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[RP Ouvert] Les épousailles Corleone !

Baile
Elle, elle était vraiment chevalier. Ni manchot, ni aveugle, ni Errant. Adoubée pour la défense de la Couronne et de valeurs à l'opposé de celles pour lesquelles était morte une Italienne, folle et vieille, qu'elle avait pourtant passionnément aimée. A l'opposé de celles pour lesquelles se battaient une rasée qui ne l'était plus et qui comptait encore pour elle, et deux jeunes femmes qu'elle avait eu le plaisir de rencontrer en taverne, quelque part en Bourgogne.

Le plaisir... Il l'avait été, pleinement, concernant Laell, et très grognant, concernant Enjoy. Mais pour la Baile, qui aimait les femmes sans contestation aucune, le lien qui unissait les deux Corleone, même si l'une avait bien fait comprendre qu'elle ne l'était qu'à moitié, ne faisait aucun doute non plus, et elle avait fini par l'accepter. En grognant, parce que Laell, mon Dieu, avait l'air d'un bon coup.

Et pour celle qui avait failli unir sa vie à Ayerin avant de fuir lâchement le jour même, incapable d'épouser l'exclusivité qui allait avec, avec la bénédiction d'une Sélène qui la considérait encore comme sa deuxième fille adoptive, et de la plupart des Libertad encore vivants à l'époque, ce mariage représentait une espèce de double pèlerinage, un retour fugace dans son rouge passé, et un hommage à la plus grande de tous, Sadnezz.

Elle n'avait pas oublié l'agencement des rues crades de la Cour, et encore moins l'admirable population qui en faisait la fierté. Mais à tous ceux qui croyaient pouvoir se faire une royaliste perdue dans l'antre du diable, elle offrait un regard féroce, une main sur la garde de sa couillette et l'autre sur le pommeau de son braquemart. Du genre, n'y pensez même pas.

Elle arriva donc sans encombres à la taverne née au moment de sa liaison avec Sadnezz, et qu'elle avait discrètement fréquentée avant le régicide qui avait changé la face de la famille. Cherchant du regard des têtes qu'elle connaissait, elle salua néanmoins toute l'assemblée des premiers arrivants.

Bonjour tout l'monde. Un bras armé de la Couronne vient officieusement assurer la sécurité de ce mariage !

Ca, c'était dit. Mais quiconque sortirait des frontières des Miracles que le Chevalier Baile de Kestel, Grand Maitre de son Ordre royal, était présent au plus hérétique des mariages de la plus criminelle des familles, se verrait délicieusement trucider, et en hommage à une souris, macramiser ses tripes.

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I never saw a wild thing feel sorry for itself. A little bird will fall frozen from a bough without ever having felt sorry for itself.
Killijo_de_denere
C'est c'te jour, que j'te dis !
Ben c'est qu'est-ce que je t'raconte ! Deux donzelles ! Ensemb'

Killi tendit l'oreille. Deux donzelles ? Ensemble ? Oui, à la cour des miracles, et alors ? Jusqu'ici, pas de problème, pas d'étonnement à avoir. S'il fréquentait parfois la cour des miracles, c'était justement pour ces scènes qu'il ne voyait qu'ici. Il aimait le manque de règles, la liberté dont se réjouissaient ses occupants. Cette liberté à laquelle il n'avait le droit en fonction de son nom et du statut qu'il devait respecter. Quand on est un Dénéré, on doit se comporter comme un noble, surtout en tant que seigneur des Rosiers. Ne pas faire honte à sa mère, de la famille Beaufort. Il était né avec une cuillère en argent dans la bouche, mais parfois, il regrettait le poids de ce sang noble sur ses épaules. Qu'il avait pourtant larges. Il avait voulu inculquer cette éducation à ses deux filles, car il voulait qu'elles soient dignes de mariages nobles et d'avoir des belles unions, malgré leur illégitimité. Parce qu'il n'avait pu se tenir, malgré son nom et malgré son attachement à sa famille et surtout à sa mère. Il avait fait deux enfants illégitimes,dans l'arbre généalogique. Les autres, s'il y en avait, il ne les connaissait point. Et avec le nombre de femmes qu'il avait culbutées, il y avait certainement des petits Dénéré qui couraient dans les champs en portant le nom d'un autre. Comme sa petite Annelyse, qui avait été la fille d'un autre pendant ses cinq premières années. Il les avait recueillies, protégées, Atthénaïs, la fille d'une jolie Manon. Un bel ange qu'il avait aimée. Même si elle était servante dans le chateau de sa mère et même s'il savait qu'il ne pourrait lui passer la bague au doigt. De toute manière, il était le fils du Poulet Angevin. En digne héritier, il butinait les fleurs et les poulettes avec une ardeur qui rendait certainement le père fier de son fils. Cet héritage-là, il le respectait et veillait à en être digne. Même parfois plusieurs fois par jour avec les différentes poulettes qu'il croisait sur son chemin.

Ce jour, il était revenu se promener, à Paris, pour le plaisir de retrouver un peu la grande ville et son animation. Et surtout à la cour des Miracles, où il retrouvait quelque catin qu'il entretenait de loin en loin selon ses visites. Ce milieu auquel il était attaché, même s'il ne le reconnaissait pas, lui rappelait Rod et sa vie. Cette vie qu'il avait refusée au nom de sa famille. A cause de ce nom qu'il ne voulait souiller aux yeux des nobles de de leur assemblée. Il avait bien trop fait pleurer sa mère en lui ramenant des petites-filles illégitimes, il ne pouvait en rajouter une couche en fréquentant officiellement une brigande. Même si... Il était trop tard, il l'avait blessée. Il n'aurait pas dû se laisser emporter et lui demander de venir vivre avec lui. Il aurait dû savoir que cela poserait des problèmes. Mais... Le passé était le passé, il se contentait de ne point l'oublier. Même s'il ne prenait plus de ses nouvelles. Elle avait dû accoucher maintenant. Elle élèverait cet enfant dans la vie qu'elle aimait. Et il regrettait de ne point lui avoir fait un enfant. Il lui aurait laissé un peu de lui et aurait au moins une excuse pour la voir de temps à autre. Mais cela aurait posé beaucoup plus de problèmes que cela ne leur aurait donné de joies. Rod est indépendante, elle n'aurait certainement pas supporté de se retrouver attachée par un enfant. Elle n'avait besoin de personne. Pas même de lui. Enfin c'est ce qu'il croyait.

Il se promenait à la cour, espérant, malgré lui, la voir, au gré de ses contrats qu'elle continuait à honorer. Quand il entendit le nom Corleone. Un mariage ? Corleone ? Il fallait qu'il aille voir ça. Il n'avait pas tout compris sur cette histoire de deux filles ensembles, mais s'il entendait ce nom, il était attiré comme un aimant sur du métal. A la taverne du Sans-Nom, il la connaissait. Il l'avait déjà fréquentée plusieurs fois. Il suivit une donzelle tout de vert vêtue. Elle semblait s'y diriger aussi. Et après ça, on dira que dans les bas-fonds de Paris, on ne trouve que crasse et saletés. Il arriva sur les lieux sans un mot. Il observait les différentes personnes présentes, rejetés du royaumes, marginaux qui venaient certainement voir cette curieuse cérémonie qui s'apprêtait à être célébrée. Enfin si c'était vraiment une cérémonie entre deux femmes. Il avait écouté les rumeurs et ce que les gens alentours racontaient, mais il n'y croyait guère. Enfin en tout cas, il y avait fête. La foule se rassemblait alentour, mais pas encore autour de la table qui regorgeait de victuailles. Il attendit, appuyé sur l'épaule contre un mur.

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En deuil de sa mère
Chez moi
Sarah_callahan
Lorsque la missive était arrivée dans ses mains, la sauvageonne avait esquissé un sourire amusé. Elle se souvenait de ses propres paroles dans l’enceinte de la Tour MacDouggal, sa cousine avait présenté Laell comme sa compagne, et elle, elle avait lancé une pique sur un hypothétique mariage. Pas si hypothétique que cela en fin de compte. Et puis, première impression de surprise passée, loin d’être flattée par l’invitation, elle avait franchement renâclé. Ce n’était pas l’Union en elle-même qui lui posait problème - elle avait accepté l’idée que sa cousine aimait les femmes- mais bien le fait de devoir participer à la cérémonie. Elle a horreur de ce genre d’attroupements, limite agoraphobe, les seuls rassemblements qu’elle tolérait sont ceux qui avaient lieu à Nauzhror. Sanguinaire jusqu’aux bout des ongles, elle aurait donné sa vie pour la Horde et lorsque Tann’ ordonnait un rassemblement, elle était la première à rappliquer.

Pour le Maistre des Sanguinaires, elle aurait donné sa vie mais, hélas, la Grande Faucheuse n’est pas de ces entités qui négocient. Elle a emporté le rodeur sans prévenir, le fauchant à la manière des paysans qui récoltent le blé. Perfide. Garce. Raclure. La NicDowell ne peut s’empêcher de serrer les dents lorsqu’elle y pense, depuis le temps qu’elle l’attend son dernier combat, son dernier duel. Mais non, encore une fois, la mort a emporté un des piliers de sa vie. Tanneguy, celui qui lui avait offert une nouvelle vie, un nouveau but. Elle tuait pour la Horde et plus seulement pour venger sa fille mais maintenant cette même Horde qui renaissait de ses cendres est disloquée, éparpillée aux quatre coins du Royaume. Le fait que le mariage se déroule à la Cour des Miracles l’a décidé à venir, elle se sent bien là-bas, en revanche si sa cousine lui avait demandé de mettre un pied dans une Eglise, elle aurait refusé. Catégoriquement.

…quoique, possible qu’elle serait quand même venue, qu’elle aurait attendu la fin de la cérémonie pour aller dire à Joy qu’elle est heureuse pour elle et pour Laell. Elle ne se serait surement pas étalée en félicitations mais elle aurait au moins fait acte de présence. Parce qu’Enjoy a beau porter le nom des Corleone, elle porte aussi celui des MacDouggal. Et Sarah, anciennement connue sous le nom d’Ellana NicDowell, appartient au Clan des MacDouggal. Elle est fidèle, jamais elle ne trahira sa famille alors même si elle n’a strictement aucune envie de venir, elle chevauche droit vers la taverne du Sans Nom, nom sans équivoque pour les activités des personnes qui vont s’unir. A ses côtés, il y a le Blondinet. Son…compagnon. Déglutissant, elle ne peut s’empêcher de s’interroger à nouveau sur cette définition. Elle implique de nombreuses choses, à commencer par le fait qu’elle, l’adepte de Baphomet, n’est plus cette froide meurtrière qui ne jurait que par la mort. Son palpitant s’est mis à battre pour un homme extérieur à sa famille et à la Horde. Et ça, ça lui fait peur. Mais jamais elle ne l’avouera, bien trop fière et arrogante.

Elle met pied à terre, sentant qu’ils sont proches. Sans adresser un mot au Blondinet, elle trace sa route direction le rassemblement le plus loufoque de tous les temps. Elle sait que les Corleone fricotent avec le Roi mais, pour avoir à plusieurs reprises rallié leurs rangs, elle sait qu’ils sont loin d’être de sages petits vassaux. Brigands, pilleurs, mercenaires pour certains. Un sourire carnassier sur les lèvres, elle se demande si lors de ce mariage, ils auront prévu quelques petits lancers de couteaux bien mérités après une succession de paroles romantiques à souhait ou si la présence d’oies blanches les empêcheront de s’accorder des écarts. Eternellement sur ses gardes, la sauvageonne ne n’est pas départie de ses dagues et ne s’est pas non plus laissée aller à une longue préparation devant un miroir. A dire vrai, elle n’a même pas réfléchi avant de se vêtir. Des braies, des bottes et une cape aussi noires que la nuit, seul le bustier, rouge sombre, se détache du lot. Elle est belle et elle le sait alors pourquoi prendre la peine de passer des jupons ?

D’une démarche féline, elle semble perdue dans ses pensées mais elle ne perd pas une miette de ce qui se passe autour d’elle. Mémorisant les moindres parcelles de la Cour une énième fois, elle imagine toutes les issues possibles car elle ne perd pas de vue que tout peut arriver. Enfin, elle arrive devant la taverne qui s’apprête à voir s’unir deux cousines. Ces deux-là s’aiment et transgressent les lois, bravant les mœurs de la société et c’est ce dernier point qui plaît particulièrement à la brune. Dévisageant chacun des invités, elle reconnaît sans mal les futures mariées, ainsi que le Végétal et les deux des marmots Corleone, elle reconnaît aussi le géant et p’tet même la blonde qui reste en retrait, capuche vissée sur la trogne. Cependant les autres la laissent perplexe. Elle ne les connaît pas donc elle se méfie. L’idée de se présenter ne l’effleure même pas et, sans les lâcher du regard, elle lance un :


Salut.

L’Ecossaise ne décochera pas un mot de plus à ceux qu’elle ne connaît pas à moins d’y être forcée. Elle espère que le reste de sa famille va arriver sous peu, désespérant déjà de devoir passer toute la journée en compagnie de personnes ne lui inspirant rien qui vaille. Ses prunelles se détachent un court instant des invités pour venir se placer sur le Blondinet auquel elle accorde un sourire légèrement tendre. Echange de regards passé, la voilà repartie dans son inspection des différents protagonistes.
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Theo_l_arsouille
    - « Tordez les fourchettes et puis les couteaux,
    Brisez les bouteilles en mille morceaux,
    Cassez les verres et puis les assieeeeettes,
    V’là c’que l’tenancier des lieux déteste !
    Coupez la nappe, marchez dans l’gras,
    Laissez les os sur l’tapis en tas,
    Versez le lait sur le sol tout prooooopre,
    Que le vin éclabousse les portes !
    Videz les pots dans une bassine bouillante,
    Martelez-les d’une perche bruyante,
    S’il en reste chose étonnaaaaante,
    Qu’ils roulent dans l’entrée et se FENDENT,
    V’là c’que l’tenancier des lieux déteste !
    »

    Au loin, un brailleur s’avance enfin, un jeunot répondant au nom de Théo’ ou de l’Arsouille, libre à toutes et à tous de choisir. Provenant tout juste de la Cour Brissel où il avait eu vent d’un événement assez particulier aux Miracles, l’occasion pour lui ou jamais de faire quelques rapides connaissances mais aussi de pouvoir s’y remplir la pense, y descendre quelques litrons de vin et pourquoi pas également écarter les cuisses d’une donzelle.
    Ainsi, il gambade à son rythme, bouteille de vin en sa main gauche au petit doigt parfaitement coupé par les soins de Grayne, l’édentée comme bien nombreux sont ceux qui la connaissent. La bouteille elle, renfermant un vin des environs, aussi chaud que la pisse et aussi foncé que la boue, voici donc de quoi guérir toutes les blessures bien qu’il s’agisse également d’un parfait remède contre toute maladie. En route, le voici qu’il ne manque pas de bousculer un mioche qui passe, voir et apprécier le fait de voir ce corps tomber contre les pavés imparfaits de la Cour des Miracles avant de ramasser quelques écus qui s’échappent tout juste de sa petite main.
    Voler le voleur, c’est ainsi et les règles sont simples. Il suffit juste d’être disons… Plus malin que les autres et dans la tête du jeunot, bien des plans et autres supercheries voyaient le jour, ceci dans le seul but de faire en sorte que le moindre de ses larcins soit un réel succès, le tout en y ajoutant une petite touche de poésie s’il le faut.
    Le regard qui se tourne, son corps qui halte enfin pour se tourner vers ce qui semblait être un de ces nombreux miséreux rongé par la famine et la maladie.

    - « Excusez le dérangement, je cherche hm… La taverne du sans nom. Auriez-vous l’obligeance donc de m’indiquer sa position ? »

    Le miséreux en question lui ne tarde déjà pas à indiquer une destination du bout de son doigt, sans doute se sera-t-il décidé après que le jeunot lui ait eu besoin d’agiter une petite piécette sous le nez du mendiant. Et pourtant, nul écu ne sera versé à celui qui ne le méritera. Le meilleur des salaires et encore celui d’aller se servir soit même où les écus poussent et si possible où les soldats de la gardes ne se trouvent pas. Mais soit, le voici qu’il se remet en route, large sourire sur les lèvres, faisant tout de même bien attention à ne pas trébucher entre deux pavés pour finalement se retrouver fasse contre sol. Il marmonne tout en cherchant du regard mais par cette heure aux Miracles, lui ne pouvait être que guider par ces voix qui proviennent des environs.
    Deux autres virages, descente d’une ruelle escarpée alors qu’il enjambe tout juste deux corps emboités l’un dans l’autre, un derrière velu et crasseux et des bruits d’animaux pour accompagner le mouvement de va et vient.

    - « Excusez, je ne fais que passer ! »

    Les porcs entrelacés sont bien vite dépassés, fin de la dite ruelle et le voici arrivé non loin d’une petite assemblée face à ce qui semble être justement une taverne. Non pas que toutes les tavernes se ressemblent mais un soulard lui sait reconnaitre une taverne quand il en voit une.
    Sans aucune hésitation ni aucune gêne, il s’avance, révérence bien grossière effectuée à toutes et à tous, bouteille de vin agitée quelque peu au dessus de sa tête alors qu’il s’annonce enfin.

    - « Camarades, je m’présente, Théo’ l’Arsouille, voisin venu d’la Cour Brissel et nouveau Pique sous ! »

    Pas un mot de plus et le voici qu’il prend la direction du buffet pour y déposer la bouteille de vin tout en saluant au passage les quelques invités et autres convives présents. Mains dans le bas de son dos dans le but de ne pas se laisser tenter par les quelques bourses branlantes accrochées à certains ceinturons ou même pour ne pas que ses neuf doigts viennent se poser sur certains derrières plus que jouissifs pour le regard.
    Tranche de lard avalée avec hâte, l’Arsouille reconnait alors Vic’ au loin mais préférant la laisser vaquer à ses occupations, le voici qu’il prend place un peu à l’écart, adossé au mur du « sans nom », observant comme à son habitude et surtout, impatient qu’une bonne bagarre explose… Mais avant cela, le repas !

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Jenifaelr
La belle sourit,repérant son garde du corps et s'installa juste à côté,entièrement vêtu de noir,de braies,d'une chemise masculine ...

"- Tu t'est perdu,mon agneau? "

Elle offrit un magnifique sourire.Elle observa le monde arrivant,du beau monde parfois,on avait l'impression.La future dame de Boissières soupira et murmura au géant :

"- Tu rentre avec moi,hein? "

Elle sourit largement,en faite le géant n'avait pas réellement le choix ... Les aigue-marine appuyèrent les propos de la jeune femme.Oui,personne n'étaient réellement au courant de la relation qu'entretenait le géant et la blonde vénitienne.La soeur n'était pas au courant la vicomtesse non plus.
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Isolda.
    [ Planque de fortune du vieux Louis Arsac ]


    Misère. Crasse. Taudis.
    C'étaient les mots que le lieu inspirait. Celui-ci servait de refuge au vieil asocial qu'était Louis, paradoxalement engagé dans le métier du renseignement. Car le vieux avait bel et bien le « chic » pour dénicher des informations en tous genre ; et son dégoût profond pour les relations humaines ne faisait jamais le poids face à sa curiosité colossale. Bien entendu, l'homme avait, au fil des années, tissé un important réseau de contacts qui lui permettait d'assurer le bon fonctionnement de son trafic. En aucun cas, il n'offrait gracieusement de renseignement à quiconque. Sa planque faisait également partie de ses petits secrets : ceux qui devaient savoir savaient, et pour les autres, les échanges se déroulaient dans un lieu assez discret, comme une petite ruelle. Louis dépêchait ensuite quelqu'un de confiance sur place. Ses « émissaires » étaient rares – au nombre de deux ou trois – mais étaient suffisamment fiables pour connaître la situation de sa cachette.
    Ladite cachette était peu meublée : un support branlant, tenant miraculeusement debout et composé de trois planches ; un tabouret, menaçant de s'affaisser sur lui-même sous le poids de son propriétaire ; une caisse contenant un stock de sacs, ainsi qu'une couche improvisée à l'aide d'une couverture miteuse, déroulée à même le sol. Peu d'éclairage également : la seule source de lumière émanait de la bougie posée sur le bureau de fortune.

    Toc toc toc ! Trois coups frappés furtivement, puis la vieille porte se mit à grincer doucement. Dehors, le jour commençait à pointer son nez.
    Le vieux cacha à la hâte les vélins qui jonchaient la « table ». Seuls restaient quelques bouts de fusain qui tenaient lieu de plume. À l'embrasure, apparut une silhouette fine, vêtue de gris et dont la pâleur de la peau contrastait avec des cheveux d'un noir de jais.


    - Ah, bonjour Isolda. Entre, ma fille.

    La demoiselle entra silencieusement dans la planque, faisant claquer sur le sol des bottes de cuir noir flambant neuves. Les yeux de Louis se posèrent sur celles-ci tandis qu'elle s'arrêtait sur place, refermant la porte d'un bref coup de pied.

    - Où est-ce que tu as eu ceci ?

    Toujours sans rien dire, la brune leva les yeux au plafond, puis lui lança un regard qui disait clairement « d'après toi ? ». Le vieil Arsac remarqua ensuite, sur l'épaule de sa fille, un sac de toile visiblement rempli. Sa fille unique était capable de se débrouiller, il le savait. Ils se faisaient mutuellement confiance, et elle lui offrait généralement ses aptitudes de jeune personne contre son sens de l'orientation et parfois quelques renseignements.

    - Père.

    Pour elle, c'était un vieux schnock, mais elle l'appréciait tout de même. Il s'était, contrairement à sa mère, occupé d'elle et sans lui, elle n'aurait jamais été ce qu'elle était à ce moment là.

    - Vous avez un tuyau pour moi ?

    Comme pour appuyer sa question, Isolda sortit du large sac deux miches de pain. Pour lui seul, bien entendu.

    - C'est tout ? J'aurais préféré de la viande, maugréa le père, ce qui arracha un soupir à la jeune fille. Bon, pour ceci...

    Le vieux se mit à farfouiller dans sa paperasse. À cet instant là, elle le trouva plus vieux et fatigué que jamais et regretta soudainement de ne pas avoir ramené plus de nourriture.

    - Ah, voilà ! Donc tu veux de quoi fouiner ? Je te le donne pour ce pain et deux écus de plus !

    Isolda grimaça tout en fouillant sa maigre bourse à la recherche du compte bon. Elle réalisait maintenant à quel point elle dépendait de lui. À la fois la pitié, la responsabilité d'avoir à s'occuper d'un vieil homme et également de survivre principalement grâce à ce vieil homme. Au fond, ils se complétaient. Alors, pourquoi radiner entre eux ? Coutume de famille, on peut supposer.
    La jeune femme lui jeta les quelques pièces et croisa les bras, en attente de ses informations. Lui se contenta de regarder d'un œil satisfait les écus rouler puis se pencha vers la bougie pour mieux déchiffrer l'intégralité du vélin qu'il tenait.


    - Visiblement, un mariage se déroule aujourd'hui.
    L'homme leva la tête et nota le regard curieux de sa fille. Il poursuivit :
    - Aux Miracles. Taverne du « Sans nom ».

    - Vous vous fichez de moi ? Je ne vais rien en tirer !

    - C'est exactement l'effet que ton pain a produit sur moi.
    Un sourire mesquin s'afficha sur son visage ridé. Plus sérieusement, reprit-il, ce mariage est assez particulier. Ce sont deux femmes qui se marient et ça risque attirer du monde. C'est tout frais, j'ai appris ce matin.

    - Ça ne vaut pas deux miches de pain et deux écus. Rendez les moi.

    - Ah non, c'est trop tard. Maintenant, tu as l'information. Je ne rembourse pas.


    Gardant son calme, Isolda balança son grand sac de toile dans un coin et attrapa, à la place, une besace plus petite et plus « passe-partout ». Ce n'était pas la première fois, elle avait l'habitude de ce comportement d'arnaqueur. Tout en quittant la pièce, elle sentit derrière elle le sourire carnassier de son père.

    - N'oublie pas de fermer la porte.

    - Vieux débris !

    - Moi aussi je t'aime, ma fille.


    La demoiselle fit claquer la porte derrière elle, aboutissant sur une petite ruelle peu fréquentée. Regardant à gauche et à droite pour s'assurer de ne pas être suivie, elle prit la direction de la taverne « la Sans Nom ». Pourquoi pas, après tout ?


    [ Peu après... ]


    En effet, une petite foule commençait à se former devant la taverne en question. Isolda espérait intérieurement pouvoir tirer quelque chose de cet attroupement. Contrairement à son père, elle aimait la foule. La proximité entre les personnes permettait souvent de faire passer inaperçu une bourse qui disparaît mystérieusement ou quelqu'un qui s'éclipse.
    Heureusement pour elle, son physique lambda l'aidait largement à se dissimuler parmi les gens. C'est ainsi qu'elle se glissa parmi les badauds, regardant attentivement aux alentours. Pour l'instant, rien de spécial ne se passait, mais elle sentait que ça ne durerait pas.
    Au moins, elle pourrait piquer de quoi grailler.
Syuzanna.
Caitriona. Comment la décrire ? Comment parler d’elle ? Et qu’en dire ? Si sa sœur aurait pu dépeindre avec précision sa jeunesse en Ecosse, elle aurait eu bien du mal à parler d’elle désormais. Pas parce qu’elle ne la connaissait plus aussi bien, mais parce que la vie les avait séparé de telle sorte que la rousse serait bien en peine de décrire ses journées. Voire même ses semaines.
Peut-être était-ce ainsi, lorsqu’on était issue d’une union de personnes venant de deux pays diamétralement opposés. On cherchait ses marques, ses repères, mais on pouvait aussi « changer de chemise » plus aisément. Ou alors c’était à cause de cette possible permutation que l’on était troublé ? Elle-même n’avait jamais eu à se poser ce genre de questions, étant la fille de deux Ecossais pures souches – ou presque, l’ancêtre était Irlandais après tout. Et peut-être se sentait-on toujours dans l’ombre de son héritage ? Celui offert par un père orgueilleux et trop fier pour s’abaisser à la moindre marque d’affection ; et celui offert par ces générations de brigands au nom illustre dans le milieu. Où se trouver dans tout cela ?

Ainsi songeait Syuzanna en cheminant lentement dans les ruelles crasseuses et glauques de la Cour des Miracles. Quoi qu’à son avis, de miracle, elle n’en avait que le nom. Il n’y avait que des boiteux, des bossus, des borgnes, des bohémiennes, des truands, des violeurs, des voleurs, des assassins… Pas franchement le genre de compagnons dont on pourrait rêver pour une soirée cossue. S’y côtoyait catins et brigands, invalides et nains. Où donc étaient les fameux miracles de la Cour ? Dans les rêves de ces pauvres hères, peut-être. Car après tout pour oublier l’insalubrité des lieux, il valait mieux prendre une vessie pour une lanterne. Ça mettait du baume au cœur les soirs d’Hiver. Et divers.

La taverne du « Sans Nom » fut en vue. Une enseigne telle que celle-ci annonçait d’emblée la couleur – ou son absence. Être brigand, pourquoi pas, chacun faisait sa vie comme il l’entendait. Mais pourquoi dès lors, se sentir obligé de le revendiquer partout ? Esprit de fierté sans doute, mais la fierté n’avait jamais empêché l’opulence de couleurs, à ce qu’elle en savait. Tous ces gens étaient en noir – ou quasiment tous – de sorte que la rousse se demandait si le mariage n’avait pas été annulé au profit d’un enterrement. Et les mines sinistres des invités semblaient confirmer ses doutes. Se serait-elle trompée d’adresse ? Non, il lui semblait apercevoir Sarah, là-bas, qui venait d’entrer. Bien, au moins, elle ne serait pas la première de la famille à arriver.

Elle tranchait dans cet amas de sombres tenues. D’abord grâce à sa chevelure flamboyante, retenue en un semblant de chignon lâche à peine retenu par un ruban bleu ciel, qui avait au moins le mérite de révéler sa jolie nuque blanche. Ensuite grâce à sa robe en satin. Celle-ci était ample, mais pas assez pour dissimuler complètement son ventre rond de femme enceinte. D’une couleur ivoire aux manches épousant la ligne de ses bras, agrémentée d’une ceinture bleu pâle en soie, nouée juste sous la poitrine, qui avait d’ailleurs quelque peu enflée en même temps que son ventre. L’ourlet effleurait ses pieds, révélant ses petits pieds chaussés de satin de même couleur que la ceinture. Et pour compléter le tout et afficher ses origines, elle portait sur les épaules, la large écharpe aux couleurs du tartan familial, à savoir vert et bleu foncé.

Elle était venue, et n’arrivait pas encore à le réaliser, malgré qu’elle fût sur place. Il y avait bien longtemps déjà que Syuzanna avait abandonné ses projets de mariage arrangé, pour sa sœur. Elle n’était pas de celle qui se soumettait facilement à ce genre de décision. Leur père lui avait déjà confié ses craintes, quelques années auparavant. La rousse était peut-être plus docile sur ce point – à moins que le fait qu’elle soit déjà amoureuse de l’élu choisi par son père ait rendu les choses plus simples. Mais peut-être que Syuzanna avait plus goût pour les traditions anciennes et immémoriales. Ou bien cela résultait d’une toute autre chose.
Qu’elle se marie selon son cœur, Syuzanna n’y voyait aucun inconvénient, tout au contraire. Elle en était heureuse pour sa sœur adorée. Mais que ce soit avec une femme… elle ignorait même que la chose soit possible. Et pour parachever s’il était possible, voilà que Cait avait opté pour l’une de ses cousines. L’amour était aveugle, disait-on, et peut-être était-ce vrai. L’Ecossaise ne connaissait pas assez Laell pour la juger réellement, mais l’unique fois où elle l’avait rencontré, elle lui avait paru être une personne censée. Et si elle faisait le bonheur de sa sœur… elle ne pouvait que s’incliner devant la force et la puissance de l’Amour.

Alors oui, elle était venue. Pour sa sœur – pour qui d’autre ? Après tout, Cait était venu à ses épousailles, à elle. La moindre des choses – s’il était besoin de justifier sa présence – était au moins de lui rendre la pareille. Et puis, elle était curieuse de voir comme se déroulerait les choses. Et peut-être serait-elle plus apte à accepter la relation de son adorée si elle voyait l’union se nouer devant ses yeux ? Mais elle ne pouvait ôter de son cœur toute trace de jalousie. Une fois mariée avec l’Italienne, sa puinée se ferait plus rare encore peut-être, et cette pensée lui brisait le cœur à chaque fois. Certes, elle-même s’était mariée. Etait-ce différent parce qu’il s’agissait de sa propre personne ? La rousse était un peu perdue dans les méandres de sa propre étude psychologique.
Elle s’avança donc vers sa cadette, une main sous le ventre comme pour soutenir le poids de l’Héritier, et ne trouva rien d’autre à faire que de sourire. Un peu bêtement peut-être. L’émotion, sans doute. Elle adressa un léger sourire à la compagne - et bientôt épouse - de Caitriona, avant de lancer un compliment, sincère si non inédit.


- Tu es… resplendissante, ma sœur. Tu es plus belle que jamais.

Syuzanna se détourna à demi, ne sachant que faire. Il lui fallait un siège, c’était certain. Et peut-être plus tard irait-elle visiter les latrines. Son regard se perdit sur les tables regorgeant de victuailles en tout genre, ainsi que sur les tonneaux.
Déposant un baiser sur le front de Cait, elle s’avança vers Sarah pour lui serrer une main, l’enveloppant des siennes. Les autres, elle ne s’en approcha pas, n’adressant qu’un salut de tête et un sourire à Fleur-des-Pois, présente ici pour les Dieux savaient quelle raison.


- Tu m’excuseras, Cait ? fit-elle en se tournant de nouveau vers sa sœur. Mais il faut absolument que je m’assois.

Et sans plus attendre, elle déposa son auguste séant sur une portion de banc, quelque part près d’un tonneau.
Amalio
    Amalio allait presque finir par pouvoir sentir ses jeunes cousines. Au départ exaspéré par leur caractère merdique, contrastant bien trop fort avec sa propre position de presque-trentenaire inébranlablement calme, il avait fini par deviner sous les volcans colériques des coeurs féminins et tout à fait humains, aussi cruelles que les Corleone puissent l'être. L'Italien avait passé l'âge du volcanisme quotidien et faisait à présent aller de l'avant sa haute stature d'un pas tranquille et mesuré, en grandes enjambées. Médecin et soldat, il n'était plus rebuté par les pestilences de la Cour des miracles et de ses rebuts humains, déchets de chair et de sang. Amalio était un homme tranquille, cultivé, et ces deux aspects poussaient souvent ses innocentes victimes à lui offrir le bon Dieu sans confession.

    On lui accordait confiance sans crainte, dès lors qu'il ne prononçait pas son nom de famille. Et il profitait bien souvent de cette apparence de paisible intellectuel pour récolter tranquillement d'utiles informations ou pour délester ses patients du jour de quelques bijoux ou écus. Quant à se battre, cela le défoulait prodigieusement bien : si, au quotidien, il était d'un flegme à toute épreuve - sauf à celle de Laell et Enjoy, généralement - il reprenait dès lors qu'il s'agissait de pillage ou de combat les ardeurs de soldat qu'il n'avait jamais vraiment quittées. On ne devinait qu'à peine, sous sa cape et son épaisse chemise de laine, la musculature puissante qui compensait sa maigreur. À sa ceinture, sa pipe et une pochette de cuir renfermant ses herbes favorites bringuebalaient au rythme de ses pas, voisines d'un poignard au fourreau très ouvertement mis en évidence.

    Il fut bientôt devant le "Sans-Nom". Quelques personnes, déjà, s'étaient rapprochées. Amalio chercha du regard sa rousse Elwenn, ainsi que les deux futures mariées. Il était évident pour lui qu'un mariage était un mariage, et que célébré à l'église ou à la cour des miracles, ça restait un mariage et qu'il se devait donc d'être présent, en tant qu'un des aînés de la famille. Du haut de sa presque-trentaine, dépassant d'une demi-tête en moyenne la majorité des "invités", il repéra ses cousines et s'en vint les saluer.

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Lanceline
La Blonde avait fini par se ressaisir et avait passé les vêtements noirs. Elle savait qu'elle devrait changer tout ce qui faisait qu'elle était elle afin d'être sûre de ne pas être reconnue. C'était bien cela, le but du jeu.
Car pour la jeune femme c'en était un. « Dis, à quoi on joue ? » « Moi je serai le prince, toi la princesse toi la sorcière toi le méchant. » Souvenir de l'époque insouciante de son enfance, entourée de ses frères et sœur. Voilà ce à quoi pensait la Balafrée, maintenant assise devant son miroir, posant avec application la mixture fournie par Queen. Elle préférait se livrer à de doux regrets amers d'une époque révolue que de penser aux ingrédients -cervelle de sanglier, vers de terre et bave d'escargot-. Quand elle releva les yeux, frissonnante, Lanceline vit son visage et ses mains se friper légèrement, comme une vieille pomme qu'on aurait oublié là. D'ailleurs, elle était une jeune vieille femme, usée par le temps, si on s'en référait à son apparence. Queen avait proféré des onomatopées, elle s'en souvenait. Peut-être que la noble jouait avec la sorcellerie. La belle affaire !

Quelqu'un frappa à la porte. La Valdesti si leva, fit automatiquement quelques pas de sa démarche habituelle avant de se reprendre. Elle courba le dos et posa plus lentement les pieds l'un devant l'autre, non sans grimacer. Voilà qui serait dur, et le soir avec ses retrouvailles de son allure ordinaire serait plus que bienvenu. Elle racla sa gorge et modula sa voix, la faisant devenir un peu plus rocailleuse, un ou deux tons en-dessous.


- Oui, oui. J'arrive.

Pas trop mal pour une première fois. Elle se dirigea vers le panneau de bois tout en rabattant sur ses cheveux sa capuche qui ne devrait plus la quitter. La noble ouvrit la porte et dévisagea l'homme blond. Il était plutôt bel homme. En d'autres circonstances, elle aurait peut-être tenté sa chance.

- T'es prêt?

Son premier réflexe avait été de le vouvoyer. Mais, étant plus « âgée », elle se savait en droit de lui servir du « tu » à tout-va. Elle lui attrapa le bras et l'entraîna doucement vers les escalier.

- J'espère qu'on pourra s'asseoir. Mes os me font mal et le froid me transperce aussi sûrement qu'une épée.

Se plaindre. Les vieux n'étaient pas pressés et faisaient chier leur monde. Elle soupira, et, à peine sortie, bifurqua vers la gauche. La Corleone qui lui avait indiqué la taverne du Sans-Nom serait-elle au rendez-vous ?

- C'est à la cour des miracles. Taverne du Sans-Nom. J'espère que tu sais où c'est, gamin. Mes yeux n'sont plus ce qu'ils étaient.

Une lueur amusée passa dans ses yeux bruns.

- J'm'appelle Brunehaut. Mes parents ont toujours eu d'l'humour. J'ai été blonde. Et en plus, tellement chétive qu'incapable de me défendre moi-même. La preuve.

Elle lâcha un rire éraillé, étranglé par sa nervosité qui la faisait un peu trembler. Tant mieux, elle pouvait aussi mettre cela su le compte de la vieillesse.

Hein, Brunehaut ?

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Falco
A dire vrai, le Chevalier Errant ne s'attendait absolument pas à ça. Il s'attendait plutôt à une femme qui ferait vibrer son coeur pur, qui l'amènerait à courtiser sans relâche. Il s'attendait à la Princesse, après tout, il était le Chevalier. Mais lorsque la porte fût ouverte, il se demandait ce qu'il avait fait au destin pour avoir une telle punition. Non seulement ce n'était pas une princesse, mais en plus, il allait se coltiner une vieille ! Le choc fut rude pour celui qui déjà fantasmait sur son avenir. Cependant, il ne montra que très peu son désarroi, le masquant bien vite par un sourire amusé. Qui sait, aussi bien cette vieille avait comme fille, petite fille ou... Oui, plutôt arrière petite fille une vraie princesse. Comme le disait feu son père : "Petiot, fais jamais chié un vioc, tu sais pas c'qui va en sortir !".

-Honorable aînée, il parlait alors qu'elle l'entraînait dans les escaliers en s'appuyant sur son bras, je suis sûr qu'il y aura de quoi s'asseoir. Si vous avez froid, je peux toujours vous prêter ma cape ! Elle ne paie pas de mine, mais elle saura vous protéger du froid.

N'attendant même pas l'assentiment de la vi... De l'honorable aînée pleine de sagesse, il retira sa cape qui cachait toute la misère dont il se couvrait en étant habillé d'aussi pauvre manière. Et sans attendre, il déposa sa fidèle alliée sur les épaules de la vieille. Il se souvenait de cette histoire où un pauvre âme avait donné la moitié de sa cape à un homme plus pauvre encore... "Voilà ce qu'est être un chevalier", c'était dit le blond, âgé d'une dizaine à l'époque. La seule chose de valeur sur lui était son épée, une très belle pièce récupérée d'une bien étrange façon...

La Taverne du Sans-Nom ? Voilà qui fit sévèrement tiquer le Chevalier Errant. Il allait en plein territoire ennemi ?! La Terre de l'Hérésie... Heureusement que Falco ignorait que c'était pour assister à un mariage entre deux femmes, sinon, ça aurait pu très mal tourner. C'est qu'il est un peu taquin, quand il s'agit d'hérésie. Malgré cela, il accomplirait à bien sa mission, qui consistait aussi à écouter les dires de la vieille, cette petite histoire qui lui arracha un léger rire.

-Vous deviez à l'époque faire tomber les plus prudes hommes, j'en mettrai ma main à couper ! Et puis, vous savez madame... Être escorté n'est pas un signe de faiblesse, au contraire. C'est faire preuve d'intelligence, ce qui suffit largement pour combler une légère baisse de forme...

Trop bon, trop con. Le Chevalier était tout le contraire d'un homme intelligent; dominé par des idéaux, sans réelle flexibilité morale, avec des idéaux très arrêtés, une façon de voir le monde tranchée. Il représentait le Bien, donc tout ce qui déviait de son idéal devenait forcément le Mal.

Ses pas conduisaient l'étrange troupe vers ce lieu de Mal qu'était la Taverne du Sans-Nom. Il avait déjà tourné pas mal dans Paris, à la recherche d'une quelconque mission, mais s'était bien gardé d'entrer dans ce lieu qui devait être assigné à la débauche et aux très vilaines choses. Sa Foi ne le laisserait pas tomber; il serait fort et montrerait à tous en gardant la vieille en vie que le Chevalier Errant n'était pas si misérable que ça.

Le lieu maudit embaumait d'une délicieuse odeur alors qu'ils s'approchaient avec une lenteur quelque peu irritante pour un jeune et vigoureux homme. Cette odeur de festin, il la reconnaissait. Une fête, ou quelque chose du genre. Mais si une vieille avait besoin d'être protégée, c'est que cette fête n'était pas comme les autres. L'instinct du jeune homme s'agitait, lui hurlant de foutre le camp après avoir balancé la vieille en pâtures à celle dont elle voulait se protéger. Mais au lieu de s'écouter, l'Errant posa sa main gauche sur le pommeau de son épée, démontrant ainsi sa détermination à protéger mamie Brunehaut. Il irait jusqu'à donner sa vie, à se battre contre cent hommes pour cela. Détermination.

-Je ne sais quelle menace vous craignez, Honorable aînée, mais si cette menace est vraie, alors ne me lâchez sous aucun prétexte. Je serai votre bouclier et votre épée... Vous n'aurez qu'à me montrer du doigt ceux qui en veulent à votre vie.
Tynop
D'habitude si encline à la conversation et aux joutes verbales, celle avec qui il avait fait chemin jusqu'à la Cour s'était montré de plus en plus avare en paroles au fur et à mesure qu'ils approchaient de leur destination. Elle semblait plongée dans ses pensées. Le vagabond ne pouvait qu'imaginer ce qu'elle pouvait bien se ressasser. Cela ne doit pas forcément être facile d'accepter que sa cousine ait choisi de s'unir avec... une cousine. Souriant vaguement à cette réflexion, le blondinet s'imagina un instant la Corleone dans les bras de Sarah, avant de chasser cette pensée de son esprit aussi vite qu'elle y était apparu. Son Ecossaise de compagne avait beau sembler ne rien avoir à redire à l'union à laquelle ils allaient assister, nul ne savait vraiment ce qu'elle en pensait réellement. Il faudrait qu'il lui demande un jour, la réponse pourrait être intéressante.

C'est donc exceptionnellement et étrangement muets tous les deux qu'ils arrivèrent à la Cour des Miracles, le plus grand taudis du Royaume. S'il avait déjà mis quelquefois les pieds ici, il ne s'y était jamais vraiment senti à l'aise, agressé par la puanteur des lieux et les regards hostiles et affamés de ceux qui fréquentaient les ruelles de ce lieu unique. Et pourtant il était convaincu qu'il n'avait rien à y craindre. Déjà parce que si quelqu'un tentait de le détrousser, il se rendrait bien vite compte qu'il n'y a pas grand chose à voler sur le blondinet. Si sa veste rouge sombre avait pu un jour induire en erreur sur la condition de celui qui la portait, cette époque était révolue, le tissu ayant subi les aléas des nombreux voyages, taché de-ci de là, troué par endroit. Pas vraiment une tenue approprié pour un mariage. En même temps il n'avait pas grand chose d'autre à mettre. Et puis vu l'endroit choisi par les mariées, nul doute qu'elles accorderaient peu d'importance à la tenue des invités.

Sous la veste toutefois, le vagabond avait quand même décidé de conserver son épée sur lui. La dernière fois qu'il s'en était séparé, il avait bien failli le payer de sa vie. Il n'avait pas l'intention de s'en servir, et si jamais il venait à s'en servir, elle ne lui serait toutefois pas d'un grande aide, même si l'entrainement de Sarah commençait à porter ses fruits, comme pouvaient en témoigner la petite plaie qui avait élu domicile sur sa joue droite. Il valait mieux porter une épée, même si on ne sait pas trop s'en servir, que de ne rien porter du tout. Il avait appris cette leçon récemment, leçon qui avait failli lui coûter la vie sans l'intervention de la sauvageonne. Comment une si belle créature pouvait être aussi féroce et indomptable? Il n'en avait aucune idée, et c'était cela qui le séduisait chez elle.

Les voilà arrivé. Tandis que l'Ecossaise va directement voir les mariées, lui s'arrête un temps pour jeter un regard sur l'attroupement. Pas de barbu à l'horizon, mais il était fort possible qu'il fasse son apparition. A lui de trouver les mots pour essayer de faire en sorte que leur rencontre se passe mieux que la dernière. Quelques visages connus: Les mariées, bien entendu, bien qu'en réalité il ne les connaissait pas vraiment. On ne pouvait pas non plus rater Suyzanna, sa chevelure rousse et sa robe ivoire ressortant des tons sombres qu'avaient choisi la plupart des autres convives. Une silhouette encapuchonnée avait aussi un air familier. Il avait déjà du la croiser en taverne, mais impossible de se rappeler l'identité de la femme qui semblait avoir fait de nombreux efforts pour cacher ses traits. Et puis de nombreux visages inconnus. Des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux, des grands, des petits, des beaux, des laids, des blondes, des brunes, des rousses, des chauves, des vêtus somptueusement, d'autres crasseux. De tout.

Ayant fini de détailler le foule, le blondinet s'avança et s'y immergea. Pas la peine d'aller saluer les mariées, pas maintenant. Pas envie de faire la queue pour cela, puis sa présence devait avoir une très maigre importance pour elles, voire aucune. Qu'importe, il y avait à manger, à boire, et il y avait Sarah, visiblement peu à l'aise, qui lui accorda un sourire. S'approchant d'elle, il lui rendit son sourire. La voir dans cet état aurait dû l'inquiéter, mais cela l'amusait, de voir la sauvageonne ,d'habitude fanfaronne, emmurée dans le mutisme. Souriant en coin, il se pencha vers elle


Détends-toi, ils ne vont pas te manger. Ça commence à faire du monde. T'en connais quelques-uns?
Lililith
Lili avait été entraînée par Maledic vers l'endroit où il y aurait ripailles.

- Héééééééééééé ! Mais j'cherche Pandou !

Elle se renfrogna mais sa trogne boudeuse disparut bien vite quand elle vit qu'il lui demandait de l'aide. Non. Pas de l'aide. Juste une complicité à toute épreuve. Vrai qu'elle aussi elle avait son lance-pierre offert par la Mamma.

- Oui d'accord.

Elle applaudit quand elle entendit Maledic.

- Moi j'y sais pas chanter. Tu vas chanter quoi, hein, dis, dis, dis ?

C'est un peu comme si, à la Minusculissime, on venait de lui promettre la lune. Remarquez, c'est un gros gros caillou, la lune. Sûr que ça pourrait lui faire plaisir. Tenez, à son prochain anniversaire, elle demandera cela. On verra bien si quelqu'un -mais non je ne vise personne, Ti Lion, t'es prêt à enfiler ta tenue de cosmonaute ?- lui ramènerait. Et puis elle regarda autour d'elle ceux qui arrivaient. Et là... Là... THE apparition. Elle courut en direction de la vioque qui se pointait.

- T'es làààààààààààààààà !

Un peu comme des retrouvailles. C'était mignon. Imaginez la musique, mettons, celle-là, et la fillette qui cavalait au ralenti. Quelques mètres plus loin, elle serrait son chat rouge dans ses bras après avoir manqué faire tomber la vieille.
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Enjoy
    Impatiente. Son visage se ferme. Un geste trahit sa pensée en triturant machinalement la peau de bête qui lui sert d'assise. Les premières arrivées s'étalent devant ses prunelles aux reflet mordorés. Sa langue acerbe trempée dans une salive acide claque contre son palais. Une rouquine s'avance à la manière d'un sénéchal en terre conquise. De qui pouvait-il bien s'agir ? Les propos énoncés éveillent l'esprit tranchant de la mustélide. Sa main se porte à ses lèvres comme pour retenir l'inévitable. Se museler pour ne pas déplaire. Cela faisait un moment qu'elle agissait ainsi. Or, lui demander de ne pas réagir, revient à exiger d'un ivrogne qu'il devienne sobre du jour au lendemain. Il faut vraiment souffrir d'un mal récurrent qui dévore les entrailles pour s'abrutir à vouloir déverser son fiel sur une inconnue à la cour des miracles. Être affamée, en manque. Pour se sustenter de quelques bribes et vouloir y rétorquer avec véhémence. « Ça s’est pas arrangé, par ici. » L'envie est insoutenable d'y lâcher un petit : « C'est ce que je me suis dit en te voyant ! » Mais est-ce la chance qui s'en mêle ou non, la mustélide se contente juste de lui offrir un sourire totalement hypocrite. Un de ceux que maîtrisent si habilement les politiciens. Fauchée dans son élan par le pollen titillant ses narines. La Fleur fait acte de présence. Et les pupilles de la Fougueuse se mettent à table à chaque fois que la silhouette de l'Ortie passe dans son giron. Désirs inavouables qui seront tantôt enchaînés une fois que son doigt se parera d'une alliance. Alors, elle lance également à la cantonade d'un ton monocorde.

    Soyez les bienvenues et prenez place...

    La Minusculissime puis la blonde vénitienne rencontrée à Mende. Le défilé se poursuit et ravit d'autant plus la future mariée. Peut être seront-ils tous présents ? Peut être... Les conviés n'avaient pas réellement le choix, il faut bien l'avouer. Et même si la tenue des hostilités s'agençait au coeur de la fange Parisienne, ce n'était pas une raison pour s'accorder une dispense. Les absents auront plus que torts, ils seront châtiés. A peine le temps de fomenter quelques sombres desseins que la Malediction pointe le bout de sa frimousse crasseuse. Insistant. Il risque de se manger le dessert avant l'entrée, une tarte dans la trogne. Cela sera confectionné avec amour. Ou haine. Qu'est-ce que ce mouflet pouvait bien l'insupporter. Une vraie plaie. Et encore, préfère-t-elle une petite séance de torture entailles et gros sel. Qu'une heure avec la descendance de la Matriarche. Bien entendu, il ne la lâchera pas avant d'avoir reçu une paire de gifles ou bien une réponse. Se réservant un moment plus propice pour la première option, elle s'accorde donc sur l'intérêt de se décharger de ce fardeau ambulant.

    Je ne sais pas. Va voir Laell.

    Et voici comment on se libère sans trop de peines. Ou presque car le môme a de la ressource. Colérique, pénible, chouineur. Un vrai cumulard. C'est à cet instant qu'elle se met à regretter profondément l'absence du roux. Il aurait pu servir de chaperon. Laffuite avait d'ailleurs plus d'apparenté avec la volaille que l'espèce humaine. Un long soupir de lassitude s'échappe de ses poumons. Puis un petit choc tout contre l'arrière de son crâne. Froncement de museau et onyx qui détaillent la venue du barbu, et se posent immédiatement vers l'émettrice de cette petite tape. Ses iris se figent. L'ex-Rasée pose son séant sur le banc. Et ne manque pas d'y aller de sa petite remarque. Fagotée comme le jour d'une fête douteuse, la panse abondante et dans l'attente d'un troufiot dans le tiroir. Vraiment quelle étrange vision que celle-ci. La mustélide se mord l'intérieur de la joue afin de ne pas rire. Et c'est là, le vrai défi : se contenir. Tout d'abord, elle préfère garder un silence absolu, se raclant la gorge à chaque fois que son sérieux s'estompe. Puis ses lippes s'étirent de plus en plus, souriante avec un air à la fois amusé et moqueur.

    Tu veux faire peur aux invités que tu t'es déguisée en épouvantail ?

    Dit-elle d'un ton rieur. La mustélide sait pertinemment qu'elle peut se permettre ce genre de taquinerie en cette compagnie. Elle ne risquait pas de la vexer pour dix générations. Par contre, son audace se verra à chaque fois gratifiée par une pique de sa part. Une forme de jeu. Et bien que ce qui va suivre la fera passer pour une faible. C'est par respect et aussi gratitude qu'elle pose sa main sur celle de l'ex-Rasée. Sans un mot. Ses prunelles se portent sur la petite assemblée qui se forme. Par réflexe, elle détaille les uns et les autres et leur trouve une chose commune. Leur goût immodéré pour la sobriété ce qui ne manque pas de l'amuser.

    Tu vois Mira. Nous les invitions à un mariage. Et ils s'habillent tous comme s'ils allaient à un enterrement.
    Quoique c'est peut être un peu le cas...


    Du noir, des couleurs sombres. Qu'elles portent elle-même. Cette vision cesse là où débute celle de Victorine qui déboule. La Corleone retire sa main. Des souvenirs resurgissent brutalement. Sa période à survivre. Ses combats de rue en échange d'un pécule pour grailler. Le cuivre du sang trônant dans sa bouche. Saumur, le début d'une drôle de vie. Et puis l'altercation avec un procureur zélé qui savoura lors du procès quelques coups de poings bien sentis. Une plaidoirie violente et efficace. La relaxe fut prononcée. Mais l'essentiel réside dans ses rapports avec la Vic. Sa traîtrise, sa nature fourbe, manquant cruellement d'honneur. Alors même si depuis la mustélide avait bien changée, son instinct reste. Encore une fois pour faire plaisir à Laell, elle se tait, se censure. Et prend juste note de la présence de la noble. De là à dire qu'elle ira la remercier d'avoir fait le déplacement, il y a un gouffre.

    La venue du géant lui change les idées. Une erreur passée s'était étiolée pour laisser la place à un homme de confiance. Qui appréciait la verve acidulée, ce qui a tendance à ravir les soirées de la jeune femme. Qui s'apprête à quitter son banc pour aller accueillir sa cousine écossaise, la Sanguinaire. Accompagnée de son ombre à la crinière dorée. Seulement son intention est soufflée par l'arrivée de la Flamboyante, sa sœur, Syuzanna. Elle resplendit comme à l'accoutumée et dénote avec le paysage morbide. D'apparats immaculés parmi un vol de corbeaux. Ses compliment la touchent même si la mustélide s'affuble d'une toilette coutumière. Aucune extravagance. Si ce n'est sa coiffe bien mieux maintenue et les trois bains précédents. Propre. On peut être une escamoteuse et avoir le don de s'entretenir.

    Soraidh mo Piuthar*. Fais comme chez toi.

    Elle lui adresse un sourire ne manquant pas de sincérité. Heureuse de la voir, son impatience se calme donc. Vu que sa source venait de se tarir à l'instant. A son tour de se lever, après le baiser, et d'abandonner cette compagnie pour se rendre auprès du chevalier royal, Baile. Leur rencontre ne fut pas vraiment une réussite. Arrogante et irrespectueuse avec une pointe de jalousie à l'égard de la forcément ex-amante de Sadnezz. Surtout lorsqu'elle se permet de faire du rentre-dedans à sa Brune. Ne sachant aucunement gérer ce genre d'émotion, si Baile n'était pas Baile. On aurait retrouvé son corps entrain de gésir dans un fossé ou bien au fond d'un fleuve à nourrir les poissons. A son attention, elle susurre à son oreille.

    Peux-tu assurer la sécurité de ma sœur ? C'est la rousse assise là...

    Son doigt montre la concernée. Je t'en serai grée. Sa main se porte sur l'épaule de la Dame Blanche, une tape qui se veut amicale et la voilà déjà ailleurs. Les badauds s'amassent. Il devient peu aisé de discerner la masse. Parmi les grouillots, elle décèle tout de même la silhouette athlétique de son cousin, le Mystérieux. Qui fait mouiller les cuisses des femmes dans un nuage de fumée. Tout un programme. N'ayant pas le loisir de guetter les allées et venues, ni de s'entretenir avec tout le monde. Elle fait tout de même la liste des gens présents et donc a contrario maugrée contre les actuels absents. Qui l'espère-t-elle ne tarderont pas. Une bonne partie de la profession était là. Le milieu a de beaux jours devant lui. Il en aura toujours. La vermine pullule et s'accroche aux chausses dégoulinant de boue et de sang. Telle de la moisissure.

    Parmi eux, voici celui qui s'était annoncé comme l'Arsouille. Révérence grossière, attitude de débrayé. Tout pour lui plaire. La bouteille au contenu douteux toise le reste de la boustifaille. Un présent ? De la part d'un Pique ? Avec eux, il est de bon ton de toujours se méfier. Même si le respect de la Fougueuse est infaillible. Ils ont, ce que nous nommons, les gouailles qu'arborent le mieux les « gueules ». Elle aurait pu se joindre à eux, y a un temps. Bien qu'elle aurait fait tache enluminée parmi la crasse. Et personne leur avouera que le couple avait songé s'unir à la cour Brissel. Mais cette éventualité fut vite estompée. Valait mieux un lieu presque « neutre » pour les rencontres bouillonnantes. Les invitations à l'attention des canards n'étaient pas sans arrière pensées. La Macdouggal-Corleone apprécie les intérêts. L'option d'une alliance à plus ou moins long terme lui effleure l'esprit depuis un moment. Mais lorsqu'elle s'approche de Théo, c'est d'une manière dénuée de calcul.


    L'Arsouille, dis-tu ?

    Elle le détaille. Amusée par sa dégaine puant l'insolence. Ils doivent posséder un élevage de canetons. Ce sang-neuf la rendrait presque envieuse. Elle se saisit d'un coutelas, esseulé, parmi les plats abondants. Pose sa main sur la table jouxtant le mur de la taverne, écarte les doigts et le regarde.

    Connais-tu le jeu du couteau ? On se fait une partie ? Interdiction de tricher...

    Dit-elle en désignant de la pointe de la lame la main estropiée. Ceci lui fera passer le temps. Va-t-elle débuter quand un vieillard à la peau ébène, craquelée et affligée d'une cicatrice délavée s'approche. L'homme lui murmure quelques mots, elle retire sa bourse jonchant sa taille et lui offre. En échange d'un chariot branlant, stationné à deux pas. Catins et souffre-douleurs venaient d'être livrés. De quoi faire plaisir aux insatiables. Les poitrines dénudées portent l'ultime argument de la luxure face à la bienséance qui vient de perdre le débat. Son regard se délecte du spectacle tandis qu'un peu plus loin les premières paluches tâtent la marchandise. La mustélide se retourne vers le Pique, pour reprendre la discussion.

    Le couteau ou les ribaudes ? Dans les deux cas, tu te brûleras les doigts.


*Bonjour ma sœur.
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Theo_l_arsouille
    Ambiance de fête face à cette taverne du « sans nom » face à laquelle se mêlent bien des visages plus différents les uns que les autres. Ainsi, le jeunot observe, bras croisés et silencieux, toujours adossé au mur de la bâtisse et pourtant, déjà une envie se fait sentir. Elle monte en lui comme un gaz qui aurait été retenu pour enfin se décider à passer par un tout autre trou.
    Cette envie qu’il peine à maitriser… Cette bouteille ramenée comme un présent, certes choses bien peu habituelle et pourtant l’Arsouille lui préférait faire bonne figure face à ces quelques collègues du métier. Ainsi, il sait au fond de lui qu’il devra tout aussi bien se montrer méfiant mais aussi prendre gardes à ses faits et gestes tout comme à ses dires.

    Ne pas éveiller une guerre qui n’avait pas lieu d’être et au contraire, pourquoi ne pas s’attirer la sympathie d’une donzelle à qui il pourrait emplir le gosier de divers breuvages, ceci dans le seul but de lui faire perdre ses moyens. Ajoutez à ceci de délicieuses paroles parfaitement maitrisées, un soupçon de regard qui en dit long et vous voici avec le mélange parfait qui vous permettra de vous retrouver le visage entre les cuisses d’une parfaite innocente.
    Mais le voici qu’il se perd dans ses pensées, salive presque à la lèvre alors qu’une inconnue ne tarde déjà pas à s’approcher de lui. Le grand jeu et en vitesse si possible, sourire carnassier, regard plongé dans le sien et…

    - « Pour vous servir oui. »

    Avait-il dit dans un hochement de tête. L’Arsouille, sans nul doute sa toute première gratifications de la part du Merlot ou du Bossuet quoi que ces deux noms nous mènent tous finalement à celui du poète. Un surnom qu’il affectionne plus que tout désormais mais ce n’est qu’un simple détail après tout.
    Ainsi donc il observe, ne sachant toujours pas exactement à qui il s’adressait. Pourtant, cette délicieuse inconnue redoublait d’assurance, une Corleone sans nul doute.

    Et justement, son petit doigt manquant et pourrissant dans la besace de Grayne lui criait qu’il pourrait bien les rencontrer de nouveau d’ici quelques temps. Un jeu, un couteau ? Tout est très simple en réalité mais comment devait-il prendre ceci… Tenter le tout pour le tout et prendre le risque de lui arracher un doigt.
    Regard porté sur sa main au petit doigt manquant, sourire prolongé au maximum puis c’est après un léger pouffement qu’il reprit.

    - « Tant que ce n’est pas l’édentée qui tient la lame, ce jeu ne devrait représenter aucun danger. »

    L’édentée ou Grayne, une nouvelle fois les appellations sont différentes mais ramènent toutes à la seule et unique personne. Car c’est bien vrai, mais c’est la dite Grayne qui aura eu l’occasion mais aussi la joie de pouvoir arracher un bout au jeunot. Un soir en taverne, un mariage à l’arrache, quelques godets de trop et un doigt qui vole. Et pourtant l’Arsouille lui le voit comme une toute nouvelle gratification.

    C’est désormais un Pique, digne de ce nom et il fera tout pour prouver sa jute valeur auprès de ses nouveaux camarades mais aussi collègues. Vivre à Brissel est devenue chose habituelle désormais, les règles en sont bien trop simples. Voler les voleurs et ne pas se faire voler par ces même voleurs, cacher son butin, éviter les coups pour mieux les distribuer et surtout, boire encore et encore jusqu’à ce que le jour se lève pour entamer une nouvelle journée pleine de larcins et d’aventures dans la ville de Paris et ses environs.

    - « Ma foi pour le couteau, j’ai déjà donné et je trouve les ribaudes bien trop… Peu amusantes pour moi si bien il est aisé de se les approprier pour le temps d’une nuit ! »

    Mais en voici une façon de s’exprimer, serait-ce le poète qui aurait eu de l’effet sur lui au point tel qu’il en viendrait à utiliser certaines tournures de phrase. Pour tout avouer, son état sobre du moment lui permettait de se tenir tout à fait correctement en ce même instant.
    Allons l’Arsouille, montre lui que tu es heureux de pouvoir participer à un tel événement mais prends garde à ne pas en faire trop, tu pourrais le regretter.

    C’est donc sans même prévenir et surtout sans faillir qu’il se saisit d’une autre lame dans le bas de son dos, le genre de couteau discret au manche recouvert de crasse et à la lame rougeâtre de sang séché dont on ne pourrait pas deviner la provenance. Silence, on tourne, ralentit sur image. Lame qui pourrait venir se planter dans un œil ou dans une gorge et pourtant. Un bruit, un seul, celui du métal rencontrant le bois de la tablée à ses cotés.
    Lame fragile tout juste plantée entre deux des doigts de celle qui avait voulu jouer. Mais pour tout avouer, le jeunot lui flippait comme jamais, la sueur aux bras et à la nuque et pourtant, son regard inquiet pouvait désormais affirmer qu’elle n’était pas blessée. C’était un risque à prendre et bien heureusement pour lui, l’action aura été non volontairement maitrisée avec succès.

    - « Mais je pense choisir pour le moment un bon godet emplit de vin ! »

    Il rit, quelques courtes secondes avant de reprendre sa position initiale, adossé au mur du « sans nom », fixant l’inconnue droit dans les yeux. Il semblerait que cette petite fête soit dors et déjà à son goût…

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Rodrielle
Elle était quelque peu en retard. Mais c'était fait exprès. Déjà qu'elle n'aimait pas les mariages, mais celui de deux donzelles de la famille n'arrangeait en rien la situation. Seuls les enfants étaient ravis, courant de partout dans leur chambre à l'auberge des 5 sens pour pouvoir partir voir Laell et Enjoy le plus tôt possible. Elle les avait habillé, plus ou moins bien, embrassé et les avait laissé partir devant sans se soucier de les voir seuls, à leur âge, dans les rues de la Cour. A présent, chacun savait qu'ils étaient Corleone et que personne ne devait les toucher... Lili et Maledic ne craignaient rien. Rodrielle décida de partir plus tard, après avoir tergiversé avec Fralis sur l'intérêt de sa présence... "T'es censée représentée la famille, Rod', faut que t'y sois". Ouais...

L'idée de voir Laell et Enjoy se marier l'agaçait. Non par par rapport à leur relation hérétique - après tout, n'avait-elle pas terminée dans les bras d'Eliane après une soirée dans l'Opium et le Vin ? - dont elle se fichait complètement, mais surtout par rapport à ces sentiments qui allaient forcément jouer sur elles un jour ou l'autre. Déjà Laell, pleine d'amour pour la brune sulfureuse, était prête à laisser la famille pour partir avec son âme-soeur... Qu'allait-elle pouvoir faire maintenant qu'elles étaient mariées ? Tout ce qu'elle souhaitait, c'est que son bras droit ne se ramollisse pas et ne prenne pas ses décisions à cause des sentiments. Elle n'en démordra jamais : l'Amour est la fin de leur métier.

Pour autant, elle fit les quelques pâtés de maison qui séparaient l'auberge des 5 sens à la "Sans Nom". L'italienne parcourait les rues crainte, la tête bien haute et le sourire en coin. Elle aimait être ici. Seule ou pas, la Cour resterait toujours son "chez elle", pas trop loin de Sadnezz et pas trop loin des moments les plus sombres de sa vie. Elle n'avait pas vraiment fait d'effort vestimentaire ; une robe rouge bordeaux, fendue jusqu'à hauteur du genou, était la seule qui lui restait dans sa chambre à l'auberge. Ses cheveux étaient attachés en chignon, laissant quelques mèches tombées sur son visage plutôt pâle. Elle n'était pas en forme, ces derniers temps, et malgré ses efforts pour garder contenance, la couleur de sa peau et les rides évoluaient.

La Tatouée poussa enfin la porte de la "Sans Nom". Dans toute sa splendeur ("flattez-moi monseigneur"*), elle regarda qui était déjà là. Beaucoup de monde. Connu, plus ou moins. L'Italienne grimaça en voyant Lanceline, croisée à un précédent mariage - encore - et qu'elle avait toujours envie de cogner à leur actuelle. Son regard se posa d'ailleurs instinctivement sur Lili qui, lors de cette réception, avait été la cible de la Balafrée pour en connaître plus sur la Belladone. Mais l'Etoile était avec son petit frère à embêter Enjoy... Parfait. Il était bien d'ailleurs, ce petit ! Il avait tout compris : il passait le plus clair de son temps avec ses cousines et ne manquait pas de leur faire comprendre ce qu'était un VRAI Corleone : chiant, omniprésent, une mauvaise herbe imperturbable. Suite des invités... Les habituels de la Famiglia, avec qui elle partageait sa vie depuis des mois, La Vitalis à qui elle sourit, Kyl' à qui elle fit un clin d'oeil complice, la Somptueuse Baile (que Sad' avait bon goût !), des inconnus encore, et puis Killi.

Hein ? L'italienne regarda à deux fois et sourit. Leur histoire avait était assez longue, à y repenser, et avait pu finir relativement bien s'il n'y avait pas eu... le reste. Une histoire qu'elle avait préféré oublié en ne lui donnant plus de nouvelles, préférant garder contact avec sa jeune fille, Atthénaïs, plutôt qu'avec lui. Mais le revoir, ici, lui faisait plaisir. Surtout dans un tel endroit. Alors, après avoir salué la Famiglia et les deux "reines" de la soirée, la Tatouée se dirigea vers le Denere. Une fois à sa hauteur, elle s'appuya sur le même mur, provocante, féline.

Allora, on s'est perdu chez les Damnés ?

Comme s'ils ne s'étaient jamais perdus de vue. L'italienne jeta un regard au reste de la troupe. Tous aussi amochés les uns que les autres, à leur manière. Une belle équipe de fous, de vicieux, de sanguins. Une Famille que, finalement, elle aimait. Pour son éclectisme. Un sourire presque-tendre se dessina sur son visage en les regardant... Laell, 'Joy, Maledic, Lili, Sarah, Amalio, Jeni, Arnan, Mira, et les autres... Toujours les mêmes. Soudés quoiqu'ils disent. Et cette union allait surement les rapprocher encore plus, même si la Tatouée ne voulait pas encore l'admettre.

Viva la Famiglia !
Manquerait plus que des pizzas²




*la folie des grandeurs
² pour la rime
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