut…
« Comment vas-tu Ilm ? Ça faisait longtemps... »

Et un nouveau sourire qui vient flotter sur ses lèvres alors qu’il regarde son amie, pas aussi détendu qu’il avait pu la voir, pourquoi ? Il n’en sait rien, mais quelque chose lui dit qu’elle n’est pas encore au summum de sa forme… Peut-être les épaules qui lui semblent crispées… ?
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"Mercenaire rôliste, cherchant une troupe ? Contactez moi..."
Ilmarin
Avez-vous déjà vu le Diable danser au Clair de Lune?



La jeune femme est loin d'être une naine, pour ces temps oscillant entre abondance et famine, guerre et paix précaire; sa dernière toise la plaçait dans les cinq pied-trois pouces. Et pourtant elle lui arrivait à peine à l'épaule, même avec le renfort de ses bottes légèrement talonnées.
Largement plus de six pieds, le géant... Peut-être sept... L'évaluation n'était pas son fort, s'amusant juste de cette pensée en le voyant déplier sa masse, en le voyant prendre plaisir à la recouvrir de son ombre. Comme s'il voulait lui rappeler que leur promesse mutuelle était plus un danger pour elle que pour lui.
Comme s'il existait une chance infime de la faire changer d'avis.
Comme si ce n'était pas présomptueux d'espérer la voir renoncer.

Leurs regards s'échangent, s'étudiant mutuellement, prenant les marques de ces mois écoulés au calendrier des cicatrices et des douleurs. Elle ne lui poserait aucune question, pour l'instant. Mentalement, elle les comptait, simplement: visage, cou, omoplate, lacérations, torse... Apparemment, elle était plus chanceuse que lui durant les combats d'armées adverses. Ayant juste été marquée par d'autres errances...
Son sourire s'agrandit, ses silences comme autant de réponses amusées aux devinettes échangées. Etonnante amitié née dans l'opposition guerrière et développée sur le terreau du feeling de mercenaires.


Je leur ai demandé de rester un peu en arrière... Sussurre-t-elle à l'oreille attentive, retenant un rire léger en le devinant humer les huiles essentielles de fleurs d'agrumes de pays lointain; la seule douceur qu'elle offrait pour qui ne la connaissait pas. Ils vont donc s'empresser de débouler...

Un pas en arrière pour pouvoir le toiser plus facilement, surveiller ce regard limpide déjà voilé d'interrogation à son égard. Qu'est-ce qui l'avait trahi? Dans une inspiration naturelle, elle détend ses épaules, comptant sur son bustier pour que la ceinture reste la plus invisible possible. On apprend à tricher, avec le temps.

Je vais plutôt bien Crok. Un nouveau sourire assuré, penchant son visage sur le côté, une de ses mèches folles en profitant pour s'extirper de son oreille et flirter avec sa joue. Bien tant que tu ne fouilles pas dans les sacoches... Mieux que toi j'ai l'impression... Tu as encore joué aux durs.

Hop, ça, c'est fait. Cette vanne-là, elle date; et le plaisir de lui ressortir est incommensurable... Et pas du tout visible dans le pétillement de son regard.
Tu me raconteras tout ça pendant la route ou en taverne, ça fascinera les go... Mes pages. Depêche de me filer le plan de route, la caravane va s'pointer, on pourra plus causer.

Assurément, elle l'est, bavarde. Rattrapant des années de mutisme enfantin auquel elle préfère ne pas repenser. Et Luthi - que Crokie apprendra à connaître bien assez vite - était largement plus bavard qu'elle. Une pipelette, une vraie. Une bignole, toujours à fureter.
Bref, revenons à la Blonde. Si heureuse de ce voyage qui se profile qu'elle comble sans peine les silences de son ami plutôt taciturne. Un instant, fugace, elle se remémore à son tour ces soirées en taverne, lui incognito, elle lui tirant les vers du nez, jusqu'à en savoir assez pour acquérir la certitude qu'ils se battront à la loyale, un jour ou l'autre. Ne pas plonger dans la nostalgie, il est venu pour tracer d'autres sillons dans leurs mémoires.


Me regarde pas comme ça! Eclat de rire s'élançant, rebondissant à la surface du lac en échos joyeux quand le sourcil du surnommé Diable se lève, intrigué. Un fiancé, deux pages, un ami... Tu pourras rajouter bientôt notre pupille, le fils d'une amie un peu malade... Et... Peut-être encore des surprises... Je ne sais plus me déplacer seule... Et surtout, nous t'escortons et nous le faisons bien.

Retour vers le canasson. Si, prudente, elle ne se séparait pas de ses dagues, l'épée au pommeau doré en forme de félin, par contre, pendait sur un côté de sa selle. A défaut d'une trop grande assurance, c'était aussi une marque de confiance pour son ami, qui, même s'il en avait pas besoin, aurait ainsi la certitude qu'ils s'étaient bien compris.
Elle sort, après moults farfouillis dans une sacoche pleine d'indispensable, un parchemin traçant les routes locales, les bourgs, villages et lieux-dits et un fusain pour cocher les étapes. Aussi attentive à ses remarques qu'à ce qui ressemblerait, comme prévu, à un troupeau de buffles traversant un chemin forestier...

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--Moustique
Moi j'te dis j'le sens pas c'truc...

Pitchounette renfrognée sur sa selle... ouais... puis elle a pas envie de voyager là... elle s'est trop faite à Delle, à son train train, aux environs à explorer avec son supérieur en entourloupe et à leur chambre. On dirait des siamois l'Allongé et la Moustique. Enfin sauf qu'elle a toujours une tête de moins bien qu'elle ait grandi. Ouais elle a grandit la pitchounette... dix printemps maintenant à peut près environ, des cheveux noir de jais qui ont poussé et qui sont discipliné dans une queue de cheval haute à la guerrière (oui la contrariez pas elle dit que c'est ça), une corpulence proche de la crevette, deux perles vertes toujours inchangées en guise de mirettes, une gouaille qui augmente proportionnellement à la taille... mais c'est toujours un petit mec. Toujours. Perpétuellement en doublet et chausses avec des jolis bottes usées qui avaient appartenu à Luthi, elle a l'air d'un gamin un peu dégingandé avec un visage d'ange à qui on donnerait le bon dieu sans confession si les deux sinoples ne brillaient pas d'un éclair mutin/colérique/malicieux (rayez la mention inutile en fonction des situations). Et là les mirettes renvoient la moue boudeuse des lèvres de Laïs, cachée sous l'identité de Moustique, page d'Ilmarin, qui aime pas voyager là tout de suite. Non mais pas qu'elle sait pas chevaucher, enfin avant elle savait pas trop mais vu que le page version mini pouce a des ressources en matières d'apprentissage (surtout les cours de Luthi à vrai dire), elle masterise maintenant... Mais oui elle s'est un peu trop habituée à Delle. C'est devenu sa nouvelle maison... et quelle maison ! Un château avec plein de pièces à découvrir, des dépendances et des terres à explorer, un tas de trucs nouveau, des bêtises... sous la houlette de Luthi, ils avaient fouiné partout - même les douves... grimace en y repensant- et elle avait du mal à quitter son nouvel univers. Un nouveau départ, ça sonne à ses souvenirs de bout de choux qui a dû quitter plusieurs maisons dont une à la va vite, pour échapper à un danger qu'à l'époque elle n'avait pas compris.

Moi j'te dis j'le sens pas c'truc...

Bon d'accord elle chouine parce qu'elle voulait pas partir, mais y a pas que ça. Elle la sent vraiment pas l'affaire... Ils voyagent... ok... mais déjà pour un bail... c'pas une promenade de quelques jours autour de Delle... puis vu que le défi de Luthi c't'ait d'tenter de cuisiner Daronne, ben elle en a posé des questions la minette. Qu'est c'qu'elle avait dit déjà ? «  On va voir du pays. La Gascogne plus précisément. Passage en Touraine, parce que je vais être vassale de ma future belle-soeur -sourire amusé- et fin du périple en BA. On est parti pour plusieurs semaines, à bon train. » Bon allez ça ça va... par contre le truc qui l'a fait tilté c'est le passage du « On voyagera de nuit, pour éviter des problèmes à Crok ». C'qui lui ? Et pourquoi il a des soucis ? Elle avait répondu Daronne en disant juste qu'il fallait l'appeler « messire Eikorc de Nerra », tu parles qu'c'est drôlement trop long déjà et qu'en plus comble, ben il s'était battu avec elle et il était mercenaire. La pitchounette elle en a frémi dans ses chausses... d'là presque un juron qui est sorti de ses lèvres. Et... et … et …. «  et on va l'escorter et on prend des armes parce qu'ils y a des brigands sur les routes » après la traditionnelle remontrance sur le langage de la môme qui dérapait à chaque fois qu'elle a les chocotes. Comme le soufflon verbal quand elle avait proposé le fait de le taper s'il tapait Daronne... wouarf... d'accord la Panthère veut qu'on soit sage...
La suite, ben ça a été du classique... inspection des paquetages, inspection des fringues, passage par l'armurie pour attraper un bouclier et une épée courte à Luthi et une petite dague pour elle qu'elle a attaché fièrement à sa ceinture, bouchonnage des montures, préparation des fontes et en selle.

Sur son canasson, la pitchounette triture le petit dragon qui pend à son cou en parlant à son blondin de chef qui chevauche pas loin et assez bas pour pas qu'le Loup entende, cherchant un commentaire de l'Allongé...

Allongé qui le sent pas plus. Pas fou l'gamin, il avait noté les messes basses de ses presque parents et il avait noté le regard noir du Loup...


T'es sûre que t'as bien tout capté? aucune allusion d'autres? rien? redis moi son murmure pour voir?


Question posée mille fois, ressassant en boucle. Réponse qu'il écoute encore et encore, ralentissant son poney double - double attention! - pour mieux discuter sans être capté.

Mous... faut que tu ouvres tes esgourdes... faut pas qu'on lâche Daronne, j'veux savoir ça sent l'coup foireux... On les lâche pas, dès qu'on voit que ça cause plancher, d'acc?

Pitchounette en second qui opine du chef pendant qu'ils s'approchent en vue de Daronne et d'un.... p'tain de grenouille en bouteille, il est immense... regard version pupilles écarquillés vers le supérieur blond de la mouflette... s'il fallait le taper, ben ils étaient pas dans la mouise interroyaumesque (oui interplanétaire c'est un peu trop anachronique)... regard de l'Allongé qui essaie de cacher sa surprise, mais que son double miniature brun sait très bien déceler...

T'inquiète, plus y sont gros, plus y font de bruit quand leur derche se prend le sol...

Pitchounette qui se replonge dans la contemplation du couple devant eux et qui se dit que p'être ben, mais qu'ça doit être quand même sacrément costaud de lui dévisser les arpions du sol... arrivés à distance respectable, les mouflets descendent de leurs canassons et viennent devant Daronne et l'immense mercenaire, qu'est plein de cicatrices, la vache ! Pitchounette qui pousse du coude Luthi pour qu'il les présente... zut hein, c'est lui le chef, c'est lui qui parle.... le loupiot s'exécute non sans un grognement.

Daronne, c'nous que vla. Messire -tente une révérence, comment déjà... euh... Ah ouais, main droite sur la taille, gauche tenant le pommeau de l'arme, et on incline le buste - Je vous présente mes... euh... hommages... Messire de... -euh Mous'... Messire de quoi demande-t-il dans un regard en coin; depuis un moment il connait que son prénom, daronne emploie que ça...-

Nerra !

Hum c'est p'être parti un peu vif comme réponse... mais pas question de laisser le loupiot dans l'embarras... sont comme les doigts d'une main... sauf qu'ils sont que deux... on se rattrape en faisant une révérence avec main sur la poitrine....

Eikorc de Nerra...

Et mercenaire, et qui a tapé Daronne et qui va taper Daronne et que vu les coutures qu'il a, on a intérêt de trouver aut'chose que nos cure dents pour se défendre... Bref on aura l'temps de cogiter plus tard, faut juste éviter d'être punis et pas pouvoir fureter à loisir. Donc... on se relève lentement et respectueusement, puis on essaie de pas lever la tête pour le regarder dans les yeux, vu qu'on risque le torti collis.

Nous on est les pages de Dar... -gloups elle a failli glissé là-d'Ilmarin d'Azayles. Luthifer - menotte qui pointe le courien- et Moustique...

Coup de coude du page en chef, murmurant...

Azayes cornebistouille, Azayes...

Quant elle disait qu'elle se sentait pas ce voyage....
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Daresha
Entre les murs froids d'un manoir rouergat
D'une âme balançant entre raison et déraison parce que le coeur a ses raisons que la déraison emporte...


Schkling! Schkling! Schkling!
Craaaaaac! Craaaaaaaaaaaac!

Bam bam bam!

- Comtesse! Comtesse! Ouvrez ! Ma Dame! Les poings fermés de la jeune servante frappaient de toute leur vigueur la solide porte en bois derrière laquelle s'était retranchée la Rose. Il n'y avait que ce massif morceau de bois à peine travaillé qui la séparait de sa maîtresse, mais c'était un élément de trop. Vérouillé de l'intérieur, il ne laissait rien filter, excepté les bruits de verre et de mobilier cassé. Ne pouvant franchir la terrible barrière, elle ne pouvait que s'imaginer le pire, connaissant l'état mental dans lequel se trouvait la Rose.
- Comtesse! S'il vous plait! Ouvrez moi!
- Laissez moi! rugit de fureur uen voix derrière la porte. Laissez moi! La voix était railleuse, comme si les cordes vocales qui lui permettaient de s'exprimer commençaient à faiblir. Il faut dire qu'elles en avaient laché des cris de douleur, des cris de haine et des pleurs sonores.
- Mais...
- Allez vous en !
Schkling!

Une énième coupe vint ponctuer les propos de la Comtesse en finissant son vol contre une immense tenture attachée contre le mur qui faisait face à son lit. Les morceaux tombèrent comme une pluie d'étoile sur le sol, certains s'accrochant à l'épais tissu alors que le contenu rouge venait tacher la sompteuse décoration, s'étalant comme une tache de sang fraîche. C'était la dernière coupe d'un service précieux qui leur avait été offert lors de leurs épousailles. La carafe, elle, gisait à ses pieds, finissant de déverser le peu de vin qu'elle avait encore contenu jusqu'à sa mort brutale. C'est qu'il en restait peu, à peine quelques gouttes qu'elle n'avait pas eu le temps de boire avant que l'alcool ne fasse ses effets. Il lui avait fallu peu de temps d'ailleurs, pour faire ses effets sur l'esprit fragile et le corps frêle de la Rose. Le ventre vide car ne retenant pas le peu de nourriture avalée, la fatigue accumulée car le sommeil n'était pas au rendez vous et un mental à fleur de peau, les vapeurs d'alcool avaient exacerbé son caractère. Et la tristesse aidant, c'était de la colère qui en était née.

Ses cheveux décoiffés tombant en mèches légèrement striées sur son visage blafard, ses yeux vitreux égarés dans le vide, elle se figea. Les épaules voutées par le poids d'un destin mauvais joueur, sa poitrine se gonflant à peine au fil de ses respirations difficile, elle resta ainsi sans bouger. Elle finit par bouger sa dextre d'ou coulaient deux liquides de couleur brique, l'un peu épais que l'autre. Elle porta sa main au niveau de son visage et regarda l'entaille vive qu'un morceau de verre avait faite. Si elle avait mal, elle ne semblait pas y porter attention, tant elle était concentrée par le sang qui s'écoulait, mêlé au vin qui se trouvait dans la coupe qu'elle avait brisée. Il n'y avait plus rien d'autre que ces deux liserés rouges qui séchaient doucement au contact de l'air. Elle porta sa main à ses lèvres et les déposa en un délicat baiser et un gout métallique mélangé à un gout de raisins fruités se répendit dans sa bouche.

Comme perdue dans une étrange délectation de son liquide vitale, elle ne se vit pas glisser à terre, sa robe de deuil blanche parsemée d'irrémédiables tâches rougies. Elle était au milieu du néant, du rien, d'une confusion incommensurable. Outre des morceaux de vaisselle, il y avait des parchemins déchirés, froissés, à moitié écrits et brulés; des morceaux de bois qui avaient constitué une chaise confortable; des plumes s'étalant aux cotés d'un oreiller éventré d'un coup de dague. Un des montants du baldaquin était brisé et le fin voile pendait négligemment sur le lit. Leur lit. Ce lit qui n'avait pas été conjugal puisqu'il n'était jamais venu en cette nouvelle propriété qui était leur.

S'il y avait eu, bien des mois auparavant une chambre dans cette pièce, il n'y avait désormais plus rien excepté un carnage du à la folie de l'âme. Tout avait basculé ce jour, à cause d'une lettre, d'une simple lettre. Comme elle avait maudit sa destinaire, qu'elle avait pourtant considéré comme sa fille de coeur! Elle lui avait menti; elle se doutait, du moins imaginait-elle les sentiments de la jeune fille à l'égard du Chevalier. Elle lui avait menti pour le garder pour elle. Mais elle ne tomberait pas dans le piège, pas dans ce mensonge..
Non. Elle était tout simplement tombée de son confortable nuage sur lequel son époux l'avait soigneusement installée.

A partir de ce jour, il n'y eu plus rien, qu'une folie destructrice qui détruisit probablement à jamais une famille qui de toute façon n'en avait jamais été une : un fils issu d'un premier mariage; une fille vivante couronant le second. Mais sans repère paternel, qu'est-ce qu'une famille? Et même lorsqu'il avait été là, il n'était jamais là. Comme le Vicomte. Alors à quoi bon s'accrocher à un spectre symbolisé par deux enfants? Du jour au lendemain, elle avait tout perdu : il était sa bouffée d'air, sa source intarissable de courage qui lui permettait de se dire enfin qu'elle pouvait être une mère digne de ce nom. La preuve...

Comme un enfant délaissé qui se console tout seul, elle se mit à balancer d'avant en arrière, au son d'une berceuse silencieuse, ses lèvres tremblant en des mots indistincts. Au dehors, la jeune servante continuait sa sérénade, en vain. Le bruit s'était tu, mais cela ne voulait pas dire que le pire était passé. Mais la Rose était... ailleurs...

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Eikorc
[Quand le diable rencontre les diablotins]

Pas en arrière alors qu’il a à peine capté les quelques mots lâchés par son amie… Alors comme ça du monde va arriver dans peu de temps… Sourire qui vient se nicher au coin de ses lèvres alors que leur regards se croisent… Repousser l’inquiétude qui commençait à faire sa place dans son esprit quand elle décrispe ses épaules… L’azur glisse sur le visage de la panthère, le long de sa gorge… Avant de remonter d’un coup pour se planter dans les émeraudes pétillantes…

Montagne de muscle attentive au moindre des mots lâchés, suivant le moindre geste. Iris qui pétille en réponse à la pique… Jouer les durs hein ? Tss… Pas sa faute si ses chairs attirent le métal des épées… Comment ça il le cherche ? Mais non ! … Petit rire qui monte dans sa gorge, on peut pas dire qu’il ne cherche pas les combats… D’autant plus qu’ils sont tout deux l’un en face de l’autre dans le but de s’affronter…

Bien sûr qu’il lui expliquera le pourquoi du comment de chaque marques qui traverse son corps… Ou peut-être ne pas parler de son arcade brisée pour un duel de testostérone qui s’était soldé par un bain de sang et une désillusion… Haussement de sourcil quand même… Des pages ? Les pages c’est des marmots nope ? Bah ! Lui qui croyait passer un voyage avec des mercenaires aguerris…

Nez qui se plisse en même temps que le regard… Une caravane, rien que ça… Mais un éclat de rire lui empêche de faire la moindre remarque… En avait-il vraiment envie de toute manière ? Haussement d’épaules en réponse alors qu’elle annonce les personnes qui participeront à son escorte… Trois enfants s’il a bien compris… Ça fera du monde en plus à surveiller…

Tête qui se penche sur le côté alors qu’elle pivote sur elle-même pour rejoindre son cheval, les cervicales claquent et les épaules musculeuses roulent… Frissonnement qui parcourt son échine alors qu’il se rend compte qu’il est toujours torse nu… C’est fou comme la fraîcheur n’a plus d’emprise sur la chair au bout d’un certain temps…

L’azur glisse autant sur les courbes que sur l’épée de son amie pendant qu’elle farfouille dans ses sacoches… Pendant que ses propres doigts s’agitent pour désengourdir les extrémités… Sourire qui s’esquisse alors qu’elle se retourne vers lui avec la carte et rapidement, il désigne le plan qu’il a prévu, ville après ville, jour après jour… Précisant bien que cet itinéraire pourrait changer à n’importe quel moment selon les nouvelles qu’il obtiendrait…

Mais à peine le temps de parler de leur ville d’arrivée que déjà un duo cheval arrive… Il l’avait entendu arriver, qui ne les auraient pas entendu de toute manière ? Sourcil qui se hausse devant la paire de mômes qui se glissent entre eux en le reluquant avec des yeux aussi grand que des soucoupes… Et sourire amusé qui vient se nicher au coin des lèvres alors qu’il voit l’efflanqué se faire martyrisé les côtes par la demi-portion d’à côté…

Et quoi encore ? Une révérence ? Nan mais il est pas comte, ni duc, ni royaliste, ni vieux… Nez qui se plisse alors que l’azur s’étrécit pendant que le gamin lui présente ses hommages… Et la gamine qui gueule son nom !! Grommellement étouffé et esquivé par un regard qui monte au ciel… Encore une révérence… Bon certes il en impose, mais quand même, il n’est que petit Seigneur angevin et ne mérite pas tant de rond de jambes…

Sourire qui étire le coin de ses lèvres… Moustique et Luthifer… Lentement il s’accroupit, pour leur faire face… L’azur aux reflets métalliques glissant d’un regard à l’autre, glacial à souhait pour les observer… Non pas leur faire peur… Quoique, ça pourrait éviter certains dérapages… Leur bouilles d’anges ne suffisant pas à tromper le colosse.

La large main s’empare de la menotte de la dite Moustiques, puis de celle un peu plus grande du jeune homme… Poignée de main plus ferme mais pas assez pour leur broyer les doigts, on sait jamais ça peut être utile…


« Moustique… Luthifer… Enchanté.
Appelez moi Crok, ou l’colosse, comme tout le monde. »


Clin d’œil claqué à l’un comme pour l’autre avant qu’il ne se redresse, attrapant sa chemise au passage qu’il jette négligemment sur son épaule. Coup d’œil à la blonde, nouveau sourire esquissé…

« Les premiers arrivés… J’espère qu’ils savent être plus discret que ce qu’ils ont montré à l’instant… Parce qu’on va en avoir besoin…
Les autres vont nous rejoindre bientôt ? Histoire qu’on fasse connaissance, on a la journée pour ça… Comme tu t’en doutes, on ne voyagera que de nuit… »


Hochement de tête dans sa direction, l’azur trouvant l’émeraude de la panthère pour savoir s’il a besoin d’expliciter le pourquoi du comment… Certainement pas, elle sait ce qu’il est, ce qu’il a fait et ce qu’il fait… Et donc ce qui en découle… Mais le respect qu’il lui porte l’oblige à poser cette interrogation muette…
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"Mercenaire rôliste, cherchant une troupe ? Contactez moi..."
Rhuyzar
Pas une heure pour réveiller les honnêtes gens. Bon, d'accord, d'honnête il n'avait que la bannière et l'écu, mais tout de même ! Maintenant que sa retraite était prise, il aurait bien aimé connaitre d'autres matins, ceux qui ne débutaient pas dés l'aurore par du bruit à l'huis et un parchemin mystérieux. Remarquez, il y avait nuance. Pour une fois, le parchemin en question ne lui était pas adressé et ne contenait pas un urgent appel à l'aide pour une quelconque guerre ou une invasion de brigands peu scrupuleux du sommeil des autres.

Pourquoi fallait-il toujours voyager dés l'aube ? Pour le coup le Loup était grognon pendant que sa panthère se préparait à décarrer avant eux. Plus le temps passait, moins il la voyait, juste retour des choses pensait-il, et il se gardait bien de toute remarque à ce sujet. Elle avait toujours été ainsi. Libre, fière, indépendante d'une certaine manière. Il se sentait cependant de plus en plus fatigué, usé. Ce corps auquel il avait tant et tant demandé au fil des années répondait de moins en moins bien à ses sollicitations. Peut-être allait-il entreprendre le voyage de trop cette fois ? Cette question qu'il ne s'était jamais posée, germait soudainement dans son esprit, logique conséquence de son état physique et de la lassitude ressentie après des années de bons et loyaux services.

Surveiller du coin de l'oeil les gamins après son départ précipité. Elle prenait la liberté, il héritait des deux monstres. De plus en plus grognon le Loup, la journée commençait mal... Et que ça papote et caquète, tellement qu'il sentait le mal poindre sous la peau de son crâne. Douleur aiguë née de l'agacement après un réveil brutal.

Il avait réuni Ali et ses hommes. Ses cinq anges gardiens, tout de noir parés, qui veillaient dans son dos. Eux aussi vieillissaient. Il songeait à les renvoyer, ou leur offrir quelque terre sur laquelle s'installer et finir leur vie. Ils l'attendaient dans la cour, surveillant les montures tandis qu'il terminait de se préparer. Il ne s'était pas occupé du voyage, mais n'ayant confiance qu'en ses propres préparatifs, il préférait revêtir un semblant d'habit officiel pour parer à toute éventualité. Seule la cuirasse, en partie dissimulée sous le mantel, lui servirait de protection. Sa bâtarde fixée à sa ceinture, sa miséricorde à son opposé et ses gantelets rutilants, réplique presque exacte de ceux qu'il arborait du temps où il portait le titre de Capitaine de la Licorne. Sa bannière serait portée par l'un des Hafsides. Armes de Delle, de la Louveterie et insigne de la Licorne. De quoi peut-être écarter les douaniers trop ennuyeux à son goût. Ces gens avaient la fâcheuse tendance de se croire tout puissants avec leurs codes ridicules et leurs lois obsolètes qui n'arrêteraient même pas un gamin décidé à voler un pain.

Un coup d'oeil au miroir, un soupir en contemplant son visage aux traits tirés, à l'oeil éteint, ses cheveux blanchis par la guerre. Il n'était plus qu'une épave d'un navire qui, autrefois, coupait les vagues, voiles dehors, d'un blanc éclatant et dont le pavillon réchauffait les coeurs, encourageait les bras, inspirait les âmes. Une relique, un vieux souvenir mourant seconde après seconde. Etait-ce là le destin d'un Chevalier survivant de chaque bataille ? Une lance poussiéreuse et des histoires racontées tant de fois qu'après avoir émerveillé l'auditoire elles le font sourire tendrement, comme on sourit au vieillard sénile assis près sa cheminée ? Etait-ce tout ce qui restait de sa vie ?

Le temps passé à songer, les gamins étaient partis, ventre à terre, ou pas loin. Nouveau soupir. Il laisse quelques consignes habituelles aux gens de maison et enfourche sa monture, quittant avec sa petite garde le calme village de Millau, au pas, sabots claquant sur les pavés, regardant défiler les chaumières puis la campagne, sur le chemin qui les mène au rendez-vous.

Des silhouettes se profilent rapidement. Un grand costaud, deux nains maigrichons, une panthère, tandis que grossit, sur le chemin de terre, l'image d'un vieux Licorneux, suivi de six berbères, un de blanc, cinq de noir, et une bannière flottante.

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Milo1
[Quand le jour rencontre la nuit...]


Une grimace. A peine contrôlée, à peine cachée. Douleur qui s'insinue plus lentement qu'un serpent ondulant à la surface des herbes piétinées par les voyageurs pour fondre en silence sur sa proie. Souffrance qui ne fait que lui rappeler le passé, un passé dont le prix est de plus en plus lourd à payer, chaque jour. Cette senestre écrasée comme un cafard trop gênant, clouée à même le bois, pour tenter de sauver une âme déjà fort malade. Et le résultat en était là... L'âme recueillie dans ses bras en était morte, la sienne couvée par la folie. Et la troisième, en Enfer.

Sans un mot, le géant masse doucement le puits de tourments qui s'est fait sien depuis ce jour. Pour tenter d'apaiser les démons, et laisser mourir sur ses lèvres le gémissement muet menaçant de sortir. Un coup d'œil alentour, pour se repérer. Et l'empire d'Hell abandonné un instant, pour mettre sa dextre en visière.

Un ami à escorter, lui avait-elle dit. Pas de questions, il saurait bien assez tôt de ce qu'il retournait. Un baiser déposé sur le front de la jeune femme, une sacoche préparée rapidement, une Ambre laissée à cette Jade flamboyante, lui demandant de veiller sur lui. Et une Azur solitaire ces derniers temps accompagnant deux diablotins, veillant sur eux tout le long du voyage, les laissant aller de l'avant, les rattrapant quand le retard était si important qu'il ne restait de leur contours que quelques formes précises.

Il rabaisse lentement sa main, ayant aperçu les petits démons s'écarter du chemin, pour se projeter dans l'ombre de la forêt. Sa jambe droite est jetée par dessus l'encolure pour mettre pieds à terre, autant pour profiter de la chaleur que les premiers rayons du soleil lui apportent que pour se dégourdir les jambes, alors que sa main droite enserre fermement les rennes du superbe hongre alezan, cadeau de la rouquine, pour il ne sait quel honneur.

C'est donc pensif qu'il se dirige enfin de l'endroit où les fifrelins et, suppose-t-il, la jeune femme et l'inconnu se sont arrêtés. D'un geste tranquille, il attache le lien de Grani à une branche proche de l'eau, lui laissant du mou pour qu'il puisse aussi bien boire que grignoter quelques brins d'herbes, en profitant pour contempler son allure dans le reflet renvoyé par le miroir aqueux.

Son cheval laissé aux bons soins de Dame Nature, le colosse se dirige enfin vers les représentants de la race humaine, une épée de la manufacture la plus simple possible battant son flan gauche. Un baiser est déposé sur le front d'Ilmarin, tenant ses cartes et son fusain comme une enfant prête à faire un tableau venant du fond du coeur. Il salue d'un geste de la tête son vis à vis brun, remarquant quelques détails amusants, le jour et la nuit n'était pas si différents, après tout.

Un peu plus petit que lui, mais cependant plus large, le colosse lui faisant face ne manquait pas d'allure, et portait autant de cicatrices que son corps pouvait en supporter. Sourire ironique de l'Azur, à croire que les sillons gravés sur leurs peaux contaient leur histoire. Outre cet aspect frappant, l'inconnu était aussi brun que le géant n'était blond. Et, enfin, dernière fait frappant, l'éclat Azuré de ses yeux, parfait jumeau de celui du colosse, railleur et moqueur. Azur ironique qui observe son vis à vis, sourire en coin sur les lèvres, il s'incline légèrement, sa voix profonde de basse fendant le peu de silence trouvé parmi les phrases des deux morveux. Comment l'avait-elle appelé ?


- Enchanté, Crokie de Nerra... Milo.

Et, sans plus attendre, son regard se penche sur la carte, face à la jeune femme, étudiant le tracé, attendant somme toute le Loup de la Panthère, et les instructions suivantes.
Daresha
Toujours se trouve où se doit,
Un pas de plus vers l'enfer démentiel,
Un pas de moins vers la réalité douloureuse


- Dame.. je vous en prie... ouvrez... Pour un peu, elle paniquait presque la petite servante. Quoique on peut rayer le presque : elle paniquait. Et il y avait de quoi paniquer. C'est que la Rose avait une forte tendance à changer d'humeur en à peine quelques secondes, et il ne fallait pas grand chose pour se faire et ainsi passer d'un calme angoissant à une tornade dévastatrice. Dieu seul pouvait savoir ce qu'il se passait dans l'esprit de la Comtesse. Une intrusion mentale aurait sans doute permis d'en savoir plus, mais cela n'était pas possible. Et ça aurait sans doute été plus effrayant qu'autre chose. Il fallait donc se contenter d'observer, d'attendre et de prévoir les réactions florales. Et là, c'est ce qu'elle faisait à contrecoeur la petite servante : attendre et prévoir. Parce que observer avec une porte fermée ce n'était pas grandement l'idéal...
- Comtesse... S'il vous plait... Mais toujours ce même silence inquiétant, seul résonnant les à coups répétés contre le bois lourd. Et derrière...

La scène semblait avoir été figée hors du temps. Elle n'avait presque pas bougé à l'exception de son mouvement balancier au lent rythme hypnotique. Elle était dans son monde mental, coupé de la réalité. Elle revivait ses souvenirs, s'y plongeant sans retenue, sentant leur gout agréable et inimitable sur ses lèvres. Il est là, à portée de baiser... A cet instant elle avait su. Et combien elle l'avait désiré! A cet instant, tous les deux dans l'intimité d'une ruine du Grandvaux... Elle avait senti son souffle chaud se mêlé au sien. Elle avait voulu l'embrasser, elle avait voulu être sienne alors qu'ils se connaissaient à peine. Mais la fidélité et la fraternité en avaient voulu autrement laissant dans l'ombre leurs sentiments se renforcer. Tout cela semblait si loin. Douze? Treize ans? Adrian n'était qu'un bébé...
Et la demande en mariage, si brusque si précipitée. Elle lui avait dit oui, sans hésiter. Oui elle avait toujours voulu être l'épouse du Destructeur, de cet homme sur lequel beaucoup crachaient et continuait de cracher malgré sa mort. Elle y croyait dur comme fer. Elle croyait que le mariage le changerait, qu'ils seraient une famille, qu'il lui serait fidèle. Combien de fois avait elle espéré que les "ma douce" et les "je t'aime" il ne les disait qu'à elle? Combien avaient-elles entendu ces mots d'amour et de tendresse? Finalement, ils n'avaient pas si bon gout ces souvenirs...

Enfin elle bougea, chassant une mèche collée à son front comme elle aurait chassé ses souvenirs. Elle resta encore un moment hébétée, laissant perdre ses sinoples sur le carnage qui l'entourait. En était-elle la cause? Un instant durant, elle se vit revivre ce fameux jour en leur manoir san claudien. Les tons s'étaient élevés en une énième scène conjugale. Le sujet devait être somme toute banal. Du moins à leurs yeux : reproches d'abandon alors qu'il allait retourner en Limousin. La fin avait si proche... Adrian pleurait dans sa chambre et la cause du carnage avait été Lui. Le salon n'en avait plus été un. Il n"était rien resté des meubles tant sa rage avait fait son oeuvre. Comme elle en avait culpabilisé! Et si elle n'avait rien dit... Si elle n'avait pas reproché... Elle aurait du se taire, mais la douleur avait tenu à s'exprimer. Non elle ne referait pas cette même bêtise même si cela lui coutait... Jamais plus elle ne lui dirait ce qu'elle avait sur le coeur. Il avait déjà un lourd fardeau sur les épaules, elle n'avait pas le droit d'en rajouter.

Et le temps était passé pourtant, mais n'avait pas totalement fait son oeuvre. C'était bien une expression de faible ça; le temps fera son oeuvre... Foutaise! Il n'en fait qu'à sa tete. Difficilement, elle se releva, le sang collant à la paume de sa main, sa robe froissée et tâchée. Ses jambes flagellèrent sous elle, mais elle tint bon. Grand dieu que la tête lui tournait! Le sang affluait à ses tempes, tapant comme pour se rapeller à elle, reprenant le rythme des coups de la servantes derrière la porte. Que s'était il passé?
Il n'y avait plus que le vide. Et la peur. Elle ne se souvenait de rien. Elle était venue dans sa chambre pour se reposer. Elle avait commandé de quoi se restaurer... Et puis plus rien. Le néant. Seulement le néant. Des larmes de panique perlèrent sur ces joues alors qu'elle gagnait sa couche. Repoussant quelques plumes échappées d'un oreiller éventré, elle s'assit sur le bord et resta le regard perdu dans le vide.
Mais elle ne pouvait rester là. Elle se releva à nouveau et rejoignit la fenetre. Elle regarda au dehors, caressant l'horizon des yeux. Puis elle ferma ses paupières et tenta de calmer son souffle et les battements de son coeur.

Lorsque ses émeraudes se rouvrirent au monde réel, l'éclat avait changé. Elle redressa les épaules et son port de tête droit. Elle ne préta plus aucune attention au désordre qu'elle avait engendré et d'une démarche assuré, alla ouvrir la porte. C'est un regard noir qu'elle jeta à la jeune servante apeurée.

- C'est maintenant que vous arrivez? Rangez moi ce bazar. Mais avant préparez mes affaires, je suis attendue. Et dépéchez vous, je vais être en retard. Plus vite que ça!
Baissant la tête, la jeune fille s'exécuta. S'il y avait bien une chose à ne pas faire, c'était contredire la Comtesse, surtout au vu de l'état de la chambrée. Ravalant sa salive, la servante se précipita autant que faire se peut dans l'armoire à la recherche d'affaires adéquates pour le voyage. Revenue prêt de son lit, la Rose retira sa mise et revêtue la nouvelle. De noir elle serait vêtue, rapellant la couleur de son âme.
- Vos .. vos affaires sont prêtes... Les chevaux sont dans la cour... Votre monture est prête...
- humm... sans lui porter la moindre attention, la Rose se concentra à ajuster sa nouvelle tenue. Attachant sa longue chevelure striée de blanc avec une barrette de buis, elle vérifia ensuite que ses bottes étaient bien attachées. Sa chemise était épaisse, de même que le mantel confectionné pour une autre occasion.

Puis ses talons résonnèrent dans les couloirs et escaliers du manoir. Tous s'inclinèrent sur son passage, mais elle ne les voyait pas. Elle arracha même les rênes de sa monture à l'écuyer qui s'était présenté à elle. Sans un regard pour sa suite qui l'accompagnerait au moins jusqu'au lieu du rendez vous, elle éperonna son frison, présent marital et né à Marchiennes. Mais tout cela n'avait que peu d'importance finalement. Arrivée à destination, elle ordonna à ses accompagnants, d'un geste de la main, de la laisser.

Mettant pied à terre, avisant la compagnie qui s'était formée, elle resta en retrait à caresser le chanfrein de son cheval, son visage blême et marqué par la fatigue, caché par une large capuche...

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Ilmarin
Déambulations dans la ville de Foix, où des marchands de mauvaise foi leur retournent les foies.


Trois jours qu'ils étaient coincés dans ce bled paumé du Toulousain.
Trois jours à ruminer, pester, râler après ces décrets pourris d'interdiction des lances, à la vacuité des cerveaux des responsables de Comtés, à leur inaptitude vicérale à comprendre qu'une lance n'est pas un danger.
Trois jours pour faire le tour des plaidoiries, à rire jaune de tant d'imbécilités et de mauvaise... Foi. Le jeu de mots était mauvais mais la ville s'y prêtait.

Peu après l'arrivée de Daresha et son fils, la petite troupe soigneusement informée de la destination et du chemin probable se prépare à sangler ses monture. Le Géant et la Blonde, après une concertation rapide, chuchotée, transmet les consignes générales valables pour tout le groupe. Ah bah, on est mercenaire ou on ne l'est pas. Le duo applique des règles claires, approuvées par Rhuyzar; règles marquant les frontières avec le monde et ses règlements empêchant de voyager en rond, dont ils afficheront leur mépris dans la non-lecture de courriers de douane dont la spécificité est de leur casser un équipement dont seule la gente masculine est équipée.
Pour le premier jour de trajet, la chevauchée s'annonçait longue. Revenir sur la route principale, quitter les frontières et gagner le prochain village avant l'aube. Les trajets seraient de nuit, silencieux et rapides; les nuits encore fraiches nécessitaient de bonnes protections, eut égard au fait qu'une fluxion de poitrine ne justifierait le moindre retard, à eux de se débrouiller pour ne pas mourir sur le canasson, ils ne s'arrêteront pas; le moindre bruit suspect devait être signalé, pour anticiper d'éventuels brigandages.
La jeune femme s'éloigna de quelques pas, intimant par un regard sévère aux gamins de la suivre. Les consignes étaient claires: pas de galop hors de vue; pas de bruit; pas de fanfaronnade; pas de surhomme. Ce voyage est important et les deux gnomes sont considérés comme des adultes à part entière, y compris dans les conséquences découlant d'éventuelles bourdes. Le regard déterminé de Luthi ne la rassurait qu'à moitié; même s'il semblait fier d'être considéré comme un homme, il n'en restait pas moins un p'tit couillu d'apprenti courien. Le regard émeraude la Panthère se pose à tour de rôle sur ses pages. Moustique grandissait à vue d'oeil. Mais la différence d'âge entre eux ne lui permettait pas de combler le retard de taille qui s'annonçait; Luthi serait loin d'être un nain... Mais surtout, il allait falloir commencer à envisager la question des repos commun des deux lardons...

Bref, ce n'était ni l'heure ni le moment. L'errance les appelait, ainsi que la baston.
Particulièrement amusée à l'idée d'être sous les ordres de Crokie et de ce fait, jouer complétement le rôle d'une mercenaire à sa solde, elle récupère les rênes de sa monture et retourne vers son fiancé après un clin d'oeil complice à son ami. Elle étudie la garde de Rhuyzar silencieusement, se demandant dans quelle mesure ils avaient besoin d'un tel équipage. Mais ne préfère pas y refaire allusion. Après tout, si le Vicomte de Delle en avait envie... Non elle ne portait son épée à son flanc pour l'instant; oui son dos tiendrait le choc, elle avait pris ce qu'il fallait pour tenir le double du temps de trajet prévu. Cesse donc de t'inquiéter, ce n'est qu'un voyage de plus et aucune menace ne pesait sur eux. Bon, si d'accord, peut-être pour Crok qui était recherché. Mais les risques sont somme tout très limités...
Par pure fierté, elle opposa un masque froid et neutre pour cacher toute réaction corporelle que la cavalcade allait annoncer; rien que de se hisser sur la selle était un exercice fort périlleux en élancements. Il était cependant inutile d'espérer l'aider sans se faire rabrouer vertement ou faire une remarque sans se prendre une réplique cinglante. Ca aussi faisait parti des consignes, mais par entente tacite entre les voyageurs.


Et les chemins d'étaler leur ruban sombrement sablonneux.


Les deux premières étapes furent calmes, même si la seconde finit laborieusement. Rhuyzar, marqué par les combats et donc plus rapidement fatigué, était déjà parti se reposer quand sa compagne alla trouver Crokie pour vérifier la destination suivante; précaution quotidienne, au cas où quelqu'un se perdrait. Ce qui devait arriver arriva. Une crise soudaine même si habituelle de son dos la saisit, manqua de la clouer au sol. Le Géant la ramena rapidement à leur chambre pour le repos diurne, malgré ses dénégations, protestations, réclamations, soutenant pouvoir marcher alors qu'elle avait juste envie d'hurler de douleur.
Lorsque sonna l'heure du rassemblement, une Panthère pâle, revêche et particulièrement irritable se présenta, surveillée du coin de l'oeil par un Loup au moins aussi grognon. Impossible de savoir ce qu'elle avait fait, seul son regard émeraude semblait étrangement plus pétillant et les pupilles un peu plus dilatées.

La troisième étape mérite d'être évoquée un peu plus longuement.
Déambulant dans les allées d'un marché d'un bled quelconque - n'essayez même pas de lui demander par où elle passe, elle s'en contre-fiche comme de l'an quarante, ils n'impactent pas sur le but du voyage - son regard froid et attentif se pose sur une jeune fille en haillons, apeurée, affamée sans aucun doute possible; les regards amoureux que la vagabonde lançait à une miche de pain bien dorée valait tous les discours.
Pourquoi hésita-t-elle? Pourquoi intervint-elle surtout? Avant même de réaliser son geste, sa bourse était dénouée, deux miches de pain et une brioche achetées et la gamine menée dans la taverne la plus proche pour qu'elle se restaure et se repose. La taverne s'emplit rapidement des membres de l'équipage qui firent alors connaissance avec Erzebeth, jeune orpheline errant sans but.
Là, il faut avouer que la Blonde fit fort. Elle imposa une inconnue dans la troupe et la colla dans les pattes de Crokie, comme Dame de compagnie. Il eut beau râler tant et plus, la jeunette prit son rôle à coeur, sous le regard amusé de l'autre Géant blond.
Lui donnant le temps d'étudier le mystère de cette enfant qui lui avait annoncé avant de tomber ivre morte sur la table: "votre meilleure amie va mourir".

Mais plus la route se poursuivait, plus la jeune femme fatiguait. Son dos l'élançait toujours plus, jouant avec ses nerfs, avec son moral, avec la concentration que nécessitait une route de nuit. Elle voyait à peine Daresha plonger dans sa folie et Milo veiller sur la Comtesse. Elle prenait à peine conscience du mutisme d'Adrian. Les pages prirent pleinement pied dans le monde adulte, quasiment livrés à eux-même, en toute confiance. Baptême du feu s'il en est; à bout de nerfs comme l'était la blessée, la moindre incartade serait sévèrement sanctionnée. Seule sa volonté la portait, que même Rhuyzar n'osait affronter, se contentant de saisir la moindre faille au vol.
La halte forcée arrive à point nommée, le Loup devant les abandonner quelques jours en urgence. Absence attristante mais habituelle que saisirent des douaniers obtus pour les coincer, dont le seul avantage fut de reposer ce dos meutri.
Voilà comment ils se retrouvaient entre Foix et Toulouse. Aucun voyage tranquille, calme, facile. Aucun. La présomption de culpabilité faisait des ravages mais, bien sûr, sans que personne ne l'assume, se prétextant de respect de la Loi pour justifier qu'en fait, ils avaient tous monstrueusement les foies. Comme si un mercenaire encadré par un Licorneux, sa femme, la veuve d'un autre Licorneux, un tavernier, une innocente et trois gamins allait se jeter dans la fosse aux lions.

Bande de crétins, pensa-t-elle fortement, plantée devant la cour de justice...

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Eikorc
[Un pas en avant, trois pas en arrière… Mais si on va y arriver !]

Qui aurait cru qu’un simple voyage pourrait prendre autant de temps ? Certainement pas le colosse qui a passé la plupart de sa vie sur la route… Et pourtant… D’abord ce procès alors qu’ils arrivaient tranquillement en Toulouse… Une histoire d’autorisation… Un jour, faudra même en demandé une pour se soulager… La montagne de muscle ne mâche pas ses mots sur sa façon de pensée, d’autant plus que le procureur leur a parlé comme a des chiens la première fois…

Le groupe est resté bloqué… Des jours durant, alors que le Seigneur de Vautorte rongeait son frein… Chaque jour perdu était un jour qui le tenait éloigné de sa sœur… Trop de jours à attendre, trop de jour à crier, trop de jour à beugler contre ces juristes et autre rat de bibliothèque… Il est homme d’action lui, pas homme de science, et il n’arrive pas à comprendre comment un verdict peut mettre des plombes à être donné…

Alors, pour ne pas réitérer les mêmes erreurs et être ralenti encore plus, il a demandé à ce qu’on obtienne des autorisations, car il savait que lui-même n’y arriverait pas… Qui accepterait qu’El Diablo en personne vienne fouler le sol de son territoire en groupe armé ? Personne apparemment. Et certainement pas l’Armagnac… Le colosse n’aurait pas cru que des politiciens iraient jusque là… Jusqu’à menacer de mettre une armée sur leur passage pour tuer tout le monde s’il ne détruisait pas le groupe… Alors que lui seul était une menace potentielle… Des gamins inoffensif, bien que turbulents, un ancien chevalier d’un ordre royal, sa promise et une duchesse… Et c’est bien à cause d’eux qu’Eikorc à céder… C’est à cause de ça qu’il accepté en se mordant les lèvres de ne pas pouvoir mettre ces villes à feu et à sang pour se venger…

Les groupes se reforment, de manière plus qu’inoffensive cette fois… Le colosse se retrouve à voyager seul avec la comtesse presque aussi froide que lui… Rose glacée qui garde les distances, ou presque… Peu à peu il a réussi à s’en rapprocher, peu à peu il a réussi à faire disparaitre le masque de glace, du moins un peu… Jusqu’à cette soirée, à cette nuit où il avait réussi à la cueillir comme il se doit…

Les villes défilent, les unes après les autres… Sans réellement d’embûches, sans réellement de problème… La montagne de muscle évitant un maximum de rentrer en ville pour ne pas créer d’esclandre ou de mouvement de foule… A quoi bon affoler les populations alors qu’il se promène simplement ?

L’impatience se fait sentir alors qu’ils se retrouvent à attendre au bord de la frontière Gasconne… Attendre si près du but d’être mis au courant du verdict d’un procès inique, ça ne peut que foutre en rogne… Il tourne en rond le colosse, jouant avec sa dague, grognant dans tous les sens… Lion enfermé dans une cage invisible… Et puis enfin le courrier tant attendu arrive… Ils peuvent reprendre la route !

Le mot est passé à sa blonde amie, il est temps de partir… Le groupe se retrouve. La montagne ne lâche pas un seul mot, le visage plus fermé que d’habitude… Il n’en a parlé à personne, ni à la panthère, ni à personne… Mais il s’inquiète, il ne peut faire autrement que de s’inquiéter pour son âme-sœur qui est resté à des lieues d’ici… Si loin, et pourtant il sent que quelque chose cloche, depuis qu’il a croisé son visage fatigué au mariage d’une poulette blonde…

Les chevaux sont poussés… Les montures avançant de concert alors qu’il se rapproche du but… L’azur parcourant les terres loin d’être inconnue… C’est ici qu’il avait fait coulé le sang, c’est là qu’il avait à nouveau connu la souffrance de perdre des êtres chers… Et pourtant il revenait…

Mâchoires qui se serrent pour aider le Seigneur à contenir les souvenirs qui reviennent hanter son esprit… Le regard métallique passant sur chacun de ses compagnons… Jusqu’à ce que les remparts de la ville se dressent devant eux, la lune nimbant le tout d’une drôle d’aura… La main droit du colosse se lève haut au dessus de lui, faisant signe à son escorte de s’arrêter… Et lentement il se laisse glisser à bas de sa monture, faisant rouler sa tête sur ses épaules pour détendre la douleur qui pulse à nouveau dans sa nuque… Quelques pas esquissés, il s’avance avant de se retourner vers le groupe.


« Nous touchons au but. La bicoque qui me servait de maison est près des remparts, donc nous n’aurons pas trop de chemin à parcourir… Mais j’ai énormément de coffre à récupérer, si quelqu’un pouvait essayer de dégotter une carriole, ça pourrait être utile…
J’aurais sans doute besoin de bras pour tout charger… Que les volontaires me suivent…
Ah… Et le premier qui essaie de glisser une pièce dans ses poches, je lui coupe la main moi-même… »


Léger sourire étirant le coin de ses lèvres alors qu’il claque un clin d’œil aux garnements qui se sont retrouvés à l’accompagner… Et sans attendre, il tourne les talons, sa main gauche venant rabaisser sa capuche sur son visage pour dissimulé ses traits, la nuit l’aiderait à passer inaperçu… Même si les hommes de sa stature ne courraient pas les rues, ça devrait suffire pour le moment…

Les bottes renforcées claquent violemment sur le pavé, les gens dorment encore, autant ne pas les réveiller et les affoler… Il est dans la seule ville qui ne l’a pas vu en armée… Il est dans la ville où se cache sa fortune… Et il est sûr que sa propriété doit être surveillée, personne n’aurait osé prendre possession de cette bicoque branlante…

Il reste quelques secondes de l’autre côté de la rue, tapis dans l’ombre, parcourant les alentours du regard, pour ne pas qu’on le voit, pas tout de suite… Coup d’œil par-dessus son épaule alors que des bottes font écho aux siennes… Et d’un coup il s’arrache à son mur, filant le plus discrètement possible vers la porte d’entrée qui est ouverte d’un puissant coup d’épaule… Le bois craque, les gonds gémissent et la porte s’affaisse… L’entrée aurait pu être plus discrète, mais il n’y a pas de temps à perdre…

Sans hésiter, la montagne de muscle s’avance vers son but, saisissant ce qui semble être une armoire et la tire pour l’arracher de contre le mur… Le meuble résiste, le Seigneur de Vautorte s’arc-boute et pousse un grognement puissant alors qu’il la fait basculer… Juste assez pour que la porte dissimulée se dévoile… Coup d’œil vers les silhouettes qui se sont avancés, il ne sait qui est avec lui. Dans l’obscurité pesante de l’habitation, les visages et les formes semblent toutes identiques… La porte est ouverte et d’un mouvement de tête il désigne la cave avant de frapper sur le mur pour attirer l’attention…


«Tout est là dedans, n’hésitez pas à prendre les coffres à plusieurs, ils sont assez lourd… Pas de commentaire, tout ce qui est ici m’appartient… Je vais voir si je n’oublie rien… »

Et alors que sa voir résonne dans la pièce vide, une sorte de roucoulement retentit près de la fenêtre… Les sourcils du colosse se fronce mais il se dirige rapidement vers l’huis brisée, saisissant le pigeon endormi qui ne réagit même pas… A tâtons, il trouve et défait le petit mot recouvrant la patte de l’animal… Depuis combien de temps était-il ici à attendre ?

Frisson qui parcourt l’échine du colosse alors que l’envie irrésistible de lire cette lettre le prend, comme un pré-sentiment qu’elle comportait quelque chose d’important… Picotement qui traverse l’échine depuis peu cicatrisée alors que les mains fébriles dénichent ce qu’il faut pour créer une torche de fortune… Et c’est plissant les yeux qu’Eikorc décrypte les mots dessinés à la plume…

Au fur et à mesure son regard se durcit alors que les mâchoires se serrent… Toulouse l’a retenu alors qu’il devait rejoindre sa sœur… Et maintenant, elle est loin de lui et elle souffre… Grognement sourd qui s’échappe de sa gorge alors qu’il redresse un azur flamboyant vers la cave ou siège ses vivres et son argent… Pas de temps à perdre… Plus de temps à perdre… Car quand le temps passe, les vies trépassent…

Impulsion des jambes musculeuses, peu importe qu’il attire l’attention, ils sont pressés, ils doivent rejoindre le BA au plus vite… Il écrira à Amberle, la brunette était non loin du domaine de sa sœur la dernière fois qu’il a eut de ses nouvelles… Elle avait quelques notions de soins en plus, ça tombait bien… Et tout en réfléchissant aux mots qu’il allait écrire, le colosse se glissa dans la cave, s’emparant de deux lourds sacs de maïs pour les jeter sur ses épaules et se dirigeant vers la sortie, espérant que la carriole demandée serait présente…

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"Mercenaire rôliste, cherchant une troupe ? Contactez moi..."
--Luthi
Moustique et Luthifer sont fiers de vous présenter:


Les Argonautes, l'Odyssée et toutes les quêtes qui vont avec.


Où c'qu'ils pouvaient bien crécher cte nuit? Pas que ça ait une quelconque importance, faut pas décorner les boeufs non plus, mais vu les questions que Mous' lui posait à chaque fois – paraît que ça sert à que'que chose la géographie, c'qui faut pas entendre comme sonnettes – l'aimait bien essayer de se renseigner.
C'était la cambrousse la plus totale; ils attendaient juste de pouvoir parcourir la dernière distance les séparant de la taule du Géant. Bonne nouvelle, il aurait pas à subir un interrogatoire en règle dès qu'une toquante va s'lâcher. Vous avez d'jà essayé de poser des questions sur un bled dont vous savez rien puisque vous êtes pas d'dans? Peinard sur au moins un point l'Blondin.
Et ouais, il était grand le lascar. Mais l'avait même pas eu peur quand sa pogne a serré la sienne. L'aime pô, ça c'est sûr; pas depuis qu'il a entendu Daronne et lui causer baston et frittage; encore moins depuis qu'il a surpris Daronne et son régulier discuter d'un duel. Enfin, il était pas tout seul à les surprendre, vu que sa complice jaillissait du pageot chaque fois qu'un arpion touchait le sol, ce qui entrainait à chaque fois des discussions à n'en plus finir sur quoi faire. Quoi faire dont ils avaient toujours pas trouvé la solution s'pas...
Y croit quoi, l'Titan? Que sa balafre va lui faire peur? Comme s'il en avait pas vu d'autres, à Paname, des éclopés, des fous, des puants, des tordus, des magouilleurs, des soudards, des morveux. C'bon? T'as fini avec ta litanie qu'on connait par coeur? Ouais ouais... Juste qu'ils l'énervent, les trois là, à se causer à voix basse comme si l'Pater en personne allait les chopper, à lui cacher des infos, à lui! Luthifer!
Surtout qu'en plus, il avait laissé le seul - le seul! - capable de les aider, dans un patelin quelque part derrière eux. Ils devaient l'chopper au retour. L'avait intérêt à ce qu'il se laisse chopper d'ailleurs. C'bien le seul censé de ce fatras à capter que Daronne va faire une clownerie.

Bref, il ruminait dans un fatras de pensées qui aurait filé mal à la caboche d'un fais-les-oeufs. Il ruminait une fois de plus son impuissance d'ado pendant la dernière halte avant de tracer vers la bicoque du Titan. Il ruminait pour trouver une solution, comme une vache dans cte cambrousse qui pue, trop silencieuse, attendant que le crépuscule finisse de clamser. Il ruminait en jetant des oeillades en coin à Daresha, devenue si froide, dos contre un arbre, bras croisés, une jambe repliée contre le tronc, son ombre installée la même à ses côtés.


- Dire que j'étais raid dingue de la Comtesse...
- d'la Comtesse ? ben t'as pas bon goût dis... P'tite moue désaprobatrice soulignant la réponse.
- Bah t'sais, à cte époque, elle avait la jambe agile et le sourire mignon. Maintenant, elle est tellement gironde qu'on dirait une barrique et surtout plus froide qu'un con qui gère de Delle... L'était gentille, elle faisait même rire Daronne...
Il était loupiot, Daronne venait de l'extirper de force des rues grouillantes de la Capitale, elle l'embarquait dans un des mille voyages qu'il a connu en collant ses basques plus sûrement que des mouche sur un pot de miel. L'était belle, sa brune amie... Elle souriait à l'époque... Et pi y'avait Adrian... Une gonz' qui pond un mioche aussi top pouvait qu'être top, voyez? Du coup, c'était pas "si" dur pour un gamin d'à l'époque six-sept printemps de s'croire fou raide dingue comme il dit.
Le soupir est discret mais les retrouvailles bien que joyeuses et tapageuses l'avaient laissé enrêver. Adrian devait grandir, lui, orphelin, alors que Mous' et lui, malgré son âge proche de l'âge adulte maintenant, continuaient leurs coups pendables. Mouais...

- bah on s'en tamponne... elle nous sert à rien pour contrer l'autre géant là....
- Chuis pas complètement d'accord Mous'. Regard en coin, comme le sourire, murmurant encore plus bas que les murmures précédents. Chuis certain qu'ils pieutent les deux là... Ca s'trouve, il sera trop nase, une fois sa bourse vidée, pour penser fritter Daronne.

Vu la mine coite de la Mous', elle a pas dû entraver grand chose. Sera toujours temps de le comprendre quand elle aura la corde au cou. Ouais, ça aussi faut pas y penser...
Dans un nouveau murmure que ça va bien maintenant de rester dans leur coin, il choppe la pogne de son complice, se glisse près de Daronne, raide comme la Justice sur une souche en train de regarder les hommes préparer la chevauchée de la nuit, finissant une gorgée d'un truc bizarre qu'elle planque dans ses sacoches.


- Où qu'on va Daronne?
- On déménage Crok cette nuit, Luthi. Je compte sur votre discrétion compris?
Echanges de regards aux reflets verts. Entre la Panthère et les gamins, entre deux gamins, entre des gamins et une Matriarche déjà concentrée sur ce qui les attendait.
- Y'aura une armée à combattre pour chopper le trésor? C'pour ça que vous blablatez des heures?
Sourcil levé de la Daronne, les observant un instant.
- Je ne viens pas de comprendre que vous écoutez aux portes, pas vrai...? Regard qui se fixe sur la Moustique. Plus jeune, la Panthère arrive plus facilement à la faire parler en la fixant sans ciller. Elle va bien voir si ça marche toujours.
La loupiote secoue frénétiquement la tête, de droite à gauche. Si la réponse est négative, elle a quand même comme un doute...
Et pourquoi une armée? Pourquoi un trésor?
- Bah mate don', on est un groupe armé et soudé et l'Titan a ben dit qu'on allait vider ses caisses non? C'mieux qu'une quête ce barnum.
Daronne retient un sourire amusé, plutôt fier même vu qu'il semble écouter, des fois, les légendes dont elle leur parle.
- C'est bien ça. Allez en selle au lieu de prendre vos mines de comploteur, vous avez intérêt à assurer cette nuit.


Sylla et le pillage de Delphes. Ou comment exercer son talent.


Maison. Remparts. Coffre. Carriole.
Carriole. Carriole...? Non mais. Z'êtes sérieux de sérieux là? C'bien les deux lardons qui vont en récupérer une?
Même si la nuit est avancée, les ordres de Daronne sont clairs, limpides, cristallins même: ils prennent sa thune, ils secouent un péquenot du crû, lui filent autant de blé que possible - compte sur moi pour arroser un péquin avec ton flouze tiens; ça va négocier sévère - achar... archa... 'fin ils collent les rênes sur l'dos du canasson et la remorque et roule ma poule, ils se ramènent fissa.
Ouais. Pigés. Trop fiers d'être enfin utiles à aut'chose que lester les selles comme des sacs de sable. Détalant comme des lapins dans les ruelles seulement éclairées par un pov quart de lune pouilleux, ils tâchent de repérer une échoppe aux enseignes qu'un léger vent fin-hivernal secoue en grinçant.
Y'en a une là, qui semble pas dégueu. Devrait y'avoir du bon matos là haut. Coup d'oeil en arrière, son ombre est bien là, visiblement, elle flippe alors que sa caboche tourne à toute allure. 'vont pas payer deux bouts de bois et une mule non? C'quoi c'délire?


- Mous'... Tend ta sableuse... Cap ou pas cap d'aller forcer la serrure de l'écurie pour qu'on fauche la carriole du Titan? Sans faire de bruits, sans péter ton crochet et en moins de cinq minutes pour pas s'faire gauler?
- Hein ? Elle a un peu gueulé fort et se retrouve avec une paluche sur la bouche... Non mais il déconne ? Zont des écus... Pourquoi il complique tout ??? ! La main se retire mais le doigt sur les lèvres de son chef en entourloupe lui intime de rester discrète... J'suis obligée ?
- Pour sûr que t'es obligée! T'crois que j'ai oublié que t'as pété mon matos dans une serrure de Daronne, à Millau? C'tait y'a des siècles, d'acc, mais j'ai pas oublié. Et ''ttention, c'est un cap ou pas cap Mous'. Si tu refuses...

Moue grimaçante... Menotte qui se tend devant le chef en entourloupe comme d'hab, elle a pas le choix... Et puis question de fierté, un truc qu'elle commence à apprendre du bout d'ses mirettes sinoples. - Cap...

Paumes qui claquent dans la nuit, sourire plus que satisfait du chef autoproclamé qui se poste à l'écoute des coins de murs pendant qu'la mioche gagne la porte. S'agit d'ouvrir la mirette et la bonne.
Allez... On respire un coup... On se concentre... Pas question de verdoyer comme la dernière fois... Les menottes se glissent dans la poche de son doublet et en sorte deux poinçons.... Zieutage droite, gauche... C'est parti...
Le premier poinçon se glisse dans la serrure... Suivi du deuxième. Elle cherche attentive le mécanisme... Allez viens me causer... Ah t'es là... Petite pression... Un tour... Elle tire la langue qui se coince entre ses dents... Allez me lâche pas cette fois que je lui en remontre à l'autre Allongé. J'ai un dragon à récupérer p'tain.
Un quart de tour... Ca va céder... Deux quarts de tour.... Un petit clic... Trois quarts de tour... Et la porte se déverrouille. P'tit sifflement entre ses lèvres... Et main tendue vers le courien, air super fierot en prime du sourire...


- Pas mal. Pas mal du tout. T'as dépassé un peu l'temps... Ce qu'il est pinailleur des fois cui-là. Mais c'est nickel qu'on dirait du chrome. Tiens ma poule. Bourrade dans le dos de la Mous', dragon plaqué dans la paume. Lui aussi l'est pas peu fier, ses leçons ont porté. S'agit de pas trainer maintenant...

Ah purée, la galère de chercher des longes dans le derche d'une marmite! L'a même fallu gratter l'briquet, coller le feu sur d'la paille pour trouver une lanterne. Fureter rapidement, passe que la lumière, vers minuit, c'est pas l'truc le plus intelligent...

Au bout d'un temps indéfini, qu'il ne vaudrait sûrement pas définir d'ailleurs vu les sacs de mais entassés devant la porte et le regard noir de Daronne, son régulier, l'Titan et sa Succube, les vla ramenant leur butin, collant la bourse intacte dans la pogne de sa matriarche.
Regard qui plonge dans les abimes de la noirceur, à tel point qu'il en brillerait presque. Ils ont de la chance qu'il y ait tant à bouger et fissa. Ils peuvent calmer leurs respirations sifflantes et saccadées, cacher les mains qui tremblent. Ils peuvent même jeter quelques regards en arrière. Z'auraient fait un vacherin ces deux-là que Daronne risquerait pas lourd à le parier....

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--Moustique
Luthifer et Moustique ...



[L'entourloupe est un art... et se faire gauler aussi]

Inspire, expire... inspire, expire....
ça siffle la respiration de la brunette apprentie courienne. Les mains planquées derrière le dos et qui dansent la carmagnole, au diapason des arpions qui tiennent pas en place. Et essayer de garder avec tout ça, un air angélique malgré le rouge flagrant sur ses joues, les regards en arrière comme si le grand méchant Loup allait sortir du fond du bois, devant une Daronne qui vient de lever un sourcil quand son chef courien lui a collé la bourse dans les pattes.... ouaip pas gagné hein ? Mais elle essaie quand même, et avec le sourire, même si la crédibilité de son cas avoisine le même degrés d'altitude que les compétences d'un Pair de France en matière d'humilité.

Nooooooooooooon elle a pas eu la frousse. Non pas vrai... ou alors un tout p'tit peu. Oui... un peu.... bon allez beaucoup...
Noooooooooon le coeur qui bat la chamade c'est juste parce qu'Luthi a roulé comme un dératé avec la carriole, qu'ils ont failli s'prendre une bonne dizaine de fois des murs, et verser un nombre approximativement avoisinant...
Et non ça a pas l'air de marcher le coup du sourire « bonsoir Daronne, ce que tu es belle ce soir et comment j'ai rien fait du tout de toute façon ».... La Panthère observe la bourse, les vauriens, la cariole, le canasson déjà épuisé. Retour vers les vauriens, la bourse lentement accrochée à son flanc....

Les démons vous ont coursé depuis les Enfers?

La pitchounette zieute en coin Luthi...
Déjà ils étaient pas plusieurs, y en avait qu'un... mais il a pu demander de l'aide à ses potes.... donc en fait pas sur... et puis c'était pas les Enfers c'était une écurie. Mais ça a bien failli l'devenir ceci dit. Ouaip le truc qu'elle a crocheté, c'était une grande grange... les deux corps des morveux s'étaient faufilés par la porte entrouverte et avaient cherché à tâtons à allumer que'que chose parce qu'on y voyait foutu rien. L'Allongé avait eu du flair... plusieurs stalles avec des canassons tous différents, de la paille dans la partie haute, un coin où brillaient les mors et les rivets des différents harnais, et au fond, au fond... non pas une mesdames, messieurs, mais deux, deux carrioles ! Enfin une petite et une plus grande. A pas de loupiots ils s'étaient approché pour inspecter le tout.... en silence hein... pas rassurée pour deux sous la pitchounette. Ça va être coton de sortir d'ici sans se faire gauler et sans bruit, foutredieu d'navet... bon déjà quel chariot on prend... la menotte tapote le bras du courien et montre successivement les deux attelages en demandant silencieusement l'aval du chef en entourloupe pour le choix, du bout des mirettes.

Et il montre c't' empaffé... le plus grand forcément. Pour l'utilisation à venir, ouais... y a l'air d'en avoir des caisses. Et pour la classe aussi, elle commence à l'connaitre assez pour savoir qu'il adore ça. Pas question de se pavaner avec une charrette de péquenot aussi moisi l'un que l'autre. Mais ils y voyaient goutte dans le fond d'la grange, et l'Allongé sort son briquet pour enflammer le premier truc qui passe, le temps de chopper le matos... L'courien lui a pas l'air froussard...et puis bon, faut bien dire qu'il se sentait un peu trop sûr de lui... Mous' qui fait du bon taf, ses protecteurs largement de taille à faire face... Donc il choppe une poignée de paille ou de foin, gratte gratte et regratte pour l'enflammer, le temps de se repérer. Ils commençaient à se diriger vers l'avant du bâtiment pour attraper un des harnais et l'fouttre sur le canasson qu'ils auraient choisi... quand des pas se font entendre sur le plancher au dessus de leurs têtes, se rapprochant visiblement de la porte... porte qui s'ouvre sur l'étage et qui ouvre sur l'escalier qui descend .... vers eux... m*rde ! Coup d'oeil désespérée de la pitchounette vers le courien qui éteind d'un coup de pied la poignée de paille quasi consumée. Le courien l'attrape au vol, la tirant vers une botte de paille et s'étend violemment par terre avec elle dans les bras... la pitchounette sent le sol lui défoncer les côtes et la main du blondin qui lui appuie fermement sur la bouche. La porte s'ouvre en grinçant et les pas lourds font crier les marches de bois. L'arrivant semble fureter et chercher quelque chose... le coeur de la pitchounette bat tellement fort qu'elle a l'impression qu'on pourrait l'entendre au milieu d'une mêlée sur un champ d'bataille. Quelques secondes encore où elle se force à pas crier et où elle attrape la main du courien pour s'rassurer,si c'est encore possible...
Arrêt des pas...
Mouvement non loin...


Ah ben t'voilà ma gironde...

Les mirettes de la pitchounette se ferment et se serrent... oui c'est con.... elle aimerait bien pouvoir fermer les yeux et disparaître...
Bruit de glouglou suivi d'un soupir de satisfaction...

Allez viens ma belle on va dormir ensemble...

Les pas refont marche arrière, les marches couinent en cri majeur chuintement de bois, la porte soupire en grinçant et se referme...
La pitchounette reste pétrifiée dans les bras du courien qui s'est relevé un peu pour regarder que la voie était libre. Luthi resserre son étreinte sur Lais, pour être certain qu'elle bouge pas. Vu que c'est la première fois qu'il l'entraine dans ce merdier et que c'est pas Daronne qui risque d'hurler là. Il se dégage très lentement d'elle, respire à peine en jetant des coups d'oeil. Avant de revenir chopper sa main et tirer un grand coup pour qu'elle se lève fissa... la pitchounette se retrouve d'un coup debout... le courien prend les choses en main en l'attirant vers les longes et les harnais... ils en chopent un et s'avancent avec précaution d'un canasson qui commence à s'agiter. Grognement de Luthi. La pitchounette fouille dans ses poches et ressort un quignon de pain... ouais elle a souvent la dalle en ce moment. Normal elle grandit... mais bon son estomac crira un peu pas grave tant qu'elle arrive à sortir d'ici. La menotte pas assurée relatif à l'épisode précédent se tend vers la monture... soufflement dans les naseaux qui vient chatouiller son visage et lèvres qui se tendent vers la marotte présentée à plat... bruit de machouillage entre deux soufflées. J'crois qu'c'est bon là... le courien pendant c'temps est parti chercher un tabouret... commence le périlleux harnachement de la monture... ça cliquette de partout, ce fichu bordel et c'est vraiment plus grand qu'un simple mors à coller dans la bouche de la monture. Au bout d'un moment, de beaucoup d'effort et d'une bonne demi douzaine d'arrêt pour savoir si l'autre allait pas se relever... ils y sont parvenus.

Conversation silencieuse du bout des mirettes et avec les mains... elle doit mettre le canasson sur la charrette pendant que lui va ouvrir les portes... elle caresse un instant le bout du museau du grand ch'val.. allez pas de bétise hein... sois gentil... j'ai les pétoches grave... je te promets que si tu fais pas ta tête de mule, j'te soigne bien, tous les jours, qu'on devient potes et qu'j'te filerai des pommes que je chaparderai à la cuisine de Delle... je garderai les pêches hein, j'suis pas sure que t'aime ça.. . On graillera tous les deux pénards dans un champs où y aura tout plein d'herbe pour toi.... juste... faudra pas le dire à Daronne... sinon après j's'rai plus là pour voir si tu vas bien... la menotte se saisit du harnais et le mène vers la cariolle... elle attache un par un les rivets, les boucles avec précaution et grimaces à chaque fois que ça grince un peu trop... Lentement elle reviennent flatter l'encolure de la grande bestiole qui commençait à remuer... elle a failli sursauter quand le courien s'ramène... tellement concentrée qu'elle en a pas entendu les portes s'ouvrir. Ton sans appel, même si feutré.


Va falloir cavaler Mous' -murmure dans un souffle, penché vers son oreille- chais pas par où on est passé et on a trop trainé, Daronne va nous tuer.. Choppe les rênes et fonce, j't'couvre...

Les mirette s'agrandissent pendant qu'il retourne vers les portes... la bouche s'ouvre et s'ferme comme une carpe sortie de l'eau... mais mais mais.... mais... je sais pas faire moi ! Pas l'choix, morveuse, il est plus là et tu peux pas chouiner. La petite brunette habillée en courien caresse un instant le canasson en le priant intérieurement de pas être méchant avec elle.... ensuite elle se hisse avec difficulté sur le siège du conducteur avec les rênes en main... bon allez... ils faisaient comment à Delle... on tire dessus ? Grincement d'essieux... le cheval recule... défection ! Elle fait doucement claquer les rênes... le cheval réagit et commence à entamer un pas tranquille...

Mais là haut ça s'agite...


Foutredieu c'quoi c'bordel ?

Grosse voix qui vient de tonner... un bruit sort de pas qui sortent du lit et qui prennent le chemin de la porte. Pitchounette qui panique là pour de vrai... claquement de rênes à nouveau mais pas assez efficace pour que le tout se mette en branle assez vite.... Le courien s'retourne et il siffle entre ses doigts, avant de réaliser qu'il a jamais causé de ça à la môme. Il cavale vers la cariole, grimpe à ses côtés et fouette le dos du canasson.
Les pas sont dans les escaliers pendant que le cheval commence à cavaler.

Bande de vauriens !

On détale...
Le courien lance le cheval et la carriole au hasard dans les rues à un rythme effréné... longue course... tours et détours avant de retrouver la maison du géant... Le courien lui, il se marre sous le coup de sang, ça lui rappelle des souvenirs, des bons souvenirs. Gratifiant sa comparse d'un regard fier...


T'as été super Mous'. T'assures grave. Maintenant, motus à Daronne

Clin d'oeil complice avant d'arrêter la cariole et de descendre rendre la bourse... sont là devant la Panthère en tentant de faire les innocents.

Tu vois Daronne... on a été sages hein ? On a rien fait... et puis c'est pas sa faute, c'est un grand qui lui a dit de le faire... les yeux pseudo angéliques se posent par terre en attendant que le courien réponde à la question... qui pose un nouveau regard vers Lais, cheveux emmêlés, joues rougies. Elle s'agite trop, lui aussi d'ailleurs. glisse une main dans la ceinture de son fut, prenant sa pose "chuis un voyou et je le vaux bien".


Nan on était à la bourre pour le rendez-vous, on a tracé. Et pour la charrette, t'inquiète. Tout roule.


La Panthère a pas quitté son attitude hiératique et son regard couleur orage.
Voix contrariée, voire suspicieuse.

Puisque tout roule, Moustique et toi allez monter les sacs de mais dans la remorque. On va régler ça une fois à l'abri...

Ouais elle est pas dupe et vu la taille des paquets ils vont dérouiller... mômes qui détallent vers leur boulot...
Ils l'ont échappé belle... enfin pour l'instant.

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Lycia
Si le temps m'était compté.

Devant un verre, coude sur la table et joue appuyée sur sa main, la brune soupire. Et s'ennuie. Procès de passé. Manque plus que les coups de fouets pleuvent. En plus d'infliger à son dos quelques cicatrices suplémentaires, ils prennent leur temps. P'tin de justice. Elle irait se plaindre. Jouer avec les bourses d'un qu'elle trancherait. Ou les entrailles d'un autre qu'elle rependrait sur le sol. Même, elle pourrait en violer un avant de lui raser le crâne et le foutre à poil sur la place publique. Soupire, regard rêveur.
Elle s'ennuie. Elle s'emmerde. Elle se fait chier quoi. Mais vraiment. Orthez depuis des jours, des semaines, des mois. Sans n'avoir prit le temps de prendre des nouvelles des rouges, d'un Ken, ou de n'importe qui d'autres. Se contenter de brigander pour se payer une nouvelle garde robe. Pour une fois qu'elle veut être coquette, autant le faire à fond nan?
La jambe s'étire et se pose sur un siège face à elle.
Ce qu'il serait bien, ça serait de faire sa fête au duché. Enfin pas forcément celui là. N'importe lequel. L'Armagnac lui dit bien. Elle a horreur de l'Armagnac, de la justice du coin et de l'autre grognasse qui tient les reines. Screens et autres demandés. Dates, heures, lieux exacts et vêtements. On t'a r'connu malotru, nies pas! On sait qu'c'est toi Lycia. On a des preuves? Marrant ça, j'avais pourtant prit soin de pas laisser d'empreintes, ni de cadavres et encore moins de témoins. Non elle pige pas ce coin, adeptes de sorcelleries. Tous!
Pire que des roux, pire que des blondes, que les bretons et autres à s'rouler des pelles entre même sexe.
Non si y'a bien des gens qu'elle aime pas, ce sont les gens de ce foutu duché. Mais un jour elle les tuerait tous, ça lui fera passer le temps.
Soupire. Elle s'emmerde. Et boit cul sec son verre avant de se lever et de sortir. Aller faire un tour elle ne sait ou. Quelque part quoi. La taverne d'à côté pourquoi pas.
Bonne pioche. Un Crokie d'aperçu. Le frangin d'l'autre. Rictus sur le visage de la veuve noire. Ce soir elle aurait de quoi cavaler toute la nuit. Avec lui, une blonde et un niais. Elle aime po les blondes. Encore moins les niais. Surtout si ils se mettent à deux sur un pauvre maire sans défense qui n'a pas prit de cours. Misère. S'attaquer à plus faible que soi. Y'a que Lycia qui devrait en avoir le droit. Vu qu'Lycia, elle fait tout c'qu'elle veut. Libertad quoi.
Politesses d'échangées, phrases habiles qui font mouches et finissent par faire sourire la blonde qui accepte enfin de se présenter. Ben voilà, suffisait d'insister. Vous savez les blondes, le temps que ça monte au cerveau...
Milo qui enfin prend un air humain presque normal. Et le tour est joué. Lycia fini par se dire qu'ils z'ont un tit air de que'que chose qui pourrait l'intéresser, en plus du fait qu'ils traînent avec le Crok.
Jours qui passent, le Milo qui se met à la considérer comme une des leurs. Pas pour déplaire à la brune qui fini par baisser la garde et accepter qu'il la charrie. Bien l'un des rares qu'elle accepte d'ailleurs.
Sauf que (y'a toujours un mais quelque part, pénible ça vous trouvez pas?) le blond se prend pour un chevalier. De suite, l'envie de tuer s'éveille lorsque des mots comme fragile gamine sort de sa bouche.
Le vioc lui avait dit ça un jour. Dans une autre vie. Bireli... Et elle ne voulait pas que ça recommence.

Mais il insiste. Elle se braque. Claque des dents, serre les poings. L'engueule, le menace, l'insulte. Rien n'y fait. Il cherche à percer la carapace reconstruite. Il veut savoir et chercher l'étincelle planquée sous la tonne de vacheries qu'elle sort à la seconde. Elle l'ignore, mais ça sort. Malgré elle.
Elle ne peut s'empêcher de puiser dans l'Azur de son regard une chose qu'elle ne s'avouera pas. Un peu d'aide. Alors lorsqu'il lui tend la main, elle ne la saisit pas. Mais ne la repousse pas. Les jours passent, et seul à seul ils se retrouvent. Il vient à elle et l'enlace. Sans qu'elle ne bouge. Ils continuent à se provoquer. Elle continuer à le menacer. Il ne veut pas de relation. Elle non plus. Pourtant il délie sa langue, pourtant il arrive enfin à lui faire cracher des choses que seul le vioc avait réussi à lui faire dire. Pourtant ils se rapprochent, ils s'effleurent. Ils s'éloignent et se rapprochent à nouveau. Et les mots coulent, les paroles se bousculent, les mains se rejoignent, les lèvres se caressent, les corps s'enlacent, les masques et habits tombent sur le sol tandis qu'ils s'unissent et se lient. Nouveau souffle mêlé au sien, nouveau coeur contre sa peau.
La longue chevelure blonde a remplacé le crâne qu'elle avait rasé. Et tandis que sillonnent sur les routes le Crok et sa bande, elle apprend à connaître Milo. Elle apprend à faire confiance à nouveau, à espérer... Et qui sait...
A aimer...
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