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[RP] Lady Clarisse

--Gatien_de_rochefort
Rochechouart, le dix mars de l'an 1460 à l'aube



- Hey, fuis manant avant de goûter à mon fouet ! , s'écriait le balafré à l'attention d'un homme qui bloquait la route avec sa charrette. Le pauvre bougre se rendait sûrement sur le marché, sa cargaison toute droit sortie de verger le laissait entendre en tout cas.
Que Diable pouvait bien en avoir à faire Gatien de Rochefort dont toute son attention était portée à obéir à la dame qu'il accompagnait. Une blonde bien étrange aussi effrayante qu'attendrissante selon l'attitude qu'elle devait avoir pour obtenir tel ou tel avantage. Une femme tantôt pieuse, tantôt vénale, parfois séduisante, parfois dévote qui parlait un français parfait mais s'amusait de temps à autre à exprimer un léger accent anglois et à se faire appeler Lady Clarisse.
Cela prêtait toujours l'homme à la cicatrice à sourire.

En ce jour les deux comparses faisaient enfin irruption au Limousin. Il ne savait trop pour quelle raison la femme avait décidé de s'y rendre. Ce n'était pas faute d'avoir demandé à maintes reprises mais chaque fois la réponse était la même.
Anne, car tel était son vrai nom, prenait une moue d'enfant triste et disait :
"Sa Majesté Nebisa est morte y dear. Il est nécessaire que nous nous recueillions sur sa tombe pour être en paix avec nous même."
Bien entendu il n'était pas dupe et avait compris que d'une part elle ne portait certainement pas le deuil de la reine ; d'autre part, elle ne lui expliquerait pas la réelle raison de sa venue au Limousin.
Il ferait avec. Il n'avait guère le choix. Une cicatrice lui suffisait amplement.
Anne_de_breuil
Rochechouart, le dix mars de l'an quatorze cent soixante, dans la matinée

Elle observait son visage dans son petit miroir en argent. Il était bien pâle et ses traits étaient tirés et certains osaient dire que les voyages formaient la jeunesse... Elle l'en éloignait plutôt. Anne était très coquette et tenait plus que tout à rester si ce n'est belle au moins désirable. Elle se devait d'être ce que les autres voulaient qu'elle soit... du moins jusqu'à ce qu'elle obtienne ce qu'elle voulait elle.
Anne souriait ; elle allait dormir un peu pour effacer toute trace de son périple jusqu'au Limousin. Elle ne savait trop si elle aimait cette région. Elle y était moins par envie que par obligation. Elle avait une mission à mener à bien et elle le ferait comme toujours.

Gatien dormait déjà lui, dans la chambre attenante à la sienne. Elle y tenait. Elle avait tout loisir de se dévêtir sans apporter à son acolyte la moindre source de plaisir. Nul doute qu'il aurait aimé les courbes de ses hanches lorsqu'elle s'était penchée pour ôter la dague qu'elle cachait dans le creux de ses bottes qu'elle en profita pour retirer du tour de ses chevilles et mollets également. Bien qu'elle était très attentive à toujours être habillée au mieux, elle devait admettre que la sensation de ses pieds libérés du cuir était des plus agréable. Ce fut encore plus vrai lorsqu'elle délaçât son corset et permit à sa poitrine de se libérer d'un oppressant décolleté. C'est en braies et en chemise qu'elle se glissa sous un drap de qualité moyenne -les auberges ne valaient décidément pas les hôtels particuliers des capitales - et s'endormit ses pensées toujours à proximités de ses desseins.

Elle dormait depuis une heure à peine lorsqu'elle entendit des pas grossiers sur le parquet de sa chambre. Glissant sa main sous un oreiller en plume d'oie, Anne se saisit de sa dague et se dressa dans le lit.


Don't move Rochefort ! Pardieu ne vous ai-je point exprimé maintes fois que faire irruption ainsi était un risque par trop élevé pour votre santé my friend ?

Sans attendre, la blonde sortit de sous les draps laissant tout loisir à son compagnon pour jeter un oeil à son profil pendant qu'elle remettait sa dague à son fourreau.

Alors ?

Alors, vous avez reçu du courrier. J'allais poser les missives sur votre table de chevet.

Bien.


Gatien tenait en effet deux lettres dans sa main gauche dont l'une était cachetée et portait un sceau qu'elle connaissait bien. Elle s'en saisit en effleurant la peau des mains de l'homme. Elle savait que ce geste ne serait sans faire très légèrement frissonner le balafré. Elle s'en amusait car dans le fond elle n'avait pas besoin de faire don de son corps pour qu'il lui soit acquis aussi elle ne s'en donnerait pas la peine. Anne parcourut la première lettre.

Tiens donc... les frontières sont "presque ouvertes" et je devrai travailler à la mine. Ne sont-il pas charming ces limousins ?

Rochefort, veuillez vous retourner, je vais me vêtir. Non attendez... attendez-moi dans votre chambre plutôt


Ce faux semblant de pudeur n'était qu'un subterfuge pour lire le courrier sans qu'il soit présent. Il n'était pas dupe, elle le savait, il n'avait rien à dire, elle le savait aussi. Pourquoi se mettrait-elle en danger en partageant des informations ?


Sa lecture terminée, Anne tint le parchemin du bout des doigts au dessus d'une bougie et attendit que la missive soit parfaitement réduite en cendres pour s'habiller et rejoindre son compagnon.


Mon ami, nous devrions y aller. On ne fait pas attendre une reine et surtout pas une reine morte.

Un petit rire cristallin vint conclure sa phrase. Il était emplit de cruauté.
_________________
--Gatien_de_rochefort
Limoges, le dix mars de l'an quatorze cent soixante, tombeau de Nebisa



Décidément il ne comprenait pas ce que mijotait sa consœur. Ils étaient tous deux à quelques pieds de l'endroit où reposait a reine de France qui venait de mourir. Aucun mal ne pouvait plus lui être fait aussi pourquoi Anne était-elle là avec ce sourire qu'il redoutait et aimait tant à la fois ?

D'un geste la main blanche et fine qui plus tôt l'avait effleuré vint poser son index sur le bord des lèvres carmins de la femme. Elle lui demandait de reste silencieux. Il acquiesça et sans attendre elle releva le capuchon de sa cape ivoire et se signa en avançant lentement vers l'endroit où reposait la défunte. Alors qu'elle s'agenouillait dans l'illusion d'un recueillement elle tourna son visage vers lui. Il n'en doutait pas, elle veillait à ce qu'il se tienne à l'écart. Les yeux bleutés de la femme brillaient noyés par les larmes. Personne en cet instant ne pouvait douter de la tristesse qui immergeait son coeur. La perte de cette reine lui infligeait une profonde douleur. Personne ne pouvait en douter sauf Gatien de Rochefort. Les larmes étaient feintes. Il le savait.


Je ne sais à quel jeu elle joue mais elle tient son rôle à merveille..., murmura t-il pour lui même avant de voir qu'elle se relevait. Le froissement des tissus de sa robe éveillaient en lui un désir charnel qu'il étouffa aussitôt. Il saurait résister aux rares moments où il apercevait un peu de sa chair nacré. Il saurait y résister comme il savait les apprécier.

Elle lui faisait face à présent. Un sourire en coin. Quelque chose était différent mais il ne savait saisir ce qui avait changé. Dans un haussement d'épaule il lui emboita le pas. Ils retournaient tous les deux à l'auberge.
Anne_de_breuil
Limoges, onze mars de l'an quatorze cent soixante, chambre de l'auberge à la tombée de la nuit

Elle sifflait un vieil air irlandais dont elle n'avait plus aucun souvenir de quand et où elle l'avait entendu. Elle savait juste qu'il venait des îles britanniques et trouvait cela suffisament cocace.

Une plume entre ses doigts tout en se mordant la lèvre inférieure, Anne alias Lady Clarisse cherchait les mots justes. Un sourire vint éclairer son visage. Anne commençait à écrire.
Lorsqu'elle reposa sa plume dans son écrin ; elle prit le parchemin entre ses mains pour se lire.




A l'attention de Her Serene Highness Aldraien de Malemort-Carsenac,

C'est avec douleur et crainte que nous prenons aujourd'hui la plume. Il est des ombres dont il faut se méfier car cachées de la lumière, elles se tapissent pour mieux surgir lorsque l'on se croit réchauffé près d'un feU. On oublie que les flammes brûlent.

C'est par ce message qui, we understand, doit vous sembler énigmatique, que nous aimerions convenir d'un rendez-vous afin de vous mettre en garde et vous confier de plus amples informations sur les ombres ardentes qui menacent ce que vous servez du plus profond de votre âme : vos terres, votre royaume.

Nous ne pouvons vous en dire plus sans prendre trop de risque pour notre piètre vie. Vous écrire et venir sur vos terres est déjà for notre personn un bien grand risque que nous avons pris.
Nous ne sommes guère optimiste quand à nos chances de survie dans cette histoire mais notre devoir nous incite à vous confier de bien sombres secrets.

Demain soir, à l'heure où les aiguilles du cadran ne font qu'une pointée vers le Très Haut, nous serons devant le dernier lit d'une femme qui a énormément compté pour vous. Nous ne pourrons prendre ce risque plus d'une fois aussi, nous vous invitons à nous y rejoindre. Vous en saurez alors plus.
Soyez sur vos gardes mais venez seule, ne faites confiance à aucun de vos hommes. Les ombres nous suivent de près.

Avec notre plus profond respect,
Lady Clarisse.


Satisfaite, elle fit partir un pigeon par la fenêtre de l'auberge. Rochefort entrait dans sa chambre tandis qu'elle regardait les reflets aux couleurs de roses et de cannelle du coucher du soleil.

- Vous tombez bien my dear. Frappez-moi !

- Pardon Lady !
répondit-il les yeux grands ouverts posés sur le dos de la femme. Quelles courbes mais quelles courbes ! Il ne pouvait abîmer cela.

- Ne discutez pas, je dois profiter de la nuit pour cicatriser. Frappez-moi.

Calmement la blonde déplaça sa silhouette de quelques pas et referma la fenêtre en frissonnant.

- Il commence à faire froid.

Elle s'avança vers le balafré en souriant et glissa avec tendresse sa main sur sa joue en passant son doigt le long de la cicatrice qui partait du bord supérieur gauche de sa lèvre pour remonter jusqu'à la paupière de son oeil. Elle pouvait sentir qu'à son tour il avait des frissons mais ce n'était pas le froid cette fois.

- Allons, allons... Me refuseriez-vous un service mon ami ?

Ses ongles pénétrait à présent la chair de l'homme dont le visage se crispait en un rictus de douleur.

Cela fait mal n'est-ce pas ? A votre tour à présent. Et arrangez-vous pour que cela se voit !

Il n'avait pas pour habitude de manquer de courage ni même du cruauté mais cette fois, ce qu'il fit, il le fit en fermant les yeux. Il obéissait mais n'assumait que difficilement se choc de ses poings contre la peau si lisse d'Anne...
_________________
Aldraien
    Saint-Julien-le-Vendonais, quelques heures plus tard

Sa fille était couchée à présent et pour quelques heures la Malemort pourrait souffler. Elle n’aurait jamais imaginé qu’élever seule un nouveau-né, sans nourrice pour l’assister, serait si fatiguant. Elle qui, lors des précédents accouchements, avait à peine vu grandir ses fils, tant elle passait peu de temps avec eux. Elle ne voulait pas réitérer cette erreur ; Alisa-Nebisa saurait qui est sa mère, pour la bonne et simple raison qu’elle la verrait tous les jours que le Très-Haut lui accorderait de vivre.
Quel enfant de la noblesse pouvait se targuer de la même chose ?
Aucun, sans doute. C’est du moins ce dont la Malemort essayait de se persuader, pour se justifier d’avoir abandonné certaines de ses responsabilités ; pour ne pas regretter d’avoir démissionné du Conseil Comtal et de sa charge de Procureur ; ne pas regretter d’avoir laissé la Licorne de côté tout ce temps, sans parler de la diplomatie. Quelque part, c’est elle-même qu’elle voulait rassurer ; elle avait tellement peur d’échouer encore une fois dans son rôle de mère qu’elle n’en dormait presque plus, elle restait simplement assise dans son bureau où s’entassaient dossiers et dessins de blasons qu’elle n’avait pas terminés.

Prise dans ses pensées, elle n’avait pas entendu frapper à la porte, et c’est à peine si elle avait vu le messager - tout droit venu du pigeonnier - s’approcher jusqu’au bureau où elle était installée, à la lumière d’une bougie. C’est étonnée qu’elle prit le pli apporté par l’homme ; il était très rare qu’elle reçoive du courrier à cette heure, même si les messagers avaient ordre de lui faire parvenir tous les messages, qu’importe l’heure du jour ou de la nuit ; ils étaient habitués à ce que la Malemort dorme peu.
Faisant attendre l’homme devant la porte, la trentenaire prit connaissance du billet, ses sourcils se fronçant déjà à la lecture de l’entête. Une anglaise ? Irlandaise peut-être. Ou Ecossaise, peut-être, comme l’était sa grand-mère ? Comment une femme venant de l’outre-manche pouvait elle la connaître ? Encore que la suite de la lettre était bien plus grave que cette question existentielle concernant les origines de l’expéditrice. Celle-ci, dans tous les cas, avait visé juste. Le sens du devoir de la Licorneuse ne pouvait que la pousser à répondre par la positive à la demande d’entrevue de l’anglophone.

Si la Couronne était menacée, elle répondrait présente, comme toujours. Et, naïve, elle pensait que quiconque lui donnait rendez-vous sur la tombe de sa défunte Mère ne pouvait être animé que par de bonnes intentions. Car évidemment, le dernier lit de cette personne qui avait tant compté pour elle ne pouvait être que la tombe de la Reyne, Nebisa de Malemort ; sa belle-mère bien aimée.
Elle avait bien entendu compris l’urgence de la situation au ton presque paniqué qui transparaissait de ce message ; pourtant, quelque chose sonnait faux à ses oreilles. On lui demandait de venir seule, de ne pas faire confiance à sa garde qui la protégeait depuis des mois sans jamais faillir. Tous les hommes et femmes assignés à sa protection avaient pourtant été triés sur le volet, sélectionnés avec soin avant tout pour leur fidélité envers la Princesse et sa famille.
Soit…Elle ne ferait pas appel à eux. Mais elle ne serait pas seule pour autant.
Prenant plume et encre, elle entreprit de répondre à cette Lady, pour confirmer sa présence le lendemain au lieu convenu ; ce qui ne l’empêchait pas de ne pas être tout à fait tranquille. Qui pourrait bien vouloir menacer la Couronne ? Le Ponant, à nouveau ? Pourvu qu’une nouvelle guerre ne voit pas le jour…


Citation:
De nous, Aldraien de Malemort-Carsenac, Princesse de France, Baronne de Ussac, Dame de Chamaret, Cobrieux & Saint-Julien-le-Vendonais ; Vice-chancelière du Limousin & de la Marche ; Errante & Poursuivante d’armes de l’Ordre Royal de la Licorne,
À vous, Lady Clarisse,
Salut & connaissance de vérité.

    Nous avouons avoir été surprise par la teneur de votre message, Dame de l’Outre-manche. Nous sommes bien placée pour savoir à quel point les flammes peuvent être dangereuses lorsqu’on ne se méfit pas d’elle, notre corps ayant dû faire les frais de cette insouciance il y a quelques années.
    Votre sens du devoir vous honore &, en servante de la Couronne & du Royaume de France, nous ne saurions décliner votre invitation à nous rencontrer. Il est bien connu que le bien-être & la protection de ce Royaume que nous chérissons tant passent avant tout à nos yeux ; aussi nous acceptons de vous voir, seule à seule.

    Nous vous rejoindrons comme convenu sur la tombe de notre défunte Mère demain à l’apogée de la nuit ; avec pour seuls témoins ce croissant qui représente tant pour nous, & l’âme de Sa Majesté. Venez seule également, & non armée, bien entendu.
    Tâchez de rester en vie jusque là, nous vous en voudrions de mourir avant de nous avoir révéler les sombres desseins qui menacent le Royaume de France & nos terres. Nous retenons vos conseils quant à la confiance que nous accordions à nos hommes & ferons en sorte de nous méfier d’eux.
    A demain, si le Très-Haut nous l’accorde.

    Pour la Couronne & le Royaume de France, un & indivisible,




Quelques gouttes de cire, son scel appliqué, et voilà que la Malemort est partie pour confier le message à l’homme qui patiente à l’entrée. Nul doute qu’il saurait le faire parvenir à cette femme dans les plus brefs délais.
En attendant, et puisque la nuit commençait à avancer, il lui fallait trouver l’homme de toutes les situations, à qui elle n’avait jamais rien demandé mais qui, pourtant, lui avait déjà sauvé la vie alors que l’hiver était au plus fort. Elle savait qu’Harchi avait tendance à s’ennuyer et à se sentir inutile depuis que Marie-Amelya avait été adoptée par le couple Malemort ; ce serait là l’occasion pour lui de reprendre du service. Il n’était pas difficile de trouver l’homme à l’âge avancé ; toujours occupé à trainer ici ou là sur ses terres. Après quelques minutes à demander renseignements aux personnes travaillant pour elle, elle l’avait finalement trouvé, occupé à faire on-ne-savait-quoi.
La Malemort avait toute confiance en lui. Et puisqu’il fallait se méfier de ceux qui travaillaient pour elle habituellement, elle choisirait une personne qui n’aurait aucun intérêt à lui nuire, puisqu’il nuirait alors à la jeune fille qu’il avait pour ainsi dire élevée. Il était hors de question qu’elle aille seule à ce rendez-vous.
Léger toussotement pour se faire remarquer.


- Bonsoir Harchi…J’ai un service à te demander, si tu veux bien.
_________________
--Harchi


[Saint Julien]

Sombre astre nocturne qui éclairait à peine les Terres de Saint Julien. Ce n'était qu'un croissant, à la luminosité bien faible tant les nuages s'évertuaient à en obstruer l'éclat. Pourtant le vieil homme ne parvenait à dormir. Son esprit - point épargné par les années - le torturait avec plus d'habileté depuis qu'ils avaient déménagé. Il était loin le temps ou sa Filia (*) venait lui demander conseil, lui demander service, le déranger alors qu'il devait maintenir debout toute la maisonnée. Parfois, à cette époque, il lui aurait demandé sans ménagement de quitter les écuries, le bureau, l'atelier... Tant elle l'énervait... Mais il ne le faisait pas, Il n'aurait pas pu. Jamais... C'était sa petite Maîtresse. Aujourd'hui il s'en félicitait, même si la Flammèche était parfois agaçante, avait-il passé de très bons moments avec elle... à cette époque. Époque révolue... Les temps avaient changé, il ne la voyait guère plus, enfin plus autant qu'avant... Plus autant qu'il le désirait. Lui, cela l'affectait... Elle était sa lumière, elle était son soleil... Elle était sa Filia. Sa petite raison de vivre, de se battre. Oh bien sur elle était ce qu'elle était, elle était Qui elle était, son sang n'était pas pur, son sang était souillé de mille morts innocentes... Mais son cœur valait toutes les sources d'eau du Royaume. Il le savait, même s'il lui avait fallu un peu de temps pour s'en rendre compte.

Le manque d'Elle rongeait l'esprit du vieux soldat. Peut-on retirer les Flammes d'un foyer sans que celui-ci ne meurt ? Il survit un temps... mais comme toutes choses ayant perdu sa raison il finit par s'éteindre...
Harchi dépérissait, Harchi ne trouvait plus de raison de continuer à avancer. Marie-Amélya n'avait plus besoin de lui, alors que Lui justement nécessitait sa présence, son rire, son regard... Elle !
La nuit... Lorsque les ténèbres enveloppaient de leur manteau opaque les Terres de son Enfer. C'était à ce moment précis que son absence était la plus difficile à supporter. Quand, avant de s'endormir, il repensait à la journée écoulée et qu'il constatait une fois de plus qu'il n'avait aperçu d'elle que sa chevelure de Flamme virevoltant au détour d'un passage, d'un couloir, d'une porte. Cette nuit, où le croissant maudit avait grise mine, ne faisait pas exception. Il avait tourné, s'était retourné, avait essayé tant bien que mal de chasser ces sombres pensées loin de son Être. Une seule conclusion s'imposait : Elle l'avait oublié, Elle l'avait remplacé... Plus jamais Elle ne serait sa Filia. Douce Folie, cruelle déraison qui enserrait inéluctablement le cœur du vieil homme et qui se sustentait de son Esprit. Ce soir, une larme avait roulée sur le visage marqué par le temps. Ce soir des cheveux d'argent avait été arrachés... Ce soir... Le désespoir avait gagné...

Avant de sombrer totalement, il avait puisé en lui les dernières forces, recherché au plus profond de son âme une lueur d'espoir. Espoir que Lui, il n'avait pas disparu. Espoir qu'il n'était pas encore mort. Il s'était levé de sa couche et après avoir enfiler une paire de braies et la première chemise qui passait sous sa main il avait emprunté le sentier menant aux Écuries. Il y a toujours quelque chose à faire pour s'occuper avec les chevaux. Changer la paille, donner du foin, vérifier les fers... Tout cela il savait le faire, tout cela était à sa portée. Au moins rendrait-il un peu service au pauvre Marcel.
A l'heure où tout le château était plongé dans l'obscurité, à l'heure où tous dormaient, Lui, inlassablement, répétitivement portait les soins aux équidés. En silence, seul ... Comme il pensait devoir s'y habituer... Ce qu'il y a de bien avec le travail, c'est qu'il nous évite de trop penser. Enfin … La Rousse le hantait malgré tout, et une voix perfide et vicieuse ne pouvait s'empêcher d’interférer dans ses pensées. * Elle commence sa vie, et toi, toi qui l'a élevée, qui en a fait ce qu'elle est devenue. Toi ! tu n'en est qu'un simple spectateur. Elle a confié son cœur à une autre, à des autres... Des étrangers ... Et toi ? Toi ! Tu n'es plus rien. Pensais-tu sincèrement que tu comptais pour elle ? Regardes toi loque ! Vieux débris ! Elle n'a pas besoin de toi alors que toi tu ne vis sans elle. *


- Assez !

Le pied alla fracasser un sceau d'eau, répandant le liquide limpide sur la paille d'un des box. Il était bon pour le recommencer celui-là… Peu importe ! la nuit passerait comme ça.

- Pitié ! Assez … Elle … Elle ne m'a pas oublié …

Le vieil homme s'adossa à une poutre et se laissa glisser le long de celle-ci jusqu'au sol. Prenant sa tête entre ses mains. Les perles d'eau salée roulèrent doucement sur ses joues mates et marquées par le temps. Son cœur raisonnait violemment. Sa raison était mise à rude épreuve. Pourquoi ne pouvait-il se défaire de la jeune fille ? N'était-ce pas lui qui l'avait tant détesté les premières années de sa vie ? Bien sur, elle ne s'en rappelait pas. Pourtant s'il n'avait pas été surveillé à l'époque, il l'aurait étouffé sans une once de remord… Alors pourquoi n'arrivait-il pas à retrouver cet état d'esprit ? Pourquoi lui manquait-elle ?... Parce qu'elle lui avait souri... Elle avait 3 ans, emmaillotée dans son Berceau. Ce jour-là, Elle lui avait souri et se sourire était celui qui lui manquait tant. Sa propre fille. Sa défunte fille... Cela l'avait bouleversé. Et Elle était entré dans ce qu'il restait de son cœur, y avait fait son nid, puis en occupait l'intégralité à présent.
Perdait-il une seconde fille ? Ou bien était-il en train de perdre une seconde fois sa fille ? Lui même ne pouvait répondre à ces questions. Lui même ne savait jusqu'à quel point s'était fait l'amalgame entre ces - ses - deux rousses. En tout cas, la perte de l'une ou de l'autre était une terrible souffrance. Pouvait-il l'endurer encore ?
Combien de temps resta-t-il ainsi en silence avec pour seule lumière, la flamme vacillante d'un bout de chandelle et seule compagnie la douleur qui pinçait les chairs de son palpitant ? Nul ne peut le dire. Toujours est-il qu'au moment où il s'y attendait le moins, une Princesse fit son apparition. * Allons bon ! Que veut-elle à cette heure * Inspiration profonde avant de la saluer comme il se doit.


- Votre Altesse.

Il s'inclina brièvement, avant de la regarder et d'hausser un sourcil à sa phrase. Un service ? Lequel ? Quand ? Comment ?... Les opales restèrent immobiles sur la silhouette princière. * Vois Débris ! Personne ne veut de toi ici ! Elle est venue te demander de partir ! Tu nuis à sa relation avec sa Fille !* Les yeux clairs disparurent un court instant derrière leurs volets de chair tandis qu'il prenait une bonne inspiration. Qu'il était difficile de faire taire cette voix pernicieuse... Que le mot fille avait été prononcé avec insistance... Qu'il était dur à entendre... Cruelle vérité, l'Incandescente n'était plus sa Filia, elle était la sienne désormais...
Doucement il tourna le dos à la Princesse faisant mine de travailler. Si elle le chassait, il ne pouvait affronter la vérité de face. Les épaules raidies par la crainte, l'appréhension, c'est d'une voix rauque qu'il demanda.


- En quoi puis-je vous rendre ce Service ? Votre Altesse.

___________________
(*) filia = fille en latin
--Gatien_de_rochefort
Limoges, onze mars de l'an quatorze cent soixante, chambre de l'auberge



Elle était allé se coucher il y avait un moment. Gatien revoyait en pensée le visage de la blonde après qu'il l'ait frappée. Souriait-elle ou son visage était-il tordu par un rictus de douleur ?
Les poings serrés et sans un mot il l'avait quittée. Elle l'avait remercié mais il n'en avait que faire... Elle donnait parfois des ordres dont il se passerait bien.
Un jour son outrecuidance lui apporterait nombre d'ennuis qu'il ne lui souhaitait guère ; il en était certain.
S'il n'avait pas été si écoeuré de sa propre action contre Anne, il aurait sans doute pu profiter d'avoir enfin mis le doigt sur ce qui avait changé chez elle après leur visite à la reine morte... Anne avait pris une fleur sur la tombe et s'en était parée en la glissant sous une mèche de ses cheveux blonds. Il s'en était aperçut lorsqu'en lui assénant un coup sur la tempe, la fleur était tombée... Frapper cette femme, abîmer sa beauté était comme voir une rose se faner.

Le soleil était couché depuis longtemps à présent et sa comparse devait dormir... Gatien avait ôté son pourpoint et autres vêtements avant de s'aliter en ruminant de sombres pensées. Anne le tenait et lui tenait à elle. Il la détestait et l'adorait, il la méprisait et l'admirait mais par dessus tout, il la craignait.
Des palpitations apparaissaient sur ses tempes. Il convulsait de rage.


C'est en nous abstenant des excès que nous devenons tempérant... murmura t-il en souvenir de ses lectures du Livre des Vertus dans son enfance. Anne... tu m'auras envoyé sur la Lune... tu devrais être maudite mais tu es encore capable de finir martyre...

A peine avait-il prononcé ces mots que ses paupières se firent lourdes et qu'il s'endormit.
Aldraien
Les sourcils s’étaient froncés lorsqu’Harchi lui avait tourné le dos, la Malemort n’ayant pas l’habitude qu’on évite ainsi de la regarder lorsqu’elle avait quelque chose à demander ; elle avait déjà bien assez de mal comme ça à venir demander de l’aide pour en plus devoir faire face à ce genre de choses. Elle le laissa un moment travailler en paix, s’approchant de Destinée, sa jument, pour la caresser. Cela faisait bien longtemps qu’elles n’avaient pas chevauchées toutes les deux. Ca viendrait, très bientôt, elle en fit la promesse silencieuse.
Retour à Harchi.
Qu’il était étrange, à vouloir ainsi éviter son regard.
Elle le connaissait peu, finalement, et sa fille plusieurs fois était venue la voir pour lui demander de l’occuper ; mais il lui était difficile de trouver quoi lui faire faire, alors qu’il jouait jusqu’à présent le rôle de Père ; relation que la Malemort n’avait d’ailleurs jamais remis en question. Harchi avait toujours été là pour la petite et elle lui en était reconnaissante.

L’homme, quelques mois plus tôt, lui avait sauvé la vie. Il avait également participé à l’éducation de Guilhem, son petit filleul.
Un homme plein de ressources, en résumé.
Pourtant, plus le temps passait, plus elle le sentait distant avec elle et, plus généralement, avec la vie à Saint-Julien. Peut-être ne se plaisait-il pas, ici ? Peut-être trouvait il l’endroit trop…trop confortable ? Après tout, elle pouvait comprendre qu’un homme habitué à des conditions rudes puissent trouver l’excès de confort indisposant.
Etrangement, l’homme d’âge avancé lui rappelait un vieux soldat, un homme capable de tout pour la jeune femme qu’il avait élevé comme sa propre fille. Un proche des Carsenac ; Elric Lesang, qui lui avait plus d’une fois sauvé la vie et qui lui en avait appris beaucoup sur sa mère, qu’il était le seul encore en vie à avoir connu. L’homme qui s’était occupé de sa cousine et lui avait appris énormément dans plusieurs domaines.
Un peu comme Harchi et Marie-Amelya, finalement. La relation était similaire, ce qui faisait que la Malemort pouvait très bien comprendre le malaise de l’homme.


- Harchi…

Les sinoples se posent sur lui.
Elle avait toujours autant de mal à communiquer et à trouver les mots juste pour s’exprimer. Lorsqu’il s’agissait de diplomatie entre Provinces ou de parler en public tout se passait pour le mieux ; mais dès qu’il fallait parler sentiments…Il n’y avait plus personne.
Les émotions humaines était un domaine nébuleux pour elle. Elle les ressentait, mais était incapable de les décrire, sauf au prix d’efforts exceptionnels. C’était face à cette situation qu’elle se retrouvait à présent. Elle voyait que ça n’allait pas, mais ne savait pas comment y remédier.
Elle connaissait même le fond du problème, mais là encore ne savait pas comment le défaire.
Il faudrait bien, pourtant. Elle était au pied du mur, et ne voulait pas voir sa petite fille triste, parce qu’Harchi l’était.
Alors il fallait qu’elle se lance, avant de lui demander de lui rendre un service.
Perspicace, la Malemort.


- Je sais que quelque chose ne va pas depuis ton arrivée à Saint-Julien. Marie-Amelya m’a confié que tu devais te sentir inutile, ou je ne sais quelle bêtise dans ce genre. Sache qu’elle tient à toi…Enormément. Je crois qu’elle n’imagine pas sa vie sans toi et que personne, jamais, ne pourra te remplacer à ses yeux. Je suis sa Mère à présent, et Hannibal son Père ; mais tu es bien plus que ça : tu es Harchi. Ton rôle est bien loin de s’achever crois-moi…
Je connais un homme qui, même si sa Filia* est grande maintenant et qu’elle a près de vingt-cinq ans, n’a jamais cessé d’être là pour elle, malgré son âge avancé. C’est la condition d’ombre, Harchi…Nous sommes tous l’ombre d’un soleil, on ne le voit pas forcément mais notre présence est primordiale pour cet astre.


Une inspiration, et enfin, elle lui demande.

- Aujourd’hui, je te demande d’être la mienne. J’ai reçu une lettre inquiétante pour le Royaume de France, une femme venant de l’outre-manche m’a proposé un rendez-vous demain dans la nuit afin de me confier ce qui nous menace, mais elle m’a demandé de venir seule.
J’ai confiance en toi.
Je souhaiterais que tu m’accompagnes, et veilles sur moi, de loin. Et que tu me protèges, au besoin ; mais personne ne doit rien savoir.


* Fille en Latin
_________________
--Harchi


[Saint Julien]

Perspicace la Princesse, en un instant elle avait compris et analysé les tourments qui secouaient le pauvre soldat. Ce n'est pas pour autant que le vieil se retourna. Les paroles prononcées avaient visé juste, frappé en plein cœur. Léger tressaillement des épaules musculeuse... Ainsi sa Filia (*) parlait de lui... Ainsi ne l'avait-elle pas oublié... * Ce ne sont que des Fables vieux débris... Des fables... Elle dit cela car elle a besoin de tes services ... uniquement pour cela. * Une fois de plus les yeux claires disparurent derrière les paupières lourdes. Une longue inspiration fut prise. Que cette voix décharnée le faisait souffrir. C'était sa torture, son fardeau, et nul ne pouvait le lui retirer. Voix pernicieuse qui vivait dans son Esprit. Elle s'était déjà manifesté. Il y avait bien longtemps. A cause d'elle il avait failli assassiner celle qui était aujourd'hui sa raison de vivre mais qui le délaissait. Ressaisis-toi bougre d'idiot ! La Princesse ne venait-elle pas d'affirmer le contraire ? Mahelya s’inquiétait pour lui. Tout comme lui craignait pour elle. Peut-être finalement Aldraien avait-elle raison et que le silence et l'absence n’effaçaient pas ce qu'ils étaient l'un pour l'autre ?...
Sa petite maîtresse ... Ils n'avaient jamais eu besoin de se toucher pour s'aimer ... Mais là, maintenant, dans ces écuries, il aurait donné tout ce qu'il possédait pour pouvoir l'étreindre. Sentir son petit corps frêle à l'abris dans ses bras qui lui étaient totalement dévoués. Il mourait pour Elle, il tuerait pour Elle. Il ferait tout pour Elle... Elle lui manquait...indubitablement...

Le Vieux soldat tendit l'oreille à la requête de la Princesse. Effectivement la demande de cette étrangère avait de quoi surprendre. Si elle ne lui avait pas demandé de devenir son ombre, il lui aurait sans doute conseiller la Prudence. C'était oublier à quel point la Princesse était une femme Sage et réfléchie. Car de son propre chef, elle venait quérir de l'aide. A Lui... Doucement, lentement le corps massif d'Harchi se retourna dans une grâce peu coutumière pour un soldat. Lui ?! Mais pourquoi Lui ?! Cependant pas un son ne sortit de sa gorge, se contentant de plisser le front et froncer les sourcils. Les opales se figèrent dans les sinoples. La sincérité de ses propos à son égard transpirait dans son regard. Se pouvait-il que sa Filia ait venter ses mérites auprès de sa nouvelle Mère ?
Un pincement de fierté serra son cœur éprouvé par les années. Il toisa son interlocutrice encore quelques instants avant de se décider à parler. Enfin. Posant un genou sur le sol couvert de paille, il baissa les yeux mais s'exprima d'une voix claire, grave et assurée.


- Votre Altesse, c'est avec honneur que j'accepte d'être votre homme Lige. Donnez moi vos instructions et je les exécuterai au-delà de mes capacités. Pour vous ! Princesse de France.

Son serment de dévouement étant prononcé, le vieil homme se releva. De nouveau les yeux opalins s'accrochèrent au regard Princier. De nouveau le silence tomba là, parmi les équidés. Il avait pris soin d'éviter de parler de sa Filia. Mais la Rousse s'en était chargé. Il ne pouvait plus se dérober. Cette fois-ci la voix trembla quelques peu, et le regard habituellement pénétrant se fit fuyant.

- Votre Altesse ... Je ... euh ... Je voulais vous remercier ... Vos paroles me sont d'un ... d'un grand réconfort ...

Petite pause.

- Elle me manque vous savez ... je pensais qu'elle n'avait plus besoin de moi ... maintenant qu'elle vous a vous ! Elle vous aime tellement ...

Si le vieil homme avait été seul, une larme aurait surement roulé sur sa joue. S'il avait été seul, la montagne se serait effondré pour le sourire d'une enfant. Son enfant...
Mais pour l'heure il y avait d'autres préoccupations. Un plan était à établir, une stratégie était à mettre en place. Le dos bien droit, il fallait chasser - pour le moment du moins - toutes pensées parasites. Le visage marqué par le temps reprit son expression neutre et impassible. Il était en mission. La montagne éboulée redevenait le roc impénétrable. Un homme de terrain ! Un homme d'arme semblable à un chevalier.


- Votre Altesse ? Où cette Dame vous-a-t'elle donné rendez-vous exactement ? connaissez-vous les lieux ? Y aurait-il un endroit isolé pas trop loin afin que je puisse surveiller sans être vu ?
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(*) filia = fille en latin
Aldraien
Enfin, il lui fit face. Les sinoples ne se détachèrent pas de lui ; franche et visiblement sincère dans ses propos. Cependant, elle ne s’attendait pas à une telle réaction et à tant d’émotion de la part du vieil homme ; le voir s’agenouiller devant elle alors qu’ils se trouvaient dans les écuries rendait la situation quelque peu irréelle, d’autant que personne n’avait jamais eu ce geste envers elle.
Les souvenirs lui reviennent alors ; elle se souvient du fameux soir où elle-même s’était retrouvée à genoux devant son ancien Capitaine, qui deviendrait sa Suzeraine ; lui promettant fidélité et conseil. Elle était devenue son ombre tout comme Harchi serait la sienne à présent.
Son homme-lige.
Un léger sourire apparait sur ses lèvres tandis qu’elle l’invita à se relever après son serment. Il aurait la possibilité de montrer l’étendue de sa fidélité très bientôt, sans aucun doute ; même si elle espérait toujours une issue positive à l’entrevue qui aurait lieu le lendemain et à cette menace pour le Royaume. Princesse de France…Elle était avant tout une femme qui n’avait eu de cesse de défendre cette Couronne qu’elle chérissait.

Ses remerciements furent accueillis par un regard bienveillant. Bien entendu, elle avait remarqué que l’Etincelle lui manquait, comme elle avait remarqué que l’inverse était vraie également ; souvent Marie-Amelya lui confiait que l’absence de l’homme lui pesait, sans savoir comment y remédier. La mère qu’elle était lui avait alors conseillé d’aller voir plus souvent son mentor, afin de lui montrer qu’elle ne l’oubliait pas.
Tout s’arrangerait sans doute dans les semaines à venir.
Sa fille l’aimait, c’était un fait. Mais le cœur humain a ceci d’exceptionnel de pouvoir donner de l’amour à de nombreuses personnes ; et Harchi en recevait énormément de la part de la rouquine miniature, même s’il ne s’en rendait pas toujours compte. Sa fille était généreuse…Extrêmement généreuse. Trop, peut être, mais à son âge ce n’était pas vraiment un problème. La Malemort devrait cependant la mettre en garde : Donner sa confiance trop rapidement pouvait devenir une faiblesse, il fallait la confier avec prudence et sagesse. Elle était le parfait exemple à ne pas suivre, elle qui plus d’une fois avait été blessée par les personnes qui étaient le plus proches d’elle.


- Elle aura toujours besoin de toi Harchi. Toujours. On ne remplace pas la personne qui nous a élevé…Elle a de la chance de t’avoir, j’aurais été heureuse de trouver pareil soutien dans mon enfance.

A nouveau un sourire bienveillant vient éclairer son visage, avant que celui-ci ne se ferme à nouveau, comme celui de Harchi. L’heure n’était plus aux bavardages, il fallait à présent se préparer afin d’être prêts le lendemain, lorsque l’heure de ce fameux rendez-vous serait arrivée.
Lui aussi est prêt à passer aux choses sérieuses ; lui aussi est un homme de terrain. Demain, il serait là et bien là ! La réflexion a d’ores et déjà commencé chez la rousse, stratège et ancienne Capitaine du Limousin & de la Marche, femme d’armes depuis son plus jeune âge bien malgré elle. Il fallait bien le dire, on ne lui avait pas vraiment demandé ce qu’elle voulait lorsque ses parents avaient été assassinés et qu’elle avait été livrée à elle-même ; arpentant les routes du Lyonnais-Dauphiné pour se nourrir et survivre.
Une époque bien lointaine.
Elle songe au contenu de la lettre. Le rendez-vous a été donné devant le dernier lit d’une femme qui a énormément compté pour elle. La Reyne était enterrée dans une crypte à Limoges ; et puisque la femme savait à quel point celle-ci avait compté pour elle, c’était le lieu idéal.


- Demain, à l’apogée de la nuit. Devant la tombe de Mère…C’est une crypte. Je pense qu’il ne sera pas difficile pour toi de trouver un endroit discret ; cependant…Je ne porterai aucune arme. J’en suis incapable, devant Elle. Pour cela, je m’en remettrai uniquement à toi ; il faudra que tu veilles, et que tu sois prêt à intervenir. Je te fais confiance à ce niveau.
Maintenant, il est temps d’aller dormir un peu, Harchi. Demain est un autre jour, et la journée promet d’être chargée…Enfin, la nuit surtout.

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--Harchi


[Saint Julien]


Il la toisait, de toute sa hauteur il la regardait, Belle, Forte, Majestueuse, impénétrable. La Malemort lui en imposait. Si insondable d'apparence et pourtant fragile. Il le savait. Les opales détaillait la silhouette féminine avec respect et déférence, comme peu de femmes avaient réussi à lui en insuffler, lui le soldat, l'homme, le Mâle... A vrai dire une seule autre femme s'était imposée à lui comme cela. Sa femme ... Silvine. Silvine épouse dévouée et aimante, parfois soumise, bien plus fragile que la Rousse devant lui. Les souvenirs s'imposèrent à l'Esprit qui divaguait une fois de plus ce soir. Silvine ... Les rires d'une Rouquine de huit ans ... le vent battant ses tempes ... le chant d'une femme qui fait son linge ... l'odeur de la pomme qui chauffait sur le feu ... c'était un après midi de juin ... C'est un passé révolu, Un passé oublié, un bonheur disparu ...
Le cœur éprouvé par les années se serra d'avantage. La nuit ... Sa diablesse maîtresse ... amenait avec elle toutes ses angoisses, ses souvenirs et torturait son âme jusqu'au levé du soleil. Terrible révélation que même en compagnie, la nuit ne l'épargnait pas.
Respires Harchi ... Respires, penses à Elle ... Penses à Elle. Mahelya ... Marie-Amélya ... Étrange comme la vision de cette petite flamme le préservait instantanément des ténèbres. Étincelle qui depuis onze ans le protégeait de sa Folie. Cette dernière s'était déjà manifestée, voilà presque douze ans et seule la petite le maintenait dans la lumière.
Respires Harchi ... penses à elle ...

La voix princière raisonna dans le silence qui s'était installé, ramenant le valet à l'instant présent, là dans les écuries. Comme une main lumineuse le happant de ses abysses. De nouveau les opales s'accrochèrent aux sinoples. Le visage du vieux était resté impassible malgré les tourments qui vrillaient ses entrailles. Dissimuler était une seconde nature chez lui... Dissimuler ses stratégie ... dissimuler son émoi ... dissimuler ses sentiments. Il rapporta donc toute son attention sur la Princesse qui lui en disait plus sur l'étrange message de mise en garde.


- Il est étrange qu'elle vous ait donné rendez-vous là ... Ca ne me dit rien qui vaille ... elle veut vous voir sur une sépulture ...

Cette sépulture serait-elle un message des ombres ? Un avertissement des terribles desseins que l’étrangère nourrissait à son égard ?Que la Princesse ne veuille pas porter d'épée sur le tombeau de sa Mère, le vieux soldat le comprenait parfaitement. Tant de questions se bousculaient dans son crane de stratège. Comment la défendre dans un lieu saint ? à quoi rimait tout ceci ? Prendre deux épées sur lui ça il le pouvait. Mais devait-il se tenir à proximité ou à l'extérieur de la Crypte ? La Princesse accepterait-elle de prendre une arme qu'il lui tendrait pour se défendre ? Combien seraient-ils ? Tant de questions, si peu de réponse, et pas de place pour l'improvisation.

- Votre Altesse ... Puis-je compter sur vous si je vous donne une arme en cas de nécessité ? Je m'occupes de tout ! comptez sur moi ! demain matin je me rendrais sur les lieux afin de voir si je peux établir un plan parfait. En espérant bien sur de ne pas à avoir à le réaliser.

Oui demain il établirait un plan sans accroc. Demain il protégerait la Princesse même au péril de sa vie. Parce qu'au plus profond de son âme il ne pouvait concevoir l'idée d'annoncer à sa Filia qu'il avait laissé périr sa Mère. Alors oui demain il mettrait tout son art de la guerre au service d'une Rouquine.

- Allons dormir à présent. Princesse, pensais-tu réellement duper le vieux valet ? il avait bien remarqué qu'elle ne dormait pas. D'ordinaire, il n'aurait rien dit mais il ne pouvait se permettre d'avoir un soldat fatigué en cas de combat. - Vous aussi Princesse ! J'ai besoin de vous en pleine forme demain surtout si cela tourne au vinaigre ! Je ne vous ferai qu'une seule promesse, vous rentrerez bien vivante et pourrez étreindre votre famille. Ma vie pour la Votre Altesse.

Il s'inclina une nouvelle fois avant de lui tourner le dos. Encore. Les paroles qu'il allait prononcer seraient terribles mais il ne voulait certainement pas que quelqu'un remarque son désarroi. cette tristesse sans pareille qui enrobait son cœur à présent. La voix assurée avait retrouvé son léger tremblement comme à chaque fois qu'il parlait d'Elle.

- Si d'aventure, je ne pouvais rentrer avec vous ... Dites lui bien ... que je l'aime ... à jamais...

Bonsoir Votre Altesse.


La phrase ne souffrait d'aucune réponse... Et c'est ainsi que la soirée s'acheva.

[Saint Julien le lendemain matin]

Le vieux loup solitaire fit ce qu'il avait promis. Il avait à présent les idées bien plus claires sur comment se déroulerait le plan si jamais cela tournait mal. De retour au domaine il prit soin d'éviter sa Filia. La jeune fille était perspicace et elle se douterait de quelques choses si elle croisait son visage qui nul doute était tourmenté. Parce qu'il y avait bien une chose difficile sur cette terre c'était de ne pouvoir dire adieux à ceux que l'on aimait.
Il prévint tout de même la Princesse, sans trop s'attarder qu'il serait sur les lieux dès l'après midi afin de surveiller les allées et venues de tous et ainsi se faire une idée sur le nombre qu'ils seraient. Elle, Aldraien, n'avait rien à faire hormis se rendre normalement au rendez-vous à l'heure souhaitée, tout le reste c'est lui qui s'en occuperait.
Le soleil commençait doucement à décliner quand Harchi se mit en route, même s'ils étaient surveillés, passer inaperçu serait un jeu d'enfant surtout que la Princesse n'arriverait que bien longtemps après lui.
Anne_de_breuil
Limoges, douze mars de l'an quatorze cent soixante, chambre de l'auberge


La chaleur de faibles rayons du soleil d'un doux printemps naissant réveilla Anne. Elle s'étirait dans des gestes fêlins laissant libre cours à tous les muscles de son corps de se tendre et de cambrer sa taille aux rondeurs gourmandes.
Une douleur vint cependant arrêter ses gestes. En baillant la fausse Lady Clarisse dut faire face aux coups que Rochefort lui avait assené. Bien que l'idée fut d'elle, Anne se leva d'un bond pour se regarder dans le miroir. Elle était satisfaite. Bien entendu, elle était amochée mais elle était toujours belle. Elle prit un air effrayé et se rendit compte qu'elle était parfaite.

Quelqu'un frappa alors le bois de la porte de la chambre. Vivement qu'elle quitte cet endroit miteux d'ailleurs ! La porte était si vieille qu'elle soupçonnait que le bois fut rongé par la vermine.
Dénudée, puisqu'elle s'éveillait tout juste, Anne ronchonnait. Qui donc pouvait bien la déranger à cette heure matinale ? Les coups assénés sur la porte se firent de nouveau entendre.


Lady, un message pour vous.

Elle reconnut la voix de l'aubergiste et sentit en elle l'excitation qui précédait ses mauvais coups. Elle espérait que la missive qu'il lui apportait fut de la Princesse.

Indeed my dear, I'm coming, I'm coming !

S'entourant du drap du lit pour cacher sa nudité, elle s'approcha de la porte qu'elle ouvrit. Elle reprima une grimace lorsqu'elle fit face à l'aubergiste. Une odeur âcre de sueur mêlée à celle de l'oignon -il avait dû en servir en soupe aux clients- vint titiller ses narines. En devinant la nudité de la femme, l'homme n'avait pas retenu un sourire édenté qui donna des hauts le coeur à Anne. Elle prit le message sans un mot avant de refermer la porte au nez de l'homme.

Assise sur le lit de la chambre, elle décacheta la missive. Le sceau ne laissait aucun doute sur la provenance et les lettres d'encre qui noircissaient le parchemin confirmèrent ce qu'elle pressentait : la princesse allait tomber dans ses filets. Elle disait venir seule sur la tombe de Nebisa...


Parfait, à nous deux ma belle !, dit-elle satisfaite et sans s'apercevoir qu'elle faisait montre d'un excès de confiance.



Elle en profita pour répondre à la missive reçue la veille, celle qu'elle avait brûlée et en fit parvenir une autre dans un couvent Gascon. Le premier message était bref. "The bird is in the nest" étaient les seuls mots qui le composaient.
Le second, plus privé, était plus complet. Cette fois elle ne se fit pas passer pour une angloise.




Ma chère soeur,

Comme convenu vous trouverez ci-joint une bourse suffisament garnie pour subvenir à l'éducation de Jean en mon absence. Actuellement je séjourne au Limousin où mon travail me retient mais je devrai d'ici peu revenir.

Je vous écris également car lors de notre dernière rencontre, vous avez éveillé ma curiosité. Vous me parliez d'hérésie et avez évoqué un cardinal qui aurait une haute fonction dans les saintes armées. Sauriez vous m'en dire plus sur lui, j'aimerai le contacter. Vous savez sans doute comme ma foi en le Très Haut et en la Très Sainte Mission de notre Église importe à ma personne aussi, vous comprendrez que j'aimerai faire don d'un pécule assez conséquent aux Saintes Armées. Je vous serai plus que reconnaissante de m'apporter votre aide pour y parvenir.

Dites à Jean que je passerai bientôt lui rendre visite, j'espère qu'il est obéissant et empli d'une grande ferveur dans son éducation.

Anne de Breuil


Si tout se passait comme elle l'espérait elle aurait bientôt un Saint homme pour subvenir à tous ses besoins. Pour une fois, Jean allait peut être lui servir au lieu de n'être qu'un fardeau qu'elle tentait de dissimuler comme elle le pouvait.
Son urgence cependant était au Limousin. Du sang devait bientôt nourir le cadavre d'une reine...



La journée s'écoula lentement. Anne ne cessait de regarder le ciel en espérant voir les éclats des rayons de soleil ternir et ce dernier se glisser sous la ligne de l'horizon pour laisser place à sa vieille soeur ; la lune.
Rochefort était passé lui apporter le déjeuner puis le dîner. Il était maussade et ne parlait guère, elle n'en avait que faire. Elle voyait bien qu'il ne pouvait s'empêcher de jeter, de temps à autre, un oeil à ses contusions en ruminant ses rancoeurs.


Listen to me my dear. Ce soir nous retournons voir la Reine...[b] dit-elle en affichant un sourire narquois. [b]Je suis censé me rendre seule à un rendez-vous mais vous allez m'y accompagner et resterez discret... On ne sait jamais ce qu'il peut arriver.

Une fois ses ordres donnés, car tels étaient ses propos, elle se leva et s'apprêta pour sa visite du cimetière.

Ses cheveux étaient noués en tresses au dessus de sa tête. Elle les avait parés de quelques pierres qui donnaient l'illusion d'être de grande valeur. Elle voulait que la princesse la pense importante bien que mal en point pour donner plus de crédit à ses propos lors de leur rencontre. Elle fit tenir le tout avec une crespinette noire. Elle aurait pu mettre une guimpe pour donner plus de chasteté à son apparence mais cela aurait mit dans l'ombre les marques des coups portés par Rochefort la veille.
Sous la chainse de coton dont elle était déjà vétue, elle enfila une paire de bas de soie couleur sable. Bien qu'elle avait pour habitude que sa chemise soit d'un blanc immaculé, elle devait avoir une tenue plus fade pour être plus crédible dans le rôle de la martyre persécutée : là encore elle en pris une dans les tons beige.
Elle mit ensuite une cotte grise en cendal à laquelle elle ajouta en tour de taille une cordelette en tiretaime brune. Cette cotte légère lui permettrait des mouvements amples, c'est d'ailleurs pour la même raison que la blonde n'avait pas enveloppé sa poitrine de bandelettes de coton quitte à la faire paraitre plus grosse et donc moins désirable.

Elle avait déjà, rituel quotidien, frotté ses dents toute la matinée pour les blanchir et ses cheveux au safran pour leur conserver la blondeur.


Alors Rochefort, qu'en pensez-vous ? Ne me donnerait-on pas le Très Haut sans confession ?

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre que déjà elle se frottait les yeux pour qu'ils soient rougis comme si elle avait déjà beaucoup pleuré. C'est qu'elle craignait pour sa vie Lady Clarisse !

Je crois que nous pouvons y aller mon ami. Pardieu mais vous n'êtes point encore prêt !!! s'exclama t-elle en voyant qu'il n'avait pas encore son mantel et son feutre.
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Aldraien
Elle ne porterait pas d’armes, quoi qu’il advienne, mais se garda bien de le dire à Harchi. Faire couler le sang devant la tombe de sa mère était quelque chose qu’elle ne pouvait pas permettre et si cela devait se faire au prix de son propre liquide carmin, et bien il en serait ainsi. Harchi n’était pas le seul à être borné, et la Malemort gagnait souvent à ce petit jeu.
Le cœur de la Rousse se serra à la dernière phrase de l’homme-lige. Il l’aimerait à jamais oui ; mais il serait encore là pour lui dire à de nombreuses reprise, il comptait trop pour Marie-Amelya pour que la mère de celle-ci le laisse mourir sans rien faire. Harchi était un homme dévoué et prêt à tout ; il lui rappelait vraiment Elric, et c’est sur cette considération qu’elle se retira des écuries pour rejoindre son Epoux dans le lit conjugal.
Bien entendu, elle ne dormirait pas.
Trop préoccupée par cette lettre étrange, et les événements qui se joueraient le lendemain soir. Un mauvais pressentiment la tiraillait et l’empêchait de fermer l’œil ; qui était cette femme ? Pouvait-elle vraiment lui faire confiance ? Avait-elle seulement le choix ?

La journée précédant le rendez-vous se déroula dans une atmosphère figée, presque irréelle tant elle lui semblait enveloppée dans un brouillard glacé ; les minutes se déplaçaient avec lenteur, pourtant les heures défilèrent à une vitesse incroyable et sans qu’elle ne s’en soit rendue compte, le jour commençait déjà à décliner. Tout comme Harchi, la Malemort avait évité sa famille toute la journée, consacrant son temps à sa jeune fille, encore bien loin d’être en âge de comprendre ce genre de décision ; et tant mieux.
Les quelques heures qui lui restaient furent consacrées à la contemplation de la petite Alisa-Nebisa, alors qu’elle cherchait à faire taire cette boule qui lui nouait l’estomac. La petite rouquine aux yeux gris-marrons lui rendait son regard, l’apaisant par sa simple présence, rendant l’adulte bien plus sereine. Pourtant, il était temps de la quitter et la laisser dormir, pour aller se préparer à son rendez vous. Un baiser sur son front avant de la remettre dans son berceau et murmurer à son oreille avant de sortir.


- Sois sage, ma Fille, Maman va voir Grand-mère ce soir…

Et, le cœur serré, elle avait rejoint sa chambre afin de se préparer.
Aucune couleur ne viendrait éclaircir la tenue ce soir.
Il ne fallait pas qu’on la reconnaisse et elle devait se faire discrète. Aucune arme sur elle, elle avait laissé ses épées et dagues à Saint-Julien, rangées dans la salle d’armes ; les cheveux roux avaient été rassemblés en une longue tresse afin de ne pas la gêner, puis dissimulés sous une lourde capuche sombre, prolongement de la cape chaude venue entourer ses épaules.
La nuit était tombée depuis plusieurs heures à présent.
Il était temps d’y aller.
Les écuries sont rejointes sans détour, et la jument préparée pour aller dans la Capitale est montée ; les lieues qui la séparent de la crypte royale sont avalées en silence. Il est presque l’heure ; elle est arrivée. Le nœud de son estomac ne s’est toujours pas décidé à la laisser en paix, pourtant son visage est fermé et rien n’y apparait sinon la détermination de faire ce qu’il faudrait pour le Royaume.

Elle ne sait pas où se trouve Harchi mais elle sait qu’il n’est pas loin, elle lui fait toute confiance pour cela ; il lui a promis la veille. Elle fait son possible pour ne pas regarder partout et ainsi traduire la présence de son homme-lige ; et puisqu’elle est encore seule, elle s’approche de la tombe de Sa Majesté, ployant genou devant celle-ci.
Sa Mère est juste là, sous cette lourde pierre qu’elle embrasse de son regard sinople. Pour l’heure, elles ne sont que toutes les deux…Et la Malemort profite de ces retrouvailles pour fermer les yeux un instant et montrer à sa Reyne l’image de sa fille dans son esprit ; un jour, elle lui emmènerait. Mais pas aujourd’hui, c’était bien trop risqué.
Lentement, elle incline la tête avant de se redresser.
Digne, elle garde son regard sur la tombe quelques instants ; attendant l’arrivée de la femme venue de l’outre-manche. La rencontre se joue de mille façons différentes dans l’esprit de la trentenaire aux cheveux de feu, et au visage à demi mangé par les flammes d’une auberge. Serait-elle effrayée ? Si elle la connaissait si bien que semblait le montrer la lettre reçue la veille, peut-être serait elle au courant de cela aussi.
Ou pas.

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--Gatien_de_rochefort
Limoges, Tombe de Nebisa, à la nuit tombée



Il faisait une bonne centaine de pieds de haut et ses bras tordus ondulaient chaque fois que le vent soufflait. La nuit était tombée à présent et seules les lueurs d'une torche venait projeter son ombre sur les pierres du tombeau. Son corps fin ne pouvait cacher l'homme qui lui tenait compagnie mais son ombre elle si. Elle était grossie par un effet d'optique et rendait son reflet inquiétant.
Seul le Très Haut aurait pu dire combien d'années il avait vécu. Peut être plus d'un siècle... Il en avait pas vu passer des Hommes. Des couples éphémères s'étaient jurés de s'aimer toute la vie sans même faire attention à lui, d'autres l'avaient remarqués et l'avait saigné à vif pour laisser l'emprunte cruelle de leur passage en ce lieu, en une époque. Son écorce longtemps restée lisse commençait à devenir rugueuse avec les années et le temps qui s'écoule si lentement effaçait peu à peu le souvenir hanté des plaies faites par les hommes dans sa chair si dure. Une feuille voletait au vent tombant en spirale le long du tronc du hêtre auquel Gatien Rochefort s'était adossé. La feuille, doucement, vint se poser sur son feutre, aussi légère qu'une plume. L'homme ne le remarqua même pas.

Il avait précédé Anne depuis une bonne heure déjà pour se rendre près du tombeau de la reine Nebisa. Elle lui avait ordonné la discrétion aussi c'est à plusieurs pieds de la la tombe qu'il avait décidé d'observer les lieux, d'attendre son acolyte. L'arbre lui avait parut être très pratique pour rester discret et avoir une vue d'ensemble sur les lieux. Perdu dans ses pensées, il vit de très longues minutes s'écouler sans qu'Anne ne parut, une heure pleine à présent avait défilé et il commençait à s'inquiéter du sort de le blonde.

Le visage d'un enfant surgit devant ses yeux. Allait-il devoir annoncer à Jean la mort de sa mère ? L'enfant en serait-il vraiment attristé ? Anne ne semblait ressentir aucun amour, pas une once de tendresse ou de compassion pour le fruit de ses entrailles. Jean ressentait-il cette indifférence ?
Gatien ne connaissait pas vraiment le garçon à la blondeur du blé, il l'avait tout au plus aperçut serrant Anne dans ses bras alors qu'elle quittait le couvent où elle l'avait isolé. Il savait son existence c'était tout.
Il supposait même que la femme aurait préféré qu'il n'en sache jamais rien. A ses yeux, Jean était l'erreur, la seule vraie faute qu'elle est commise et qui aurait pu mettre à mal ses desseins.

Le craquement d'une branche se fit entendre. Gatien porta sa main au fourreau et étouffa la flamme de la torche. Tout devint alors très sombre et il était seul dans ce lieu infâme. Enfin seul, un vieux soldat n'était pas très loin, mais lui aussi avait des atouts de discrétion et Rochefort n'avait connaissance de cette présence.
Il observait avec le plus grande attention la femme qui venait de surgir et qui approchait le tombeau royal. Ce n'était pas Anne et il semblait pourtant que sa présence ne soit pas dû au hasard.


Maudit sois-tu Lady Clarisse de ne pas m'en avoir dit plus, murmura t-il les dents serrés.

D'où il était, il ne pouvait voir la femme et si ce n'était sa manière de se déplacer il aurait pensé qu'il ne s'agissait que d'une religieuse... mais ça sentait la noblesse à plein nez. Il allait devoir rester sur ses gardes. Sur ses gardes oui... mais pourquoi puisqu'il ne savait même pas de quel crime il était en train de se rendre complice ? Lorsqu'il avait fallut égorger le prêtre de l'abbaye, Anne lui avait dit dès le départ ce qu'elle s'apprêtait à faire mais là... elle jouait de mystère avec comme arme les non-dits.

Bien que le printemps arrivait, la nuit était encore bien fraiche. Gatien aurait aimé ramener son mantel sur lui pour se réchauffer mais il craignait que le froissement du tissu soit perçu. Toujours la main au fourreau il regardait avec attention la femme s'agenouiller avec humilité devant la morte. Cela répondait à une de ses interrogations : Anne allait s'en prendre aux partisans de cette reine ou à quelqu'un qui se battrait pour le Royaume de France. Il craignait que cette fois, le gibier ne soit bien trop gros pour elle même si elle avait des talents de chasse.
Comme pour l'épargner, un nuage s'effaçait lentement, faisant place à une lune qui baignait le tombeau de grâce et qui déplaça l'ombre de quelques pas. Rochefort dû contourner le hêtre à pas de loup. Il n'était pas visible pour la princesse mais en contrepartie, son champs de vision se trouva réduit. ce n'était plus qu'une moitié de tombeau qu'il pouvait voir, ainsi qu'un mur de pierre assez élevé.
Levant ses yeux vers le ciel et voyant les branches de l'arbre elle aussi dressées comme si elles voulaient attendre la lune. L'arbre semblait en appeler le Très Haut dans une prière silencieuse...
--Harchi


[A proximité de la Crypte... Et d'observateur je deviendrai Chasseur...]


    Une ombre parmi les ombres...
    Un loup parmi les agneaux...
    Un chasseur parmi les proies...

Que trouvait-on le plus souvent à proximité des cimetières eux-mêmes à coté d'une cathédrale ou d'une Église ? Les petite-gens, les mendiants, les pestiférés et les lépreux, comptant sur le voisinage d'un lieu saint pour éveiller la charité et la pitié des passants. Présence religieuse qui poussait parfois les nobles et les bourgeois, à lâcher quelques piécettes. Et avec la terrible tragédie qui avait frappé le Royaume il y a quelques semaines, la Crypte était sans doute l'endroit le plus fréquenté de Limoges, dans la journée. C'est donc grimé en vieux nécessiteux boiteux, que le soldat aux cheveux d'argent avait fait son entrée dans le Théâtre improvisé où se déroulerait l'Acte premier à la nuit tombée. Observer était un art, se dissimuler aussi. Et pourquoi ne pas faire les deux lorsque cela était possible ? C'est ce qu'il avait choisi cette fois-ci. Si cette lettre aux saveurs douteuses était un piège, à n'en pas douter "les autres" devaient être organisés. Après tout on ne s'en prenait pas à une Princesse comme ça.

Aussi, arriver à la Crypte habillé aux couleurs de Saint Julien et portant une petite Fleur de Lys brodée comme tous les valets de son Altesse, le faisaient sur une des manches de leurs chemises, aurait paru suspect. Un mendiant, voilà ce qu'il était devenu pour l'occasion. Un bandeau de tissus fin, donnait l'impression qu'il était borgne, une longue cape rapiécée qu'il avait échangé avec un pauvre gueux que ne s'était pas lavé depuis des mois - parfait pour l'odeur - le couvrait intégralement de la tête aux pieds, dissimulant aisément les deux épées accrochées à son ceinturon et immobilisées par de fines lanières le long de ses jambes accentuant ses fausses difficultés de déplacement. Ajoutez à cela un dos voûté et une canne faite d'un bâton de bois grossier, et vous aurez le parfait déguisement. Ainsi s'il devait se montrer pour défendre la Princesse, jamais personne ne l'aurait soupçonné et s'il devait rester cacher, n'aurait-il pas été reconnu et remarqué. Le meilleur moyen de passer inaperçu n'est-il pas encore de se montrer ?

La fin d'après midi passa ainsi, le vieux valet notait mentalement les allées et venues de chacun, observait, derrière le fin tissus qui dissimulait une opale attentive, les gens qui s'attardaient l'air de rien, ceux regardant d'un peu trop près la sépulture, ceux regardant surtout l'environnement. Bien sur pour faire bonne mesure, le vieux soldat n'oubliait pas de faire raisonner devant les fortunés, son vieux godet en bois, contenant quelques maigres deniers.
Mais ... On a beau être un homme de Terrain, l'erreur n'en reste pas moins possible et humaine, et alors que le soir et la nuit enveloppaient la ville de leurs ténèbres, Harchi avait repéré deux ou trois intrigants, plus tard un autre était venu, plus louche encore... mais il avait disparu de sa vue, profitant d'une dispute entre mendiants, qui avait détourné pour quelques secondes l'attention du vieux Valet.
*Pffffffffff ...* Il bouillonnait le vieil homme, pourtant il ne céda pas pour autant à la panique, il avait eu tout loisir d'apprendre les lieux et ainsi les cachettes possibles... peu nombreuses... Et il n'avait vu personne entrer dans la tombe... Une de moins.
A l'entrée du Lieu Saint un feu de fortune pour réchauffer les "dorment-dehors" fut improvisé, naturellement pour ne point se faire griller, Harchi s'en approcha mais continuait de scruter l'obscurité afin de retrouver l'homme caché.

Le temps fila, et la nuit s'épaissit d'avantage. La lune belle et croissante disparaissait parfois derrière d'épais nuages. Une heure devait s'être écoulée depuis la disparition inexpliquée d'un homme étrange quand une silhouette noire s'avança devant le Tombeau... La Princesse...
* Ne me cherchez pas Altesse, ne me cherchez pas ! mais ne vous inquiétez pas je suis là ! Je veille sur vos pas ...*
Prière silencieuse pourvu qu'elle ne lève pas les yeux à sa recherche. Le cœur se serra quand il vit la Princesse ployer genoux devant sa défunte Mère... Elle ne se battrait pas ... Il venait de le comprendre ... Il en aurait fait de même devant Silvine ... Bien il se battrait pour deux ...
Soudain un rayon de Lune l'éclaira et un imperceptible mouvement attira les opales du Soldat. L’excitation de la traque réveillait ses instincts de chasseur, de soldat, de tueur. Un sourire fendit son visage alors qu'il détournait déjà les yeux de la Princesse pour les poser sur les Flammes du feu de fortune.
* Ainsi tu es encore là ? Je t'ai vu ! Chat ! *
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