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[RP ouvert] Nivernaise cherche A... Ou le voyage initiatique

Mahaud.
Les voix s'étaient tues, comme c'était étrange, cette impression de pouvoir, comme c'était étrange, tous ces regards posés sur elle, à peine le pied posé en bas des escaliers... Mais elle n'en avait cure.
La seule chose qui l'intéressait se tenait là, à quelques pas d'elle. Finalement il n'était pas allé retrouver une traînée, finalement il n'avait pas pris la poudre d'escampette.
Sans doute, à la petite fortune qui gisait sur le comptoir, se préparait-il à arroser ses actes.

Elle serait bien passée là, dans son dos, tout près de lui, sans lui décocher un regard en le méprisant, mais c'est lui qui se déplaça.
Mahaud le laissa s'approcher comme un gosse pris en faute.
Jeune femme tout juste sortie de son enfance volée, elle n'aurait pu dire ce qu'elle attendait exactement, elle n'en savait sans doute rien à ce moment là.

Le visage fermé, le regard droit et dur, aussi dur que ses iris clairs puissent être, elle le laissa s'approcher encore.
Aurait-il sorti quelque chose qui aurait pu vaguement ressembler à des excuses, aurait-il juste essayé, peut-être n'aurait-elle pas réagi de la sorte.
Au son de sa voix, ce fut comme une sorte de réflexe.

Le regard figé dans le sien, la main se leva et frappa. Même pas d'élan, pas de préméditation, rien, juste un réflexe.
La gifle fut nette, sans bavure. Elle n'avait pas baissé les yeux et se tenait aussi droite qu'un piquet de tente. Le silence qui régnait en augmenta l'effet sans doute. Qu'importe ce qui allait se passer, qu'importe qu'il eût la honte de sa vie, il n'avait que ce qu'il méritait.

D'un ton glacial, le laissant seul avec la marque de ses doigts sur la joue, elle ne prononça que quelques mots :


je vais me changer.

Elle aurait pu dire, que c'était pour ne pas les abîmer, ou parce que ce n'était pas du tout confortable pour voyager, mais elle se tut et tourna les talons puis regagna la chambre, un peu tremblante malgré tout.

Ce qui est fait est fait, on ne revient pas en arrière.
Williamss
Ce fut à son tour, de n'avoir rien vu venir...
La claque avait raisonné dans toute la salle.
Dans la foulé, les rires s'étaient élevés à l'unisson. Pas de doute, tel des acteurs sur scène, les deux avaient leur auditoire. Même sont nouveaux meilleur pote, le gérant, se moquait de lui à présent.

En d'autres circonstances, l'homme aurait certainement disjoncté face à l’humiliation, leur promettant une mort horrible à tous.
Mais la raison lui ordonna de se taire!

Ce n'était pas que ce soit douloureux. La gifle plus impressionnant qu'autre chose, avait surtout piqué sa fierté.
Mais après tout, il l'avait bien mérité!
La haut, son comportement avait été plus qu'impardonnable. Et à l'instant, c'était plus que de tact qu'il avait manqué...
Si elle avait su passer outre, son orgueil arriverait bien à cicatriser.

Sans bruit, il la regarda faire demi tour pour reprendre les escaliers.
Sans plus de bruit il se retourna vers l'assemblée, son regard des plus ténébreux suffisant à la faire taire. S'il n'avait pas réagit immédiatement, ces rats ne perdaient rien pour attendre. Gilly, sur le retour, devrait forcément repasser par ici. Et la, ils apprendraient bien trop tard, qu'on ne se moquait pas du comte impunément...

Ses affaires déjà chargées prêtes à partir, il ne lui restait plus qu'à aller patienter dehors, l'air ici étant devenu malsain.
Une femme partie se changer, ça pouvait bien durer des heures... alors il attendrait comme le couillon qu'il était...

_________________
Mahaud.
Bien que toute tremblante de son acte, la belle ne fut pas longue à retirer ses vêtements neufs et à retrouver le confort des braies de voyage. Tout fut plié en un instant et avait rejoint ses affaires dans son bagage déjà presque terminé.
Un dernier regard dans cette chambre pour vérifier qu'elle n'oubliait rien... Le lit déménagé et en désordre attendrait le passage de l'aubergiste, ce n'était pas son souci.
Mahaud redescendit l'escalier, sous les regards des clients. Les conversations s'étaient tues de nouveau mais cette fois aucun rire. Oh elle les avait bien entendus, quand elle avait corrigé Williams, mais ils avaient glissé sur elle, trop concentrée à rester digne.

Elle traversa la salle sans adresser le moindre regard aux clients, juste un mot au tavernier pour le remercier de l'hospitalité et le féliciter de la tenue de ses chambres, ce n'était pas le cas partout !

Dehors, elle tendit à son guide son bagage et la besace chargée de vivres, l'effleurant à peine du regard. Faut dire qu'elle n'en menait pas large. Aussi bien il aurait pu la corriger sur place et elle aurait eut du mal à s'en relever.
Le temps qu'il charge la besace, elle avait pris sa place sur la selle, pas besoin d'aide.
Le plus difficile serait de briser le silence maintenant. Ce fut la blondinette qui s'y colla, d'une voix étranglée.


A la mer de manche

Après tout, si lui avait gagné qu'elle enfile la jupe, elle avait gagné sa mer de manche, non ?
Williamss
La mer de manche...

Pourtant si proche, la route risquait de paraître bien longue...

Certes, elle avait brisé le silence, rouvrant la discussion, mais la gêne semblait toujours bien présente. Qu'avait il fait de cette jeune femme jusqu'ici si souriante?
L'ignorance était surement la pire des punitions qu'elle puisse lui affliger.

Les excuses, s'était à lui de les faire, il en était bien conscient. Mais depuis le temps... savait il encore comment on s'y prenait?

Il la sentit s'avancer un peu alors qu'il prenait place derrière elle. Réaction plutôt normal, certainement dégoûtée à l'idée de savoir son corps de nouveau collé à elle.

Le bruit régulier des sabots, raisonnant sur le pavé, fut bien le seul son à les accompagner, alors qu'ils rejoignaient, au pas, les portes de la ville.

Aidée par leur promiscuité forcée,une légère brise portait à son nez le doux parfum enivrant de sa passagère. Inspirant profondément, il lui semblait s'en imprégner comme l'amoureux se réconfortant de la présence de l'être aimé...

Prendre le temps de guider leur monture, attrapant ce chemin, ignorant où il les mènerait.
Prendre le temps de s'être déjà assez éloigné du bourg, pour d'un long sifflement rappeler la blanche.
Prendre le temps de maîtriser son rythme cardiaque qui s'emballait à cet instant dans sa poitrine, et lui murmurer, la seconde précédente au coup de talon qui allait lancer l'allure.


Je suis désolé...

Il leur faudrait certainement plus d'une journée pour rejoindre la côte la plus proche. Mais sur leur route, l’abbaye de Tastevin devrait leur faire une halte idéale.
Qui sait, en ce lieux saint, peut être qu'un miracle pourrait se produire et la blondinette lui offrirait elle un nouveau sourire...

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Mahaud.
Le sifflement habituel avait rompu la silence lourd qui s'était imposé, la louve ne tarderait plus à apparaître.
Mahaud savait qu'après, une fois les rues des bourgades laissées derrière eux, le cheval prendrait son allure de route, et la blanche les rejoindrait, courant à quelques pas de côté, derrière eux.

Jusqu'alors elle avait réussi à se maintenir le plus éloignée possible du cavalier. Hors de question qu'il la colle comme il faisait les autres jours.
Les premiers jours, elle s'était évertuée à décaler les mains qui se posaient sur elle un peu n'importe où, à desserrer un peu le bras qui la ceinturait, pour qu'elle ne tombe pas, qu'il prétextait.
Et puis au fur et à mesure de leur voyage, elle s'était habituée. C'est vrai aussi que quelques fois, elle s'était assoupie, bercée par le pas lent du cheval quand Williams décidait de le reposer.

Cette fois ci, elle prenait garde à ce qu'il ne la touche pas. Même si, elle le savait bien et c'était inévitable, la course les rapprocherait forcément, le dos d'un cheval n'est pas extensible !
La leçon du jour avait été cuisante pour les deux.

Juste après l'appel de la blanche, ce fut au tour de la blondinette d'être surprise.
Ce qu'elle n'osait pas espérer de ce rustre qu'il savait être, arriva.
Juste un souffle, au bon moment, juste avant que le vent de la course n'en couvre le son. Trois petits mots, mais qui eurent leur effet. Si elle avait été tournée vers lui, il aurait pu voir un léger sourire se dessiner sur ses lèvres. Oh pas un sourire de satisfaction non, enfin si, un peu, mais surtout de soulagement. Elle ferma les yeux un instant, cet homme là n'était pas si vil, finalement, il fallait juste qu'elle apprenne à s'en éloigner les jours de mauvaise lune.

Elle parvint tout juste à se retenir de lui répondre qu'elle l'était aussi... après tout, elle avait voulu tenir tête, elle était partiellement fautive... Mais ça, hors de question, la demoiselle avait aussi sa fierté !

Pour toute réponse, elle prit la main droite de Williams qui tenait les rênes devant elle, jusqu'à ce que le bras du cavalier la ceinture.
Des fois qu'elle chuterait.
Ce bras même, qui aurait pu la broyer, quelque chose l'avait arrêté, l'avait stoppé net dans son élan avant qu'il ne commette l'irréparable. C'était ce quelque chose là qu'il fallait qu'elle trouve et s'en fasse un allié.
Et puis aussi, tout simplement cette présence lui manquait.

C'est elle qui se saisit des rênes, c'était tout droit.
Williamss
les paysages défilant sous leur yeux, les esprits semblaient s'être apaisés et leurs corps, moins crispés, s'étaient retrouvés, suivant d'unisson le mouvement imposé.
Remarquez, il n'avait pas demandé son reste quand elle l'y avait invité. Si chaque pardon devait être si bon, peut être devrait il songer à s'excuser un plus souvent...
Williamss en regretta presque d'apercevoir si rapidement le clocher du monastère se dessiner au loin.

L'après midi n'étant que moitié avancé, ils auraient le temps de profiter des charmes et de la tranquillité des lieux avant la nuit.
Peut être l'occasion d'une lessive pour Gilly, ayant appris récemment qu'il n'était pas obligé de faire appel à un tailleur, chaque fois que ses vêtements étaient sales.
Il lui faudrait bien s'essayer à cette discipline nouvelle, qui, contrairement à ce que pouvaient penser beaucoup d'hommes, ne semblait pas se faire toute seule...

C'était décidé, aujourd'hui, il expérimenterait... du moins, si une autre tache plus importante ne venait pas le détourner de ses bonnes résolutions.

Ce qui était bien en ce royaume de France, c'est que le pire des soiffards, devenait très vite un vrai caïd en géographie. Quel que soit la région visitée, toujours une spécialité sortie de derrière les fagots, l'incontournable alcool local était à chaque fois meilleurs que celui du voisin...
Si la Bourgogne avait sue s'illustrer par ses pinards, l'Artois quand à lui, s'était fait connaître pour ses célèbres bières.
L'une d'elles notamment, fabriquée dans le plus grand secret par des moines, se démarquait particulièrement du lot .
La tastevine...
Sa robe ambrée se coiffait d'une belle mousse, épaisse à vous en laisser des moustaches, et, quand on y avait goutté, son délicieux goût et sa tenue en bouche vous faisaient oublier tout ce que vous aviez appelé bière avant ça!
L'abbaye de Tastevin étant à la bière, ce que les hospices de Beaune étaient aux vins, il aurait été dommage de passer par là, sans s'y arrêter et encore plus sans prendre le temps de déguster une de ces merveilles.

Sa lessive attendrait bien encore un peu. Après tout, le ruisseau n'allait pas s'envoler.
Juste le temps de s'en jeter une petite... enfin, peut être deux pour pas finir bancale après tout...

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Mahaud.
Alors c'était ça, cette fameuse abbaye dont son oncle Henri lui avait parlé.
Sans parler que de la bière, bien sûr. Ah ça, de ce côté là, lui et son cavalier s'entendraient bien, tiens !

Non. Derrière l'austérité des lieux, forcément, c'était un monastère hein, pas un lupanar ! derrière l'austérité donc, se cachait le royaume du Paradis.
Du moins en cette saison... parce qu'aux jours mauvais, ça devait être une autre histoire.
Des vergers, des carrés de potager colorés, des ruisseaux qui irriguaient les allées et des champs de blé et de seigle, un étang poissonneux... Si le Paradis devait ressembler à ce jardin, alors elle ferait tout pour y avoir son entrée, bon... le plus tard possible bien sûr.

Une fois qu'ils eurent été conduits à leurs cellules spartiates pour y déposer leur bagage, celle de Mahaud bien à l'écart évidemment, chacun s'occupa différemment.
Depuis qu'ils avaient franchi le portail de l'Abbaye, il n'y avait eu aucun échange de regard, ni un mot. Oh, elle avait bien senti son regard posé sur elle, presque quémandant un simple regard, ou même plus carrément un sourire, mais elle avait tenu bon, ça lui fera les pieds, qu'elle se disait.

Si le sieur de Gilly préférât sans doute la cave et ses joyeusetés, Mahaud préféra le grand air.
Dehors la chaleur était écrasante comme ces jours où on a l'impression de vivre dans un four de boulanger ; mais sous les arbres elle trouva la fraîcheur. Jusqu'à ce que les cloches du soir, dans leur lente volée firent descendre l'heure au fond de la vallée (*), elle cueillit, avec l'accord des moines bien sûr, elle cueillit, abricots dorés, cerises noires, pêches croquantes et juteuses, puis se promena dans les allées bordées de buissons de cassis et de groseilles, emplissant son panier.
Y a pas que l'cochon dans la vie.

La fin de l'après midi passa ainsi, dans le calme et le silence, où Mahaud retrouva la paix.

L'heure du repas vint, à l'appel des vêpres. La demoiselle ne prendrait pas son dîner à une tablée de moines silencieux où elle s'imaginait qu'une jeune fille n'avait pas sa place, elle alla récupérer le panier de saucisses et la miche de pain -ben oui, les fruits c'est bien mais un peu de cochonnaille ça fait pas de mal non plus, en fait...-, prit une couverture de laine grossière dans ce qui s'appelait sa chambre et partit s'installer sous un bel abricotier, près d'un ruisseau qui chantait joyeusement.

La couverture étalée, le panier à portée de main et les fruits à volonté, là, elle était bien.
Assise dans l'herbe au bord du ruisseau, elle y laissa tremper ses pieds nus qui barbotaient au fil de l'eau, jouant avec les éclats du soleil sur les gouttes qu'ils projetaient.
Elle profitait du présent, pour le reste on verrait bien, plus tard. Chaque chose en son temps et les vaches seront bien gardées... ou les oies blanches.




(*) poème Marceline DESBORDES-VALMORE (1786-1859)
Williamss
Trois ou quatre pintes plus tard...
Non, bon, la vérité, au moins six plus tard, les deux premières ayant été avalé plus vite qu'elles ne seraient pissées, l'homme était sorti du caveau, laissant les moines filer à la soupe.
Ah ces religieux! Mangeaient bien comme des poules, réglés comme du papier à musique, mais en cette deuxième quinzaine de juillet, le soleil était encore loin de se coucher.

Le ventre gonflé, la vessie n'en parlons même pas, mais étrangement débordant de volonté, l'homme s'était acharné sur son idée première. Il ferait sa lessive, rien ne pourrait l'en empêcher!

Panier de linge sale sous le bras, Gilly avait donc emprunté le petit chemin repéré plus tôt. Celui qui tout droit, descendait au cours d'eau. Enfin, tout droit était le cas dans son souvenir, car la, bien forcé d'admettre qu'il ne l'était pas tant que ça...
le trajet un peu plus long que prévu, il avait été forcé de faire la pause syndicale.
Contre un arbre... C'était si pratique d'être un homme... Pensait il, sourire béat, en soulageant mère nature...

C'était pas d'la cervoise pour fillette la locale! Et malgré sa bonne résistance, on devinait aisément que l'homme avait été touché.
Enfin bon, passons.

il avait mis le temps, mais il y était tout de même arrivé, au bord de ce ru!

linge sale... ok
point d'eau...ok
Volonté...ok
Capacités...réduites
Savoir faire... néant

Quand on lui avait appris l'existence de cette pratique, peut être aurait il dû être moins sûr de lui et s'intéresser un peu plus à la technique. Au moins aurait il eu l'air moins bête, incapable de savoir s'il lui manquait quelque chose et encore moins par ou commencer...
Il en avait bien vu des
femmes!!!! faire des trucs bizarres avec leurs chiffons. Et elles frottaient, et elles cognaient, et elles tordaient. Moué, facile à voire tout ça...Mais bon, fallait bien se lancer, maintenant qu'on était là!

A genoux sur la rive, penché, les bras dans l'eau quasiment jusqu'aux coudes, Williamss se débattait comme un bleu.
Cinq bonnes minutes s'étaient écoulées, lutte infernale, sans répit, brassant le vent et l'eau tout autour de lui, avant que ses jurons blasphématoires viennent troubler le calme de ce paradis...


L'homme avait bien vite jeté l'éponge, balançant tout sur le rivage en râlant.
Le prochain à passer par là n'aurait qu'à faire une prière de plus pour remercier Aristote de ce présent. En attendant, lui s'en retournait à sa bonne vieille méthode, commençant à rebrousser chemin et surement même un peu trop saoul pour avoir remarqué la blonde installée non loin.

Décidément aujourd'hui, comme bien d'autres jours depuis qu'il la connaissait, c'était une chance pour lui, que le ridicule ne tu pas...

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Mahaud.
Le calme avant la tempête, disait-on dans les vieux dictons.
Ca devait être ça, oui, le calme, avant... Avant ce qui s'avéra être un dîner spectacle pour notre blondinette.

Depuis qu'elle avait entendu des bruits dignes d'un troupeau de boeufs un peu plus haut dans le verger, elle ne l'avait plus quitté des yeux. Enfin si, parfois, quand dans son parcours hasardeux, l'homme se perdait entre les arbres. Quel étrange chose de regarder une personne ivre essayer de rester un minimum digne, quand vous-même n'avez pas bu une goutte d'alcool. Même si, on le sait tous, la bière c'est pas de l'alcool. Ouais. Qu'ils disent.

Notre pauvre sieur de Gilly, quelle idée avait-il eue là ? Avec ce qui avait tout l'air d'être son linge à laver, il s'était approché du ruisseau. Il était fou.
Tout le monde, bien informé du moins, savait que ça n'aurait jamais été sec pour le départ du lendemain matin voyons ! La lessive, il faut la faire tôt le matin, bien la tordre, de préférence à deux, et bien l'étaler sur l'herbe au soleil ! pffff. Ces Hommes !

Mahaud n'avait pas perdu une miette du spectacle, tout en grignotant un morceau de jambon glissé au creux d'une bonne boule de mie de pain avec une noisette de beurre empruntée aux cuisines.
Bien sûr, tout badaud passant près d'elle aurait pu la voir lever les yeux au ciel devant ce qui pouvait s'appeler un tableau navrant.
De dépit, ou de rage, ou des deux, ou pire encore, notre lavandier débutant avait abandonné la partie, jetant le linge sur la berge.
En plus, l'homme n'avait aucune patience ! mais ça, elle le savait déjà notre blondinette.
Elle le suivit des yeux un instant. Sans doute allait-il s'achever dans les caves de l'abbaye, ou ronfler dans un coin. Qu'importe.

Mahaud avait regardé ce tas, qui gisait à une vingtaine d'enjambées.
Puis avait détourné le regard. Non non non non non-non-non et NON ! hors de question ! trop facile ça !
Il s'imaginait quoi ce fanfaron hein ? La pauvre jeune femme fulminait en se levant.

S'il croit que je vais la faire sa lessive, il se fourr.... 'fin, non quoi.

Dépitée et soupirant fort, elle s'approcha du tas abandonné. Bon y avait quoi... les braies boueuses, la chemise boueuse, les bas boueux, tout était boueux. Heureux souvenir de la baignade forcée du sieur.
Au fond d'elle, une petite voix lui disait : t-t-t-t- Mahaud... tu vas faire une belle bêtise là... arrête ça tout d'suite !

Ah oui mais dame ! c'est qu'il manquait deux trois choses pour que ça marche. Où donc était le battoir mhh ? et la brosse et le savon mhh ? Ah ces Hommes, qui croient que tout se fait tout seul sans effort et sans savon !
Nan mais à l'eau quoi !

Les épaules de Mahaud s'affaissèrent et elle remonta vers le bâtiment du monastère ; elle rejoignit sa cellule, prit la boule de saponaire qu'elle avait emporté, puis retourna au lavoir improvisé, non sans grommeler en chemin. Oh elle était bien loin de la véritable encyclopédie du juron et des insultes aux quels elle avait eu droit sur le bord du ruisseau, même nombreux sont qu'elle n'avait encore jamais entendu !
L'alcool délie les langues, paraît-il...

Agenouillée à son tour au dessus du cours d'eau, elle commença à laver les vêtements avec des gestes rageurs.

Ah ça vous m'le paierez, messire de Gilly !

Etant donné l'urgence du moment, on passerait outre la nuit que le linge devait passer dans la cendre pour être bien lavé, et le lessivage au vertjus. Au lavoir de Nevers, elle avait même entendu une vieille femme raconter qu'elle mettait du persil dans son savon. Ben oui, disait-elle, le persil lave plus blanc !
Elle essaierait un jour pour voir. Mais là, c'était pas le moment.
Pestant contre sa trop grande gentillesse, elle essayait de trouver une solution pour le faire sécher, ce linge. C'est pas la nuit qui allait faire le boulot du soleil !

Après avoir frotté tant qu'elle pouvait avec son savon et rincé autant de fois que nécessaire, le linge fut enfin propre. Et à peu près essoré, parce que toute seule ça n'a rien de bien simple. Il faut être deux pour bien tordre, disait sa mère. Enfant déjà elle allait faire les lessives au lavoir du village, souvent emportée par le poids du linge, elle se rattrapait de justesse sur le bord, ou par la poigne généreuse d'une autre lavandière.

Toujours agenouillée, les mains sur les cuisses, elle regardait ces frusques étalées devant elle. Et maintenant ?
Si encore elle avait su où se trouvait la cellule de Williams, elle lui aurait bien rapportés et jetés sur sa paillasse, après tout, juste retour des choses ?

Le temps de trouver une idée, elle retourna à sa couverture, là-bas sous l'abricotier, il lui restait quelques cerise à déguster avant que le soleil disparaisse derrière la cime des arbres. La soirée soir avait encore de belles heures devant elle.
Williamss
Dire qu'il était légèrement agacé aurait été un euphémisme. Tout le long du chemin, le bourguignon avait bougonné, pestant contre sa récente expérience.
Il ne s'était tu qu'une fois arrivé aux écuries, ses affaires simplement déposées dans un coin, histoire d'avoir soulagé la pauvre bête qui devait les porter.
Lui, comme à son habitude quand il passait par ici, n'avait pas manqué de remercier les moines pour leur hospitalité, mais avait décliné la chambre, leurs cages à poule ne lui rappelant que bien trop ses geôles en prison, jamais il ne dormirait en cellule de son plein gré.

Non, ce serait à la belle étoile pour lui ce soir. Au moins, la blanche aurait encore de la compagnie cette nuit.
Ayant récupéré cette sorte de couverture qui lui servait pour le voyage, un rapide passage au réfectoire, le chargeant en plus d'une bouteille de vin, et l'homme était fin prêt.

Appuyé contre un arbre, le premier trouvé avait bien fait l'affaire, Gilly ne se trouvant certainement pas encore assez enivré, s'était empressé d'ouvrir le litron.
Il s'était calé dos au tronc, légèrement avachi, ses jambes allongées devant lui et sa main de libre posée sur cette petite poche intérieur qu'il faisait ajouter sur chacune de ses chemises, juste au dessus la hanche.
Ce geste, il le faisait souvent, parfois même plusieurs fois par jour, cherchant "son précieux" des doigts, comme si son contact pouvait l'aider à se calmer ou tout simplement se rappeler...
Jamais il n'avait voulu s'en séparer, son... son... mais...
Williamss s'était redressé précipitamment, posant le flacon pour palper son vêtement à deux mains.
Elle avait disparue...
La découverte lui ayant déclenchée une poussée d'adrénaline suffisante pour réveiller un boeuf, autant vous dire que ses esprits furent bien vite retrouvés.

Mais oui! Hier, alors qu'il était arrivé exténué à l'auberge et s'était écroulé, il n'avait pas pensé à vider sa chemise toute crottée, oubliant dans son écrin, cet objet pourtant si précieux...
Il blêmit, se rappelant du sort qu'il venait d'infliger à ce linge.
Rapidement il se releva, attrapant quand même la bouteille de vin, au cas ou, n'étant pas au bout de ses émotions, peut être aurait il besoin d'un remontant.

La louve jusqu'alors roulée a côté de lui, l'avait d'abord observé comme intriguée de l'excitation soudaine.
Puis elle s'était étirée, se soulevant sur ses quatre pattes avant de le suivre au pas de course. Pour une fois que lui courrait de ses vrais pieds, le canidé trouvait même le jeu plutôt marrant, gambadant comme une folle autour de lui.

Il avait couru droit à la rivière.
Oui oui, j'ai bien dit droit...
A la place même où, environ une heure avant,le massacre avait été commis.
Reprenant son souffle, debout à l'emplacement ou ses vêtements auraient dû se trouver, l'homme semblait dépité.

Pus rien... que de l'herbe, des cailloux... mais rien d'un bout de tissu...
le seigneur se serait il si vite chargé de la redistribution des bien?
Impossible!
Il y a peu encore, il avait vu l'ensemble des religieux, attablés tous ensemble.
Septique, il fouilla des yeux les environs.
Peut être s'était il décalé?
Peut être faudrait il se faire une raison?
Peut être que cette blonde, visiblement moqueuse, le regardant assise un peu plus loin, pourrait l'éclairer sur toutes ces questions...

leur journée ensemble avait déjà bien mal commencé. Pour lui, elle continuait, alors pourquoi ne pas lui en faire profiter!
Vers elle il s'avança, un peu penaud peut être, mais qu'avait il de plus à perdre maintenant?

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Mahaud.
Elle était loin d'être méchante Mahaud, très loin même. Taquine souvent, moqueuse aussi mais jamais avec un mauvais fond. Aujourd'hui elle avait même été plutôt bonne poire, ce qui tombe bien dans un verger.
Après avoir fini son repas frugal, ses yeux étaient longtemps restés figés sur le linge qui attendait aussi bêtement qu'un linge peut attendre, que quelqu'un décidât pour lui du sort qui lui serait réservé. Bon, il était propre déjà. Elle n'allait pas non plus souffler dessus pour le faire sécher hein.

L'air de la soirée était encore assez chaude et une bise légère chatouillait les feuilles des arbres. Peut-être que c'était suffisant pour sécher un peu ?
Elle avait donc décidé, tant pis, elle prenait sur elle.
Une longue branche de noisetier dépouillée de ses feuilles tendue à l'horizontal entre deux branches d'un abricotier avait fait l'affaire, les vêtements y avaient été suspendus avec soin. A savoir s'il serait heureux, le cavalier, de porter du linge qui sentait le savon parfumé de sa passagère... ! Elle ça ne la dérangeait pas, mais s'il s'aventurait à vouloir user de son charme auprès d'une passante, il faudrait qu'il pense se changer !

Mahaud s'était rassise au bord du ruisseau, les pieds dans l'eau. Elle ne rentrerait pas tout de suite retrouver l'austérité de sa cellule, elle avait tout son temps.

A la main, elle gardait ce petit écrin trouvé dans la poche de la chemise de Williams.
Cet irresponsable aurait bien le perdre dans l'eau, dans l'état où il était !
Entre ses doigts, le coffret miniature tournait, dans un sens, dans l'autre... sa curiosité piquée au vif, elle rêvait de l'ouvrir, découvrir ce qui s'y cache. Oh elle l'avait bien vu, le sieur de Gilly, porter la main à son côté. Une sorte de manie, s'était-elle dit.
Et puis elle avait trouvé l'objet en frottant la chemise, bien rangé dans cette poche cousue à ce drôle d'endroit.

Mahauuuud..... ? la curiosité est un vilain défaut !

Mmmouiii ... mais pourquoi donc ? Et qui a décrété ça hein ?
Le regard concentré sur ce tout petit loquet, là, qui semblait bien être l....

Rhaaaaa. Sa concentration fut dérangée, juste avant qu'elle n'ouvre.
Williams semblait avoir retrouvé l'équilibre, et sans doute même un peu de raison, il se dirigeait droit vers la rive. Bien plus droit qu'il n'en était parti du moins ! et suivi de sa fidèle louve qui gambadait comme un jeune chiot.

Encore une fois, le spectacle était au rendez-vous. Il tourna, chercha, se gratta le crâne, jusqu'à ce qu'il l'aperçoive.
Allait-elle encore le faire payer un peu ?... mhhh, possible oui.
L'écrin fut bien vite rangé dans la poche de sa braie sans qu'il puisse avoir rien vu.

La louve s'était assise puis couchée, le museau sur ses pattes avant, voyant que le clou du spectacle devrait être dans le coin. Elle était restée à une distance suffisante pour que la jeune fille ne se sente pas déstabilisée.

Bien décidée à rester le plus calme possible, les mains croisées sur ses cuisses, Mahaud avait observé le cavalier se rapprocher d'elle, bien évidemment une bouteille à la main, avant de détourner son regard et fixer ses océans sur l'onde douce du ruisseau devant elle.
Williamss
Elle était là, assise les pieds dans l'eau, presque trop sérieuse pour être honnête.
Il l'avait bien vu en train de le regarder quand il l'avait repéré. Et maintenant, tournant presque la tête, style "j't'ai pas vu", elle voulait lui faire croire quoi?
Qu'elle venait d'arriver et ne s'était pas régalée du spectacle!
De toute manière, il se garderait bien de lui demander, des fois que...

S'il devait feindre d'attirer son attention pour lui faire plaisir, il en serait ainsi. Alors il s'était raclé bruyamment la gorge à son approche, ne voulant pas non plus la faire sursauter si elle était réellement surprise.


Le bonsoir

commença t il d'une voix légèrement étranglée

Je n'dérange pas?

Ne regardant qu'elle, Gilly n'avait pas encore aperçu le linge, étendu un peu plus en retrait.
Il avait fini de s'approcher et s'était assis à côté d'elle, cherchant à masquer sur son visage, l'inquiétude qui le rongeait.
Visiblement, il avait choisi la technique de tourner autour du pot, plutôt que de foncer tête baisé comme à son habitude...


Vous en voulez?
Lui tendant la bouteille encore presque pleine.
Une fois, on lui avait expliquer une de ces théories de comptoir, comme quoi au goulot, il fallait toujours laisser boire la dame la première. Leurs lèvres y déposeraient certaines vertus, permettant au votre de connaitre leurs pensées.
Qui sait ce qu'il pourrait découvrir ce soir...

_________________
Mahaud.
Evidemment, personne n'était dupe. Elle savait qu'il l'avait vu le regarder, il savait qu'elle savait... bref, tout n'était que jeu.
Il s'y prêta de bonne grâce et elle y répondit avec tout autant de grâce, en exagérant un tantinet sur la politesse, un peu froide, mais polie.


Le bonsoir messire de Gilly. Je vous en prie, la rive est à tout le monde.

Il avait failli la trucider le matin, elle avait dû se farcir sa lessive, manquerait plus qu'elle lui fasse des ronds de jambes en plus ! et puis quoi encore ?!
Elle l'avait laissé s'assoir près d'elle, c'était déjà ça. Elle était maline la p'tite Mahaud, sachant parfaitement pourquoi le cavalier était là, mais n'en fit rien voir. L'innocence à l'état pure. Oie blanche, quoi.

Au son de sa voix, elle tourna le visage vers lui.
Qu'il était beau, avec ses yeux si noirs, mais qui l'enrobaient d'une telle façon qu'elle aurait pu y rester plongée des heures.

A boire ! ben tiens. Et du vin.
Son regard passa des yeux de Williams à la bouteille puis à son regard à nouveau. Il voulait la saouler ? Ca ne serait pas avec une petite gorgée, foi de Mahaud ! En prenant la bouteille, elle fut replongée dans le souvenir nauséabond de l'haleine chargée de vinasse aigre que son époux lui soufflait sur la figure pendant qu'il s'affairait sur elle.
Il fallut à son vieil oncle Henri toute la patience d'un homme passionné pour lui faire découvrir les vins, en apprécier les parfums, les arômes, les goûts. Il faut dire que dans leur belle Bourgogne, ils étaient gâtés.
Il lui avait raconté que dans d'autres régions, on faisait aussi de bons vins.
Mouais, ça, c'était des légendes, c'est sûr.


Merci.

Qu'importe le flacon, dit-on, pourvu qu'on aie l'ivresse. Qu'importe aussi l'alcool ? Celui-ci ayant tout l'air d'être celui qui enterrerait la hache de guerre, Mahaud ne prit pas le temps de le humer, elle leva la bouteille à ses lèvres et laissa couler une bonne rasade entre ses lèvres.
Un coup de revers de main pour les essuyer et elle tendit la bouteille à Williams, à peine un très léger sourire dessiné sur ses lèvres.
Et maintenant ?


Ce sont les moines qui le font ?

Voilà. L'amorce était lancée.
Williamss
Cétait bien vrai, le lieux était public après tout. Même plutôt passager, au vue de la disparition si rapide de ses frusques...
La mignonne n'avait pas bien tord à ne pas le rater. On avait beau dire, le temps, tu verras, ça aide à oublier... Ben, une journée, c'était peut être pas suffisant sur ce cas...
Elle lui parlait froid, certes, mais elle lui parlait au moins!


La légende n'était pas vraiment loin de la vérité, elle avait juste oublié de préciser qu'il ne fallait rien perdre de ses regards...
Dans ces yeux, alors qu'il portait à son tour le goulot aux lèvres, il avait retrouvé cette jeune femme des premiers jours, celle qui l'avait conquis presque au premier instant...

Lui était bien moins distingué et s'était sur sa manche qu'il s'était dérougi les lèvres.


Je pense que c'est leur vin de messe, mais je n'ai pas vu de vigne par ici.
Surement le font ils venir.

Lui retournant la bouteille par réflexe.
Oui, au bercail, il avait l'habitude de boire comme ça avec le Gaston, fallait pas qu'le litron bloque, qu'il disait le vieux...

Ces petits blablas étaient bien sympathiques, mais malgré tout, n'oubliant pas son précieux disparu, l'homme cherchait un moyen d'en rapprocher la discussion.

N'avez vous rien remarquez tout à l'heure?
D'en haut, il m'avait semblé apercevoir une silhouette remonter de par ici...

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Mahaud.
Le pli était pris. La bouteille passa de l'un à l'autre, comme elle l'aurait fait entre deux vieux amis.
Mais on n'y était pas encore, loin de là.


En effet, je n'ai pas vu de vignes non plus.

Une rasade plus tard, la bouteille était repassée à Williams.
A ce rythme-là les moines n'auraient plus rien pour la messe...

A sa question, Mahaud se tourna vers lui, sincèrement étonnée, pour le coup.


Une silhouette ? non, j'ai passé une grande partie de la soirée ici et n'ai vu âme qui vive... à part vous bien sûr.

Voilà, on y arrivait. Il croyait qu'on lui avait dérobé ses frusques. Les frusques... ou....autre chose !? Le pauvre ! Allait-elle le faire tourner bourrique encore un peu ?
Le jeu en valait la chandelle... Elle avait la rancune un peu tenace, la blondinette et pour tout avouer, commençait même à s'amuser.


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