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[RP]Derrière le sourire du diable ...

Minah..

“Le démon du mal est l’un des instincts premiers du coeur humain.”(Edgar Allan Poe)



Il la touche et tout son être se crispe, son sang se glace dans ses veines. L'effroi l'habite alors qu'il lui parle de sa voix froide, dénuée d'expression.
L'homme est calme, bien trop calme, alors que sa main sur sa peau est presque caressante. Il joue avec elle, tel un chat avec une souris. Sûr de son pouvoir sur elle.

La jeune femme l'écoute railler ce protecteur qui n'en sera pas un au final. Un instant, Minah imagine Hugues forcer la porte de cette cave, foncer sur son bourreau et le pourfendre de sa lame.
Mais son geôlier poursuit, vante sa beauté en y glissant des menaces à peine voilées. Sa beauté qui l'a tant servie causera t-elle sa perte ?
Elle pousse un gémissement sourd de bête traquée quand il la renifle comme un loup se délecterait de sa proie avant de la dévorer toute entière. Elle voudrait se jeter sur lui, griffer ce beau visage hautain et prétentieux, lui crever les yeux, vendre cher sa peau.

Elle en est incapable, pétrifiée par la peur, qui la laisse sans forces.


Impuissante, elle serre les mâchoires, retient ce cri qui hurle au plus profond d'elle. Si elle le laisse sortir, elle en perdra la raison. Un gémissement encore quand il l'attrape par les cheveux, lui plie la nuque et la détache. Elle se débat faiblement entre cette poigne de fer, soumise déjà... respirant l'odeur mâle de l'Autre. Sa bouche s'entrouvre sur une sourde plainte, dans un filet d'air, quand il plante ses dents sauvagement dans son épaule pour la mordre au sang. La douleur lui coupe le souffle.

    - Pitié ! Noon !!!


Et la lame crisse sur l'étoffe, tranchante et acérée, le froid humide du lieu vient hérisser sa peau qu'il dénude. La jolie rousse se fige, terrorisée et en oublie le sang qui dessine une rayure carmine sur son bras nu. Un faible espoir renait pourtant quand elle veut croire un court instant qu'il ne veut que la violer, se satisfaire et que son plaisir assouvi, il redeviendra doux et raisonnable. Peut-être même sera t-il morveux de lui avoir imposé ça ? Elle ne mourra pas. Elle survivra à l'offense, à la flétrissure.

Mais elle n'en n'est plus à tenter de se mentir.
Il y a des regards qui ne laissent aucun doute. Comme celui qu'elle vient de croiser en levant son visage vers lui.


" Montre moi que tu veux vivre"

Elle se débat comme une forcenée quand il la mène vers la table. Hurlante telle une possédée que l'Inquisition mènerait à la question...Elle crie son effroi à s'en casser la voix. Que quelqu'un l'entende par pitié, qu'on la sorte de là.

" Il est temps "

Alors à ces mots là...Soudain, quelque chose cède en elle. Sa raison vacille et le regard violet de suppliant se fait rageur et haineux. Elle en oublie toute prudence, déverse sa rage et son désespoir sur celui qui prétend disposer d'elle à sa guise pour ses sombres desseins.


    - Leopold ! Que ton nom soit à jamais maudit. Maudit sois tu, toi et tous les tiens. Pauvre fou, tu bruleras en enfer !
    Que le Diable t'emporte , qu'il te dévore le coeur et les tripes !


Elle joue des coudes, donne des coups de pieds à son agresseur. Ultime sursaut de la bête aux abois. Minah la douce et tendre courtisane se change en sorcière, crachant des insultes à son tourmenteur d'une voix que la terreur rend rauque et hachée .

Julian.leopold
- Leopold ! Que ton nom soit à jamais maudit. Maudit sois tu, toi et tous les tiens. Pauvre fou, tu bruleras en enfer !
Que le Diable t'emporte , qu'il te dévore le coeur et les tripes !


Et voilà que se révèle enfin le vrai visage de la sorcière flamboyante à la peau virginale, voilà que se déchaine enfin la vague déferlante d'un espoir fou qui ne fera que s’écraser avec fracas sur le flan d'une falaise .

Après tout Léopold, n'est ce pas ce que tu as demandé, qu'elle te prouve qu'elle veut vivre, qu'elle se batte pour cela ?

Elle hurle et se débat de toute la force du désespoir et je serai presque tenté de relâcher mon étreinte juste pour la voir déchainer ses enfers sur moi à ce moment précis.

Et pourtant, l’étreinte se resserre, d'un geste sec le poignet frêle et fragile se retrouve emprisonné d'un main ferme, tordu et plaqué dans le dos nu.
Une fine cordelette enserre la gorge resserrant à chaque mouvement la pression de la mort.

Plus elle se débat plus la corde l’étrangle, empêchant encore l'air d'emplir les poumons, la privant de cet oxygène dont elle a tant besoin .

Tu veux jouer alors jouons... Calme toi ma belle, tu ne fais que retarder l’inévitable tu le sais. Je t'ai laissé une chance et voilà que tu la gâches en voulant partir avant même que ne débute notre jeu . C'est inconvenant ma chère terriblement inconvenant.

L'air se raréfie, elle halète et se calme peu à peu, il est si jouissif de tenir la vie d'une femme juste par un fil. Telle une marionnette la voici docile, amenée vers l'autel sans plus de résistance. Son regard suppliant, le visage devenu pourpre traduisant lentement l'asphyxie qui s'empare de son être ... Juste un instant encore, un instant de plus et elle perdra de nouveau conscience. Pas assez pour que ses yeux ne revoient plus jamais la lumière, mais suffisamment pour l'installer sur cette couche .

Ne pas réfléchir, juste agir.... Elle n'est plus que poupée de chiffon dans les bras de l'homme qui relâche enfin son cou. C'est ainsi qu'elle a scellé son destin . Puisque c'est là sa faute, qu'elle est là désormais tel un agneau que l'on va sacrifier, il faut la purifier, la guérir, et c'est dans cette chair si faible qu'il faudra la blesser.

Le rituel se répète à mesure que les sangles trouvent leur place étranglant à leur tour les membres écartelés. Et toujours ce sourire, ce rictus infâme sur le visage du diable, ce sourire qui si souvent reste gravé comme la dernière image avant que le néant ne vienne, ce sourire que Léopold arbore presque comme un masque de théâtre.

Patiemment il attend qu'elle reprenne conscience. Il ne serait pas aussi excitant de commencer le jeu sans qu'elle ne soit totalement consciente voyons.

Mais puisqu'il faut bien qu'elle comprenne que la rébellion ne peut être tolérée nous commencerons par le plus pénible . La paume de la main droit est lentement ouverte et au creux de celle ci un simple crochet de fer est déposé.

Les yeux commencent peu à peu à s'ouvrir et avant même que la lumière ne vienne les bercer le bruit sourd d'un choc se fait entendre. Un bruit sourd suivit d'un hurlement. Le premier clou est planté...

Le même rituel sera répété sur la seconde main. Et telle une vierge sur l'autel des sacrifices, la voila clouée, mise en croix dans la douleur et les cris qui déchirent le silence .

" Tu vois ce que tu m'obliges à faire Minah ? Tu vois ... Tout aurait pu être plus facile mais voilà. Je ne te tuerai pas Minah. Il serait dommage de gâcher cette chance non ? Tu comprends Minah ? Cette chair, ce corps dont tu es si fière ... c'est lui le coupable. Et comme tout coupable, il lui faut une punition..."

A cette heure, ce n'est pas une expérience mais bien une expiation qu'il entame... Bonne ou mauvaise nouvelle pour la rousse ?

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Minah..


“Nous ne connaissons l'infini que par la douleur.”(Madame de Staël)


Elle reprend à nouveau conscience, la gorge douloureuse, avec toujours au fond des tripes cette terreur qui l’habite et semble lui déchirer les entrailles.
Elle est couchée cette fois, et cherche l’air qui lui a manqué alors que le monstre étranglait son cou.
Elle pousse un gémissement plaintif, quand elle réalise qu’elle est pieds et poings liés à la table et se cabre en vain pour échapper à ses liens.
Elle le sent proche, penché sur elle et avant qu’elle n’ait pu dire un mot, le clou qui s’enfonce dans sa paume lui arrache un hurlement de douleur. Sa voix heurte les murs et résonne dans la pénombre.
Elle s’entend crier, et sa poitrine se soulève par saccades, alors qu’elle n’est plus que souffrance. Ses violines s’ouvrent sur son tourmenteur et le sourire qu’il affiche l’enveloppe d’une chape de glace et d’horreur.
Et à nouveau le clou vient perforer son autre main, amenant un autre hurlement de bête blessée. Les yeux hagards rivés au démon, elle se cambre, tétanisée, repoussant l’envie de vomir qui monte à sa bouche. Son cœur martèle sa poitrine, comme s’il voulait fuir ce corps de souffrance. Un goût métallique vient sur ses lèvres qu’elle vient inconsciemment de mordre au sang.


    - Si je suis une pécheresse, toi tu es le diable.


Elle emploie à nouveau le tu, comme pour le replacer sur un plan d’égalité. Ne pas le laisser maître jusqu’au bout. Mais sa voix tremble alors qu’elle sanglote de douleur entre deux injures qu’elle lui crache à la face, comme une chatte acculée feulant sa rage et sa frayeur.
Sa chevelure flamboyante décoiffée, s’étale sur le bois, emmêlée et humide de sueur. Son joli minois n’est plus qu’un rictus de terreur et douleur mêlées. Elle a perdu toute sa superbe, mais trouve pourtant à nouveau la force de lui souhaiter mille morts.

Avant qu’elle ne ferme les yeux, domptée…Incapable à nouveau de supporter le sourire froid et sans âme de son bourreau.
La suppliciée ne trouve qu’une seule et pauvre échappatoire. Elle s’évade dans un coin de son esprit, tentant d’oublier sa chair martyrisée.
Elle cherche désespérément à évoquer des images de douceur et de bonheur. Et c’est un rire cristallin qui l’emporte un bref instant loin ce cauchemar bien trop réel.

    Un rire qui résonne, frais et joyeux, au bord d’une rivière un matin d’été, et deux filles en jupons s’éclaboussant, mutines et joueuses. Le soleil illumine les chevelures encore humides, brune et rousse se défient et se cherchent dans de grandes gerbes d’eau qu’elles s’envoient mutuellement. Un regard étiré en amande, moqueur et tendre à la fois…Kachina…

"Je ne te tuerai pas Minah. Il serait dommage de gâcher cette chance non ?"

La voix calme et dénuée de passion, presqu’ indifférente parvient jusqu’à elle, la ramène à l’effroyable présent.
Elle ne va pas mourir…Il vient de lui dire.
L’espoir de sortir de là renait en elle, jusqu’à ce qu’elle réalise en l’écoutant que son supplice ne fait que commencer.
Peut-être aurait-il fallu que la Faucheuse l’emporte vite. Le pire est peut-être à venir.

Alors sans savoir pourquoi, à travers les brumes de son cerveau envahi par la douleur, Minah laisse échapper le prénom tant aimé comme on invoquerait un miracle à un Dieu sourd et aveugle.


    - Kachina ! Kachi te tuera quand elle saura !




Interprétée par jd Kachina
Julian.leopold
- Si je suis une pécheresse, toi tu es le diable.

Tu ne penses pas si bien dire Catin, mais c'est là me faire trop d'honneur que de me comparer ainsi au sans nom. Le Diable, ma chère ne se tient pas devant toi. S'il l’était tu ne serais déjà plus qu'un tas de viande froide et sans âme. Tu parles, tu souffres, tu hurles, tu me maudis et bien ainsi tu prouves encore une fois que l'on peut être insignifiant et pourtant avoir la force de se battre pour sa vie.

Les yeux de la féline s’éteignent lentement, elle sombre vers le néant . C'est trop tôt, pas maintenant, je m'y refuse, elle ne mourra pas, elle n'a pas le droit. Je décide de qui vit et de qui meurt. Je suis la main de la Faucheuse, je suis celui qui tient dans ses mains la vie qui t'as été offerte.

Et je brule de la reprendre, et pourtant je me contiens. Tu ne mourras pas Catin, pas aujourd'hui, pas de mes mains. Je veux te faire comprendre, te faire apprécier la chance qui t'es donnée, que ta vanité s'envole et te permette enfin d’apprécier le bonheur simple d'une bouffée d'air, du souffle du vent sur ta peau si pâle.

Mais tu ne comprends pas. tu ne vois en celui qui te tourmente que le monstre, que le diable lui même prêt à dévorer ton âme impure. Tu ne comprends pas qu'il t'apporte la rédemption, qu'il veut te faire comprendre que ta vie vaut mieux que le péché dans lequel tu t'enterres.

La lame acérée distribue sa caresse, froide et glacée comme la main de la mort, elle longe la peau d’albâtre... cette peau si blanche, qu'aucun homme ne devrait toucher. Tu avais tout d'un ange, Sorcière Rousse, L'aspect de ce corps parfait, cette blancheur immaculée, cette rayonnance insolente et ce sourire si plein d'une assurance qui sonnait si faux. Tu te tenais là, sure de pouvoir conquérir le monde par ton simple sourire, prête à te vendre et te souiller pour un peu d'or ou d'argent.

Du gâchis que tout cela. J'ai su voir les démons caché derrière cet aspect angélique, le démon pervers de l'envie et de la luxure. Il me faut le faire sortir de toi pour qu'enfin tu comprennes le sens de ta vie.

La folie est une chose si complexe, qui passe par bien des étapes et peut prendre bien des visages. Elle peut pousser un homme à devenir un meurtrier sans état d’âme, un rédempteur aux méthodes discutables, un protecteur parfois. Qui sait où nous mèneront les méandres d'une âme torturée depuis toujours. Qui sait pourquoi aujourd’hui pourquoi avec elle, Leopold se veut inquisiteur et bourreau. Pourquoi il se refuse à prendre sa vie alors qu'il en a pris tant d'autres? Qu'a t il donc vu dans le regard de cette femme ?

Et se détache entre les cris, la voix de la belle sacrifiée :

- Kachina ! Kachi te tuera quand elle saura !

Kachina ? ... La lame arrête sa course laissant la chair à peine entamée... Un instant, une simple hésitation avant que la lame ne s'enfonce de nouveau entre les cotes.

Kachina dis tu ? Serait elle la déesse impie que tu vénères, que tu penses qu'elle puisse m’arrêter ? Crois tu vraiment qu'on puisse tuer le Diable Minah ? Si elle en est capable alors qu'elle me fasse la grâce de le faire . Rien ne saurait me faire plus de plaisir .


Ce nom ne m’était pourtant pas inconnu, du moins pas tout à fait mais qu'importe après tout.

En attendant que cette Kachina me tue, peut être devrais je continuer mon office. Que tu ne puisses plus jamais oublier que ta vanité te perdra jolie Minah .

Un rire satanique résonne. Il se sent immortel, il se sait intouchable. La mort est sa maitresse et il la réclame de tout son être. Peut être que cette femme lui apportera la solution... Sa récompense, son ultime récompense, le baiser même de la Faucheuse. Au plus profond de lui même, il voudrait qu'on l'arrête, qu'on tue enfin ce démon, qu'on le fasse taire pour de bon. Mais cela personne ne le sait, personne ne peut le soupçonner.

Qui pourrait comprendre qu'à chaque fois qu'il fauche une vie, c'est lui qu'il tue encore et encore, qui pourrait comprendre que tout ce qu'il cherche à comprendre c'est le sens de la vie. Qui pourrait se douter qu'il voudrait simplement la rédemption, qu'il voudrait le retrouver... Son enfant, son fils...

Le sang s’écoule lentement des diverses entailles. La Constellation de la Vierge dessinée sur ce corps par l'action d'une lame. Elle ne mourra pas, il l'a promis. Lentement il se recule admirant son oeuvre.

La vierge crucifiée sur l'autel de la folie. Il se baisse ramassant le fer rougi dans les entrailles du feu. Chaque plaie reçoit le baiser de feu, marquant la chair à jamais . L'odeur acre de la chair brulée empli l'air.

Il prend alors ses pinceaux, marquant à jamais cette oeuvre sur la toile, un souvenir de cette nuit, de cette envie de pureté et de pénitence. Elle s'en souviendrait aussi. A chaque fois, qu'elle regarderait ce corps marqué de la main des enfers, à chaque fois qu'un homme posera la main sur elle, elle ne pourra qu'y penser encore .

La tenaille arrache les clous réveillant les chairs endolories. La main saisit fermement la gorge, remontant lentement vers la bouche qu'elle oblige à ouvrir. Un peu d'alcool amer, corsé au Laudanum....

Avales Minah, la douleur s'en ira... Te voici marquée et purifiée désormais. Saisis ta chance... Tu vivras Minah...

Et alors que les violines se ferment, que l'esprit de la Belle sombre dans le sommeil, Leopold admire une dernière fois son oeuvre.

Lazlo Détaches la... Tu l'abandonneras près de la place d'armes. Prends gardes à ce qu'il ne lui arrive rien c'est clair ...

Et tandis que le fidèle Lazlo s’exécute, la fumée d'une pipe monte lentement vers le ciel, emportant avec lui l'esprit de Léopold...

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Kachina
“Dans la vengeance et en amour, la femme est plus barbare que l'homme.”(Friedrich Nietzsche)


Une mèche échappée de la crinière de jais vient effleurer le drap qui recouvre en partie la blessée, quand Kachi se penche sur celle qui fut jadis si belle.
Le monstre n’a pas abimé le visage aux traits si doux, mais les beaux yeux violines la contemplent hagards, comme dépouillés de leur âme.
La Brune imbibe doucement avec un mouchoir fin, les lèvres meurtries d’une décoction de tue la fièvre, murmurant des paroles de réconfort, comme on berce un enfant.
Paroles dérisoires qu’elle répète inlassablement depuis qu’un rémouleur a frappé à sa porte, portant dans ses bras la Rousse qu’il avait trouvée, gisante dans un recoin de la place d’armes.
Minah avait encore eu la force d’indiquer l’auberge où séjournait Kachi, là où elles avaient prévu de se retrouver le lendemain pour de joyeuses retrouvailles. La Rousse si séduisante avait parlé dans sa dernière missive d’un riche protecteur qui la rendait heureuse et prenait soin d’elle. Des deux amies, l'une allait son chemin, heureuse et amoureuse, la seconde cherchait tant bien que mal à retrouver l'envie. Mais pour l'instant, l'amoureuse n'est plus que plaies et meurtissures, corps ravagé par un démon sans pitié.


    -Tout va bien...Minah. Reposes toi ma Belle..Je suis là. Dors …


La voix est douce et caline, mais qui connait la Belle saurait lire au raidissement de sa mâchoire ainsi qu’à ce pli à sa bouche qu’elle est dans une rage folle. Alors que l’Amie sombre à nouveau dans un demi-sommeil, dérivant entre inconscience et réveil, Kachi repousse le drap, découvrant une nouvelle fois, le corps martyrisé. Un juron s’échappe des lèvres pulpeuses, alors qu’elle repose la coupe et le mouchoir sur un guéridon proche.

    - Espèce de pourriture !


Elle vient alors puiser dans un pot en terre cuite, le précieux onguent concocté par la Boussarde, une amie guérisseuse. Ses doigts s’en imprègnent et viennent recouvrir les plaies. Les amandes fougères détaillent chaque marque, refusant de se détourner sur ces chairs boursoufflées. Minah restera à jamais marquée dans sa chair, la peau si douce gardera les séquelles de cette nuit d’horreur. Alors que Kachi nettoie une zébrure de sang séché sur sa hanche, la pauvre tremble et gémit secouant la tête dans tous les sens, agitée et fébrile :

    - Léopold !....Léopold !!!!


D’un geste apaisant, la Brune caresse le front moite de sueur, sans dire un mot, laissant la suppliciée retrouver son calme et plonger à nouveau dans une douce torpeur.
Mais si les gestes sont doux et aimants, une colère sourde gronde en elle.
Elle n’est pas de celles qui tendent la joue gauche, plutôt de celles qui rendent coups pour coups.
Peu importe qui lui a fait ça, foutre Dieu... Qu’il soit fils de Roy, manant, riche ou pauvre, il paiera au centuple les sévices infligés.
N’a-t-elle pas - il y a quelque temps de ça - marqué elle-même au fer rouge l’épaule d’un geôlier qui l’avait fouettée dans une prison de la lointaine Champagne. Elle y avait pris un plaisir fou, presque malsain.
Elle se jure à l’instant qu’elle n’aura de cesse de retrouver le monstre qui a fait subir ça à Minah. La fille si vive et gaie, insolente et féline, qui git là, ne ressemble plus à présent, qu’à une pauvre poupée brisée et cassée. Comment survivra-t-elle à ça ?


Kachi la regarde s'endormir à nouveau et la jeune femme respire à présent paisiblement, le datura semble faire son effet. La Louve s’installe à une table, et griffonne sur un parchemin le premier indice de sa chasse à l'homme :



- Qui est ce Léopold ? Le protecteur et amant ? Qu’elle réclame à son chevet ?
- Son agresseur ? Si oui, est-ce son vrai nom où le nom qu'il se donne au cours de ses méfaits ?
- Où est-il à cette heure ? Que fait-il ?


Minah finira bien par délivrer quelques informations importantes.
En attendant, la Brune débouche cette fiole aux arômes d’armagnac. Le liquide ambré coule en filet dans un godet qu’elle porte à sa bouche pour y chasser le goût de fiel qui ne l’a pas quittée depuis l’aube. Et l’alcool brule sa gorge, vient dénouer ses tripes, sans affadir aucunement la haine qui l’habite envers ce démon qui hante les ruelles la nuit. Bien au contraire, le nectar qu’elle prise plus que tout en souvenir de ses jeunes années en Comminges vient attiser celle-ci, comme une bourrasque attiserait l’incendie. Ses doigts se crispent autour du récipient, reviennent à nouveau à ses lèvres pour une nouvelle rasade. Et elle le repose dans un bruit sec quand le cul du verre vient heurter le bois.


Par le Sans Nom...Le sang appelle le sang.

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Julian.leopold
Le temps suit son cours, transformant peu à peu les rêves en souvenirs, les cauchemars en nouveaux horizons et la peine en un simple souffle de vent qui caressent ta peau.

Des jours, des nuits, des semaines qui s'écoulent inexorablement et toujours cette haine ancrée à l'âme, ce besoin d'assouvir ces pulsions, ce besoin de savoir, d’expérimenter, de repousser sans cesse les limites.

Ce besoin de savoir enfin qui l'on est, ce que l'on veut, ce pourquoi nous sommes là à errer dans ce monde à la recherche d'on ne sait quoi, à faire le bien ou le mal sans même vraiment en connaitre le sens profond.

Vacuité de la vie ... Blasé le DiCésarini, Accoudé à ce bar miteux des bas fonds, imbibé de houblon ou de nectar de vigne que sais je, la pipe laissant échapper ces volutes de fumée vers le ciel que nulle étoile n’éclaire cette nuit là.

Une rousse croisée en rappelle une autre... Minah... Qu'est elle donc devenue ? Un sourire se dessine, l'esprit vagabonde et se heurte à un nom... Celui qu'elle a prononcé la jeune sorcière, celui de sa déesse Kachina...

Il n'y avait pas repensé depuis alors pourquoi cette nuit le faisait il ? Peut être simplement parce qu'un instant il avait l'espoir que cette Kachina soit la mort et qu'enfin il puisse cesser de danser avec elle, qu'enfin la faucheuse lui ferait la grâce d’abréger cette vie futile, ce requiem qu'il joue aux victimes de sa folie.

Mais cela aussi n'avait été qu'un espoir déçu. Le temps passait, inexorable, il continuait sa route, cachant derrière Julian les méfaits de Leopold.

Eylia pour béquille, retrouver Anne, découvrir Arya... le revoir lui ... ce Père qui avait nourri cette haine grandissante, tout se bouscule dans sa tête, tout n'est que chaos et il peine à chaque instant à cacher cette nature profonde à ceux qui l'entourent.

Les élans de violence se font plus intenses, plus fréquents. Il replonge lentement dans les ténèbres. Alcool, opium, sang et tortures... addictions profondes... et le sourire d'un bébé... ce regard, cette lueur encore et toujours, braise insoupçonnable d'une innocence perdue, cette lueur qu'il recherche en vain... Cette lueur qu'il éteint si souvent...

Ce soir l'Ange de la mort se sent perdu, ce soir, il songe... Ce soir, il se laisse prendre au piège des regrets... Rien n'a jamais vraiment d'importance... On ne s'encombre pas de souvenirs. Mais comment les effacer ? Comment se débarrasser de toutes ces choses qui s'accumulent ?

Le temps efface t il vraiment les blessures ?

Une conversation saisie à demi mot... et encore ce nom prononcé... Kachina... Elle existe bien alors. Elle n'est donc pas un simple rêve.

Commence alors une nouvelle quête, un nouveau défi... Un nouveau Jeu ...

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Kachina
“La femme est la porte de l'enfer !”( Tertullien)



Le soleil est déjà haut et ses rayons viennent enflammer la lourde chevelure de jais. Retenue par un lien de cuir, elle ondule en vague sur les épaules de celle qui manie l’épée au centre de cette clairière. Un sourire de défi aux lèvres, la Brune pare et attaque, vêtue d’une chemise de cotonnade fine, emprisonnée dans une large ceinture de daim sombre. Le vêtement largement délacé laisse entrevoir la naissance de deux seins fermes et ronds au milieu desquels perlent des gouttes de sueur. Infatigable et vive, elle s’acharne sur son adversaire, sans le quitter un seul instant du regard, ne lui laissant aucun répit. Prédatrice attendant la faille, elle réveille en elle ces heures à jouer les mercenaires. Insolente et mordante, elle n’est à cet instant qu’une diablesse dangereusement cruelle compensant la force de l’autre par la souplesse et la ruse. Les lames se frottent l’une à l’autre dans une étrange danse et les deux adversaires se retrouvent proches à se toucher, mêlant leurs souffles courts comme dans une étreinte amoureuse. Le cliquetis des armes résonne et vient troubler le calme du lieu. Chaque coup porté que l’autre esquive ou pare, reflète chez la jeune femme la rage qui l’habite. Son comparse, que la chaleur de juillet semble avoir quelque peu ramolli, cède le premier, rendant les armes devant la hargneuse.

    - Suffit Kachi ! Je demande une trêve ! On te croirait possédée du démon ce matin !

Un rire en réponse à celui qui a bien voulu la retrouver à l’aube pour une séance d’entrainement, alors qu’elle se relâche et baisse sa garde, essuyant son front du revers de son poignet. Et remettant l’épée au fourreau, elle questionne, avouant par là même ce qui l’obsède et la perturbe.
    - Di Césarini c’est bien ça ?

Le rire se fige et vient mourir sur les lèvres carmines et le visage se ferme. Les épaules se crispent malgré elle, alors qu’elle vient poser ses fesses moulées dans un cuir souple sur une vieille souche d’arbre et qu’elle saisit la gourde que son compagnon d’armes lui tend en enchainant :
    - Aucun doute. Il s’agit bien du blason des Césarini !

Le silence s’installe entre eux entre deux gorgées d’eau fraiche et les pensées de Kachi s’évadent vers Minah. La jeune femme peine à revenir au monde, alternant périodes d’inconscience avec d’étranges délires, entrecoupés de gémissements ou d’atroces hurlements. Par quelques bribes de mots que la Brune a pu décrypter, la blessée a évoqué un homme portant une chevalière à la main gauche. Ce qui est étrange, c’est que si Minah dans un rare instant de lucidité a su parfaitement décrire les armes qui ornent le bijou, elle s’est à nouveau réfugiée dans un mutisme obstiné quand Kachi lui a demandé s’il s’agit là de l’homme qui l’a agressée ou de l’amant dont elle espère peut-être le tendre réconfort.
La Louve n’a pas que des ennemis, elle a aussi dans sa manche, de bien utiles relations, comme cet homme de l’hérauderie qu’elle a défié ce matin pour quelques passes d’armes amicales. Il est venu lui rendre compte de ses découvertes concernant le fameux Leopold.

    - Je suis formel Kachi. Si Minah a bien décrit la bague, l’homme est de cette famille-là. Savoir qu’il avait l’accent italien m’a, je l’avoue, bien aidé !

    - Merci ! Je sais ce qu'il me reste à faire !


*******

Un peu plus tard, elle s’installe à une table devant la fenêtre ouverte, débouche le flacon d’encre et y trempe une plume taillée en biseau. Le regard vert balaie, songeur, le spectacle de la rue tandis que son estomac qui gargouille lui rappelle qu’elle n’a rien mangé depuis la veille. Elle en perd l’appétit. Elle en perd le sommeil. Toutes ses pensées sont tournées sans répit vers cet homme qui s’en est pris à Minah. Pour quoi, pour quelle raison ? Qu’est ce qui justifie une telle horreur ? Quand elle combattait son vis-à-vis tout à l’heure, c’est le tortionnaire qu’elle voyait en face d’elle. Et dans chaque homme qu’elle regarde passer sous sa fenêtre, elle croit voir un éventuel coupable. C’est devenu une obsession. Elle veut mettre son âme noire à nu, plonger ses doigts en lui pour lui arracher le coeur, déchirer sa chair de sa lame aiguisée. Elle marmonne pour elle-même d’une voix dure et froide :
Je veux voir la peur dans tes yeux ! Je veux faire couler ton sang. Je veux tes cris et tes suppliques. Je jouerai avec toi, comme tu l’as fait avec elle !

Le monstre hante les nuits de Kachi, la laisse épuisée à se retourner sur sa couche, cherchant en vain un sommeil qui tarde à venir. Les blessures de Minah cicatrisent lentement…bien trop lentement aux yeux de la Brune. De toute façon, la jolie rousse restera marquée à jamais dans sa chair. Quant à son esprit, il se perd dans les abysses sombres de cauchemars sans nom.

Les mèches encore humides, juste au sortir du bain, viennent caresser le bois, quand elle se penche sur la table pour commencer sa lettre. Une abeille en visite dans cette chambre vient se désaltérer à la goutte d’eau qui vient d’éclater sur la table. Elle l'observe un instant, sans vraiment la voir...songeuse. Et enfin, l’encre court en arabesques sur le parchemin, dessine les mots, toile qu’elle tisse sans vraiment savoir où elle va. Mais elle n’a que cet indice-là. Autant s’en servir. Et puis n’a-t-elle pas toujours été joueuse, habile à marcher sur le fil du destin comme la plus folle des équilibristes ? Elle veut lire dans les yeux de l’autre s’il est le diable ou pas. Savoir si les magnifiques violines de Minah se sont noyées dans ces iris-là de désir ou de peur.



A l’intention de messire Leopold Di Cesarini.

Sire,

Il vous semblera certainement bien étrange de recevoir la missive d’une parfaite inconnue.
La raison à tant d’impertinence est que j’ai besoin de vous rencontrer de toute urgence. N’y voyez aucune inconvenance, aucune proposition indécente.
Je dois vous parler de Minah.
Celle-ci invoque régulièrement votre nom, et grâce à la chevalière que vous portez, j’ai pu retrouver votre trace.
Il est urgent que nous parlions, vous et moi. Je séjourne à l’auberge des trois pendus. Vous pourrez y faire porter votre réponse.
Il va sans dire que j’attends, avec impatience de vos nouvelles.

Kachina


Elle se fait un malin plaisir à rester dans le vague, souhaitant avant tout aiguiser la curiosité de l'autre. Le ton est volontairement directif, comme si elle ne tolèrerait pas un refus de l'inconnu. Elle veut s'il est le diable en personne, provoquer la Bête...

Et avant de s’enquérir d’un coursier qui voudra bien porter la dite missive, la Brune décide d’ajouter un atout dans son jeu. Un second courrier est rédigé dans la foulée. Il s’adresse à Axelle, patronne des Yeux d’Hadès.

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Julian.leopold
Nouvelle nuit... Une de plus, une encore ou la lune peine à eclairer les étoiles.
Sa lumière ne parvient pas jusqu'a ce tombeau où officie une fois encore celui dont le sourire et le regard ne trahissent aucune émotion.
Un homme y est enchainé. Pour quelle raison ? Une simple envie ? Une vengeance ? Une expérience de plus que réclamerait le démon ?
S'il avait su cet insolent qu'en tentant de poser les mains sur la jeune brune à la langue bien pendue, il risquait de réveiller les instincts du frele jeune homme qui l'accompagnait.
S'il avait su à qui il avait à faire, s'il avait su que sous cet aspect angélique, sous ses abords timides, avenants, sous les bonnes manières et l'éducation parfaite se cachaient en fait l'un des pires tortionnaires qu'il pourrait connaitre.
Si seulement quelqu'un avait pu percevoir derrière Julian, l'ombre de Léopold. Si cet homme l'avait su, jamais il n'aurait osé toucher la gamine, jamais il n'aurait même approché la petite étoile.
Mais il ne pouvait savoir... Qui aurait pu deviner le démon sous le visage de l'ange ? Qui pourrait savoir vraiment qui est Léopold sans l'avoir rencontré, sans avoir plongé dans ce regard vide, sans y avoir vu les abysses pour comprendre enfin qu'il n'y avait plus aucun espoir ?
Cet homme enchainé, entravé que l'on hisse par un palan, cet homme que l'on traite comme un animal que l'on veut égorger dont les fers entaillent les chevilles tandis que le poids de son corps ne fait qu'accentuer encore la douleur.
Il est là cet inconnu, pendu par les pieds, enchainé, le sang battant à ses tempes, emplissant sa tête, Il reprend conscience, bercé par le grincement des chaines qui retiennent son corps douloureux, ce corps qui se balance comme le ferait celui d'un pendu.
Il n'a pas encore conscience de l'endroit où il se trouve, ni même de ce qu'il attend, encore moins de pourquoi il est là. Et pourtant déjà il tremble.
Et dans ce fauteuil, impassible, se tient ce jeune homme au regard double, ce jeune homme au sourire étrange qui l'observe en silence.
Léopold attend, se délecte de la vue de ce corps qui se balance au bout d'une chaine. Il se remémore les gestes de l'homme envers la petite, ces gestes pervers, ces gestes si inconvenants, et ces paroles qui lui ont donné la nausée, puis la haine qui s'est emparée, cette haine si forte qu'il fallait contenir devant les autres.
Depuis cela n'avait fait que le hanter encore, jusqu'à ce qu'il le croise le lendemain dans une ruelle... pas un hasard non, pas vraiment une traque, il attendait juste l'occasion qui ne tarda pas à venir.
Une seconde d'inattention et l'homme se retrouve inanimé, engouffré dans le fiacre et conduit au laboratoire.
Il se lève enfin quittant le confort du cuir fauve de ce fauteuil qu'il aime tant, s'approchant lentement de la proie, la lame d'une dague brillante entre ses mains.

"Buongiorno Messire... Vous vous rappelez de moi ? Peut être vous rappellerez vous d'Arya ? La jeune fille a qui vous avez fait des avances plutôt pressantes ? C'était très inconvenant non ? Vraiment inconvenant. Vous semblez si fier de cette virilité, de cette force du mâle dont vous vous vantiez devant elle. Voyons voir combien cette force vous servira maintenant... Vous avez péché Mécréant... Il faut expier désormais."

Déjà le regard du supplicié se remplit de peur, déjà il n'est plus que cela... Il comprend au contact du froid de la lame qu'il n'a rien à attendre, que le supplice sera long et terriblement douloureux. Il n'a pas idée à quel point il le sera car ce n'est pas cette dague qui tranchera sa vie, ce n'est pas cette dague qui infligera la terrible punition.

Pourtant c'est avec un détachement total que Léopold promène la lame le long de ce corps, longeant l'entrejambe, laissant l'homme croire qu'il finira castré . Ce serait trop simple, beaucoup trop simple. L'affront d'avoir osé bafouer ainsi l'innocence de sa jeune soeur ne saurait etre lavé par une simple castration.

La lame est deposée sur la table sans un mot.

"Il est si difficile de se sentir partager en deux Messire. D'osciller entre notre éducation pleine de bienséance et cette envie folle de laisser libre cours à ses pulsions, à ses envies n'est ce pas ? Vous sembliez plutôt éduqué et pourtant une part de vous n'est que perversité et goujaterie. Parler ainsi à une chaste jeune demoiselle... voyons ce n'est pas correct, il faut extirper cette part de vous je le crains, vous ne pouvez pas rester ainsi . Il faut que l'extérieur soit conforme à l’intérieur vous comprenez ? Coupé en deux ..."

La scie s'élève vers le ciel, longeant la cuisse et se posant sur l'entrejambe. Lentement le bourreau commence son office, la lame acérée grignote la chair peu à peu . Les hurlements résonnent et emplissent rapidement la pièce.

L'odeur du sang, la chaleur de ce précieux liquide qui couvre peu à peu le sol, tout cela ne semble pas perturber Léopold outre mesure, bien au contraire, il en apprécie chaque instant, il en apprécie chaque goutte qui vient orner son visage et son corps, il semble comme bercé par la musique des suppliques de l'homme.

Si l'on y prend garde, un homme peut mettre près d'une heure à mourir ainsi, le tout étant de prendre son temps et d’éviter les artères. Il faut une certaine expérience et une certaine dextérité pour procéder de cette manière, une grande détermination aussi mais de tout cela, Léopold ne manque pas.

Patiemment, il ouvre ce corps par le milieu, séparant les deux parties sans même sourciller, brisant les os, déchirant les chairs et les organes, laissant se déverser les viscères libérées de leur carcan qui viennent caresser le visage du supplicié encore en vie.

Un martellement se fait entendre derrière la lourde porte qui s'ouvre lentement laissant apparaitre Lazlo.

"Monsieur...Je suis navré de vous interrompre pendant votre expérience mais ... Un pli important pour vous... Je pense que vous devriez le lire. Je me permet de vous faire remarquer que votre méthode est quelque peu salissante Monsieur... Peut être devriez vous terminer avant de lire ce pli... Ainsi je pourrai nettoyer pendant que vous en prendrez connaissance. Enfin ..."

Agacé, Léopold n'aime pas être interrompu, encore moins par Lazlo, et moins encore quand son serviteur ose lui demander d'en finir plus rapidement. Ou est donc le plaisir si l'on ne peut pas prendre le temps de se divertir comme on le désire ?

La scie est reposée et la dague est saisie. Un seul coup, net et précis... La gorge est tranchée, laissant une giclée entacher les murs et marquer le visage de Léopold.

"Voilà qui est fait Lazlo... Vous avez le chic pour me gâcher le plaisir. Décidément, les domestiques ne sont plus ce qu'ils étaient. Vous êtes chanceux Lazlo que j'ai pour vous un semblant d'affection... Vous auriez très bien pu prendre sa place vous savez " .

"Mais Monsieur sait bien, qu'il ne trouvera jamais meilleur nettoyeur que moi. Ne vous inquiétez pas tout sera parfait à votre retour. Si je puis me permettre, Monsieur devrait prendre un bain et se changer avant de rejoindre Mesdemoiselles Anne et Arya ainsi que votre épouse pour le diner. Que penserez ces dames en vous voyant dans cet état Monsieur ? "

Presque vexé, mais il fallait reconnaitre que Lazlo avait raison sur le fond. Quel domestique aurait pu accepter les travers d'un tel maitre ? Quel domestique serait devenu complice de telles exactions sans rien dire et avec une totale discrétion ?

Saisissant le pli, Léopold rejoint rapidement la petite chambre attenante au laboratoire. Il quitte rapidement ses vêtements pour se plonger dans un baquet d'eau fumante, laissant l'eau dissoudre doucement le sang séché sur sa peau. Du bout des doigts il saisit le pli et le décachete .

Un large sourire se dessine sur le faciès de Léopold. Une lueur s'allume dans les vairons à la lecture d'un premier nom ... Minah... puis le regard s'embrase à la lecture de la signature ... Kachina .

Ainsi la fameuse déesse est faite de chair et de sang, et de plus elle ne semble pas savoir qui il peut vraiment être. Elle lui lance un défi... Il ne pourrait refuser. C'est qu'il aime jouer avec le feu le Corse. Il aime danser dans les flammes de l'enfer quitte à se bruler les ailes.

La curiosité, l'inconscience peut être à moins que ce ne soit simplement l'envie de savoir qui elle est, si elle est à l'origine de cet espoir, de cette lueur, si cette Kachina peut être celle qui mettra enfin fin à tout ca.

Une simple missive écrite à la hâte... Une missive qu'il portera en personne mais incognito pour le moment après tout on est jamais trop prudent.



A la fameuse Donna Kachina dont Minah m'a tant parlé,

Signora,

Je me réjouis de savoir que Minah se souvient de moi et qu'elle est aux cotés de celle dont elle n'a cessé de vanter les mérites.
La savoir avec vous est rassurant, elle est donc vivante et entre de bonnes mains, c'est très plaisant .
Ainsi donc vous vous êtes mise en quête de me retrouver. Vous ne manquez pas de ressources assurément vu la facilité déconcertante avec laquelle vous avez eu connaissance de mon nom .
Ainsi donc Minah a pu vous décrire mes armes et elle m'invoque régulièrement ? Amusant, presque flatteur même. Je ne pensais pas que ma personne la marquerait à ce point.
Mais puisqu'il semblerait que vous vouliez que nous parlions alors soit.
Sachez que vous connaitre ne sera qu'un immense plaisir.
Qui sait ce qu'il pourrait advenir d'une rencontre avec celle que cette chère Minah considère comme une véritable déesse.
N'y voyez là non plus aucune proposition indécente, ni aucune inconvenance bien entendu.
Peut être aurais je aussi la chance de revoir notre amie commune. Elle était si indécemment belle, j'espère que sa vie est plus "respectable" désormais. Il serait tellement dommage que la débauche lui fasse avoir d'autres ennuis.
Saluez la pour moi je vous prie, et si j'osais, je vous demanderai de lui offrir un chaste baiser de ma part .

Léopold DiCésarini.

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Axelle
[Les Yeux d'Hadès]

Les murs de la milice avaient vu ces derniers jours bien des visages défiler. Certains lui avaient tapé dans l’œil, lui plaisant sans vraiment que la gitane ne puisse expliquer le pourquoi du comment, l'instinct peut-être, et d'autres qu'elle ne voulait jamais plus revoir, au risque sinon de bien mal finir. Mais dans l'optimisme qui la prenait parfois, elle s'était convaincue de ne jamais plus recroiser certaines têtes.


Assise à sa table, elle lisait les missives tout juste déposées par la Bosse, assez blasée de ce qu'elle déchiffrait. Rien ne retenait vraiment son attention, pourtant il lui faudrait répondre à toutes, user de ses formules de politesse qu'elle détestait tant elle n'avaient aucun sens, tout juste celui de l'hypocrisie. Mais tel était le prix de l'indépendance et, cette liberté toute neuve, des piles entières de courriers et de paperasses n'aurait pu l'émousser.

Ce fut ainsi qu'entre une facture et la proposition de vente de vin d'un imbécile confondant les Yeux et l'Aphrodite, une petite écriture piqua sa curiosité. Kachina.


La gitane n'avait pas encore pu se faire une idée précise de cette femme aux yeux verts qui avait déboulé à la cour de la Jussienne mais, comme il était inscrit sur le feuillet qu'elle tenait entre ses doigts, un ami, et non des moindres, et un demi frère communs valaient bien plus que des présentations dans les règles. Et ce fut sans hésitation que la Casas, en outre ravie de délaisser l'ordinaire, répondit sans attendre. L'affaire puait. Elle puait tout autant que cette dent et cet œil qu'elle avait reçu en cadeau alors que la manouche hantait encore le Châtelet.


Citation:
Kachina,

Vous avez visé juste, nos connaissances communes suffisent largement à ce que mon aide vous soit acquise même si, pour l'heure, je dois avouer qu'elle est bien maigre.

Lorsque j'étais Prévôt de Paris, j'ai effectivement reçu des petits bouts de corps, sans savoir s'ils appartenaient à des femmes, et encore moins à des rousses. Nous avions retrouvé des cadavres de femmes à l'époque, sans qu'aucun lien ne puisse être établi. Sans qu'aucune piste ne s'offre à nous. Les envois se sont arrêtés, du moins, je n'ai eu aucun écho depuis ma démission de la Prévôté de Paris.

Votre affaire serait-elle liée à ce précédent, rien ne le prouve et je n'ai rien entendu de femmes torturées et mutilées depuis ce sombre épisode.

Je vous avoue ne pas trop aimer écrire, surtout quand les missives peuvent être détournées et vous mettre en péril. Rencontrons-nous, vous pourrez m'en dire davantage. Dites-moi où et quand et je viendrai.

Cordialement,

A.C.




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Kachina
« Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité :

Celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. »
(Genèse 3:15)


Le lien de cuir vient se resserrer autour de la longue natte sombre qu’elle termine de tresser. Disciplinant la crinière de jais, emprisonnant les mèches rebelles entrelacées. Elle retombe sur l’épaule de Kachi qui se tient debout face au grand miroir sur pied. La chambre est ensoleillée et des parfums comme seul l’été peut en offrir, chatouillent agréablement ses narines. Il fait si bon en ce jour de juillet, an de grâce 1464. C’est une journée à vivre pleinement, à s’enivrer de tout ce que la vie vous offre.
Alors foutre dieu...Pourquoi n’y arrive-t-elle pas ? Pourquoi cette rage en elle, toujours aussi vive qui lui dévore les tripes et lui embrase le cœur ? Les lèvres carmines refusent un sourire à l’image que lui renvoie la psyché. Et le regard vert se perd en fait bien au-delà…


Il s’égare en pensées derrière la porte qui mène à la chambre voisine, là où Minah repose sur un lit, semblable à une poupée de chair au regard à jamais éteint. La rescapée est allongée sur le dos, refuse toute nourriture et reste là, hagarde et figée, perdue dans les limbes de mondes cauchemardesques. Les seuls sons qui sortent de sa bouche sont des plaintes sourdes ou des hurlements quand le sommeil l’emporte. Et ces cris-là glacent le sang de la Brune, tant elle se sent impuissante à réconforter l’Amie.

Machinalement, elle enfile cette robe légère à laquelle la racine de garance a donné cette magnifique teinte rouge. Il fait si chaud, la robe laisse les épaules nues et aucune ceinture de cuir n’étrangle la taille fine. Une fine chaine d’argent la souligne simplement avant de retomber lâchement en V sur son ventre. Elle a gardé de ce temps où elle était tisserande, le goût pour les vêtements bien coupés et les belles étoffes. Bien que sa mise soit souvent celle d'une voyageuse, confortable et simple, elle est femme avant tout. Et c’est un plaisir ce matin, de retrouver des réflexes de coquette et de sentir le tissu glisser de ses épaules à ses hanches.

Pourtant elle affiche sa tête des mauvais jours, lippes fermées et frimousse boudeuse et sombre. Elle est d’une humeur de chien, se raccroche à l’espoir que sa missive à ce Leopold aura porté ses fruits, qu’il y aura du nouveau. Elle hésite entre l’imaginer amant intentionné et ardent ou bourreau machiavélique et sans pitié. Elle imagine mille tourments à faire subir au monstre, invente mille plans pour capturer la Bête….
Mais surtout, elle cherche en vain, une réponse à cette question qu’elle se pose depuis la veille. Depuis la visite de La Boussarde venue vérifier les pansements, administrer poudres et onguents.


Sur un guéridon, dans la chambre où se trouve Kachi , trône encore le flacon de racines d’orchidées que la guérisseuse a laissé en partant avec quelques consignes :
    "- Deux gorgées pas plus. C’est très puissant, ça te réduit un étalon en poulain qui vient manger dans ta main, ma Belle !"

La Belle ainsi nommée était restée muette devant les chairs martyrisées, boursouflées, et les contusions sur le corps de Minah. Combien d’hommes ont rêvé de cette peau d'albâtre si douce ? Peau recouverte de croûtes et de meurtrissures bleuâtres aujourd’hui . Les deux femmes s’étaient affairées autour de la blessée, dans un silence pesant. Jusqu’à ce que la guérisseuse effleure doucement du bout de l’index les contours de certaines plaies...et qu’elle s’exclame, comme hypnotisée : Par tous les saints….Kachi….Regarde…….Cette blessure en forme d’épi ? Et là ? On dirait……..Bon sang …..on dirait Virgo !

Les regards des deux femmes s’étaient cherchés, celui de la guérisseuse fiévreux, celui de la Brune plutôt perplexe avant que Kachi ne lâche un juron. Celui qui avait martyrisé Minah avait poussé le vice jusqu’à dessiner à la pointe d'une lame - du bas du torse au ventre plat - la constellation de la Vierge.

******

Revenant à l’instant présent, Kachi tourne le dos au miroir, s’installe à une table, et un rayon de soleil enflamme les boucles brunes. Elle ouvre un vieux grimoire que la guérisseuse lui a fait porter, en tourne les pages pour enfin s'interrompre et poser son regard sur un chapitre traitant de la constellation de la vierge.

Elle a donné rendez-vous à Axelle, doit au plus vite lui parler de tout ça. Celle qui fût à la tête de la prévôté et qui dirige en parfaite maitresse cette milice privée pourra peut-être l’aider. Kachi est téméraire, mais pas au point de se jeter dans la gueule du loup.Et même si elles n'ont fait que se croiser, le sixième sens de la Louve lui souffle de faire confiance à la gitane.

Le chat noir qui s’est invité sur la table, sans vergogne, vient agacer de sa patte joueuse, la plume que la jeune femme tient. Celle-ci y prête à peine attention, trop concentrée à entourer certains passages, souligner quelques mots qui lui semblent importants :
la fécondité…l’enfant….La justice…..Vierge en colère, lassée des hommes pervertis….Le jardin d’Eden et Dieu parlant au serpent envoutant…..

Chassant le félin d’une pichenette sur la croupe, provoquant un miaulement outré de l’animal, elle s'interroge à voix haute :
    - Pourquoi ? Quel rapport avec Minah ? Quels liens avec ce démon ?

Et c’est à cet instant que des coups brefs sont cognés à la porte. Elle se lève, laissant le livre ouvert, traverse la pièce dans un bruissement d’étoffes et ouvre…


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Julian.leopold
La nuit est si belle, plus encore quand on chevauche vers son destin en toute quiétude. Sensation du devoir accompli, exaltation d'un nouveau défi que sais je encore ? A l'heure où je devrais être tranquillement avec ma sublime épouse me voilà moi, Léopold DiCésarini enfourchant un hongre superbe afin de m'amuser un peu, poussé par une curiosité malsaine, une envie terrible de la connaitre, de la défier à mon tour, de jouer avec la mort. Peut être serai ce là ma toute dernière danse... Après tout qui sait ce que nous réserve le sort ?

Pour sur, si cette Kachina ne me tue pas, il y a des chances que ce soit Eylia qui le fasse si elle apprenait que son mari la laisse pour rencontrer une inconnue... jolie inconnue espérons le.... Il ne manquerait plus que ce soit un laideron, une énorme dragonne aussi laide que bête, qu'on pourrait apparenter à Cerbère lui même.

Voyons reprends toi donc Léopold, la jolie Minah semblait la prendre pour une déesse, elle ne doit pas être si laide cette femme... et puis après tout qu'importe qu'elle soit laide ou belle... Si elle n'est pas à la hauteur de tes espérances elle pourra servir pour les expériences .... Sais tu seulement ce que tu espères en allant la bas ?

Si elle sait ? Aurais tu des regrets Léo ? Appréhenderais tu le fait que cette femme sache qui tu es ? Qu'elle en veuille à ta vie ? Que tout cela soit un piège immonde dans lequel tu t'empresses de te jeter, fou que tu es ?
N'est ce pas ce que tu cherches ... Un nouveau défi ? Tel Orion combattant le scorpion voilà que tu chevauches vers ton destin, vers celle dont elle t'a parlé dans le seul but de savoir si tu peux défier la mort encore .

Les étoiles scintillent, illuminant la voute céleste, l'astre de la nuit veillant sur elles. Tout est si calme... à peine le hululement d'une chouette qui rompt parfois le silence, et le staccato des sabots qui rythment la course folle.

Bientôt il sera à destination, bientôt il la rencontrera et là il saura, il saura si Kachina sera la flèche qui brisera sa course peut être au fond est ce là tout ce qu'il espère, tout ce qu'il attend. Lui, Gemini, double dans la moindre parcelle de son corps et de son âme, lui, partagé entre bien et mal depuis toujours.

Pourquoi avait il laissé cette Minah en vie ? Pourquoi ne l'avait il pas achevée comme il l'avait fait pour tant d'autres ? Seulement parce qu'il avait voulu la sauver... à sa manière. Lui faire comprendre combien sa vie de debauche n'etait pas digne d'elle, combien elle méritait bien mieux que cela. Lui redonner une certaine virginité, une seconde chance... la laver de ses démons dans la douleur. Si tout cela était si facile...

Tant de choses étranges germent dans l'esprit humain parfois, tant de chaos dans celui de Léopold. Depuis toujours, il cherchait la rédemption, le sens de cette vie inutile marquée par la mort depuis son premier jour. Il cherchait le remède contre cette mort, le sens de cette vie. Il cherchait tant de choses, tant de réponses à des questions qu'il était même incapable de formuler.

Personne ne le comprend vraiment, qui le pourrait ? Et voici que se dessine les remparts de la ville...

L'auberge des trois pendus a t elle écrit... C'est donc là que je me rendrais.

Sans l'ombre d'une hésitation, la porte de l'auberge est franchie, la voix se fait autoritaire, tranchante comme la lame d'une épée, hautaine et méprisante comme Julian peut l'être parfois.

"Une chambre... Et indique moi celle de la dénommée Kachina.... J'ai un pli urgent à lui délivrer"

"Bien messire... Kachina... Suivez moi je vous prie. "

Le martellement des bottes résonne sur le bois de l'escalier qui mène les deux hommes à l'étage, longeant le couloir en silence, une première porte s'ouvre

Votre chambre Messire ,
"Bene Grazie... et celle de Kachina ? "
Au fond du couloir Messire
Perfetto ... Fais monter de l'eau, j'ai besoin de me nettoyer...Tiens ... Basta .

Les écus s'entrechoquent dans la main du tenancier et tandis qu'il repart, le sac est déposé sur la couche de cette chambre miteuse. La capuche est ôtée laissant enfin apparaitre le visage de Julian.

Deux serviteurs se relaient afin de remplir le baquet d'eau fumante. Encore quelques écus.... Le bruissement du tissu qui glisse au sol, dévoilant le dos marqué de cicatrices. Seul un oeil exercé remarquerait un détail... La disposition de certaines... leurs formes en étoiles... Gémini... Les gémeaux... La constellation dessinée dans sa chair... Souvenir d'enfance tout comme cette brulure sur son épaule.

On ne devient pas un tel monstre par hasard ... Lentement il plonge dans l'eau pure, lavant son corps à défaut de son âme. A quoi songe t il à cet instant ? Elle est là tout près, elle ne sait pas que dans cette chambre se cache peut être le diable sous cet aspect angélique.

Il est temps... Quittant enfin ce baquet, Julian se rhabille soigneusement. Il est temps... Léopold a rendez vous avec son destin semble t il ...

Au fond du couloir se dessine l'entrée d'un autre enfer ou celle des portes du paradis ? Nul ne le sait encore et pourtant, c'est d'un pas assuré qu'il avance, le pli à la main .

Quelques coups sur le bois....

" Donna... un pli pour vous ... Messire DiCésarini désire vous rencontrer... Demain si vous voulez bien. Il a hâte de vous connaitre. "

Attendre sa réponse, en gardant les yeux vers le sol... Comment n'y avais je pas pensé avant... Mes yeux, mes yeux qui me trahissent si souvent, ce regard si reconnaissable, si différent... Si Minah en avait parlé... C a z z o...
Lazlo avait raison, je n'aurais sans doute pas du venir sans l'envoyer avant. Imbécile...

Tant pis... le sort en est jeté, il n'est pas temps de regretter. Le jeu commence...



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Kachina
"Par moi l'on va dans la cité dolente,
Par moi l'on va en éternel malheur,
Par moi l'on entre au peuple des perdus."
(Dante Alighieri)


Elle ouvre et salue d’un sourire le coursier. Le regard vert jauge en connaisseuse la silhouette masculine qui se tient face à elle. Elle apprécie la prestance, le visage aux traits fins, tout en s'étonnant silencieusement de ne pas voir ici le gamin habituel.... Celui qui lui porte les rares nouvelles de ceux restés au loin.
Machinalement, elle porte en bouche la pomme qu’elle destinait déjà au mioche, croque à pleines dents dans le fruit juteux qu’elle tient dans sa main gauche.

Donna…

Le terme l’interpelle vaguement, sans qu’elle sache vraiment pourquoi et les mots qu’il prononce amène en elle un singulier sentiment de malaise.
Celui qui lui tend le pli n’a pourtant rien d’un sanguinaire prêt à lui sauter à la gorge. Le ton est courtois mais cependant assuré, malgré la nuque courbée qui donne à l’homme une allure servile. Allure démentie par la carrure et la posture, l’élégance de la mise.

Quelque chose ne va pas.

Ceux qui vivent plus fort. Qui brulent leur vie par les deux bouts. Ceux qui s’enfoncent parfois avec une rare délectation dans ces ruelles immondes et nauséabondes des bas quartiers pour le simple plaisir de côtoyer la lie de l'humanité. Simplement pour que le sang cogne plus fort dans leurs veines,tel du vif-argent... Ceux qui savent le goût du sang à l’acier de leur lame…
Ceux-là même ont acquis un sixième sens qui les avertit parfois. Ce petit frisson qui vient mordre leur nuque ou piquer leur échine quand le danger s’invite à leurs heures.

Elle fait partie de ces gens-là.
Et à vrai dire, ce n’est pas un frisson, ni un picotement à ses reins qui la mettent en alerte à cet instant.
C’est une morsure, une vague glacée qui la parcourt toute entière.

Une jouvencelle jugerait l’homme des plus séduisants, chercherait un prétexte pour prolonger la rencontre, tenterait d’un geste, d’un regard échangé d’allumer le désir chez l’autre.
Elle n’est pas la première gourgandine en mal d'aventure, ni une femelle frustrée en attente du mâle. Pourtant son cerveau s’emballe comme un étalon fou, sous les boucles de jais,tandis qu’elle tente de déchiffrer ce sentiment confus qui s’est emparé d’elle à l’arrivée du brun.


Déroutant...Dérangeant...

Donna…
Sa main se tend vers l’homme, effleure les doigts qui tendent le pli, alors que le soleil éclaire brièvement l’éclat d’une bague à son doigt. Kachi s’empare du parchemin, tous ses sens en alerte, déconcertée par ce qu'elle ressent là.

    - Merci ! Attendez un instant, je vous prie ! Cette lettre réclame peut-être une réponse !

Elle fait sauter le sceau, fébrile et impatiente, évitant de tourner le dos au porteur du pli. Le regard vert déchiffre l’écriture racée, sans ciller à l’évocation de la déesse qu’elle est censée être. Ce Léopold est assurément habitué à séduire, sûr de lui et de son pouvoir sur les femmes. Mais il n’a rien de l’amoureux éperdu dont parlait Minah dans ses lettres. Les mots sont froids quand il parle de la rousse, presqu’indifférents. Au fil de sa lecture et avant qu'elle n'atteigne les dernières liges, elle a compris que l’auteur de ces mots-là est le démon qu’elle recherche.
Elle n’est pas née de la dernière pluie et sait mieux que nulle autre lire les sous-entendus, les menaces voilées sous les griffures noires de l'encre. Son coeur s'emballe un instant et le corsage de sa robe se soulève au rythme de sa respiration qui s'accélère. Excitation ou peur ?

Bordel...Ce salaud joue.


Les prunelles vertes en oublieraient presque l’homme en attente, jusqu’à ce que la vérité se fasse dans la tête de la Brune et qu’une petite voix serine au plus profond d’elle son signal d'alerte : Donna……entends-tu cet accent Kachi ? Celui-là fait rouler les r, comme personne...Et idiote que tu es, tu n’as pas vue la chevalière à son doigt ?
Foutre Dieu….

Sa main tenant la lettre glisse à sa cuisse, cherche à travers l’étoffe, le contact, rassurant de la dague fixée par un lien de cuir à sa cuisse. Et un sourire carnassier vient fendre la bouche pulpeuse alors qu’elle contemple l’homme qui attend sagement…Sagement, le diable en mourrait de rire s’il entendait ça. C’est un fauve à l’affût qui se tient à quelques pas d'elle.
Mais parce qu'elle est femme , parce qu'elle est celle qu'elle est, insolente et joueuse, femme vengeresse et déterminée, ses lippes sont mordillées, pour emprisonner un rire qui vient en sa gorge.

Ce fou s’est jeté dans la gueule du loup !

D’un geste brusque, elle jette la missive sur le guéridon, l’accompagne de la pomme à moitié dévorée qui roule sur le bois dans un bruit sec. Elles viennent effleurer le flacon de racines d’orchidées.
Kachi tourne la tête vers le messager et lui désigne d’un mouvement d’invite de sa main droite, le fauteuil recouvert d'une tapisserie usée, représentant une scène de chasse :


Et choisissant l'attaque à l'esquive, la Louve abat sa première carte, lançant d’un ton aux allures de défi dangereusement courtois. La voix est douce quand elle prononce :
    - Prenez place Sire de Cesarini ! Nous avons, je crois à parler de Minah !


A-t-elle en face d’elle, celui qu’elle cherche ? S’il s’agit bien de lui, elle le saura très vite.
Quant à elle, il y a des lustres qu’elle n’a plus peur du diable. L’enfer s’est ouvert sous ses pieds par deux fois en Anjou. Qu'il remballe ses cornes, et sa fourche, elle s'en moque, comme elle nargue la Camarde plus souvent qu’à son tour.
Sa seule peur à cet instant-là, est pour celle qui repose de l’autre côté du mur dans la chambre voisine.

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Julian.leopold
- Prenez place Sire de Cesarini ! Nous avons, je crois à parler de Minah !


Echec et Mat, pour l'effet de surprise tu repasseras Leo.

Il faut bien avouer que tu n'as rien fait pour cacher ton identité, jusqu'à la chevalière présente sur ta main tendue vers elle... Pauvre fou... Mais au fond, n'est ce pas là exactement ce que tu cherchais ? N'est ce pas un test de plus afin de cerner ton adversaire ?

Un sourire se dessine doucement sur le faciès d'Ange et lentement le visage se relève, les Vairons cherchant la lueur de défi brillant dans les émeraudes de la jolie brune.

" Belle, intelligente et terriblement observatrice, vous êtes telle que Minah aurait pu vous décrire Donna Kachina. Comment va t elle ? Ne me faites point l'affront de me faire croire qu'elle n'est pas ici. Si j'avais eu le moindre doute sur cela, je ne me serai pas déplacé en personne. Alors avant que nous ne parlions, laissez moi la voir. Il me tarde de la réconforter un instant. "

La voix étrangement calme et posée, trahissant une certaine inquiétude, un certain sentiment envers la jeune femme, bizarrement il semblerait presque que Julian se préoccupe vraiment de Minah, qu'il tient à elle.

Sans l'ombre d'une hésitation, il franchit la porte, fier, assuré, d'un calme olympien, il ne doute de rien, ni de personne. Si Kachina devait savoir alors elle l'aurait sans doute déjà menacé, ou tué qu'importe.

" Julian Léopold... DiCésarini. Enchanté de vous rencontrer enfin Donna Kachina. Rencontrer celle qui allume ce feu dans les yeux de notre "amie" commune c'est un réel honneur, bien que je puisse parfaitement comprendre que cet honneur ne soit ni partagé, ni réciproque... Quand à ce .. cure dent que vous cacher si bien sous vos charmants jupons.. n'y pensez même pas ... Nous ne sommes pas des bêtes n'est ce pas. Il est inutile d'en venir aux mains avant même les somations d'usage. "

Laissant glisser la dague dissimulée dans sa manche jusqu'à sa main et la plantant négligemment sur le guéridon, avant de s'assoir sur le fauteuil...

"Me voilà désarmé, mis à nu devant vous. Je ne mords pas, rassurez vous."

Les Vairons détaillent sans vergogne la femme qui lui fait face. Magnifique, attirante, provocante et farouche, elle semble déterminée, loin de ces jouvencelles sans cervelle qu'il côtoie à la cour et dans les bals de la haute noblesse dont il est issu. Elle n'a rien non plus de ces catins qu'il rencontre dans les bas fonds. La femme qui lui fait face à cette beauté insolente que lui apporte la maturité, de cette beauté qu'ont les femmes qui ont vécu bien plus de choses en si peu d'années que certaines n'en vivraient en mille vies. Étrangement quelque chose en cette femme lui rappelle ce qu'il peut être parfois.

Mais à cet instant, c'est vers Minah que ses pensées sont tournées, vers la jeune femme dont il a voulu raviver l'innocence, vers celle qui l'a maudit et qui l'a poussé à venir ici, se jeter dans la gueule de la louve affamée de vengeance qui le regarde et lui fait front.

Le ton se durcit, tout comme le regard, la voix se fait autoritaire

" Je veux la voir... "



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Axelle
Le rendez-vous avait été donné rapidement et l'empressement ne pouvait marquer qu'une certaine urgence. Pourtant, c'était avec nonchalance que la manouche avait traversé les rues parisiennes, incapable de résister à la lumière estivale si rare dans ces ruelles sombres, donnant presque à la capitale des allures aimables ainsi délestée de son manteau ombrageux. Bien imprudent état d'esprit que de se laisser prendre à ce simulacre quant à jamais, au soleil ou dans la nuit la plus sombre, Paris resterait à jamais Paris. Fourbe. Cruelle. Diablement dangereuse. Mais imprudente, la gitane ne l'était pas tant alors que sa lame brillait à la ceinture de l'uniforme des Yeux d'Hadès pourtant dépouillé de ses pièces d'armure quand déjà le cuir était bien trop pesant et chaud à ses épaules. L'envie de s'en défaire tapait férocement entre ses tempes brunes et somme toute aurait-elle pu y céder, ne se rendant qu'à un rendez-vous où, même s'il était certain qu'elle entendrait un récit des plus inquiétants, elle ne risquait rien. Mais, indécrottable entêtée, elle résistait à la chaleur pour mieux succomber à la vanité d'endosser le costume de cette milice patiemment créée. Et en compensation, si l'habit était trop chaud pour la saison, les boucles brunes engeôlées dans le turban sombre dégageant sa nuque contrebalançaient facilement ce désagrément.

La porte des Trois Pendus fut poussée, et un large sourire fendit la trogne manouche alors qu'elle s'approchait du tenancier, loin de se douter qu'au-dessus de sa tête, une danse macabre débutait déjà.


Je viens voir Kachina.
L'homme puant la sueur glissa ses doigts dans le col de sa chemise pour le tirailler en fronçant les sourcils.
C'est qu'elle a de la visite ces temps-ci la Donzelle.
Et pour le coup, la virgule blanche qui avait pris place sur le visage gitan se cassa quelque peu la figure.
Ah ? Vraiment ? Je ne suis donc pas la première ?
Un grognement sourd s'échappa de la gorge mâle. Non, un gus la déjà demandé, pour lui remettre un pli. L'avait pourtant rien d'un coursier, l'a même demandé une chambrée pour y prendre un bain.
La gitane roula des yeux, tout cela sentait l'amant caché à plein nez, mais pourquoi diantre Kachina lui aurait-elle donné rendez-vous risquant ainsi de se faire surprendre en plein ébat ?
Connais-tu cet homme ?
Le gus secoua la tête, plissant davantage encore les sourcils au point que ses yeux semblaient disparaître dans leurs orbites.
Non, jamais vu. Je veux pas d'histoire chez moi, sans quoi je fais rappliquer la maréchaussée.
Oh, que l'idée était mauvaise. Ce genre d'histoire ne devait en aucun cas s'ébruiter au risque que la panique ne soit plus meurtrière encore. Et encore moins tomber entre certaines mains incapables. La gitane pinça les lèvres, peignant sur son visage des airs mystérieux, puis se pencha vers l'homme, les narines cruellement malmenées pas l’âcreté de son odeur et posa sa main sur son bras.
Mon brave, puis-je vous faire confiance au point de vous confier un secret que jamais, au grand jamais, vous ne devrez dévoiler, même sous la torture ?
L'homme gonfla le buste, empli de cette fierté pleine des petites gens à se voir soudain investis d'une mission de plus haute importance.
Bien sûr ! Quand le Mathurin a tringlé l'Hortense, j'ai rien moufté !
Bien, alors écoutez-moi. Lentement, la gitane tourna la tête, jetant un regard comploteur vers la porte comme pour s'assurer qu'aucune oreille indiscrète ne traînait. La recette des macarons d'Artois a été dérobée. Il nous faut la retrouver au plus vite, sans quoi nous risquons une crise diplomatique majeure et une guerre des plus sanglantes. Veillez à ce qu'en aucun cas, nous ne soyons dérangés. C'est une mission des plus importantes que je vous propose, et si vous la menez à bien, je vous promets une médaille des plus honorifiques, déposée au creux de votre main par le Dauphine en personne. L'acceptez-vous malgré les risques que vous pourriez prendre ?
Aucune hésitation alors que la tête de l'homme opinait avec vigueur. Je suis des vôtres ! Et indiquant où se trouvait la chambre, fouillait déjà son comptoir pour en déloger un couteau de boucher qui, s'il manquait de panache, serait efficace à coup sûr. Le sourire s'étira à nouveau sur les lèvres manouches prenant sans plus tarder la direction de la chambre, attentive à ne pas faire grincer les marches de bois sous ses bottes. Tout semblait rentrer dans l'ordre quand la porte entrouverte de la chambrée ralentit son pas et plaqua le dos manouche contre le mur, l'oreille aux aguets.

« Je veux la voir... »

Il ne fallait pas plus de mots pour que le sourire gitan ne soit plus qu'un vague souvenir. Quelles que soient les paroles, le ton impératif de cette voix d'homme suffisait à anéantir toutes les théories d'amant secret, quand l'autorité froide qui s'en dégageait n'émanait que de bouches inquiétantes ou la bonté n'avait pas sa place.
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Kachina
Je vis plus de mille diables au-dessus des portes
précipités du ciel, qui disaient pleins de rage :
" Qui donc est celui-là qui sans avoir sa mort
s'en va par le royaume des âmes mortes ? "
(Dante)


A l’instant où leurs regards se croisent. Elle sait…Que la Bête n’a pas les pieds fourchus, ni le visage hideux et l’haleine fétide sortant d’une gueule crachant le feu. Foutaises que ces croyances-là. Le Diable est séduisant, d’une rare élégance, rasé de près et il est en train de lui sourire. Le bougre est là, planté devant elle, avec sa beauté insolente.
Un frisson détestable lui court le long de l’épine dorsale quand leurs yeux s’accrochent et se sondent. La peur lui vrille les tripes, à l’idée d’une Minah perdue dans son inconscience et seule dans la pièce à côté. Pourquoi ne l’a-t-elle pas faite garder, idiote qu’elle est ? Elle chasse ces idées là d’un mouvement de menton, hautaine et arrogante soutenant ce regard si particulier. Deux couleurs comme un indice…étrange dualité qu’il lui offre dans un sourire.

Et le doute s’empare d’elle un bref instant, s’insinuant sous la crinière de jais tandis qu’il l’abreuve de compliments, s’inquiète de Minah, souhaitant la réconforter. Peut-être s’est-elle méprise et ce bel homme à la prestance fière n’est-il que le tendre protecteur dont Minah semblait si éprise. Mais n’est-ce pas là, l’apanage du Sans Nom de tromper sa proie pour mieux l’asservir ? La suite le confirme, quand il poursuit et se dévoile en quelques mots, tandis que sa dague vient échouer sur le guéridon avant qu’il ne s’installe déjà comme en terrain conquis. Elle lui offre un sourire qui en dit long pour toute réponse...Va te faire foutre…J’aurai ta peau…

A nouveau son regard sur elle, et c’est comme s’il mettait son âme à nu. Foutre dieu, l’adversaire est de taille. Elle s’étonne de n’éprouver aucune rage envers celui qui a martyrisé Minah. Ce qu’elle ressent là, ressemble à de la curiosité. Presque malsaine et malvenue. N’a-t-elle pas pour seul but de venger la rousse, d’empêcher ce monstre de nuire à nouveau ? N’est-elle pas la justicière de l’histoire ? Mais elle veut savoir, comprendre ce qu'il ressent en jouant le valet de la Camarde.

Elle se perd dans les yeux vairons, lui offrant un court instant le plaisir de lire en elle. Femme de chair et de sang, dévorée par ses passions, dévastée par les pertes qui ont jalonné sa route. Fragile à vouloir vivre si fort. Et pourtant, les émeraudes lancent à la suite un étrange message muet à l’Autre. Tu paieras au centuple chaque plaie, chaque perle de sang perdu, chaque gémissement, chaque cri de l’Amie. Mais auparavant, foi de Kachi , je tiendrai ton âme entre mes doigts, peu importe qu’elle soit damnée.
Et soudain ce trouble qui l’envahit, la déstabilise quand elle devine quelque chose d’autre tapi au fond du regard qui la fouille sans vergogne. Cet homme pratique la souffrance avec art et sans aucun remords, mais il l’a fréquentée de près, ça ne fait aucun doute. Celui-là a tout comme elle traversé les enfers. De la chambre à côté lui parvient un faible gémissement, qui, elle l’espère, échappera à Leo. Elle se reprend, repousse tout semblant de compassion alors que sa bouche s’entrouvre et prononce un seul mot en réponse à sa demande :

    - Non !

La réponse fuse de sa bouche, froide et posée. Tu rêves Léo, je ne vais pas t'offrir ce plaisir là. C’est juste inconcevable que la blessée se retrouve face à son tourmenteur. Cet homme-là pousse le vice bien trop loin. Mais elle atténue aussitôt son refus par un sourire faussement poli, presque amical, avant d’ajouter d’une voix courtoise et douce :
    - Vous en demandez beaucoup trop sire de Cesarini. Pratiqueriez vous donc aussi le péché de gourmandise ?

Tu veux jouer au chat et à la souris Léo ? Sache que mes griffes sont acérées et sorties. Mais je feins de faire pattes de velours, le vois tu ?
Elle se dirige vers le guéridon, lui tourne le dos épiant chaque son, chaque bruissement de tissu qui évoquerait un mouvement chez l’adversaire. Et elle s’affaire à remplir deux godets d’alcool tout en poursuivant d'une voix ironique :
    Vous me semblez homme courtois, Julian-Leopold. Dois-je vous rappeler que vous êtes mon hôte et que de ce fait, c’est moi qui pose les questions et soumets mes exigences ?

Doucement, elle s’empare de la flasque contenant le narcotique à la racine d’orchidées, en verse quelques gouttes dans le godet de gauche. Celui qu’elle tend à Leo, alors qu’elle s’est approchée de lui, à presque le toucher. Elle est assez proche pour percevoir la fragrance musquée qui s’échappe de lui. Rien qui ressemble à de la peur, ce qui ne le rend que plus dangereux.
Il semble hors du temps, hors de tout. Comment l’atteindre ? Où est sa faille ? Une femme, un enfant ? Une mère ?

    - Armagnac 10 ans d'âge, cuvée spéciale. Buvons à sa santé déjà ! Elle survivra à ça. J’y veillerai !

Le ton est sans appel. Touches là encore et tu es mort, Léo. Quand à la boisson, s’il y goûte, il restera conscient mais ne sera plus qu’un pantin docile entre ses mains.
Et c’est plus fort qu’elle, la voici qui pose la question qui lui brulait les lèvres :
    - A quoi pensez-vous messire di Cesarini si je vous parle de la constellation de la Vierge ?

Elle en a presqu' oublié son rendez-vous avec la gitane...s'en souvient à l'instant. Rapplique Axelle, on ne sera pas trop de deux je crois pour dompter ce fauve là...
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