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[RP] Première nuit

Loras.
    [Juillet 1464]


L'eau ruisselle sur la peau jeune et immaculée du visage, brunissant encore les cheveux, s'immisçant entre l'armure et les gantelets. Le mois de juillet est torride, les terres arides. La silhouette très masculine se découvre enfin, lorsque les mains calleuses écartèlent la coque de fer qui l'enferme pour la dénuder, carapace lourde et abimée par les coups d'estoc, souillée par le sang de ces autres qui a eu le temps de sécher et de noircir.

Au moins eux d'où ils sont ne supporteront plus la brulure du soleil, plus meurtrier que n'importe quel coup d'épée sur un champ de bataille.

Loras achève sa mue, longue et fastidieuse dans les bruit des cliquetis et de la cotte de maille qui glisse au sol et y reste sans qu'il ne daigne la ramasser. Le casque est jeté sans douceur près de l'épée bâtarde sur la paillasse de la chambrine, louée avec la dernière solde qu'il a décidé de recevoir. Les yeux du déserteur se posent, dans leur intensité perçante naturelle sur les vestiges de plusieurs années de souffrance silencieuse, que le corps et l'esprit avaient été formés à recevoir et à donner, incarnées à elles seules par le jaseran et la cuirasse dont il s'était débarrassés et qui gisaient non loin du baquet. Dehors, il avait délivré son cheval de son caparaçon, comme un symbole.

Le jeune mâle entra lentement dans l'eau dans la superbe de sa vingtaine d'année, ne retenant pas un soupir presque douloureux, partagé entre le plaisir de retrouver une sensation si naturelle et délassante et la douleur que l'eau froide pouvait éveiller sur ses muscles contusionnés. Progressivement, le corps prématurément usé s'assit dans la cuve et en investit les contours. Les mains fines vinrent étirer les bras aux déliés gracieux contre le rebord, étendant leur longueurs pour y reposer le dos. Le silence se fit enfin, lorsque la nuque se renversa en arrière, semant ses cheveux raides et mi longs à l'extérieur du bain , laissant ainsi le tableau d'un homme fatigué mais beau des stigmates de ses efforts, ses batailles, ses regrets. De l'adrénaline qui l'avait étreint si souvent, et dont les expressions s'éveillaient encore naturellement sur son visage racé.

Loras avait décidé de quitter sa vie de guerres et de conquêtes, mettant fin dix ans après son engagement à son apostolat meurtrier. Sous ses paupières baissées, les images sales et les couleurs flamboyantes des bannerets s'accrochaient inexorablement, comme pour lui rappeler qu'il ne suffisait pas de le décider pour oublier qui l'on était vraiment. Seule sa poitrine nue marquée d'une balafre qui avait scindé l'un de ses pectoraux continuait à se soulever doucement à la surface de l'onde... Semblant murmurer dans le silence...


Tu es vivant...

    Tu es vivant.


      Reste vivant.


        Sois vivant.


Vis. Maintenant.


Les heures s'écoulèrent sans qu'il ne daigne quitter son repos, mutique. Mais lorsque la nuit tomba, il sortit enfin de son repaire. conquérant la ville comme on lâche les chiens. Sa tenue était simple, et propre. Ses cheveux lisses, encadrant un faciès aussi dur que jeune. Sa posture ne laissait pas douter d'une certaine assurance, ni que la nuit lui appartenait. Loras était joueur et avait trop manqué de distraction ces derniers mois difficiles, c'est donc naturellement qu'il entra dans un tripot, en quête d'indiscipline.

Ses yeux bruns vinrent balayer la salle bruyante, à la recherche de l'adversaire qui ferait sa nuit. Dépenser jusqu'au dernier denier cette solde qui lui brulait les doigts, disperser ainsi le souvenir, et le tribut impur.

Telle se profilait la première nuit qui lui appartenait vraiment et qu'il n'offrirait à personne.

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Kachina
De ses doigts fins, elle pique dans la lourde chevelure quelques épingles censées discipliner celle-ci. La masse sombre retombe en boucles sur la cotonnade immaculée du corsage qui dévoile ses épaules. Elle lace soigneusement cette large ceinture à sa taille, avant de faire glisser le long de ses jambes la jupe légère qui s’empresse d’épouser les hanches rondes.
Le soleil de juillet s’invite par la fenêtre ouverte, éclairant cette chambre d’auberge où elle a fait halte. L’image que lui renvoie la psyché devant laquelle elle se tient debout, occupée à s’habiller après le bain, amène une moue maussade sur le visage las alors qu’un soupir s’échappe de la bouche carmine. Une femme ne se sent jamais aussi belle que sous le regard d’un homme aimé. Il manque aux amandes fougères cet éclat fiévreux qu’ont les filles amoureuses.

Combien de jours déjà qu’elle a quitté sa ville, les quelques amis qui lui restaient pour partir au hasard ? Combien de nuits solitaires à se retourner sur sa couche bien trop vide. Elle n’a pas fait le compte, avançant vers demain, jours après jours.
Certains disent que c’est une fuite. Elle, elle dit que c’est une grande goulée d’air frais, le coup de pied au séant qui lui fallait pour qu’elle se redécouvre. Qu’elle veut une fois au moins se sentir libre. Vraiment libre.

L’an passé à cette époque…les heures s'écoulaient rieuses...L’an passé à cette époque……..Foutre dieu….Les canines se plantent dans la lèvre inférieure, empêchent les souvenirs d’affluer. Pitié, si le Très Haut ou le Sans Nom l'entendent, qu'ils lui offrent l'oubli. Enfin...

On la dit lasse…Elle l’est. Que lui reste-t-il encore à découvrir ? Sait-elle encore vibrer ? Si longtemps qu’elle donne le change. Qu’est ce qui pourrait encore l’étonner ? Qui pourrait encore l’émerveiller ?


Vivre encore…Tant qu’il lui restera un souffle d’envie, tant qu’elle goutera encore au plaisir fou des flancs du cheval que ses cuisses enserrent pour une folle cavalcade. Tant qu’une missive de temps en temps lui dira qu’elle compte encore pour quelqu’un ici-bas.
Vivre et tout prendre. Avec irraison, passion. Risquer, oser. Repousser le tiède, le facile. Mais vivre quoi ? Elle a parfois voyagé les sacoches remplies d’or. S’est parfois contentée d’un maigre quignon de pain.

Sa main droite accroche à sa ceinture cette aumônière de velours pourpre, brodée à son initiale. Il y a là tout ce qui reste de sa maigre fortune emportée avec elle. De dehors lui parviennent les bruits de la rue. Qui s’assourdissent et s’amenuisent. Le soir tombe, c’est une trop belle nuit pour la passer seule à ressasser hier.

La porte claque derrière elle, et l’aubergiste la regarde dévaler les marches, suivant du regard la mince silhouette féminine qui pousse déjà la porte et retrouve l'air pesant de juillet dans la venelle proche.

Elle arpente les ruelles, martèle les pavés de son pas léger. Indécise à laisser trainer ses prunelles à l’affût de la moindre distraction. Une enseigne aguicheuse, l’attire comme un aimant, la forçant à ralentir le pas. Et enfin, un sourire éclaire le minois fatigué quand elle pousse la porte du tripot. Jouer, gagner ou perdre quelle importance, chercher querelle, provoquer un esclandre, boire…Boire de trop. Mais se sentir vivante encore. Aller au bout de la nuit.

Des serveuses à la mise aguicheuse allument de leur décolleté vertigineux quelques clients aux yeux porcins. Sur leurs épaules rondes, sont calés des plateaux remplis de chopes mousseuses qu’elles proposent de tables en tables. Kachi prend place, se débarrasse de son étole, qu’elle pose sur le dossier du siège. Sur un signe, une juvénile blondine dépose devant elle une cruche pleine de vin épicé.


Un troubadour offre un sirvente à la salle, réglant ainsi son repas du soir par son talent incisif. Elle esquisse un sourire en l’entendant railler un quelconque souverain.
Du regard, elle balaie la salle, glisse sur le bourgeois minaudant devant une précieuse endimanchée. L’œil aguerri de l’ancienne mercenaire se pose un instant sur deux individus à la mine louche qui semblent comploter quelque sombre besogne à venir, penchés dans leurs échanges de murmures secrets.

Mais c’est sur un homme seul qui vient d’entrer qu’elle s’attarde. Il semble détaché de tout et pourtant une telle assurance émane de sa personne. Bien bâti, regard et chevelure sombres. Homme des ténèbres ou âme égarée revenue des Enfers. Elle ne sait.
Et, alors qu’elle le qualifie d’intéressant, ne pouvant détacher son regard des épaules masculines, c’est pour elle seule qu’elle murmure, intriguée :
Celui-là est un fauve où je n’y connais rien.

A cet instant, elle décide qu'elle lui inventera mille vies, attend de voir qui se lèvera à sa rencontre pour décider ce qu'il vient chercher ici et imaginer son histoire...
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(Merci à Jd Axelle pour la bannière)
Loras.
Lorsqu'il fendit la foule, il ne rata pas les regards qui se posèrent sur lui. Il était étranger, sa démarche était faite pour fendre les hordes, ses mains malgré leur finesse; pour briser des crânes. Sa bouche pour dire "Non", ses mains pour dire " Viens". Et toute sa personne pour dire... "Je suis là". Il émanait de lui une assurance qu'il n'exprimait pas par des mots, mais par des gestes. La façon dont il se mouvait. Le regard sombre et calculateur qu'il posait sur les autres. Le silence imposé parfois, plus évocateur que la plus abrupte des conversations. Et comble de cynisme, avec le sourire, ce sourire jeune et à demi retenu, la plupart du temps. Loras était dur à l'extérieur, jusqu'à ce frémissement de lèvres qui rendait toute sa présence terriblement rassurante.

Et ses épaules qu'il avait plutôt larges étaient peu mises en valeur, autant que le reste de sa personne avec cette mise des plus banales qui ne lui plaisait pas. Empruntée à l'auberge pour pallier à l'abandon de l'armure, cette tenue ne lui ressemblait pas. C'est donc naturellement qu'en prenant un siège à une table stratégique - comprenez au centre de la pièce - Loras se mit à observer attentivement les joueurs. Les plus riches, ceux qui faisaient semblant de l'être et ceux qui ne l'étaient pas tant qu'ils gardaient leurs mains dans leurs poches. Ces derniers, les voleurs, étaient souvent les plus à même de refourguer leurs précieuses prises... Ce soir, le renégat avait décidé de s'habiller dans la défaite de ses adversaires. Et il avait souvent le goût des belles choses. Pas d'argent? Ce n'était pas un problème. Avec son audace, le jeune homme ne doutait de rien. Il avait quelques cartes à jouer dans sa manche. Il héla une tavernière qui lui servit à boire, et liberté retrouvée ou farce de l'esprit, il lui sembla que c'était la meilleure bière de sa vie.

Accoudé, il but sans cesser de dépouiller des yeux ses voisins de tablée et repéra une personne avec une cape de belle qualité attachée par une fibule ornementale très travaillée. Immédiatement, il sut qu'il la voulait, et qu'importe la manière, Loras avait toujours été combattif... Jusqu'à parfois, souvent même, être belliqueux. Il posa son breuvage, se réservant le plaisir de le savourer plus lentement, tendit la dextre nue vers l'objet de ses désirs et sur un ton presque détaché proposa ses termes.


- Une partie pour ta cape. Si je perds, tu as ma solde.


Et de montrer d'un geste vif la teneur de l'enjeu. Ce qu'il s'abstenait de dire c'est qu'il n'avait rien à perdre, sinon quelques bribes d'un passé qu'il souhaitait renier ce soir, ici et maintenant. D'une quelconque façon. L'oeil brun vint chercher l'approbation, et la pulpe de ses lèvres qui s'étiraient l'encouragèrent.


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Kachina
Elle avait observé chaque mouvement de l'homme, mordu un sourire en le voyant s'installer à une des tables centrales. Celui-là voulait être vu. S'appropriant les lieux, maître en sa demeure. Avançant à visage découvert, déclarant sans mot dire : Il va falloir compter avec moi !
Royal aurait-elle pensé, si le mot royal n'avait pas chez elle évoqué un roy sans panache, aux armées n'arborant même pas la fleur de lys. Elle opta finalement par "conquérant insolent".
Elle aimait.


Elle avait gardé les yeux rivés sur sa personne, repoussant d'une main agacée un homme à l'haleine déjà avinée qui lui proposait une partie en lorgnant sur son décolleté. Elle n'avait nul besoin d'un amant...
Etrange faune dans cette salle de jeu, foutu endroit où se côtoyaient à l'abri des lourdes tentures ornant les croisées sombres... les porcs et les aigles. Sans oublier les éventuels pigeons qui rentreraient à l'aube, la mine défaite et la bourse vide et plate.


Kachi ne cherchait aucunement à dissimuler l'intérêt qu'elle portait à l'inconnu. Il valait bien mieux que ce couple de soudards aux mines maussades qui semblaient prêts à s'entretuer pour quelques pièces misées sur le bois de cette table maculé de vin renversé. Bien mieux que cette riche douairière qui riait bien trop fort derrière son masque destiné à cacher aux regards curieux la femme haut placée qu'elle devait être dans la journée. Ne dit-on pas que la nuit, les masques tombent ? La plupart qui venaient là, tentaient autour de ces tables, d'oublier un temps leurs vies bien trop sages et rangées. Risquer un peu d'argent les émoustillait plus que le déshabillé langoureux d'une sublime catin. Elle...Elle n'était pas d'ici, n'avait aucune réputation à défendre. Elle voulait simplement tuer les heures...Ou les allumer qui sait ?

A l'instant où il posa son regard sur la cape et que les amandes fougères l'accompagnant, aperçurent la fibule, elle sut. Qu'elle avait là de quoi donner un peu de piquant à sa nuit solitaire et terne. Se prouver encore qu'elle aimait ça, jouer, défier le sort, autant que le diable. Si elle perdait, quelle importance. Elle avait déjà depuis longtemps perdu son âme et tant d'autres choses.

La fibule brillait à la lueur des chandelles, semblait murmurer à Kachi : Je suis faite pour toi !. Sans plus réfléchir, mue par une impulsion soudaine, elle se leva, réduisant de ses pas tranquilles l'espace qui la séparait des deux hommes. Sans aucune considération pour le propriétaire de la fameuse cape, elle tira de sa poche un petit sac de toile fine. Ses doigts fins en sortirent une paire de dés qu'elle offrit dans la paume de sa main ouverte à la vue du joueur.
Les amandes fougères fouillèrent les prunelles sombres de son vis à vis, cherchant déjà la moindre faille en lui.
Et l'interpellant d'une voix douce où perlait le défi, elle désigna du menton le dé tout en posant sa main gauche sur le vêtement, refermant ses doigts en griffes sur l'agrafe comme si elle était déjà sienne :


    - Je veux cette fibule ! On la joue aux dés ! Votre solde contre ce qui me reste dans mon escarcelle. Et quelques rêves perdus en prime si vous en êtes !!!

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(Merci à Jd Axelle pour la bannière)
Loras.
Deux yeux verts. Deux dés. Deux mots.

"Je veux".

Loras tiqua à leurs sonorités décidées plus que précipitées ou irréfléchies. Même si son léger décolleté indiquait qu'elle avait sans doute plus besoin d'être couverte que lui, l'Apparition venait convoiter le même tribut que lui. Il laissa ses prunelles brunes faire le vide autour d'elle, et constater. N'y avait qu'elle, conspiratrice, contre ses envies.

Pas d'autres intéressés.

Alors seulement, il releva le chef vers le visage de sa visiteuse et le fit. Ce sourire. Fin et doux, museau renard reniflant déjà l'issue de ce jeu, puisque c'en était un. Audacieux mais pas irrespectueux, presque admiratif d'ailleurs de la situation dans laquelle elle se mettait. Brune, typée, piquante peut-être. Passagère sans doute. Il n'est que les passagers, passeurs et voyageurs pour s'aventurer sur un coup de tête sur des sentiers inconnus. Car leurs enjeux n'en sont pas. Arriver à destination, qu'importe la route. Atteindre la ligne, qu'importe la façon. Vivre, sans se poser de questions, car les questions ne nourrissent pas ou plus. Seuls les actes comptent.

    Tu veux jouer... Jouons.


La main calleuse vint cueillir les dés dans la paume voisine, premier contact pour une première nuit. Il l'invita d'un geste du menton à prendre place, évitant soigneusement les rondeurs maternelles, non pas qu'il n'aurait pas souhaité être un enfançon... Mais comme tous les hommes, Loras était friand de ce que l'on devinait le moins aisément. Loin d'être jeune né, et bien qu'il n'avait pas eu le plaisir de partager sa nuit avec quelqu'Une depuis trop longtemps, le Novgorod appréciait de loin un corps dissimulé, ou totalement nu. Sans nuances. Sans demies mesures.


- Loras.


Les yeux s'ancrent à leurs voisins, figés dans leur interrogation.

    Et toi? Qui es tu, avec tes rêves perdus, prête à les céder à un inconnu?


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Kachina

“Le jeu, c'est un corps-à-corps avec le destin.”(Anatole France)



Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'était pas bavard. Il s'était contenté de s'emparer des dés et de l'inviter à prendre place. Ce qu'elle fit sans attendre, rassemblant d’un geste bien féminin, ses jupes autour d’elle.
Elle accorda au passage, un bref sourire ironique au propriétaire de la cape. L’homme les observait tous les deux d’un air offusqué par tant d'impertinence. Regard quelque peu embrumé par l’alcool qu’il semblait avoir largement ingurgité, à en juger par les chopes vides alignées devant lui. Ceci expliquait peut-être le fait qu’il n’avait pour l’instant aucunement protesté.


    - Kachina !


Elle prononça son nom, comme on aurait énoncé l'évidence.
Nul besoin d'en dire plus. C'était bien suffisant.
Deux prénoms pour une nuit.

Ne pas connaitre grand chose de lui, permettait à Kachi de le façonner à sa guise. Elle l'apprendrait au fil des heures, plongeant dans l'inconnu, ajoutant ça au plaisir du jeu. Le regard vert qu'elle offrit à Loras assorti d'un sourire en retour au sien, s’assombrit légèrement, se plissant comme le ferait celui d’une chatte évaluant les chances de la souris trottinant devant elle. Elle tentait de décrypter ce sourire qu’il lui offrait. et si affrontement elle recherchait, il n’était autre que celui du jeu. Acceptait-il par ennui, ou pas envie ? Elle le découvrirait très vite. Les lèvres féminines brisèrent le silence qu'il laissait planer pour murmurer d'un ton mi-enjoué, mi-tendre :

    - Offrez moi donc à boire, pour commencer. Sert-on ici du claret ?


Ignorant les regards intrigués d'un trio de riches marchands qui avaient interrompus leur jeu pour s'intéresser à ce qui se jouait là sous leurs yeux...Elle enchaina sans attendre sa réponse :

    - Nous jouons à la rafle si vous le voulez bien ! Chacun un lancer. Le gagnant...


Sans vergogne, elle inventait ses propres règles, désireuse de voir s'il s'y soumettrait. A cet instant, ce n’était pas le plaisir de s’approprier la fibule qu’elle recherchait, mais celui de la soustraire à celui en face de qui, elle venait de s'assoir. Et quand bien même, l'objet convoité perdait déjà de son importance, tant la joueuse ne cherchait plus qu'à prendre l'avantage sur l'autre.

Il n'était pour elle à cet instant, qu' un homme séduisant à regarder. Il serait bien plus plaisant de jouter avec lui qu'avec un vulgaire marchand aux manières rustres, comme celui qui pinçait à l'instant la hanche de la serveuse se faufilant entre les tables. L'inconnu qui lui faisait face, allait l’aider à traverser les heures de cette nuit bien trop sombre. Il était ce fauve aux allures de prédateur à qui elle déroberait le trophée convoité. Il était le danger, le risque, ce qui vous fait cogner plus fort le sang dans les veines, le transformant en vif-argent. Ce qui fait que la vie d’un coup s’allume.

Elle laissa le silence s'installer entre eux, jaugeant son partenaire de jeu, décidant qu'il serait assurément plus qu' à la hauteur, refoulant délicieusement ce frisson à ses reins. Celui qui lui disait habituellement : Prends garde Kachi, prends garde... Danger ! Alors que chaque aube nouvelle la voyait chercher désespérément pour quoi, pour qui continuer encore, elle sut que tout ce qu'elle avait jamais cherché était là : provoquer, la chance, le danger, la faucheuse et la vie, l'amour et la rupture...Marier le sombre et la lumière. Pour ressentir plus fort, toujours. Au risque de se consumer...

Les perles blanches vinrent mordre la lèvre inférieure, la faisant pour un instant ressembler à une petite fille sur le point de lancer son palet à la marelle. Impatiente et joueuse. Les yeux verts pétillèrent d’insolence en s'invitant à nouveau dans le regard brun, quand elle déclara pour finir:


    - Celui qui a la somme la plus élevée, décide du véritable jeu et de ses règles. Celui qui accordera la fibule au vainqueur !


La partie pouvait commencer...
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(Merci à Jd Axelle pour la bannière)
Alessia.
Un point c'est tout. Un point c'est moi.




    Et l'homme à la cape est en réalité ... une femme. La Médicis.
    Déguisée avec les vêtements onéreux d'un Grand Officier breton.
    Cette cape lui permet de masquer sa longue chevelure, ainsi que les formes que la chemise et les braies masculines parviennent mal à dissimuler.

    Première nuit ... de liberté après des mois de captivité.
    Après le théâtre qu'elle a dégusté comme un bon vin de chianti *, la florentine a convaincu Grannass d'échanger leurs identités. Leurs vies.
    Pour une nuit.
    Et d'échapper ainsi à la surveillance de l'Aconit et donc du Prince de Bretagne.**

    Amusant et déstabilisant de corriger sa démarche, ses mouvements. Raidir plutôt qu'arrondir ses gestes. De se presser sans en avoir l'air. Paraître conquérant et discret à la fois.
    Et après avoir marché au hasard dans les rues de Rennes, Alessia est arrivée dans ce tripot tel un fauve qui sort enfin de sa cage. En homme.

    Le tripot est la seule porte derrière laquelle l'Aconit ne pensera pas à la rechercher. Elle doit faire profil bas encore une heure ou deux avant d'en repartir et profiter pleinement de cette première nuit de liberté totale.

    Voilà pourquoi elle s'est installée à une table déjà pleine de verres vides.
    Pour avoir la paix.

    Quand soudain ...


    - Une partie pour ta cape. Si je perds, tu as ma solde.
    Vraiment ?
    - Je veux cette fibule ! On la joue aux dés ! Votre solde contre ce qui me reste dans mon escarcelle.
    Et quelques rêves perdus en prime si vous en êtes !!!

    Sérieux ??

    Ce serait bien de me demander mon avis un peu quand même ... parce que cette fibule, il me semble bien que Grannass y tient comme à la prunelle de ses yeux.

    Alessia lance un regard à la porte, aux clients, à ces deux joueurs qui débarquent à sa table sans prévenir, et juge de l'atmosphère.
    Est-ce raisonnable de tenter le diable ainsi ?
    Bien sûr que non.

    Mais pour Alessia, le meilleur moyen de se libérer de la tentation est d'y succomber.
    Alors elle succombe à l'audace du ténébreux d'abord, et au sens de la compétition de la brune ensuite.

    La Médicis défait la fibule et la jette au centre de la table d'un geste ample.
    La cape, que plus rien ne retient, glisse alors sur ses bras libérant ainsi sa chevelure et son identité sexuelle.

    Je vous donne une chance de l'obtenir. Une seule.

    Qui a dit que ce serait facile, mmh ?






    *http://forum.lesroyaumes.com/viewtopic.php?t=2304692&postdays=0&postorder=asc&start=15
    **http://forum.lesroyaumes.com/viewtopic.php?t=2301254&start=0

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"L'abus d'une Médicis est dangereux pour la santé. A consommer avec modération."
Loras.
Kachina, cela sonnait comme le bon grain qui coule d'un sac de blé. Non contente d'être audacieuse, voilà qu'il la trouvait impertinente lorsqu'elle proposait en ordonnant qu'un verre lui soit mené.

- Du claret. La dame demande * se râcle la gorge pour parler plus fort et de façon exagérément noble * s'il y a du Claret.

Aussitôt dit, aussitôt fait. La tavernière semblait avoir l'oreille sensible au bénéfice, apportant dans la foulée un alcool local au renégat. Il laissa quelques écus à son hôte sortis d'une aumônière qui semblait des plus garnies et qui appelait inexorablement à se laisser vider.

Il observa la façon qu'elle avait de se tenir, de se mouvoir sur son siège, et ses expressions. Cette inconnue qui ne l'était plus vraiment semblait naturellement exaltée, comme ces personnes qui cherchent à combler un grand vide ou à s'occuper. Côtoyant le pire et le meilleur des hommes depuis de nombreuses années de batailles et de rébellion, Loras avait beaucoup appris de la nature humaine. Cette sagesse lui permettait de ne rarement se faire avoir, et de souvent s'adapter aux personnes qu'il pouvait croiser. Bien souvent, cette ouverture et vivacité d'esprit faisait que dans la bergerie, le loup... C'était lui.

- Va pour la rafle , Kachina. Je ne perds jamais.

    Tu verras. Mais si je peux me permettre, tu es bien une femme... A compliquer un jeu qui ne l'est pas initialement.


Il le dit sans perdre son vague sourire, après tout il était assuré de gagner cette partie... Non? Le godet trinqua seul avec le claret avant d'être vidé cul sec d'une main exempte de toute fioriture. Cela aussi, il devrait y remédier. Il repéra sur l'instant une jolie chevalière à la main d'un des joueurs attablé non loin.

Plus tard.

Priorité était de se vêtir, déshabillant les autres. Agissant ainsi, Loras pouvait passer pour un voleur de bas étage. Pourtant il escomptait bien gagner ce qu'il désirait, sans tricherie, et sans fards... Les prunelles brunes vinrent se planter dans les vertes, comme pour dire...

    A toi l'honneur. A moi la gloire.


Et la main de se relever de nouveau pour attirer le cruchon opportuniste, ce soir il se sentait sans conteste bien déraisonnable, mais à l'instar de la vie de clébard mordeur qu'il venait de renier n'était-ce pas le soir de toutes les pulsions? Il se promit simplement d'être ivre Après la bataille, prisonnier de schémas qui le poursuivraient sans doute encore longtemps.

La tavernière s'approcha pour remplir de nouveau le godet, tandis que Loras se prit à la surprise d'une fibule qui tinte et d'une cape qui glisse. D'une voix ... Féminine? Et d'une Adversaire de plus - Il le sentit immédiatement- sur lesquels ses noirs focalisèrent, ronds. Ne cachant sa surprise, sourcils légèrement arqués, le Novgorod eut un léger mouvement de recul, buste s'écartant de cette apparition totalement inattendue et inattenduement totale.



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Kachina
Un sourire en remerciement à la serveuse alors que le liquide pourpre coulait tel un filet de sang dans son verre. Elle s’y perdit un instant, humant le breuvage, le savourant par avance.
    - Merci !

Ce vin-là lui plaisait avant tout, parce qu’il était habile à étonner son monde. D’apparence légère à la première mise en bouche, il se montrait gourmand et tendre. Avant d’agacer les papilles de celui ou celle qui y goutait, d’une façon bien plus sensuelle. On le pensait gouleyant, il se montrait au final charpenté et long en bouche. Insaisissable, indéfinissable, il convenait bien à l’instant joueur qu’elle vivait à présent. Et à bien d'autres choses...

" Va pour la rafle, Kachina. Je ne perds jamais."

Il avait dit ça, avec assurance, étirant au bord des lèvres ce sourire satisfait. Impertinent, indifférent, elle n’aurait su dire. Elle avait, à cet instant, souhaité mieux le connaître, savoir déchiffrer les secrets des iris sombres. Rien dans son expression ne trahissait son état d’âme du moment. Néanmoins, le regard qu’il posait sur elle, la sondait, l’évaluait, prouvant que la partie était déjà commencée. Elle se contenta de le défier de son regard clair, avant de porter à nouveau son verre à la bouche pour une nouvelle gorgée.

Et moi je n’ai plus rien à perdre aurait-elle pu répondre. L’Anjou ne l’avait-il pas déjà dépouillée de tout ? Tous ces mois à faire semblant, à puiser dans les rires amis, les rencontres, les amants de passage de quoi continuer encore.
Quelle importance au final, si elle quittait ce tripot avec ou sans fibule ? Ils auraient pu jouer un quignon de pain qu’elle en aurait tiré le même plaisir.
Défier l’autre, et sentir les battements de son cœur s’accélérer quand les dés commenceraient leur course sur la table. Attendre l’arrêt, écouter le silence et poser les yeux sur le résultat du hasard. Savoir alors si le sort lui était favorable ou si cette chienne de vie ne lui offrait aucune accalmie. L'enfant ne joue t-il pas avant même de savoir parler ou marcher ? Jouer était encore quelque part rester vivante.


Elle allait tendre la main, pour réclamer à nouveau les dés, entamer enfin cette première danse…Quand la fibule atterrit au centre de la table, et qu’une voix féminine vint brutalement briser en éclats le mythe de l’homme ivre et hagard qui se serait laissé dépouiller de son bien sans ciller.

"Je vous donne une chance de l'obtenir. Une seule."

Allons donc, l’homme à la fibule se révélait soudain être une femme. Etranges hasards de la nuit, qui parfois font tomber les masques. Sous les mèches brunes, des pensées s’agitèrent. Mélange de curiosité et d’agacement. Que fuyait cette femme ? Quel pari, quel défi, quelle perversité l’avaient menée à se dissimuler ainsi ? Et comment – par tous les diables - osait-elle gâcher ce délicieux tête à tête de deux âmes joueuses.

Au fond de la salle, une bagarre éclatait sans que la plupart des personnes attablées là s’en détourne, habitués qu’ils étaient tous, à ce genre de scène. Une brute épaisse empoignait par le col un blond bedonnant au regard fourbe, l’accusant de tricherie. Bientôt, certains parieraient sur le vainqueur de la rixe. Couché devant la cheminée aux cendres refroidies, un chien rongeait un os, en grognant de peur qu'on ne lui prenne.

Kachi , elle, sans attendre, vint d’un geste vif, refermer à nouveau les doigts sur l’objet trois fois convoité. Le regard vert s’enflamma d’insolence quand elle s’adressa à la nouvelle adversaire avec aux lèvres une moue chafouine :
    - Une chance…Dame ? Alors que je pourrais sans attendre, déguerpir avec cette fibule ?

Elle examina l’objet un instant, caressant de la pulpe du doigt le métal froid. Elle n’était pas riche, mais avait- au fil des butins arrachés parfois à de riches attelages - appris à reconnaitre un bijou de valeur. Celui-là en était un. Elle n’avait pas en face d’elle une quelconque précieuse avide de sensations fortes, impatiente de s’encanailler. La Belle côtoyait assurément un autre monde que le sien. Ce qui ne rendait la partie que plus intéressante. Elle se tourna à nouveau vers Loras, curieuse de connaitre son avis sur la question. Lancer les dés, ou découvrir les exigences de la Dame ?
La Brune était femme, donc curieuse et c’est ainsi qu’abandonnant pour sa part, toute idée de rafle, elle poursuivit, tandis que son étrange regard étiré en amande allait de l’un à l’autre :

    - Mais où donc serait le plaisir de filer comme une vulgaire voleuse ?
    Loras, qu’en pensez-vous ? Croyez-vous en la chance ?
    Et vous Dame, puisque vous possédez l’enjeu, il est de bon ton que nous vous laissions le choix des armes. Dites-nous tout, de grâce !

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(Merci à Jd Axelle pour la bannière)
Loras.
Déguerpir avec cette fibule? Là, comme cela? Alors Kachina était ce genre de femme. Illustrant son " je veux" par un "je prends". La remarque lui arracha un rire aussi succinct que vif. Il posa sa main calleuse sur le dessus de celle de l'Amande, comme pour dire " Laisse", et la prunelle sombre de se tourner de nouveau vers l'Inattendue sans nom mais pas sans reproches. L'oeil joueur et l'impatience aux lèvres, le jeune homme répondit:

- Je crois surtout que la chance c'est ce que l'on ne mérite pas. Alors jouons!


Puis de la main à un godet qu'elle emporte, la senestre engage un geste d'invitation vers l'inconnue. Brune y fera bien verser ce qu'elle voudra, ce soir, il invitait. Et largement satisfait d'ailleurs, vu les partenaires de jeu qu'il attirait. Rien de comparable aux soudards de camarde... Il balaya d'un regard les personnes aux alentours, cherchant peut-être de qui l'une se cachait, de qui l'autre s'ennuyait. Quant à la chance, qu'importe puisque oui et trois fois oui, il serait le vainqueur de cette partie à trois.
Honni soit qui mâle y pense.

Il était évident que chacun fuyait quelque chose cette nuit, tant cette splendide brune grimée que cette surprenante brune effrontée, lui même grand premier au jeu d'échapper à son destin. Une belle et une rebelle, piquant l'une et l'autre à leur tour son intérêt. Tous réunis ce soir par un hasard fécond avec au fond de la prunelle, cette douce rage de ceux qui n'ont pas dit leurs derniers mots à la vie.

D'un geste assuré et amusé, le Novgrod remonta ses manches sur ses avants bras aux veines saillantes, marquées par la guerre, prêt à en découdre. Les questions viendraient plus tard, lorsque le moment serait opportun. Et que l'une ou l'autre aurait décidé que le jeu prendrait fin, le moment, et la manière.

    Ladies...

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Kachina
A peine le temps de sourire intérieurement quand la main masculine se pose sur la sienne comme pour dire par là : Ne prends pas ce que je considère comme déjà à moi, ma Belle !
A peine le temps pour les prunelles claires de le voir relever ses manches, comme on s'apprête à un bras de fer. Il semble déjà sur le pied de guerre . Elle se réjouit de cette morve là, le trouve beau dans son impatiente arrogance, et songe aussitôt à le défier d'une nouvelle moquerie.


Parce que le jeu c'est ça : Agacer l'autre, provoquer, chercher ce qui touchera l'adversaire. Pour... au moment voulu prendre l'avantage...Le jeu...risquer de perdre pour mieux gagner. Tout est là.
Mais il lui reste si peu à perdre en cette nuit là. Pourtant, cette fibule qui maintient deux pans d'étoffe, qu'elle ne portera jamais, a la valeur d'un épice rare qui ensoleillerait le mets le plus fade. Et plus le combat sera rude, plus les adversaires seront à la hauteur, plus grand sera le plaisir. Plaisir presque sensuel, qu'elle cueillera dans chaque plissement de fronts, chaque crispation de lèvres, chaque raideur à leurs cous. Prendre le pouvoir sur l'autre et rafler la mise. Et puis si elle est encore joueuse, n'est ce pas l'ultime preuve qu'elle n'a pas tout cédé à la désespérance ?

A peine le temps de laisser le silence s'installer tandis qu’elle cherche une boutade à offrir au Brun…qu'une rixe éclate non loin d'eux.

Un blond barbu aux allures rustres s'en prend à un homme aux épaules carrées et à la tignasse de jais, qui vient de quitter une des tables voisines. Rouge de colère, le premier se jette sur le second comme un forcené . Ce faisant, il bouscule une cruche qui vient verser son vin sur le bois, comme le sang s'écoulerait sur la terre à l'aube d'une bataille.


- Je vais te saigner beugle le forcené.

Autour d'eux tout s'agite soudain. Un chien tourne autour des deux hommes, aboyant comme un fou, une mignonne couine comme une souris prise entre les griffes d'un chat, le dos collé au mur, recroquevillée sur elle-même. Elle semble être la cause du combat, à moins qu'elle n'en soit l'enjeu.

La serveuse s'est réfugiée derrière le comptoir de bois brut, avec ce regard blasé de celles qui en ont vu bien d'autres. Kachi reste impassible à observer la scène, jaugeant les forces en présence. Poings fermés les deux bougres s'affrontent alternant jurons et coups. Le blond roule à terre, vient s'échouer aux pieds de la Brune , le visage tuméfié et le nez en sang avant de se relever et de repartir dans la mêlée.

Elle en sourit et se surprend à éprouver toujours autant de plaisir à ça. Indifférente à tout, voilà qu’elle éprouve à nouveau ce délicieux frisson au creux des reins. Celui du danger proche et de la vie qui se fait d’un coup plus précieuse. Elle est là - la vie - dans ce combat de coqs, dans ces chopes qui versent et ces tabourets qui volent. D'autres s'en mêlent bientôt, prenant parti et la bagarre devient générale. En d’autre temps, elle en aurait profité pour délester habilement quelques-uns de leurs bourses. Même ce goût-là, lui est aujourd’hui étranger. Elle se contente d’assister au spectacle, jetant de temps en temps de brefs coups d’œil à ses compagnons de tablée. Ces instants là, font parfois tomber les masques.

Jusqu'à ce qu'un des belligérants poussé par un plus fort que lui s'affale presque sur elle, s'agrippant à son épaule, meurtrissant celle-ci de sa main rugueuse et sale au son d’un léger craquement de l’étoffe qui se déchire. Elle se contenterait de le repousser si cet imprudent ne terminait pas sa course, le nez sur la précieuse fibule, renversant au passage ce qu'il restait de claret dans le verre de Kachi. Un juron fuse des lippes carmines, alors que le regard vert s'emballe et vire à l'orage aussi soudainement qu'un éclair déchire un ciel d'été.
Sa main droite glisse dans la fente de sa jupe, vient y chercher la dague dans son fourreau de cuir fauve. La Brune est debout à présent, et sans hésiter, d’un geste vif, elle tranche les bretelles qui maintiennent les braies du maladroit, offrant ainsi à la vue de tous le début d'un cul flasque et blanc. Indifférente aux protestations du bougre qui la traite de catin, elle ne s’inquiète que de son corsage mis à mal. Un simple accroc qui laisse l’épaule un peu plus à nu, rien d’irréparable cependant.

Mais la bouche de la Brune s’étire en un sourire carnassier quand elle s’adresse à Loras d’une voix où perce l’excitation. Le ton est impatient, presque fébrile et le regard brillant quand elle prononce :
Je vous laisse le choix. On s’en mêle, on ouvre des paris ou on se tire de là…

Et d'ajouter avec un regard chargé de défi : Vous pouvez aussi décider de lancer ces foutus dés, non ?
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(Merci à Jd Axelle pour la bannière)
Loras.
Loras s'était levé lorsque la rixe s'était déclarée. L'air de rien, allant chercher un cruchon sur la table voisine, versant du vin dans une coupe. L'instinct du renégat avait immédiatement mis en alerte ses sens, l'oeil figé sur l'ichor, l'esgourde toute à l'empoignade. Sous ses airs calmes et posés, l'ancien soldat se faisait vigie. Attendant... Jusqu'à ce que l'un des hommes franchissent la ligne imaginaire, brisant le cercle intime jusqu'à renverser le vin de l'une des deux brunes et saccager la table. Tandis qu'il se faisait rejeter et écourter les bretelles, Loras se posta derrière, pour indiquer le chemin du retour au zig en cas de protestation. Le frôlant, il sentit plus que la colère belliqueuse émaner de leur visiteur; l'alcool, et le mauvais. Il l'entraina loin d'eux d'un geste sur son épaule, donnant assez d'élan au maladroit pour retourner dans sa lice.

Tsss.

Regard aux femmes, un peu éternisé sur l'impatiente qui finalement semblait l'être plus que lui. La joueuse semblait difficile à impressionner... Lui, sentait la tension particulière dans son cou qui précédait les massacres, trop proche de l'épicentre de la rixe, trop proche encore du début de sa nuit. Nuit transitoire où il abandonnait l'armure, le sang et les cris, la fumée âcre des corps que l'on profane après les avoirs souillés, les vapeurs d'alcool et les provocations. Loras sentait l'insidieux aiguillon de la violence piquer sa nuque, raidissant ses muscles instinctivement à la proximité de cette débandade; nocive à sa retraite et à son accalmie, et pourtant si tentante. Envoûtante, pieuvre aux longs tentacules ramenant à elles ses proies.

Aux mots de la ténébreuse, son visage garda sa gravité. S'en mêler, c'était céder à cette vie qui tenterait de le rattraper souvent là où il chercherait l'oisiveté et le plaisir... Prendre les paris, c'était devenir spectateur de ce qu'il avait toujours été. La senestre faucha les dés dans un lancé qui ferait office de réponse.


- Maintenant, sortons. J'ai une piaule non loin, nous y jouerons loin des heurts.

Puis se retournant vers les deux femmes, il ajouta avec un petit sourire:


- Je laisserai la porte ouverte.


Loras tira la brune à la cape par la main pour l'entrainer dehors. La nuit dit-on, est sombre et pleines de dangers... évadé ainsi, libre dans la rue noire, Loras se sentait plus incontrôlable que n'importe quel danger. Electron libre, exalté par l'aventure et le hasard. Ce serait à celle qui aurait autant le goût du jeu.

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Kachina
Sensations grisantes de se fondre dans la nuit. Avec en toile de fond, l’incertitude et l’inconnu.
Suivre un étranger jusqu’à sa chambre, avec comme seul enjeu, une fibule. Folle qu'elle était à courir ainsi dans les venelles sombres, sans savoir vraiment où les conduisait Loras pour un bijou qui ne l’intéressait pas vraiment au fond.

Il avait d'office entrainé la Belle à la cape. Et curieusement, la présence de la Précieuse que Kachi avait jugée inopportune quelques instants plus tôt, accordait à cette course dans la nuit, une étrange garantie.

L'aube et ses questions pourraient bien attendre, il y avait ces heures-là à vivre. Et à jouer. A défier l'Autre.

Elle entendait le bruit de leur pas résonner alors que ses jupes effleuraient les dalles, longeant les murs épais éclairés par quelques torchères. Sa voix était décidée et ferme quand elle répondit, leur emboitant le pas :


    - Hors de question que je vous laisse filer avec mes dés ! Je vous suis.


La fibule était devenue son obsession à présent. Comme un homme qui s'acharne à séduire une donzelle bien trop réticente. Parce que le jeu n'en n'a que plus de saveur quand l'autre en face résiste.

Peu importe si le Brun ténébreux les menait dans un quelconque piège. Qu'avait-elle à perdre aujourd'hui, mis à part un ennui sans fond ? Si la Camarde s'invitait à leur fête, elle aurait au moins vécu ses derniers instants intensément...

Pour une fibule.
Quelle ironie…
Elle qui n’arborait pour seuls bijoux que ce K venant mourir au creux de ses seins et ce lien de cuir orné d’un coquillage à son poignet. L’amour et l’amitié pour seuls ornements, réchauffant sa peau mieux que les plus belles parures de perles.
Un rire silencieux la secoua toute entière, tandis qu'ils dévalaient des marches, rejoignaient un pont de pierre enjambant une rivière pour se fondre dans une nouvelle ruelle inconnue.

Il l'aurait plantée là qu'elle aurait cherché longtemps son chemin et cette inconnue-là de ne plus vraiment savoir où elle se trouvait, rajoutait au plaisir.

Pour lui signifier qu'elle suivait et parce que le silence entre eux s'éternisait, elle se surprit à questionner :

    - M'enfin, où nous emmenez-vous ?


A nouveau l'idée folle qui s'invitait sous le front recouvert de mèches de jais. Arracher l'objet convoité et filer à l'anglaise, victorieuse et rieuse. Imaginer en s’enfuyant, leur mines dépitées et morveuses.

Mais non...c'eut été trop simple. Quelle saveur aurait donc eue cette victoire-là ?

Et puis, elle devait bien se l’avouer. Loras lui offrait là sans le savoir, bien plus qu’une partie de cartes ou de dés. Il lui offrait un parfum d’aventure et de risque qui l’avait toujours grisée. Elle avait besoin de cette nuit pour que le matin à venir ne lui semble pas aussi semblable et monotone que les précédents. Et la fibule n'était que le prétexte. La vraie mise était ailleurs. Dans le sourire ravageur de cette femme à la cape, dans le regard indéchiffrable de leur guide du moment. Percer ceux-là à jour, prendre l'avantage, ou le perdre, quelle importance.
Mais jouer. Risquer pour que cogne le sang dans ses veines.

Encore…


    - C’est encore loin ?

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(Merci à Jd Axelle pour la bannière)
Loras.
La nuit se fait le théâtre de leur fuite, de leur jeu, ombres parmi les ombres , sans discrétion. L'impatiente, alerte, questionne. Loras élude. Quelle saveur au convenu? Piaffante Kachina.


- Que tu es empressée!


Il se retourne brusquement stoppant sa course; brune sur ses pas se heurtant à sa poitrine endurcie de soldat, lui arrachant un sourire et une remarque pétrie de douce provocation:


- Ou peut-être est-ce de la nervosité ?

Par dessus l'épaule de K, L'oeil aguerri du Novgorod constate l'absence de l'encapée, et resserre dans sa main masculine son bien, le précieux et fluide qui avait glissé des épaules de la noble, ramassé avant de quitter la taverne. Pli interpellé sur son front, n'était-ce pas là l'unique de camouflage qu'elle utilisait pour échapper à son secret? L'avait-ils semée ou avait-elle juste perdu une longueur d'avance? Un froissement chuchota la présence d'un arrivant au coin de la ruelle, mettant Loras immédiatement en tension. Il agrippa contre lui Kachina, recouvrant sa bouche d'une main autoritaire et l'entraina dans la discrétion d'une porte cochère, scrutant les abords du chemin.

Si Alessia se travestissait la raison ne devait pas être bien loin... Et il n'était jamais bon de rencontrer les raisons des autres. Elles les rattrapent presque toujours. Un instant passa, le renégat désarmé se maudit de l'être, retenant contre lui son adversaire féminine, dans un silence de souffles retenus. Son coeur battait calmement, pourtant, dans le néant de la nuit il l'entendit se mêler à celui plus agité de Kachina...

    Où es tu donc passée...?

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L_aconit
En petite foulée, la svelte silhouette de Nicolas bat le pavé humide et glissant. Il fait nuit. Il sait qu'il devrait cesser là ses recherches.

    Alessia, poison gracile. C'est toi qui vas prendre en rentrant... C'est sur toi que le Prince abattra sa colère jalouse de savoir que tu t'es fait la belle avec cet imbécile de G. Et moi... Et moi il me pendra. Pour n'avoir su te tenir à l'oeil. Pour m'être laissé berner par tes excentricités.


Haletant, le jeune écuyer s'emporte intérieurement. Peste soit elle, cette Dukessima impossible! Pourquoi y tenait-il autant? Il pourrait rentrer. Rentrer et justifier l'absence de la florentine par son incompétence. Mais Faust Nicolas n'en ferait rien, et il se maudissait d'en être conscient. Couvrir les arrières froufroutants d'Alessia finirait par lui coûter cher.

Dans les yeux bleus cristallins du jeune homme malgré tout, l'inquiétude. Lui savait mieux que personne ce que faisaient les soldats d'une femme égarée dans la nuit. Dans les cheveux blonds-blancs la sueur commençant à perler. Le teint pâle avait rougit aux joues. Sans les remarquer, l'Aconit dépassa les deux présences tapies dans l'ombre d'un renfoncement, bille en tête.

Ne pas rentrer sans rattraper la captive du prince de Montfort. Continuer, et tuer Granass s'il le croisait.

Pour la peine.

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    (En Bleu italique, les pensées Laconiques.) -Recueil
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