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Plus qu'on va loin, plus qu'y faudra rev'nir !

Eliance
    Belley
    un lundi soir de départ

La tête hirsute ne tient plus en place. Le départ est là. Tout est près. Ou presque.
Les boucles s'agitent en tout sens au somment du crâne ménudiérien. L'action lui fait oublier Diego. L'action lui fait oublier son amour pour lui. L'action la fait se consacrer à son présent. Et uniquement à son présent. Elias, le voyage, les préparatifs. Une bonne chose, donc, pour la Ratiboisée qui a retrouvé des couleurs, des plumes et même son sourire. Elle a plié consciencieusement sa belle robe rouge pour la troquer contre ses frusques moches et sombres. On ne rigole pas avec cette robe. Elle n'arpentera pas les chemins, ne s’abîmera pas à câliner les ronces, à tutoyer la poussière.

Les hachoirs et autres couteaux ont été lavés de leur sang et pendus par ordre de grandeur, laissant un étale de boucherie propre comme un écu neuf. À croire que Eliance devient maniaque. Puis deux bricoles ont été rassemblées dans sa bourse, soit vélin et mine de plomb pour écrire à son frère, si celui-ci se décide à lui donner signe de vie un jour, et quelques quignons de pains histoire de ne pas crever de faim en route, avant qu'elle ne claque la porte de sa chaumière et ne la cloue
*. Les pieds bottés peuvent enfin tricoter dans les rues belleysiennes. Eux aussi ont hâte de parcourir les lieues, de sentir le cuir frotter avec insistance contre la peau pâle, de voir quelques gouttes de bière venir les arroser parfois. C'est tout droit vers la porte de Elias qu'elle vient cogner. Trois coups rapides suivis d'un poussage de porte et d'un pénétrage de domicile. L'impatience n'attend pas.

Eliiiias !
T'es prêt ?!
Oublie pas tes ciseaux, hein !


La bourse a été abandonnée à l'entrée alors que la jeune femme un brin trop excitée se met en quête du russe en sa demeure, un radieux sourire aux lèvres et les foulées trottinantes, prête à lui sauter au cou au moindre œil gris entraperçu.


* Entendez par-là qu'elle ferme seulement sa porte à clé, « clouer une porte » étant une expression particulière mais véridiquement employée dans une certaine région de France.

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Elias_romanov
Elias était en retard, ce qui était un phénomène assez rare pour être signalé.

La dernière lettre de sa sœur l'avait plongé dans des abimes de réflexion, et il avait du mettre les bouchées doubles pour terminer la tenue qu'il avait entamé pour l'anniversaire de Cyrielle. Un galon récalcitrant lui avait fait avoir des sueurs froides, alors que le soleil déclinait et annonçait le départ proche.

Le cri d'Eliance le fit sursauter, et manqua lui faire trouver le tissu soyeux. Il jura à voix basse en russe, vérifiant qu'il n'avait pas abimé son ouvrage.
Il entendait distraitement la jeune femme, qui grimpait les escaliers pour le rejoindre, qui parlait de ciseaux, entre autre chose, et n'eut pas le temps de réagir qu'il avait une roussiblonde accrochée à son cou.

Oui bon d'accord, il pouvait abandonner son ouvrage un bref instant, ce qu'il fit, pour embrasser follement la jeune femme. Il abandonna les lèvres de la journaliste, pour répondre :


J'ai presque fini.

Ce qui signifiait "oui je suis grave à la bourre chérie".
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Eliance
Il est pas prêt. Sinon, il serait pas affairé de la sorte.
L'étreinte achevée, Eliance jette donc un œil sur l'ouvrage en cours. Un autre jour, ça l'aurait agacée. Un autre jour, elle aurait fait des reproches. Mais ce jour-là, elle dirige un groupe, alors elle se moque d'arriver la dernière avec son tailleur. Les autres attendront. La bonne humeur reste au beau fixe dans la cœur ménudiérien, alors qu'elle détache ses bras pour libérer le cou russe, le sourire toujours gai et entraînant.


Alors finis. Je t'attends.
T'as préparé ton baluchon ? T'as pris des ciseaux pour m'couper les ch'veux ?
Et une couverture ? J'en ai pas pris, moi. On s'partag'ra la tienne. Mike menace de m'raser la tête si j'dors seule.


L'excuse est bidon, certes, mais quand on est une Eliance pudique, frigide et peu sûre d'elle, on peut se permettre ce genre de chose. On peut trouver des raisons dignes d'une gamine de quatorze ans pour justifier une telle proposition sans en avoir trop honte, sans rougir de trop. Comme c'est tout de même un peu gênant, elle a détourné le regard, à la recherche du baluchon prêt, ou non, du russe. Et puis la menace est véridique !
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Elias_romanov
Le russe sourit à la jeune femme, de façon amusée face à la menace formulée par l'ancien maire de Belley.

C'est à Mike que je couperai les cheveux si il s'approche des tiens !

Fanfaronnade lancée au vent, cela ne risquait pas d'arriver.
Il se réinstalla et termina rapidement les derniers points de couture. Le fil fut coupé, et Elias replia la robe rapidement, avant de la glisser dans un pan de tissu pour la protéger. Il expliqua brièvement la situation, pour qu'il se dépèche ainsi son ouvrage pour pouvoir l'emporter.


C'est pour Cyrielle, elle revient en Empire. Elle veut me présenter mon neveu.

D'ailleurs, le russe ne réalisait pas vraiment que sa soeur était déjà mère. Il regrettait de ne pas avoir pu être à ses côtés, même si il aurait été probablement bien inutile. Le sac d'Elias fut finalement prêt et il se releva brièvement, regardant la jeune femme. L'incertitude chez lui était en cet instant tangible.

Je... lui ai écris sur toi. Un peu.
Et sur le clan. Mais elle n'approuve pas.


Il se baissa pour prendre son sac, et une fois celui-ci sur son épaule, il prit la main d'Eliance.

Enfin nous verrons. Je vous présenterai.

Et peut-être que le Coquelicot changera d'avis sur les fréquentations de son frère.

Il entraina alors Eliance, pour descendre les escaliers, prendre sa cape, et quitter la petite maison du tailleur. Il la laisserait alors le guider jusqu'au lieu du rendez-vous avec les autres.
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Eliance
Elle le laisse finir, patiemment, arpentant simplement la pièce lentement en long, en large et en travers pour calmer ses impatiences jambières. Elle rit quand il parle d'une éventuelle vengeance sur le crâne de Mike, Eliance sachant Elias bien incapable d'une telle chose. Mais quand le russe se met à causer de sa sœur, et de la révélation de leur relation, la Ratiboisée interrompt sa marche pour le regarder, cherchant son regard gris. Et un sourire plus grand s'invite sur son visage. Un de ceux qui ne peut se contrôler.

Elle m'aim'ra bien. Tu verras.


La réflexion peut paraître prétentieuse, mais rares sont les gens détestant Eliance. Elle sait se faire assez curieuse, assez compréhensive, assez serviable pour rassembler les bons sentiments quand il le faut. Au pire, elle indiffère ; au mieux, on l'adore. Mais par-dessus tout, elle sait trouver du bon en chaque personne afin de l'apprécier. C'est bien là, son atout particulier.

L'inquiétude n'est pas, donc, quand ils sortent de la maison du tailleur pour rejoindre les autres. En retard, ils le sont. Mais Eliance saura trouver une lueur dans le ciel indiquant que la nuit n'est pas encore totale et que, donc, ils sont à l'heure, puisque le rendez-vous était fixé à la tombée de la nuit. Et les portes de Belley seront franchies.


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    Première nuit de marche
    entre Belley et Chambéry

La main du tailleur n'a pas été lâchée depuis le départ, Eliance considérant la présence de son propriétaire comme bien trop précieuse pour le laisser s'éloigner ne serait-ce que d'une coudée. Et puis ils en ont des choses, à se raconter. À leur suite, le couple infernal, Richard et Alizée, la dépressive Ombe, la potentiellement future femme du Jok', Lou et le presque-moine Torestan. La compagnie est gaie de ce départ couvé par un temps clair et doux. Les conversations vont bon train et forment une nappe de brouhaha qui les englobe tous.

Les pieds ménudiériens sont ravis de retrouver les chemins et leur quotidien. La sensation de la terre, des cailloux sous la semelle, le vent frais qui caresse ses oreilles, sont autant de plaisirs à eux seuls qui font davantage revivre la Ménudière. Sa petite voix se crée une place parmi les voix fortes des autres, alors que les yeux marron se sont braqués sur le russe à ses côtés.


Dis, tu devais pas m'raconter un truc sur les rousses ?
Des mésaventures ou quoi ?


La mémoire n'est pas bonne, mais la curiosité maladive de la roussi-blondasse sait se souvenir à temps des éléments importants.
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Elias_romanov
Sa main dans celle d'Eliance, le russe taillait la route dans cette petite troupe hétéroclite. Les nuits printanières étaient belles, invitant à la contemplation des étoiles bien plus qu'à la marche, mais ce n'était pas si désagréable. Au loin, les remparts de Chambéry étaient visibles de part les feux qui brûlaient à leur sommet, mais il y avait encore quelques heures de route avant d'y parvenir.

La voix de la journaliste se fit entendre dans la nuit, alors qu'Elias esquivait une branche tombée au sol.


Humm ?

Absorbé dans ses pensées, il ne comprit pas tout de suite ou elle voulait en venir. Finalement, il se rappela de quoi elle parlait, et eut un petit rire léger.

Ah, je pensais que tu aurais oublié.

Il avait écrit cela dans une missive pour taquiner la jeune femme, et n'avait pas imaginé qu'elle reviendrait à la charge.


Attends, je dois me rappeler...

Il réfléchît brièvement à comment agencer les choses.

Je devais livrer une tenue, à un client de province, et je percutais alors une jeune femme rousse. Mais vraiment rousse. Elle avait un petit insigne de l'ordre des... dames blanches je crois.
Nous avons commencé à nous insulter, car elle avait fait tomber ses courses, et moi j'étais complètement perdu dans cette ville inconnue.

Finalement, je lui ai proposé de lui payer quelques courses en échange de l'indication pour trouver ou habitait le bourgeois. Elle a accepté, et ... je crois qu'il ne me restait plus que quelques deniers après le passage chez le boulanger.

J'étais vexé ! Alors j'ai vidé ce qu'il me restait d'argent dans son cageot en l'insultant encore un peu. Finalement, elle m'a rendu les pièces, et avoué qu'elle ignorait ou je devais me rendre.

Depuis ce jour-là, je fais attention aux rousses que je croise. Et à ma bourse.


Au sourire visible sur son visage, il ne semblait plus en vouloir à la terrible écuyère qui l'avait presque ruiné ce jour là.
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Eliance
Les sourcils ménudiériens se haussent, dans le noir. Si la nuit claire permet aux pupilles marron de voir les contours du visage russe, elle ne leur offre pas le privilège de capter le regard couleur métal. Mais Eliance le cherche, malgré tout, sous le coup de l'étonnement. Parce qu'à ce moment-là, elle tente d'imaginer Elias insultant quelqu'un et cette attitude semble tellement étrange à la jeune femme. Lui d'ordinaire si calme, sérieux, constant, qui puisse s'énerver. Ça la laisse un moment sans voix. Et la seule chose qu'elle trouve à dire à propos de cette histoire de rousse insultée, insultante et maladroite, c'est : J'suis pas vraiment rousse, tu sais. Roussi-blonde, Atro elle dit.

Rien à voir, donc, le pire étant bien qu'elle se rend compte de sa réponse à côté de la plaque. Elle aurait pu ajouter qu'il fait bien de se méfier des rousses. Diego étant parti avec l'une d'entre elles, elle ne voudrait pas avoir à revivre ça. Mais elle ne le dira pas à voix haute. Parce que Elias ne fait pas partie de la catégorie « boulets », toujours d'après Atro. Et que c'est bien là que Eliance doit lui offrir sa pleine confiance. Alors les doigts se resserrent un peu sur ceux enlacés du russe et la jeune femme se rapproche encore un peu plus de lui, dans la marche, de sorte que leurs bras se frôlent à chaque mouvement. De sorte qu'elle se sente bien contre lui.

J'ai parlé de toi à mon père.

Les mots sont lâchés, mal assurés. Eliance a hésité. Elle a essayé de réfléchir à tout ça. À si elle devait répondre à son père. À si elle devait lui parler d'Elias. À si elle devait parler de ça au russe. Finalement, les heures passées à cogiter de la sorte n'auront menées à rien, sinon à confronter la Meringue à son instinct, à son destin. Et puis, ne lui a-t-il pas avoué plus tôt dans la journée avoir parlé d'elle à sa sœur ? Égalité, balle au centre...
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Elias_romanov
La réponse de la jeune fille prit de court le tailleur, ne comprenant pas tout de suite ou elle voulait en venir. Il eut alors un léger rire, se moquant gentiment de la journaliste.

Oh Eliance, ne t'inquiètes pas.

Et puis... je crois que la chose la plus coléreuse que je lui ai dite était qu'elle était agaçante.

On était loin des bordées d'injures que certains pratiquaient à longueur de journée. Même dans la colère, il semblait rester relativement mesuré.

Eliance révéla alors une nouvelle information et il se tourna vers elle, visiblement surpris. Il n'imaginait pas qu'elle avait encore des contacts avec son père, après cette enfance qu'il lui avait donné.


Hmm...

Un silence, puis il lâcha, d'un ton un peu froid.

Je ne pense pas que je devrais le rencontrer, tu sais.

On parlait d'un homme qui avait enfermé sa fille dans un grenier et l'avait vendu en épousailles à un autre. Et le russe n'était pas certain de garder son calme ou de se montrer poli face à ce genre de personnes.

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Eliance
Son père. Cet être si ambivalent dans la caboche ménudiérienne. Eliance aime son père autant qu'elle le déteste. Comme quand elle était petite. Rien n'a pu changé ça. Pas même la rancune tenace, pas même les reproches qu'il lui formule dans ses lettres. Elle rêve de le voir mourir et l'instant d'après de le tenir dans ses bras. Et même si elle se refuse toute effusion réelle, elle l'a revu, une fois, simplement pour voir ce visage, celui qu'elle attendait toute une journée, étant enfant, dans une sorte d'impatience mi-survoltée et mi-effrayée.

Son père, c'est ça. Son bourreau, son geôlier, son premier amour, son gardien, son tuteur. C'est celui qui lui a appris ce qu'elle aime le plus : écrire. C'est celui qui a pris soin d'elle. Celui qui l'a vêtue. Nourrie. Câlinée. C'est aussi celui qui la terrifiait, la grondait, lui apprenait des choses qu'on n'apprend pas d'ordinaire aux enfants. Celui aussi qui l'a vendu, à Gontrand. Celui qui est à l'origine de son véritable enfer. Celui à l'origine de ses difficultés à vivre.

Comment expliquer ça ? Elle a essayé, à Atro. Mais Atro n'a pas compris. Elle a essayé, à Diego. Mais Diego n'a pas compris. Ils ont juste détesté ce père, serré les poings pour éviter qu'ils ne s'écrasent sur la figure paternelle. Et Elias, à présent. Elle aimerait qu'il comprenne. Qu'il ait envie d'étriper le bourreau ou non, mais qu'il comprenne pourquoi elle ne le déteste pas tout à fait. Qu'il comprenne d'où sort l'once de tendresse qu'elle a encore pour lui. Elle fuit le regard qu'elle devine se braquer sur elle, regarde droit devant.



Je sais.
    ... silence...
Je l'ai revu, une fois. Il s'était fait diacre. Il confessait des gens...
C'tait bizarre, d'le revoir.
    ... silence...
Y m'a écrit, y a quelques s'maines. J'sais pas pourquoi, mais j'lui ai répondu.
Il va vivre à Nevers. J'songe à aller l'voir.
    ... silence...
Mais... j'me dis qu'il va p't-être me retenir et vouloir m'empêcher d'prendre ton échelle.


Si garder contact avec son père semble presque naturel à Eliance, elle sait les dangers qu'il y a à ça. Elle sait que seule, elle ne pourra pas l'affronter sans redevenir la petite fille soumise et docile d'avant. La dernière fois, il y avait Atro. Elle espère que lors la prochaine, il y aura Elias. Parce que c'est lui qui détient l'échelle. Et même si les mots qu'il a prononcé vont dans le sens inverse, elle espère qu'il pourra être là.
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Elias_romanov
Eliance voulait aller voir son père, à Nevers. Le tailleur aurait surement du mal à faire sortir cette idée de la tête de la jeune femme, et il réflechit un peu. Finalement, il secoua un peu la tête, et reprit.

Je ne le laisserai pas faire, alors.

L'invitation, tout comme son acceptation, étaient implicites. Elias reporta son regard sur la route et resta brièvement silencieux, laissant seulement le bruit de ses pas et de la nature rompre le silence.

Ensuite, j'irai... en Languedoc.
Il y a là-bas ma soeur. L'autre...


L'autre, celle dont il prononçait rarement le nom.

Isabella.

Il finit par reprendre, avec un soupir.

Cyrielle veut m'emmener la voir.

Le tailleur ne savait pas quoi en penser, ce qui découlerait de cette rencontre, si elle avait lieu. Il n'avait pas encore répondu à ce sujet d'ailleurs, ne s'étant pas décidé à se confronter au passé et aux souvenirs moscovites. Cette sœur qui avait bénéficié de l'amour de leur mère, à leur détriment.

Il ne formula pas l'invitation clairement, le Languedoc, c'était encore plus loin que Nevers, et il doutait que toute la clique qui servait de famille recomposée à Eliance suive. Il était alors probable que la jeune femme veuille rester près de sa soeur.

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Eliance
La réponse du tailleur ne peut pas être plus explicite. Enfin si. Mais pour ces deux-là, nul besoin de l'être davantage. Eliance offre à la nuit un de ses sourires qui illumine son visage. La voilà rassurée. La voilà en confiance. Un peu plus encore. Mais les histoires de famille ne s'arrêtent pas là pour autant. C'est bien Elias qui poursuit. Décidément, choisir sa famille est bien plus intéressant que subir celle que le sang impose. C'est la pensée qui effleure l'esprit ménudiérien, à ses paroles.

Sa sœur. Pas le coquelicot. L'autre. Celle enfuie avec sa mère. Eliance imagine. Elle imagine combien il doit la détester, cette sœur-là. Combien se confronter à elle va être éprouvant pour lui. Combien, le rappel des jours malheureux va le perturber. Alors, sa main quitte celle du tailleur pour glisser dans son dos et la tête ménudiérienne vient s'appuyer contre l'épaule russe, malgré les soubresauts de leur marche qui rendent la chose pas forcément des plus confortables.


On ira, si tu veux.

Elle sent bien que la rencontre n'est pas de son fait à lui, mais de sa sœur. Eliance sait qu'il est difficile de refuser de telles choses à ses frères et sœurs. Ce sont des choses qui s'affrontent, se vivent, en fratrie. Elle, ne sera là que pour essayer d'apporter une légèreté au russe, le soir d'une journée sensible. Et puis, si lui envisage de l'accompagner à Nevers, elle le suivra en Languedoc à son tour. Atro fera la tronche, mais c'est ainsi. Et puis, ils n'auront qu'à y aller tous ensemble. Après tout, ça ne fait qu'une promenade supplémentaire au programme déjà flou de la troupe. Elle devra en parler à la Teigne. À Mike, aussi.
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Elias_romanov
Elias fut surpris de sentir la main d'Eliance se glisser dans son dos, elle qui d'habitude n'aimait guère les contacts, surtout en public.
Ce n'était pas très confortable, mais c'était agréable.

Elle accepta de venir en Languedoc et le tailleur en ressentit, étrangement, un soulagement. Ainsi, il s'arrêta en plein milieu du chemin, provoquant les râleries de ceux qui suivaient derrière et qui venaient de manquer leur rentrer dedans. Il se pencha alors vers Eliance pour l'embrasser. Sa main rejoignit brièvement la joue de la jeune femme en une caresse légère, avant d'interrompre le baiser impulsif qu'il venait de lui donner.

Il ne dit rien, se contentant de la regarder avec intensité, avant de se remettre droit, et de passer un bras autour des épaules d'Eliance. Il changea alors totalement de sujet, d'un ton léger qui tranchait avec les sujets de conversations qu'ils venaient d'aborder, son accent continuant de bousculer les rrr et les autres lettres.


Une autre fois, je te raconterai l'histoire de la rousse qui me demandait si j'étais un crapaud.

Sans le vouloir, il inventait le concept des contes des mille et une nuits avec la jeune femme.
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Eliance
L'étreinte furtive se fait en public, certes, mais surtout dans une pénombre saisissante. C'est ce dernier point qui détend la roussi-blonde et lui fait savourer l'instant à sa juste valeur. Et peu importent les grognements intempestifs de ceux qui voient leur marche interrompue brutalement parce que monsieur le tailleur a décidé d'embrasser sa Meringue. Alors, à peine leurs lèvres séparées, un petit rire bref se fait entendre. Le rire de la légèreté. Les nuits à pleurer le Dracou sont loin. Eliance accepte à présent bien volontiers la fatalité de leur séparation, de leurs différences. Elle accepte que Elias soit là, tout aussi capable de la rendre heureuse. Voire davantage capable. Qu'il sache mieux encore la comprendre, en silence, rien qu'avec ses yeux gris. Et même si l'échelle n'est pas gravie totalement, même si le chemin reste long jusqu'au dernier barreau, Eliance se sent prête. Bientôt, elle apprendra à toucher un homme sans avoir peur. Bientôt, elle apprendra à se laisser toucher sans avoir peur. Bientôt naîtra le plaisir. Peut-être celui de la vie, en prime de celui de l'amour.


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    Départ d'Annecy
    cinquième jour loin de Belley


La douceur printanière accompagne les déambulations des amis. Les nuits sont moins froides. Et même si parfois une averse ou deux s'invitent au programme, l'eau qui les détrempe ne les congèle plus, ne leur fait plus risquer la mort. Comme d'ordinaire, la vision d'Annecy a provoqué chez Eliance un trouble incontrôlable. Une mélancolie soutenue, à remuer les souvenirs profonds de ses entrailles. Heureusement, les lieux connus ont pu être éviter, cette fois, Mike ayant investi dans une auberge. Alors Eliance n'en est que peu sortie, voire presque pas. De la chambre au comptoir, du comptoir au marché, histoire d'écouler sa réserve de viande séchée.

Elle a forcé sa cervelle à turbiner sur des choses non douloureuses et très prenantes. Eliance a écrit, beaucoup. Des lettres à son père, à la femme de Bourg, Juliette. Elle a travaillé sur des articles, en a relu d'autres, glané des informations. Elle a reprisé le bas de sa cape qui avait peu aimé un passage ronceux à l'aller. Elle a bu, elle a parlé tactique et futur avec Mike, contes et douceurs avec Elias, blagues et engueulades avec Atro. Mais c'est tout de même soulagée qu'elle a vu l'heure du départ sonner. Enfin, elle peut respirer mieux. Cette ville l'oppresse. L'étouffe. Les chemins sont repris de gaieté de cœur. Et c'est donc cette fois-là, plusieurs jours après l'évocation de la chose, comme Elias l'avait prédit, que Eliance lui reparle de son histoire de crapaud et de rousse, qui décidément, ne semblent pas vouloir le laisser en paix. Ils marchent encore main dans la main. Inlassablement collés l'un à l'autre.


Laisse-moi deviner. La rousse qui t'a pris pour un crapaud... elle voulait t'embrasser ?
Voir si tes pustules s'en irait ? Voir si tu te transformais en prince charmant ?


Le ton est amusé. Un brin moqueur. La pointe de jalousie qui naît dans la caboche ménudiérienne à l'idée qu'une rousse ait voulu l'embrasser se voit mettre en sourdine par une Eliance s'efforçant de ne pas céder à ses peurs primaires. En rire lui semble un bon moyen.
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Elias_romanov
Le voyage savoyard se poursuivait. Le russe avait pris le temps de répondre à sa soeur, à Chambéry, grâce à la conversation eue avec Eliance.

Elias lui furetait souvent dans les échoppes, cherchant des choses intéressantes pour son métier de tailleur. Mais Annecy était petit, ainsi il fut bredouille à la fin de ses escapades, à moins qu'il ne soit devenu exigeant.

Il notait qu'Eliance était un peu différente ici, mais il se contenta d'être présent et de tenter de la distraire quand cela lui était possible. Finalement, ils préparèrent leurs sacs, pour repartir. Le tailleur ne savait même pas ou ils se dirigeaient, se contentant de suivre les ordres de sa chef roussi-blonde.

Sa main dans celle d'Eliance, Elias rit en entendant les questions de la jeune femme.


Ah, tu connais le conte ? Il faut que tu me le dises, alors ! Je te raconterai ensuite.

Et oui, cela ne devait pas toujours être aux mêmes de faire part de leurs histoires !
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Eliance
Un instant, Eliance est étonnée de l'ignorance du russe. Son russe conteur ne connaît pas ce conte ! Après tout, peut-être n'existe-t-il pas dans son pays. Il a déjà dit qu'il y faisait froid. Peut-être que les mares sont gelées tout l'hiver et qu'il n'y a ni crapaud ni grenouille dedans qui parviennent à y survivre...

Eh bien... j'me souviens plus du pourquoi, mais une sorcière change un prince en crapaud. J'ai idée qu'y d'vait être vaniteux. Et égoïste. Le crapaud retrouverait sa forme d'homme que si il parvenait à se faire embrasser par une femme. Seulement ça rompra l'sortilège.
Eliance brode un peu, adaptant le conte entre ses souvenirs et ce qu'elle veut en dire.
Autant dire qu'il est très très moche, en crapaud. Il est gluant, d'un marron couleur de vomi, une odeur atroce. Il a même des espèces de pustules partout sur le corps. Tu sais, comme les crapauds ou les vieilles peaux !


Pour mieux raconter, Eliance a lâché la main russe et tente d'illustrer ses propos avec de grands gestes. Montrant d'abord la taille minuscule du crapaud avec ses doigts, puis mimant une caresse du plat de la main, interrompue par des bosses impromptues, pour mieux figurer la peau rugueuse et bosselée du crapaud.


Bien sûr, il s'est fait chasser du palais, le prince-crapaud. À coup de balai. Comme un mal-propre. Par la grosse cuisinière. Qu'est-ce que tu voulais qu'elle sache qui il est réellement ?! Du coup, il a fini par aller dans une mare. C'est quand même là que les crapauds vivent. Même les princes-crapauds. Il avait donc une existence nulle de crapaud.

Et puis, un soir, une jeune fille s'est approchée de sa mare. Je crois qu'elle pleurait. Un chagrin quelconque dont la cause nous intéresse pas trop, en fait. Le crapaud, je crois que la sorcière lui avait laissé la parole. Et comme ça faisait longtemps qu'il avait vu personne et que la jeune fille pleurait, il a commencé à la réconforter. Alors elle, elle a eu peur, d'abord ! Un crapaud qui cause ! Mais elle était tellement triste. Et il était tellement gentil. Elle l'a écouté et son chagrin s'est envolé. Alors le prince-crapaud lui a fait du chantage pas très joli-joli, comme quoi, il avait fait envolé son chagrin, alors elle lui devait quelque chose. Et il lui a demandé de l'embrasser.

Tu penses bien la tête qu'elle a dû faire, la pauvre fille ! Mais il a insisté. Et encore insisté. Et finalement, elle a fini par lui faire un baiser sur sa peau dégueulasse en fermant les yeux et en se pinçant les narines. Et là... PAF !
Grands mouvements de bras mimant une explosion. Le sort était rompu. Le crapaud s'est changé en beau prince charmant, devant la jeune fille qui avait non seulement oublié son chagrin, mais gagné un prince. On peut imaginer que le prince était très beau, très galant et qu'ils sont tombés éperdument amoureux. Qu'ils se marièrent et que la jeune fille n'a plus eu de chagrin du tout et que lui n'a plus jamais été vaniteux ou égoïste.

Je n'y étais pas. On me l'a raconté. Mais j'y ai jamais cru, à cette histoire.
Jamais j'embrasserai un crapaud. Parce que c'est vraiment affreux. Et que je crois que ça m'angoisserait qu'il se transforme en truc blond chevelu.

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