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[RP] Journal d'une louve exotique

Domenika


[ Aubin ]

Le jeune homme venait de poignarder Exaël avec une lame empoisonnée. Il restait prostré contre le mur, acculé par deux loups, tandis que Kem, qu'il pensait morte, était là devant lui, paniquée à l'idée de perdre son compagnon...
Il s'attendait à être puni pour sa grande erreur, peut etre devrait-il passer son épée lui même en travers de son corps. Mais le brun s'éveilla, sauvé par sa belle, qui pleurait sur son épaule... Exa fit asseoir les loups et demanda au jeune demi frère de Kem de s'expliquer...

    Les jours s'écoulaient paisiblement au domaine. Le petit Aubin aimait à suivre Kem, qu'il surnommait Hanako, partout où elle allait. Mais depuis quelque temps, on la forçait à suivre les cours d'un précepteur.... Elle devait se marier avec un vieil oncle de son tuteur, afin de s'approprier son héritage... Mais la petite fille se sauvait, avec le petit Ael, et revenait souvent les genoux écorchés, le kimono sale et déchiré, au grand dam de leur nourrice. Aubin était jaloux du petit Ael, compagnon privilégié des jeux -et des bêtises - de la fillette. Kem adorait Aubin, mais il était trop petit pour la suivre dans ses aventures.

    Un jour, Ael et Kem se sauvèrent. Tout le monde les cherchait,et ils furent attrapés. Le terrible père d'Ael lui administra une correction exemplaire, visant à endurcir le petit garçon au coeur tendre...
    Kem fut mariée au vieil oncle durant deux longues années. Mais un jour, elle fut répudiée, elle était trop jeune pour donner un enfant au vieux, mais ce dernier croyait qu'elle le défiait par un pouvoir. Il essaya de la soumettre par divers moyen: coups, sévices, faim, enfermement, mais il se sentit humilié et la renvoya à ses frères. Aubin était content de revoir sa grande soeur, même si elle riait moins souvent, et qu'une lueur triste brillait dans ses yeux noirs. Il la serrait dans ses bras, lui montrait ses progrès en calligraphie, au sabre et au kyudo, voulait l'emmener partout de peut qu'elle ne disparaisse à nouveau.

    Un matin, elle reçut une simple lettre, contenant un bracelet avec une tête de loup. Un grand sourire se dessina sur son visage.
    C'est Ael! Je vais m'enfuir avec lui loin d'ici!
    Non! C'est dangereux je veux venir avec toi! Je serai triste sans toi...
    Ça va aller, Aubin... Il me protègera! Tu feras un brave guerrier, tu sais, je suis fière de toi!
    Je ne peux rester ici, sinon ils m'enfermeront.Je ne leur sers à rien, je suis stérile. C 'est une honte pour eux. Sans compter l'héritage....

    Elle le serra dans ses bras et prépara un baluchon. Le message disait: quai , bateau aux voiles noires. Aubin la suivit de loin, tenaillé par une angoisse sourde, redoutant la catastrophe... Et il vit sa soeur s'approcher du bateau, se faire piéger et assommer par ses grands frères. Puis le père d'Ael donna une bourse d'or au frère ainé. Aubin bouillait de rage, sa soeur a été vendue, mais pire encore, trahie par son ami...

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Domenika


[ Aubin, partie II ]

Aubin adorait sa sœur, il se souvint d'elle, jeune fille, souriant, dansant joyeusement sous les cerisiers en fleur. Elle avait toujours été bonne avec lui... les souvenirs déferlaient encore dans son esprit, il voyait sa vie défiler devant ses yeux. Car pour lui, une telle faute méritait la mort...

    Et le jeune Aubin avait vu sa sœur partir vers son destin, dans les cales de ce grand bateau aux voiles noires, aux mains de la griffe, le père d'Ael. Cet odieux personnage, cet odieux fils, qui avait contribué à piéger sa chère Hanako, celle dont il aimait tant les histoires qu'elle lui racontait, étant enfant, celle qui s'était occupée de lui, puisque sa mère était morte à sa naissance, au bout de son sang. Il vouait sans son cœur une haine envers ceux qui lui avaient ravi sa sœur... Ses grands frères, qui l'avaient vendue, Magnus, et surtout Ael, celui qui a trahit. Il savait que sa sœur l'aimait de tout son cœur, et qu'elle espérait toujours s'enfuir avec lui. C'était dans ses yeux lorsqu'il lui rendait visite chez son époux. Elle lui avait confié à mot couverts les moqueries des autres femmes, plus rouées qu'elle, plus malignes, qui avaient su donner un enfant au vieux. Elles savaient que le vieux avait le vit sec et stérile, ce que Kem avait toujours ignoré. Alors, sa sœur avait préféré la mort de l'âme, lente et douloureuse, priant pour sa stérilité précipite son renvoi. Ça avait été plus long que prévu... Et Aubin avait été si heureux de revoir sa sœur libre, souriante, riant, comme avant, avec juste un soupçon de douleur dans ses yeux noirs... qui s'étaient éclairés lorsqu'elle avait reçu la missive d'Ael. Quelques mots malhabiles et un bracelet avec une tête de loup... Personne n'avait su que le petit garçon s'était enfui il y a quelques lunes déjà, à moitié fou, des caves où son père le battait et le forçait à se battre.

    Aubin sut garder en lui toute cette haine. Envers ses grands frères tout d'abord, qui riaient de leur bonne fortune, ayant récupéré l'héritage. En entendant les récits des femmes forcées par le groupe de mercenaires, il frémit, il savait que la vie de sa sœur était condamnée à brève échéance. Ainsi, il s'entraîna, patiemment, pour devenir fort comme un ours, silencieux, hypocrite et rusé comme une panthère. Après de nombreuses années d'entraînement, il était devenu un guerrier réputé très habile, mais silencieux et taciturne. Ses frères se moquaient de lui, car il ne prenait pas de femmes. Ils le traitaient de fillette, de fot-en-cul, lui envoyaient des catins, toutes renvoyées courtoisement.

    Le jour de la vengeance sonna. Mais aubin, le guerrier, agit en toute prudence... Il passait pour un imbécile qui se cachait derrière ses muscles, un homme simplet qui parlait peu. Mais la vengeance était en marche, il avait tissé sa toile patiemment, payé et soudoyé des gardes, des caméristes, des cuisiniers, des marchands, des petites gens s'occupant du nettoyage. Plus de la moitié du palais, sans le savoir, suivait ses directives, ses suggestions simples et habiles, ses conseils, lui donnaient des renseignement, toujours par personnes interposées. Chaque frère tomba gravement malade, d'une maladie que personne n'expliquait. Personne n'imaginait que sans le savoir, le cuisinier utilisait à la place d'une herbe aromatique un plante toxique... Les médecins s'acharnèrent sur eux, pratiquaient des saignées pour extirper le mal, chacun se contredisant, administrant diverses potions, filtres, aux effets dévastateurs... Ils s'affaiblirent, puis moururent, les uns après les autres. Leur mort n'était pas de son fait pensait-il, mais de celle de ces médecins incompétents, plus meurtriers qu'une armée!

    Puis chose faite, il se mit en route, à la recherche de ceux qui avaient ravi et tué sa sœur. Il suivit leurs traces, c'était assez simple puisqu'ils avaient semé la mort et la destruction sur leur passage, mais leur trace se perdit dans ce royaume d'occident. Ils s'étaient dispersés, avaient été tués. Il découvrit le cadavre à la cour des miracles de Magnus. Cet homme n'avait eu que ce qu'il méritait, mais il était déçu de n'avoir pu venger sa sœur. Mais aucune trace du fils, de cet Ael, ce traitre! Il chercha longtemps, et découvrit la piste d'un certain Exael... Comme son père, coureur de jupons, dangereux, violent, brigand selon certaines rumeurs, en Bretagne. Il semblait s'être assagi selon d'autres rumeurs... Mais Aubin ne trouverait le repos que lorsque Kem, qu'il surnommait affectueusement Hanako, sa chère sœur, serait vengée!

    Aussi, il retrouva l'homme, l'épia longuement. Il choisi l'arme pour le tuer, l'enduisit de poison. Il avait remarqué qu'il vivait avec une femme enceinte. Pour combien de temps avant de se lasser et partir à la conquête d'un autre cœur? Il n'avait aucun scrupule. Le femme serait dédommagée, elle serait mieux à vivre seule qu'avec ce monstre. Il s'approcha, silencieux, évitant les loups. Puis il frappa!


Mais pourquoi!??

Sa sœur était bien vivante, devant lui et pleurait, car l'homme qu'elle aimait avait été en danger de mort. Mais elle avait réussi à le sauver, et il étaient dans les bras l'un de l'autre. Il ne pouvait nier l'amour, la passion qui les unissait. Mais il serra les lèvres, mécontent. Elle se leurrait, c'était évident! Il l'avait sous son emprise! D'ailleurs, les cicatrices sur son dos le prouvaient: elle avait été cruellement battue et fouettée. Il l'avait trahie! Vendue! Battue, sûrement violée, était-elle aveugle?

Hanako ... Mais il t'a trahie! Souviens toi du message, et du bracelet! Cet homme t'a trahi! Tu dois t'en détacher!

Tu te trompes, mon frère... Il n'a jamais été à bord de ce bateau. Et ... c'est lui qui m'a aidée à me libérer de Magnus et de la griffe. C'était un piège grossier, fomenté par nos frères...

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Domenika


[ A l'heure du voyage ... ]

Il est temps, il est temps enfin de partir, respirer un peu le grand air et tenter l'aventure! Certains sont tristes, pourtant, ce n'est pas définitif... Ils nous oublieront avec le temps. Arthus nous a souhaité bon voyage, de bien faire attention à nous. Nous ferons attention, surtout avec le petit être que je porte en moi, et qui remue! Cette vie m'arrache un sourire plein de tendresse... Exa a supporté ma mauvaise humeur, mais là, je me sens mieux. La perspective du départ, le fait que l'enfant soit bien accroché, car on dit toujours qu'en deçà de trois lunes, il faut s'attendre à ce qu'il se décroche... C'est la vie ...
Je suis heureuse, simplement. Hier, j'ai étalé mon bonheur devant d'autres en taverne, dont la diaconesse. Elle fit la moue, ayant l'air de douter encore que ce soit sérieux pour Exa. En grattant un peu, elle m'annonça qu'elle avait déjà connu Exael en pareille situation. Je fronçais les sourcils... Il n'avait jamais engrossé de femmes jusqu'ici, il me l'aurait dit sinon! Elle me parla de sa filleule, qui depuis, refusait de lui rendre visite si Exa était dans les parages. Etrange histoire, inventée pour me faire peur?
Je questionnais Exa, par curiosité. Je ne doutais pas de lui, voulant connaître le fin mot de l'histoire. Cette femme portait l'enfant d'Arthus, pas d'Exa. Ce dernier a été embrassé, par défi, alors qu'il était en couple avec Iseult. Un pari stupide, il ne voulait pas faire soigner son ergotisme, et déclara, avec son humour habituel, qu'il n'irait se faire soigner dans son dispensaire que si elle l'embrassait... ce qu'elle a fait. Qu'elle ait cru qu'Exa ait craqué pour elle, c'est fort possible. Nombreuses sont celles qui ont succombé à son charme. Qu'il l'ait charmé, par jeu, c'est fort possible, mais sachant qu'il était avec sa meilleure amie Iseult, n'est-elle pas en tort? Et faire porter le chapeau de sa propre honte aux autres...
Et ce qui n'est pas mieux, c'est cette folle qui confond l'histoire, visiblement. Je me doutais que cette histoire sentait le souffre, mélange de délation et de diffamation. Mais cette femme est coutumière du fait, visiblement. Bis cherche toujours un noble assez couillu pour la traîner dans un tribunal. Comme tous les nobliauds se serrent les coudes, là bas, tous de la même famille, aucune n'ose s'élever contre un autre. La seule qui ne semble pas profiter de sa position pour écraser les autres est celle qu'on va accompagner... Noble, au parler et au langage noble, respectueuse des traditions, mais aussi des gens. Elle est de ceux dont la noblesse transparait dans les gestes et les paroles, même si elle me demande de l'appeler simplement par son prénom... Pas comme l'autre, visiblement, grenouille de bénitier en face, langue de vipère menteuse derrière, et je déteste les gens à qui on ne peut pas se fier, qui enduisent leurs mensonges d'assez de vérité pour qu'on ne puisse pas les prendre en faute, et peut être douter de ceux qu'on aime! Mais je ne doute pas d'Exael. Nous nous connaissons depuis l'enfance... On s'était perdus de vue, mais au fond de lui, il n'a jamais oublié sa princesse...

Je me souviens de notre rencontre, à Tours, lorsqu'il m'a retrouvée, adultes. Oui, il m'a charmée, par jeu, mais je n'ai pas cédé, pas tout de suite, je lui ai rendu la monnaie de sa pièce. Il me plaisait, il le savait, cela lui suffisait, et je l'ai charmé aussi, par jeu. Nous nous ressemblons plus qu'on ne le pense. Évidemment, j'ai fini par craquer, mais lui aussi. Il avait rompu avec la gitane, leur relation passionnée et destructrice, si tumultueuse... mais pas moins vraie pour autant. Mais au final, nous avons cédé, cédé à l'amour et à la passion.
Une passion dévorante, l'impression de vivre enfin, de respirer! Croire à nouveau, respirer, Une renaissance, pour moi.

Et il ferait tout pour moi. Il l'a déjà fait. Il m'a sauvé la vie, au péril de la sienne et de sa santé mentale, il m'offre son corps, son cœur et un enfant, notre enfant. Il m'a trouvé une amie avec qui correspondre, Mary... J'ai confiance, malgré la réputation qu'il traîne, qui n'en a pas souffert? Il sait qui je suis, je sais qui il est. Il aime plaire, je le comprends, moi aussi d'ailleurs. La jalousie est elle un défaut? Pas à mes yeux, car c'est la preuve de mon amour, tant que je ne l'enferme pas dans une boîte, l'interdisant de parler aux autres femmes, de voir ses amies... Et je sais que lui aussi serait jaloux, à ma place... D'ailleurs, la blague de Noah, il ne l'a pas trop aimée. Lui dire que Hafgan m'a prise sur ses genoux, c'est grossier comme ficelle, mais il n'a pas aimé. Rien que l'image, je pense, comme moi, si on me dit qu'il aurait eu Iseult sur les genoux...


Loud Like Love*, Placebo
* bruyant comme l'est l'amour

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Domenika


[ A qui la faute?]



When your day is long and the night,
Quand ta journée est longue et la nuit,
The night is yours alone,
La nuit appartient à ta solitude
Don't let yourself go,
Ne te laisse pas aller,
Everybody cries and everybody hurts sometimes.
Tout le monde pleure et tout le monde souffre parfois.

Sometimes everything is wrong.
Parfois tout va mal.
When your day is night alone,
Quand ta journée est une nuit de solitude,
If you feel like letting go,
Quand tu as envie de baisser les bras,
Hold on
Accroche toi

Everybody hurts.
Tout le monde souffre.
Take comfort in your friends.
Trouve du réconfort auprès de tes amis
If you feel like you're alone,
Si tu as l'impression d'être seul,
No, no, no, you are not alone
Non, non, non, tu n'es pas seul

Le voyage commence, je m'en faisais une fête. Retrouver Exa, sur la route, l'aventure, ne pas savoir où aller... Oublier le pigeonnier à moitié vide, oublier que je suis remplaçable pour la plupart. Chacun sur sa monture, nous avançons. Il reçoit en route un message sur la pattes d'un oiseau qu'il me semble reconnaître comme étant celui de la Sulfureuse, son amie. Je m'interroge, comme toujours, sur son contenu, mais je sais qu'il s'en ouvrira -ou pas- au moment opportun. Il n'a pas l'air en colère, ni triste, mais songeur. Je le vis attraper un vélin et répondre aussitôt. L'amitié est chose précieuse, pensais-je, soigne la.



A mon tour, je reçois un long courrier. Mary? Ma fille, enfin? Elle m'écrit de moins en moins. Je reconnais le cachet, aux armes des Harscouët. Je lis la missive, me rembrunit au fur et à mesure. Je commence à comprendre pourquoi elle ne donnait que peu de nouvelles à sa mère. En vrac, je lis les mots, deux me sautent aux yeux. Malade, et honte. Ma fille est souffrante, son état est préoccupant. Après avoir été une énième fois chahutée en taverne, par son propre oncle, elle se serait promenée longtemps sous la pluie, noyant son chagrin. Et aurait attrapé froid...

Chahutée, car elle est ma fille. De mon sang, qu'elle est brunr aux yeux foncés et légèrement bridés. Qu'elle aurait préféré être la fille de la douce et blonde Xhéna, la fiancé de son père. Ils mettent en doute la paternité malgré le papier de l'inquisition. Quand on est amis avec l'inquisition, comment voulez vous que les autres ne doutent pas des jugements de ladite inquisition? Ma fille ne m'a rien dit, dans ses précédentes et courtes lettres. Se sentait-elle obligée de répondre? Je commence à m'en persuader. En tout cas, d'après le vélin, elle n'a pas envie de se battre.



Qu'aurai je dû faire? Ne pas la laisser à son père? Je n'avais pas le choix autre que suivre le jugement. Exaël avait été réprobateur. J'aurai du me battre, la garder. Et ce qui fait le plus mal c'est la honte d'etre de mon sang, idée qui transparait dans le courrier de son père. La honte d'être la fille d'une aventurière, d'une femme infidèle? Je n'ai pas été infidèle, quoiqu'on en dise. En pensées, oui, mais pas en actes.



J'essuie une larme et range le vélin dans ma besace, chasse l'oiseau de malheur. Pas de réponse, pas maintenant. Je caresse mon ventre, un autre enfant. Aura-t-il honte lui aussi? Saurais-je l'élever? Exaël ne regrettera t-il pas de devoir traîner un boulet avec lui? Car un enfant, quoiqu'on en dise, peut perturber bien des plans, et entraver une liberté chère à un coeur. Et ça, je ne le désire point. C'est mon coeur de mère brisé, taciturne, que je me prépare pour la nuit... J'aurai aimé en parler, mais les mots me restent en travers de la gorge. On parle de tout et de rien, de Malone et sa manie de mettre l'huile sur le feu, bienheureuse de prendre quelqu'un en faute pour une broutille, remise à sa place par le nouveau maire. Je trouve étrange d'être aussi vindicative et hargneuse envers une personne. Dans quel but? Heureusement, tous ne sont pas aussi fielleux à La Trémouille. Et la nuit tombe, je regarde les braises rougeoyer, je garde mes doutes et ma tristesse en moi....


REM ; everybody hurts

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Domenika


[29 novembre 1461]

Les préparatifs n'en finissent plus... Cela s'éternise. Je m'entraîne à l'épée, pour ne pas perdre la main. Quelques moulinets, des parades. Il faut que mes coups soient forts et précis, si je dois protéger sa grandeur. Exael est réprobateur, il s'inquiète pour ma sécurité et celle du bébé. Je ne me mettrais pas en danger, mais en cas de bataille rangée, il vaut mieux avoir le bras fort, précis et habile. Fasse le ciel que je n'ai point à m'en servir!
J'ai eu le temps de voir le forgeron. J'ai commandé une cotte de maille très spéciale, doublée au niveau du giron. Bien cachée sous ma houppelande, elle pèse à peu près trois tonnes, et fait un bruit de quincaillerie lorsque je bouge. Tsuki est elle aussi protégée, mais je compte sur Exa pour ne pas me mettre en danger. De toute façonw il est hors de questions de rester en arrière, c'est non négociable. Oane semble possédée, et je crois être la seule à comprendre ce que ça implique.

J'observe mon ange s'entraîner, lui aussi, avec un sourire. Il s'extasie en sentant son enfant bouger... Si plein de vie, déjà. Il lui parle...
La veille, nous avons passé notre soirée rien qu'à deux. Rien, rien n'est aussi fort que ce qui nous uni. Je défaille chaque fois qu'il m'embrasse ou me frôle les reins de ses mains.... Une chanson fredonnée à son oreille, alors que nous nous enlaçons tendrement....

J'ai lancé des pierres dans le calme plat
Je n'avais rien à faire que des ronds du rivage
Et pour la vie entière je le savais déjà
sans connaître ni ton nom ni ton visage....

Je pouvais compter sur toi,
compter sur toi
Je marchais dans les flaques en claquant des semelles
tu étais mon arc accroché dans le ciel

Je pourrais compter sur toi,
compter sur toi
Alors je glissais
comme les cailloux sur l'eau claire
lancés des bords des rivières
Je tombais
comme les cailloux dans les airs
Mais certain de mon avenir
car j'allais tomber sur toi
Sans arrêter de me dire
que j'allais tomber sur toi

Assis près de l'eau
n'ayant rien d'autre à faire
j'avais su très tôt que
pour la vie entière
sans connaître ni ton nom
ni ton visage

Je pouvais compter sur toi,
compter sur toi

Alors je glissais
comme les cailloux sur l'eau claire
lancés des bords des rivières
Je tombais
comme les cailloux dans les airs
Mais certain de mon avenir
car j'allais tomber sur toi

Alors je glissais
comme les cailloux sur l'eau claire
lancés des bords des rivières
Je tombais
comme les cailloux dans les airs
Mais certain de mon avenir
car j'allais tomber sur toi
Sans arrêter de me dire,
que j'allais tomber sur toi....



les innocents, les cailloux]
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Domenika


[ Cauchemars ]

La route des rêves se fait parfois impérieuse. Kem essayait sa cotte de mailles renforcées, lorsque la lassitude se fit sentir. Elle monta à l'auberge, se posa sur le lit, dans la chambre. Et s'endormit immédiatement. Happée...

    ... par le brouillard si caractéristique des rêves réels, comme le disait parfois Akira, dont elle n'avait plus de nouvelles. Pourquoi pensait-elle à lui? Non, c'était lui qui s'imposait à elle, qui l'appelait. Le faucon pèlerin se posa sur son épaule et le brouillard se dissipa. Il lui montra un homme, qui faisait des ricochets dans l'eau. Un pli soucieux barrait son front. Elle tiqua. Il lui montrait un tout autre visage lorsqu'il était avec elle. C'était vexant. Comme si elle était une enfant capricieuse. Ne lui faisait-il pas confiance? Avait-il essayé de lui dire? Non.

    Pourquoi, Akira? Pourquoi me montrer ça?

    Le faucon regarda la biche, qui saignait. Elle le sentit apaisant, mais il lui imposa une vision. Une femme garnie de maille, gisant dans son sang . Et pleurant la perte de son enfant. Un homme furieux contre lui même, perdant la vie en vengeant cette perte. C'est ce qu'il craint, comprit-elle. Pourquoi ne pas parler?

    Pourquoi ne rien me dire?

    L'oiseau s'envola, sans rien dire. La réponse était sous ses yeux. Renoncer, suivre de loin. Ne pas s'exposer. Mais elle avait mal. Pas de franchise, signifiait pas de confiance à ses yeux. Une larme violette coula de ses yeux. Une larme de sang... Elle accepterait de ne pas s'exposer. À suivre de loin. Mais il préférait montrer une facade enjouée... Fausse.


Elle s'éveilla, sans aucune joie. Soen' , couché, la veillait d'un oeil. Elle afficha un rictus amusé. Elle considéra sa cotte de maille, et son épée. Et sa cicatrice sur la paume, promesse de ne jamais plus se séparer. La fureur la submergea, elle attrapa le broc de terre cuite et le brisa contre le mur. La chaise suivit le même destin. Mais sa rage n'était pas épuisée. Elle s'effrondra en larmes, hésitant entre colère sourde et tristesse profonde. Devait-elle le laisser partir, la laisser seule à La Trémouille? Une partie d'elle mourrait loin de lui. Elle dépérissait déjà de savoir qu'il ne lui faisait pas confiance au point de lui confier ses peurs, ses angoisses. Elle qui pensait qu'ils s'aimaient d'un amour fusionnel, qu'il y avait assez de confiance pour qu'il lui dise tout. S'était-elle trompée?
Elle ne sortit pas de la chambre. Elle renvoya les repas, l'appétit coupé. Et si tout était mensonge?.

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Domenika


[ J'ai pensé que j'irai bien plus loin ... ]

Un à un, la jeune femme ramassa les débris, s'accroupissant autant que son ventre lui permettait. Il commençait à se voir, à gêner. Une drôle de sensation, elle se demandait encore si c'était bien une partie de son corps à elle, et non un vêtement roulé en boule en dessous de sa houppelande. La colère ne servait à rien. Cette vision la mettait en garde contre un sentiment d'invincibilité qui l'habitait... Elle devait penser pour deux, et même pour trois. Elle caressa la tête de Soen', envoyé là pour veiller sur elle. Elle devait le voir, le rassurer, le serrer dans ses bras. Le rassurer. Jamais elle ne se mettrait en danger, elle ne voulait pas perdre ce petit être, pas une deuxième fois. Si jamais elle le perdait, c'était comme perdre Exael, c'était mourir. Elle ne s'en remettrait pas... Elle pensait, à tort, qu'elle irait bien plus loin ainsi. Pour se donner du courage, elle entretenait sa rage, et voulait en faire un blindage... du ciment sur la plage. Elle s'était réveillée ainsi, serrant les dents, nuit et jour... une chanson d'amour lui restait sur le cœur. En son for intérieur, à jamais, elle erre et elle entend, le vent sourd d'une chanson d'amour, qui la ronge en douceur...

Oui, elle pensait qu'elle irait bien plus loin ... en tapant du poing.
Une bien belle erreur. Il fallait parler, dire les choses, rassurer.


Les innocents, en tapant du poing

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Domenika


[ 8 décembre 1461]

Cher journal,

Les jours se suivent et se ressemblent. Petit à petit, je me replie sur moi même, moi, et le petit qui grandit dans mon ventre, qui bouge, qui remue, plein de vie. Peu de messages des autres, Mary ne répond plus, encore une petite déception ... Dommage... Je n'ai plus envie de relancer. J'ai cherché longtemps le cadeau pour l'anniversaire d'Exa. Et j'ai trouvé, un petit caillou d'aspect banal, tout gris, tout bête. Le marchand en demandait une fortune, j'ai bien cru qu'il voulait m'arnaquer... mais une fois brisé en deux, il renfermait un cœur jaune entièrement cristallisé. Une géode, d'après ce qu'il me dit, c'est très rare, et j'ai trouvé ça joli. Comme une flamme prise dans les glaces! Il en existait en couleur violette, en améthyste, mais la dorée est bien plus rare. Je lui ai fait le petit paquet à son intention, et je l'ai déposé près de lui. Je le vois peu ces temps ci, il s'éloigne, et plus j'essaye de me rapprocher, plus il semble fuir. Je pense que ne pas savoir quoi faire après, la naissance de l'enfant, nous protéger, doit le ronger.
Je me sens seule et froide, je sais que ça passera. Je m'éloigne, il ne le sent même pas. Il s'éloigne, lui aussi, pris par ses affaires. Je me sens transparente, je me replie, moi, juste moi et le petit à naître...

Je m'approche de la fenêtre, observe le ciel. La nuit est vite tombée, plongeant la ville et la chambre dans la pénombre. Le bébé remue, remue, comme pour me dire : je suis là, je suis là, moi! N'abandonne pas! Cela m'arrache un petit, un tout petit sourire. Un petit oiseau que je ne connais pas tapote à la fenêtre. Je ne sais pas de qui cela provient. A la patte, non pas un mot, mais un dessin, une aquarelle. Un coucher de soleil au bord de la mer. Je ne sais de qui cela vient, mais une jolie vision, si jolie, qu'elle me redonne contenance l'espace de cinq minutes. Quelqu'un m'a envoyé une jolie petite aquarelle. Un jour, je saurai qui c'est, peut être... A moins que je ne me fasse des illusions, encore des illusions. Non. Le bébé remue, ce n'est pas une illusion. Je plie et replie l'aquarelle, je le place au fond de ma besace, il me redonne énergie lorsque je le regarde... La force de tenir, un pied devant l'autre donnant un pas, chaque inspiration, chaque seconde qui s'écoule et s'étire en longueur comme de la poix. Une noirceur dans l'âme, comme un poison, quelque chose qui grandit, derrière la façade de sourire. Pourquoi, alors que j'ai tout pour moi? Je ne sais...

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Domenika


La jeune femme était entrée dans la boutique pour des essayages, accompagnée par une autre brune. Depuis peu, son état était de moins en moins discret, et il fallait une houppelande sur mesure, si possible avec de larges poches, pour le voyage, et chaude. Elle était entrée dans la boutique bien chauffée, et se fit accueillir par une couturière âgée, qui lui présenta la robe finie, une jolie robe de velours bleu nuit bordée d'hermine blanche, et une ceinture de satin blanche bordée d'argent... Son accompagnatrice s'inquiétait sans rien oser dire de son état. Des cernes bleues sous ses yeux, et surtout, ses muscles semblaient avoir légèrement fondu, tandis que son ventre devenait proéminent, tandis que l'on commençait à voir ses côtes. Les traits de son visage s'étaient creusés, le voyage était plus fatiguant qu'elle ne l'avait supposé. Mais elle refusait de l'entendre et voulait continuer, suivre son ange. Kem avait renoncé à chevaucher, tout de même, mais elle dormait très mal depuis qu'elle le sentait distant, préoccupé par leur avenir et l'enfant à naître. Mais cela, il ne le savait pas, car il passait la plupart de ses nuits à patrouiller seul dans la nuit avec Soen'. Et elle même était devenue plus distante, une façade fausse, avec quelques sourires elle faisait illusion, et chacun repartait rassuré. Tout était mensonge, mais comme il ne s'ouvrait pas pour parler, elle s'en était vexé, et faisait de même. Si elle n'était pas assez digne d'être son soutien, son oreille, pourquoi l'ennuyer avec ses propres peurs et angoisses, en rajouter à son fardeau? Elle ne voulait pas être égoïste, aussi, se contenta-t-elle de paraître heureuse et en bonne santé. Pour les cernes, elle arguait simplement le manque de sommeil, ce qui était vrai. Le sommeil avait du mal à venir, ou alors était peuplé de cauchemars.
Depuis quelque temps, la route des rêves s'était faite ténébreuse, porteuse d'une menace indéfinie, qui semblait s'approcher, peu à peu, inexorablement. Kem avait peur pour le bébé, qu'il lui arrive quelque chose, qu'on lui enlève. Et cette angoisse sourde la rendait taciturne, froide, et parfois même impatiente et colérique... Seul une petite aquarelle lui redonnait le sourire. Elle ne savait pas qui lui avait envoyé ça, mais cela lui était destiné. Elle parlait de moins en moins, subissant le quotidien. Elle avait reçu la veille un message de son amie Mary, elle fut un peu déçue du message, car elle ne la réconfortait pas sur ce dont elle lui avait parlé. Mary allait mal, son homme l'avait abandonnée sans trop d'explications. Cela expliquait son silence... Mais au fond d'elle même, Kem était déçue. Elle allait encore donner plus qu'elle ne reçoit. Si seulement elle se trouverait une amie qui ferait pour elle le quart de ce qu'elle même donnait... Elle se morigéna et se promit de prendre la plume le soir même, et réconforter son amie, surtout qu'elle avait vécu cela elle aussi... Une affreuse expérience d'ailleurs. Elle plia la missive, la rangea et approcha de la couturière.
Elle dévoila son corps pâle et amaigri, rendu encore plus pâle contrastant avec sa chevelure noire de nuit, pour enfiler sa houppelande, tandis que la couturière plaçait habilement ses aiguilles pour ajuster le vêtement, laissant de la marge au niveau du ventre. Quelques dizaines de minutes plus tard, le travail était terminé, il n'y avait que peu de retouches et elle admira le vêtement dans le miroir. Avec ses cheveux détachés et les bordures d'hermine, cela faisait du plus bel effet...
Un autre oiseau tapota à la vitre. Occupée avec sa robe, derrière le paravent, elle laissa la couturière lui lire la petite missive, sûrement Oane. La vieille femme butait sur les mots, et ânonna:


Citation:
Domenika,

Je suis parti et je reviendras pas ! Jamais ! c'est la peine de me suivre je te quitte !

Equecael


Toute couleur parut déserter le visage de Kem. Il lui semblait que l'air s'était transformé en poix épaisse, le souffle coupé, la gorge serrée, elle n'arriva même pas à articuler. "Parti", semblèrent prononcer ses lèvres. Elle avait l'impression d'avoir du plomb brûlant à la place des entrailles. Parti, parti, parti, ce mot résonnait dans son cerveau. Parti... Elle ne rendit pas compte qu'elle avait oublié de respirer, il lui semblait entendre son propre coeur battre dans sa tête. Une énorme douleur dans le ventre lui arracha une grimace, comme un étau. Avec effroi, elle se rendit compte que c'était une contraction. C'était beaucoup trop tôt! Elle paniqua, suffoquant, les larmes aux yeux...Puis la jeune femme s'effondra sur le sol, provoquant la panique dans la boutique.
Elle se réveilla deux heures plus tard, chez la médicastre, veillée par l'autre brune qui l'accompagnait, l'air anxieux. Rien de grave avait dit la médicastre, juste la conséquence du choc. La jeune femme ouvrit les yeux, qui se remplirent de larmes lorsqu'elle se souvint de ce qui s'était passé. Elle tendit la main, et la brune lui tendit la missive, écrite de manière brouillonne. Kem fronça les sourcils. Domenika. Il ne l'appelait jamais pas son nom de baptême. Et la signature, Equeçael... Un faux grossier... Soulagée qu'il ne soit pas parti de lui même, et envahie par une autre angoisse, elle comprit qu'il était arrivé quelque chose à son ange... un enlèvement. La résolution se peignit sur son visage, comme sculpté dans le marbre. Elle allait les faire traquer, et retrouver son ange ...

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Aubin, incarné par Domenika


Le jeune homme ne tenait plus en place depuis qu'il avait reçu le courrier. Pas grand chose, juste quelques kanji, "viens vite" et la ville où elle était. Il avait alors chevauché à bride abattue, sans prendre de repos, jusqu'à Bazas, en Guyenne. Il voyageait dissimulé sous une large cape à capuche, dissimulant ses traits orientaux inhabituels, et ses manières félines ainsi que sa taille fine aurait pu le faire passer une une jeune femme, une grande femme, androgyne. Silencieux, il savait se faire invisible, habile à la traque, patient et subtil. Il se demandait pourquoi elle l'avait appelé. Avant qu'il ne parte, alors qu'il venait de poignarder Exael par erreur, elle lui avait pardonné son geste, et il lui avait promis qu'un jour, il laverait son honneur, de quelque manière que ce soit. Il était resté dans les parages, et le jour était arrivé. Il espérait que se soit juste le désir de le revoir, de renouer des liens, mais il y avait un caractère urgent dans la manière dont la plume avait percé le vélin, les caractères griffonnés à la hâte... Il fronça les sourcils, tandis qu'il se glissait en ville, furtif, jusqu'à l'auberge où elle se trouvait. Il observa par la fenêtre, une femme en arme, énergique, faisait les cent pas dans la chambre, mais ce n'était pas Hanako... Kem était dans le lit, et il eut un choc en voyant le visage comme pétrifié, le teint grisâtre, les cernes violettes. Toute énergie semblait l'avoir quittée, aucune flamme ne luisant dans ses yeux d'habitude si expressifs... Il attendit que la femme en arme sortit de la chambre avant de s'y glisser, souple comme un chat, avant de dévoiler son visage à sa sœur. Un plat de nourriture froide à peine entamé trônait sur la table... Lentement, très lentement, cette dernière leva les yeux, sembla un moment ne pas le voir, puis un fin sourire étira ses lèvres, un sourire sans joie, un léger soulagement, peut être, car il était là et avait répondu présent. Ses yeux restaient cependant froids comme deux onyx, durs et brillants. Et lorsqu'elle prit la parole, sa voix était ténue, douce mais presque inaudible. Il devina que si elle parlait plus fort, elle allait craquer et perdre le contrôle d'elle même, de désespoir. Il s'approcha, et prit sa sœur dans ses bras, mais elle restait roide et crispée. Il comprit qu'elle avait besoin de garder le contrôle avant de s'effondrer. Il l'observa, tandis qu'elle semblait incapable de parler, lui tendre un morceau de vélin à l'écriture brouillonne. Il fronça les sourcils en déchiffrant.

Il.. t'a quitté? dans ton état? Il a osé??

Elle secoua la tête en signe de dénégation, avec véhémence, puis inspira longuement, comme pour prendre courage. Elle parla d'une voix douce et atone, tandis que ses yeux brillaient et s'animaient soudainement.

NON! Ce n'est pas... lui. Un leurre. Il a été ...

Une faute dans le nom... Il posa sa main sur la sienne, et sursauta de trouver sa peau si froide. Inutile qu'elle aille plus loin, il avait compris. Traquer, suivre, aider, recruter. Il allait retrouver Akira, et trouver deux trois compagnons pour suivre et remonter la piste. Il observa Soen' de ses yeux noirs, insondables. Le loup noir posa sa tête sur son genou, comme s'il avait deviné ce qu'il allait faire, et le suivrait pour l'aider. Aubin cligna lentement des yeux, ce que le loup interpréta comme un assentiment, et il posa sa patte sur sa jambe, comme pour sceller le pacte. Le jeune homme reporta cependant son attention sur sa sœur. Il n'était pas bon qu'elle se mure dans son chagrin ainsi... il la prit dans ses bras, chantonna une des berceuse de leur enfance lui murmura qu'il le retrouverait, qu'il l'aiderait. Il la connaissait bien. Elle le regarda, lui lança un regard comme une supplication : aide le, trouve le, ramène le. Il savait qu'elle ne pouvait pas se déplacer dans son état, sinon, elle serait déjà sur ses traces...
Il l'étreignit, puis sortit de la chambre, toute à son chagrin, se dirigea vers la médicastre qui le rassura sur son état. Elle avait interdiction de quitter le lit pour deux semaines. Elle avait essayé de suivre ses traces, mais les contractions s'étaient intensifiées, jusqu'à la plier en deux, incapable d'aligner deux pas, ramenée de force par l'autre brune à l'auberge. Il savait qu'elle aurait été capable de se traîner jusqu'à s'écorcher les genoux pour lui, son amour, le père de son enfant... Il enviait Exael pour cela, car lui aussi aimerait connaître un tel amour. Il s'approcha de la brune en armure, une noble dame habillée en simple soldat, il avait deviné à l'aura qu'elle dégageait qu'elle était chef du groupe.

Prenez soin d'elle.

Une phrase assenée comme un claquement de fouet, presque un ordre, avec son accent inimitable. Et ce fut tout, il partit sans cérémonie, Soen' sur ses talons, et disparut dans la nuit. La traque ne faisait que commencer...
Domenika


[ 11 Décembre 1461 ]

    Longues, longues sont les journées. Interminables. La vieille peau m'interdit de me lever, je la fusille, je l'assassine du regard, mais rien n'y fait. Ni les menaces, ni les insultes, ni les supplications ne la font fléchir, cette vieille sorcière. Mais elle a raison, car dès que je me lève et que je marche, mon ventre se tend, la douleur est intense, transfixiante dans le bas du dos. Mais je suis plus rassurée quand je fulmine, impatiente, plutôt quand dans l'état d'hébétude dans lequel j'étais avant...
    Revoir Aubin m'a redonné la force d'y croire. Je ne sais comment ni pourquoi, je sais qu'il est vivant, quelque part. Vivant. Je ferme alors les yeux, et je l'imagine tout près de moi, son visage, sa joue près de la mienne, ses lèvres, ses mains dans mes cheveux. Ça me fait mal, je m'inquiète tellement... J'espère que lui aussi, où qu'il se trouve, cherche le réconfort en fermant les yeux. Je me dis, peut être naïvement, que si chacun de son côté fermons les yeux et pensons à l'autre, comme je le fais, alors ... c'était comme si nous étions proche...quand même... Le réveil est difficile. Le bébé heureusement est là, il remue. Les louveteaux m'amusent, avec leurs facéties, ils grimpent sur le lit, me lèchent le visage, comme s'ils avaient deviné que j'avais besoin de ça.
    Un faucon se pose près de moi. Aubin. Je lis rapidement la missive...

    Citation:
    Sommes 4, avec Akira. Avons trouvé traces, enlèvement, pas été tué. Ils ont des chevaux. On les suit, tranquilise toi. A.


    Je m'aperçois que j'ai retenu ma respiration. L'angoisse est revenue et me serre comme un étau. Immédiatement, mon ventre se tend, pointe, la douleur est grande. Je retiens à grand peine un gémissement de douleur. Je dois me calmer, faute de quoi le bébé viendra trop tôt, et peu de petits arrivés en avance survivent... Je pense à lui, à ses bras qui m'enserrent, tendrement, mon cœur se calme... Je respire plus lentement, j'embrasse le pendentif qu'il m'a offert. Je dois penser à autre chose ... Je sors la missive de Mary. Avec tout ceci, je l'avais oublié...

    Citation:
    Ma chère Kem,

    Comment vas-tu depuis nos dernières missives? Ta grossesse se passe toujours bien?

    Je suis rentrée... mais l'ambiance est un peu moins festive qu'avant et je vois beaucoup moins de monde.
    Les tavernes ne sont plus aussi remplies que dans le temps. C'est un peu triste.

    Mon compagnon a eu du mal à s'intégrer. Il n'est pas venu pendant des jours me voir et ne m'a donné aucune nouvelle, ne s'est pas inquiété pour moi. Je suis partie chez les nonnes pour me ressourcer et me retrouver un peu.
    Il est revenu un soir comme une fleur comme si l'on s'était vu la veille et a pris beaucoup de choses que je lui reprochais sur le ton de la rigolade. Je n'avais pas le coeur à rigoler.
    Mais il n'a eu aucun geste tendre envers moi.

    Il voulait que nous repartions en voyage pour qu'il aille voir une amie en Bourgogne. Venant de me réinstaller dans le village après de longues semaines d'absence, je n'ai pas envie de voyager à nouveau pour l'instant. Je le soupçonne d'être parti sans m'en avoir averti...
    Je me retrouve donc seule aujourd'hui.

    Quoique, seule, pas tout à fait. J'attire encore les hommes, dont deux particulièrement. Un qui était de passage dans le village, un voyageur d'Aurillac, qui, bien que rentré chez lui, continue à m'écrire, persuadé que nous vivrons ensemble un jour; et un autre qui est doux et gentil avec moi. Mais ne sachant pas vraiment où j'en suis, je me sens un peu perdue alors je ne vais pas trop vers lui pour éviter de lui donner de faux espoirs.

    Et toi quoi de neuf?
    Passe le bonjour à Exael de ma part.
    J'espère qu'il va bien.

    Grosses bises,
    Mary.


    Passe le bonjour à Exael. Je m'étrangle en lisant cette ligne, je me sens suffoquer. Dans ces moments là son absence m'est insupportable. Comme à chaque fois que je me dis : tiens, cette nouvelle intéressera Exa, ou bien, si j'achète ces fruits qui ont l'air délicieux, il sera content. Je soupire, puis prend la plume pour lui répondre. Je vais passer sous silence l'enlèvement, elle est suffisamment mal comme ça...

    Citation:
    Chère Mary ...

    Je commençais à me demander si tout allait bien, si vous étiez bien arrivés... Je suis désolée pour ton compagnon... C'est parfois à n'y rien comprendre. Il est parti sans toi alors... Pouah ... c'est à désespérer des hommes... J'espère que ce n'est pas trop dur pour toi. J'ai connu ça moi aussi... Tout s'est bien terminé. Mais dis toi que tu vaux mieux que ça... S'il peut t'abandonner ainsi sans donner de nouvelles...
    Je suis à Bazas en ce moment. Ma grossesse me cloue au lit ces derniers jours, j'ai trop tiré sur la corde en voyageant. Je dois rester au repos quelques jours, sinon je risque d'accoucher d'un mort né.

    Bisous ...

    Kem


    Je repose la plume. La lettre a l'air si plate et stupide, mais je ne peux faire mieux pour l'instant. Je mets toute mon énergie à me maintenir la tête hors de l'eau, à simplement respirer, laisser et voir passer chaque longue seconde sans lui...

    _________________










    Domenika


    [ A la lisière du rêve ]

    Le rêve était agréable, très agréable... L'espace d'un instant, elle respirait enfin, profondément, elle se sentait ... entière. Entière, car il était là, avec elle. Impossible... Mais elle sentait vraiment qu'il était avec elle, qu'il l'enlaçait amoureusement, allongé derrière elle dans le lit. Elle sourit, gardant les yeux fermés...

    Mhmm tu es revenu... Tu m'as manqué...

    Quelque chose en elle lui disait que c'était impossible, une hallucination. Elle lutta de toute ses forces pour maintenir l'illusion, mais ... Elle se retrouva dans sa chambre, seule et froide. La boule d'angoisse revint aussitôt lui broyer les entrailles. Elle réprima un gémissement d'angoisse. Avoir cru qu'il était là avec elle... l'absence lui était d'autant plus insupportable. Elle tenta de ravaler les sanglots, se construire une barrière pour les endiguer, il ne servait à rien de craquer maintenant. Elle se concentra sur le bébé qui remuait dans son ventre, et se calma. Où qu'il soit...

    Un moineau arriva dans la chambre en voletant. Des nouvelles de la confrérie ... Et d'Aubin.

    Citation:
    Hanako. On les suit toujours,. Le chef est défiguré par une morsure. J'ai du mal à retenir Soen' d'aller faire une bêtise car il se ferait tuer, je crois que ton loup l'a déjà rencontré et s'est déjà battu avec. Cela te dit-il quelque chose? On en a attrapé un. Ils comptent prendre le bateau à Blayes. Nezumi est partie là bas, elle arrivera avant eux, il faut qu'on sache leur destination. D'autres nous rejoindront, Akira a fait appel à ses contacts, je n'en sais pas plus, car je ne suis pas frère noir.... On attends, on les suit pour l'instant, on est pas assez nombreux, mais d'autres arriveront, et nous agirons. On te le ramènera, ma soeur, je t'en fais la promesse!


    Kem soupira, elle aimerait tellement lui faire comprendre qu'elle pensait à lui... Elle se sentait tellement démunie. A qui demander de l'aide, vers qui se tourner?

    _________________


    Sulfura
    La frénésie de l'écriture. Il lui arrivait d'écrire des mots, d'assembler des phrases qui n'ont aucun sens à première vue. Des lignes qui décrivent les tréfonds de ses émois. Toujours incompréhensible à l'oeil nu. Des élucubrations. Ces temps ci, elle enchaînait les morceaux de velin. La nuit, elle se levait pour écrire des bribes de phrases qui devenaient des paragraphes. C'était devenue presque pulsionnelle. Elle retraçait ses rêves, ses hallucinations. Les assembler pour pouvoir en ressortir quelque chose. Elle était persuadée que tout avait un sens mais en temps cet état d'esprit la rendait étrange encore plus que d'ordinaire. Elle était sans cesse aux aguets. Et parfois, son imagination brodait autour de la réalité. Comment faire la part des choses ?
    Faites la rêver. Donnez lui l'opportunité de discerner le faux du vrai. De trouver le chemin parmi ce dédale d'illusions et de mirages pour chasser le brouillard qui l'envahit.
    Parmi ce flou total, il y a des éclaircissements. Ces rencontres, fruit du hasard et de la providence. La Sulfureuse avait écrit à Exael durant la nuit. Pulsion encore une. Gypsi, elle pourrait lui écrire aussi... mais elle n'avait plus de nouvelles de la brebis. Flasque avait peut être raison, la fierté c'est nulle !

    Pas de réponse. L'impatience aussi c'est nulle. Elle se souvint qu'avant de partir, elle avait prévenu Kem que s'il arrivait quelque chose à Exa, il fallait mettre notre brune au courant. Elle savait que Kem respecterait cette requête mais malgré tout... SulfurA était dans un état de total paranoïa. Ni une ni deux et la voilà qu'elle écrivait.




    Bonsoir,

    Surprise. C'est SulfurA. Inattendue surement...je suis là à t'écrire. Je ne sais même plus si nous étions passées au tutoiement. Oui, je crois. Enfin qu'importe.
    Pour une fois, ce ne sera pas une missive truffée de pics. Je pense souvent à Exael. Je ne le dis pas assez, je le garde pour moi parce que je sais que je n'ai pas le droit à tout ça. Tôt ou tard on m'enlèvera ceux qui m'entourent. Tôt ou tard, je deviendrais un obstacle au bonheur de ceux qui m'entourent.
    Pourtant, je m'accroche à tout ça. Je n'arrive pas à m'en détacher. Alors, je ferme les yeux sur la réalité. Je me fais aveugle. En fait, on est tous un peu égoïste d'une manière ou d'une autre.

    Je suis égoïste... je l'ai été aussi quand j'ai déversé ma rage sur toi. J'ai été déçue c'est vrai. Il m'arrive d'y repenser mais le nœud du problème ce n'était pas toi. Disons que tu es arrivée au mauvais moment. Dégâts collatéraux. Mais dans ce tourbillon, une phrase que tu as dit que je ne peux oublier...j'y repense beaucoup.
    Mais qu'importe c'est du passé... Même si le passé fera toujours partie de nous. Une cellule qui épouse notre âme.

    Tu dois te dire que tout ce que je dis est insensée, que ça n'a pas lieu d'être... alors je vais arrêter là... Dis moi juste que ma fraîcheur va bien...

    Embrasse le pour moi...

    SulfurA avec un A


    La brune n'attend pas pour envoyer le courrier sinon elle sait, qu'elle va changer d'avis même si une petite voix lui murmure de le faire...
    Domenika




    Kem tombait dans le sommeil au point du jour, toujours, et durant l'après midi. Il lui restait donc toute la nuit pour réfléchir à la situation périlleuse dans laquelle se trouvait Exael... Les songes étaient brumeux, rares clairs, des visions comme des mirages, inconstants, gris, changeants... Ce soir là, la vieille médicastre lui donna une tisane calmante à l'écorce d'oranger et au tilleul, agrémenté de miel, pour la faire dormir. Pour lé bien du bébé, elle devait dormir, se reposer... Et manger plus. Mais là, elle avait du mal. Chaque bouchée était une gageure, dure à mâcher, dure à avaler, la nourriture avait le gout de cendre à ses yeux. Elle tentait de se forcer, mais elle finissait jamais ses plats. La vieille essayait de ruser en lui donnant moins, mais plus souvent.
    Elle sentait une boule d'angoisse qui ne la quittait jamais... Et ce soir là, prise d'une inquiétude plus forte qu'à l'accoutumée, elle avait réclamé une tisane. Sa tête tournait, les contractions revenaient trop souvent, elle devait dormir. Les frères noirs suivaient les ravisseurs... Et elle était coincée ici. Elle ne savait pas à qui en parler...
    Un petit oiseau tapota à la fenêtre. Elle reconnu Piou Piou, l'oiseau de...

    SulfurA...

    Justement, elle avait pensé à elle. Aussitôt elle prit la plume, et écrivit une petite missive....

    Citation:

    SulfurA ...

    J'ai moi aussi été égoïste. Je t'ai attaquée injustement... Mais je vais faire court. Ta fraîcheur ... a disparu. Enlevé. J'ai reçu soit disant un courrier de lui me disant qu'il me quittait. Il le destinait à "Domenika", mon nom de baptême qu'il n'utilise jamais, et signé Equeçael. Ridicule, non? Mais je suis inquiète, des amis à moi sont à leurs trousses, ils parlent d'un groupe de quatorze, qui envisagent de prendre le bateau à Blayes. Je ne peux pas les suivre... pas dans mon état. Ça me ronge... Mes amis vont les suivre, mais ils ne sont pas assez nombreux...

    Kem


    Elle attacha la missive à la patte de Piou Piou, et le laisse s'envoler. Le sommeil la gagna, elle soupçonna la vieille d'avoir mis autre chose dans sa tisane, quelque chose de fort. Elle s'allongea sur son lit, ferma les yeux...

      Elle était quelque part dans le brouillard, seule. Seule ... Elle pensa à Exaël, la façon dont il la tenait dans ses bras, l'embrassait. Elle pouvait le voir, le sentir, mais il n'était pas là, elle savait. Elle chantonna :

      Quand je suis seul(e) et que je peux rêver
      Je rêve que je suis dans tes bras
      Je rêve que je te fais tout bas
      Une déclaration, ma déclaration

      Ses paroles s'évanouirent dans le brouillard. Petit à petit, des formes, des ombres crurent et décrurent, un monde prenait forme. Un lièvre vagabonda à ses pieds, se frotta à ses jambes. Aubin. Il lui montrait un écureuil facétieux, qui grimpait aux arbres, malicieux...

      Elle est belle, tu ne trouves pas?
      Tu as bon goût. Tu aimerais qu'elle devienne ta femme?
      Elle refuserait.
      Parce que tu es trop jeune?
      Oui, aussi ... Non, regarde la bien attentivement.


      Kem attrapa l'écureuil, et vit sur son ventre une longue cicatrice, une profonde cicatrice.

      Une bataille. Sa matrice est détruite, à jamais. Elle a préféré devenir sœur noire. C'est rare, mais elle n'a pas peur de la mort. Pour elle, la vie ne vaut rien, car elle ne peut procréer. Alors, elle a voulu donner sa vie à la confrérie... Même si je pense qu'elle n'est pas indifférente.
      C'est triste... Mais rien ne vous empêcher d'être heureux tout de même. Adoptez. Même si ce n'est pas votre sang... Propose lui!
      J'ai échoué Kem. Pardonne moi.
      Ca ne te ressemble pas de renoncer aussi vite après un refus. Mais rien n'est perdu! Je lui parlerai si tu veux. Ne pas avoir d'enfant ne veut pas dire qu'il est interdit d'aimer!
      J'ai échoué.


      Elle le regarda. Un flot de sang mauve lui coulait de la bouche, sur le menton, du cou, l'empêchant de parler, salissant sa chemise. Echoué... Elle comprit soudain. Le temps lui était compté!

      Je te pardonne, tu n'as pas échoué. Mon frère... Je t'aime! Bats toi, ne me laisse pas ici!

      Elle étreignit son frère, très fort, essaya de lui donner l'énergie de se battre, de vivre, mais... Mais le brouillard revint, elle était seule à nouveau. Le sang violet lui avait détrempé sa robe. Un long cri sortit de sa gorge. Il était ...

    M'dame, réveillez vous! Ce n'est qu'un mauvais rêve! Vous avez mal? Vous criiez!

    Kem ne répondit pas, elle pleurait, éperdument, sans réussir à s'arrêter. Et elle ne pouvait rien faire! Rien! Elle pleurait de rage...

    _________________


































    Domenika


    Kem n'arrivait plus à dormir. Ce rêve était affreux... Aubin... Elle avait l'affreux pressentiment que ce rêve n'en était pas un, mais bien plus, une prémonition, comme lorsqu'elle méditait. La vieille voulait à tout prix lui faire boire son affreuse tisane pour dormir, mais la jeune femme refusa. Elle se leva avec précautions et alla respirer l'air glacial du dehors, et observer l'aube naissante. La frontière entre les songes et la route des rêves s'était amoindrie, jamais Akira ne lui avait enseigné cela lorsqu'ils avaient médité ensemble. Elle fronça les sourcils, car au fond d'elle, elle savait qu'il s'était passé quelque chose. Elle espéra qu'il n'était rien arrivé à Aubin, mais son rêve était si glaçant, si... plausible! Elle revoyait encore le sang violet, le ciel orange de la route des rêves... un oiseau se posa sur son épaule. Elle reconnu le faucon d'Akira. Sans message, constata t-elle avec soulagement, puis une onde glacée lui parcouru le corps. Ce n'était pas Aubin qui avait succombé... Il avait échoué à le sauver, et s'en voulait! Elle ferma les yeux, murmura une prière muette. Il était mort comme il le voulait, au combat, en menant sa mission... La mission de frère noir...

    Elle enrageait de ne pouvoir les suivre. Lors de sa dernière grossesse, elle avait pu chevaucher assez longtemps, marcher, voyager, mais là... elle se sentait lasse, étrangement lasse et les douleurs ne se calmaient pas. Et l'anxiété n'arrangeait rien. Si c'était Joren qui détenait Exael, elle avait une petite idée des sévices qu'il subissait... et cela la rendait malade. La vieille continuait à lui administrer des médecines, la plongeant dans une torpeur, la calmant, mais au réveil, elle ne se sentait pas reposée. Son appétit diminuait, elle maigrissait à vue d'oeil. Même le bébé semblait s'affaiblir de jours en jours, malgré la médication. Son teint devenait gris, ses cernes plus marquées, on voyait ses côtes, donnant à son ventre, par contraste, une forme grotesque, comme si elle n'était pas enceinte de 6 mois mais de 8... Elle pensait souvent à son ange, espérant qu'il trouve le courage de supporter les exactions de Joren, qu'il lui revienne vite...

    Elle observa son souffle se transformer en buée dans le froid ambiant. Puis tout à coup, une violente contraction la fit plier en deux! C'était trop tôt... La vieille l'amena au lit et la força de nouveau à boire sa potion amère. Etrangement, Kem sentait qu'elle avait le tournis après l'avoir avalée... Et plus ça allait, moins elle supportait le traitement...

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