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[RP]Derrière le sourire du diable ...

Julian.leopold
A peine quelques jours plus tard....

Le temps de soigner la plaie et de rejoindre mes pénates... Devoir cacher à la Famiglia la mésaventure et bruler de vouloir continuer ce jeu encore, de repousser les limites, de danser avec la mort, mais surtout l'envie de leur faire savoir que jamais il ne fuit, qu'il brule de reprendre la partie, de risquer encore et encore, de vouloir comprendre, cerner, acculer, et vaincre aussi.

Penser à leurs regards, à leurs voix, au cuivré de la peau gitane, à la blancheur de celle de la brune... Se demander pourquoi elles ne l'avaient pas tué alors qu'elles le tenaient entre leurs griffes.

Tant de questions restées sans réponse. La connaitre cette Kachina qui l'intrigue autant qu'il semble l'intriguer... et toujours ce besoin insurmontable de jouer, de la comprendre, de la connaitre... Curiosité chevillée en chaque parcelle de ce corps maudit portant en sa chair les stigmates de ce qui a forgé le monstre qu'il est devenu... ce monstre en quête de rédemption, ce monstre qui éclipse si souvent le peu de l'homme qu'il fut, la flamme vacillante de l'homme caché derrière le sourire du diable.

Une simple lettre... D'autres mots assassins, narquois, hautains, une autre provocation en guise d'invitation.... Y répondra t elle ?





Lorsqu'on tire sur un seul fil de la nature,
On prend le risque de voir toute chose disparaitre.. "


Kachina,

Notre dernière entrevue ne fut pas des plus reposantes, je dois en convenir. Elle n'en fut pas moins plaisante et je me dois d'avouer que votre amie gitane le fut tout autant que vous.
Dommage qu'il m'est fallu écourter cette entrevue que je brule de continuer si l'envie vous en prend.
Il serait navrant d'en rester sur de si charmantes intentions que celle de m'enfermer et de m'obliger à me dévorer moi même tel un ver putride comme le dirait votre amie.
De plus, je pense avoir oublié quelque chose en vos appartements. Un souvenir précieux, car oui je tiens à certaines choses moi aussi, je suis humain malgré les apparences.
Quand à votre question restée en suspens, celle que je vous ai retournée et à laquelle vous m'avez fait la grâce de répondre... Il s'appelait Julian Marcantone et c’était mon fils.Quand à celle qui me l'a pris, elle en a payé le prix et ce fut là une joie immense que de l'entendre hurler à la mort tandis que je lui infligeais les pires sévices comme ceux que notre chère Minah a pu expérimenter en bien moindre mesure.
Aussi je vous propose une rencontre, puisque vous semblez vouloir jouer et que cela est un de mes vices. Je vous évite ainsi une traque longue et inutile qui n'aura de cesse que de nous épuiser vainement.
Ce serait terriblement dommage que vous ne soyez pas au meilleur de votre forme pour ce nouvel ... affrontement.

Les vielles Raclures, Place des Morimonts à Dijon. Une chambre vous sera d'ores et déjà réservée. Aux dates et heures qui vous conviendront. Je serai seul et sans arme... Vous disposerez d'un nouvel avantage et cette fois je ne vous laisserai pas en plan, ceci est une promesse Dona.

Léopold DiCésarini

_________________
Kachina
Les doigts fins effleurent le manche en corne sculptée de la dague qu’elle tient en main. Combien de fois l’a-t-elle ainsi contemplée, comme si l’objet pouvait lui offrir réponses à ses questions. Sur la coiffeuse, côtoyant la brosse à cheveux qui a servi à discipliner la crinière sombre avant qu’elle ne s’affaire à la tresser en une lourde natte lui battant l’épaule, la missive semble la narguer pour l’inciter à la relire une énième fois.

S’imprégner encore de chaque mot, lire les menaces sous les mots bien trop courtois, épier chaque virgule, chaque point de suspension indiquant une quelconque ruse ou hésitation de la part de l’auteur du pli.

    - Quel salaud ! Il a osé !


Il se joue encore d’elle, pousse le vice jusqu’à lui écrire, provoque et défie, alors qu’il se devrait être l’homme traqué, en sursis. Elle ne sait si elle doit en rire ou en pleurer, tant celui-là est déconcertant et intrigant. Dangereux aussi...Elle ne peut ignorer ce dont il est capable.
Et pourtant…Elle sait déjà qu’elle ira.
Depuis qu'il leur a faussé compagnie, les laissant médusées et frustrées… Leo hante ses journées, l'incitant à presser le pas à chaque silhouette aperçue au détour d'une ruelle qui lui ressemble ou à pousser, fébrile, la porte d’une auberge quand elle a cru le voir attablé là en passant.
Il l’attire dans une morbide et malsaine fascination autant qu’il lui fait horreur, il l’obsède autant qu’elle s’en méfie comme de la peste noire.
Quant aux nuits, il s'incruste comme un serpent s’enroulant autour de sa proie, jusque sous les mèches sombres que la chaleur de l'été colle à son front quand les yeux grands ouverts sur le velours de la nuit, elle cherche vainement le sommeil. Dans ces moments-là, elle revoit le moindre geste, la moindre expression du Corse, jusqu'à la scène finale. La seule consolation qu’elle tire à tout ça, c’est la conviction que s’il a fui, c’est donc qu’il tient encore à la vie. Et ça fait donc de lui un homme vulnérable quelque part.

Un sourire vint étirer la bouche pleine alors qu'elle s'installe à son écritoire. C’est une évidence qu’elle ira là-bas. Elle n’en parlera à aucun de ses proches. Ils l’en empêcheraient. La seule qui comprendra, est Axelle. Elles ne se sont plus revues, bien trop mortifiées l’une comme l’autre d'avoir laissé échapper le bonhomme. Aussi lorsque l'encre s'étale en griffes sombres sur le parchemin, c’est avant tout pour prévenir l'alliée.




Axelle,

Il m'a écrit. Il veut me voir. Il a le culot de réclamer sa dague, me donne rendez-vous aux "Vielles Raclures" place des Morimonts à Dijon.
Je pense que vous ne serez nullement étonnée d'apprendre que je vais m'y rendre.
Il s'est joué de nous. Pourtant, je ne peux m'empêcher de songer qu'il a détalé comme un lapin.
Dites-moi que nous l'aurons, Axelle.
Je veux voir mourir son rire insolent. Je veux la peur dans son regard vairon.
Dites le moi. J'en perds le sommeil...

Et vous, allez-vous bien ? Avez-vous digéré tout ça ?
Ou bien êtes-vous comme moi, dans l'attente d'une seconde manche.

Si ça vous tente, rejoignez-moi là-bas.

Cordialement

Kachina

PS / Minah est retombée dans son mutisme. Elle se repose à la campagne loin de l'agitation de la ville. Je vais la voir chaque fois que possible.


La cire goutte en perles rouges pour cacheter le pli, avant que les boucles de jais reviennent effleurer le bois, quand elle se penche sur un nouvel écrit. Destiné au Corse celui-là. Elle veut percer le secret de cet homme, comprendre quelle maléfice, quel mauvaise fée sur son berceau a fait de lui ce tortionnaire. Qu’est ce qui l’habite, quelle soif de revanche, quel désespoir le pousse à ces actes barbares ? Elle n’a pas peur. Il ne sait pas qu’elle est morte une première fois, un triste soir de novembre à Saumur déjà, et que son cœur a cessé de battre une seconde fois en décembre dans ce même Anjou quand un voleur de cierges s’en est allé au vent maudit.




“Le destin mêle les cartes et nous jouons.”*

Sire de Cesarini,

Ainsi donc vous me proposez une seconde partie. Pauvre fou. Vous ne savez pas à quel point j’aime jouer. Je lève plus souvent qu’à mon tour mon verre à l’Irraison. Je suis de celles qui misent leur destin, choisissent leur chemin sur un simple lancer de dés. Dois-je vous dire que je n’en n’attendais pas moins de vous et que je trouve l’idée plaisante ?

Nous avons donc ceci en commun. La perte d’un enfant. Le mien avait le regard de son père. Il était tout ce qu’il me restait de lui.
Avez-vous connu ça, Leo, ce genre de passion dévorante qui vous laisse ce vide effroyable quand cette chienne de vie se mêle de truquer le jeu ? Arthur aurait 8 ans aujourd’hui, il en avait trois quand il a disparu à jamais, alors que je le pensais en sécurité loin des dangers qui planaient sur nos têtes après l’assassinat de son père. Avez-vous comme moi maudit le ciel et imploré le Sans nom Léo ? Je crois que oui. Néanmoins, je n’ai pas comme vous pris le goût à dessiner la danse des étoiles sur la peau de victimes innocentes. La tête de l’assassin qui a roulée à mes pieds n’a pas suffi à apaiser ma douleur. Vous vous fourvoyez, Leo à chercher dans le sang un éventuel oubli.

Nous avons en commun bien autre chose sire de Cesarini. Une rousse insouciante et heureuse, qui par vos soins ne l’est plus. Mais même le Diable devrait se méfier des rousses, Leo. Elle sera, j'en ai peur pour vous...votre perte, je lui ai promis une vengeance.

Les vieilles Raclures, Place des Morimonts dans cette vieille cité des Ducs. J’y serai dans 3 jours.
Choisissez moi une chambre de plein pied qui donne sur un jardin. Je ne voudrais pas que vous vous fouliez une cheville si par mégarde, il vous prenait l’envie encore de me fausser compagnie.
J’aurai votre dague. Vous m’expliquerez pourquoi elle porte le signe des gémeaux gravé sur son manche, avant que je ne vous la rende en vous déchirant les tripes de sa lame que j’aurai pris grand soin d’aiguiser. Vous me direz qui vous l’a offerte, Leo pour que vous y attachiez autant d’importance. Je veux comprendre, lire l’humain sous le masque du diable.

En attendant, prenez soin de vous. Je n’ai pas envie d’un adversaire affaibli. Tout ça manquerait singulièrement de panache, ne pensez-vous pas ?

Kachina

PS / Faites moi une faveur. Dénichez moi une bouteille de Chassagne-Montrachet. J’ai séjourné quelque temps en FC et j’en ai gardé le goût de ce vin divin.


*De Arthur Schopenhauer

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Axelle
Combien de fois les yeux noirs avaient-ils navigué sur les lettres serrées gravées sur le vélin sans que la netteté d'une réponse à donner ne s'impose avec franchise ? Les recherches de la Bosse n'avaient rien donné - ce qui s'expliquait au vu des mots de Kachina - et, le temps passant, la manouche espérait en sourdine pouvoir oublier cette histoire, son glauque collant, et surtout, son cuisant échec. Mais il n'en serait donc rien. Aussi, en prenant sa plume, une seule volonté guidait ses mots sur le vélin. Ne pas abandonner la brune aux yeux verts face à ce démoniaque personnage. Même si la perspective de s'éloigner des Yeux d'Hadès ne lui promettait rien de bon.


Citation:
Kachina,

Merci mille fois d'avoir épargné à mes yeux de lire son nom. Je vais. Je vais, certainement bien mieux que vous et que votre amie rousse, même si son visage tourne dans ma tête le soir et éveille en moi une bien vilaine ire.

J'aimerais tant vous promettre que nous l'aurons, mais ce serait mensonge et vous mentir, je m'y refuse. Il est prêt à tout que nous gardons notre fierté et nos principes. C'est, je pense, notre point faible dans cette affaire. Il nous faudra être plus retorses que lui et la tâche semble insurmontable.

Je vous accompagnerai. Il est hors de question que je vous laisse seule face à lui. Il est hors de question qu'il vous abîme encore.

Dites-moi quand vous souhaitez partir, nous ferrons le voyage ensemble et tenterons d'en parler. Si nous ne parvenons pas à mettre de mots sur ce qui nous attend, alors peut-être pourrons-nous passer un moment plus agréable que dans cette chambrée.


Bien à vous.

A. C.

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Julian.leopold
3 jours... la patience n'est pas le fort de Leopold mais qu'importe donc le temps qu'il faudra, le glas finira bien par sonner.

La chambre promise est prête en cet endroit qui lui en rappelle tant d'autres, une auberge glauque, l ne manque plus qu'elle... ou elles devrais je dire car nul doute que Kachina ne viendra pas seule. Une seconde chambre est prête pour la gitane qui ne tardera sans doute pas elle non plus.

Prevoyant le DiCésarini, Lazlo est aux remparts à guetter leur arrivée à Dijon, un portrait des deux femmes rapidement esquissés toujours à la main.

Dire que leurs mots ne l'avaient pas touché serait mentir. Mais il gardait cette contenance, ce détachement, taisant toute émotion, s'interdisant même d'y penser alors qu'en lui tout hurle de douleur et de peine.

Pourquoi voulait elle donc comprendre ? Qu'est ce que cela lui apporterait ? Il s'était trompé de toute évidence en choisissant de donner une chance à Minah, il aurait du la tuer comme tant d'autre, il aurait du mais il est trop tard... il avait fait d'elle Virgo, la vierge mère, la figure torturée qui offre sa vie en donnant vie à un autre être. Cette figure maternelle qui lui avait manqué, celle de Cléa, morte d'avoir enfanté un monstre, devorée à petit feu par cette chose immonde à laquelle elle avait donné vie.

Une enfant lumineuse et un enfant ténébreux, des jumeaux si semblables et tellement différents, l'ombre et la lumière, Gemini... 2 corps et une seule âme, l'autre étant vouée au chaos et à la mort... D'Anne et Léopold, il ne pouvait en être autrement... Léopold serait le noir qui équilibre le blanc d'Anne.

Tant de choses tournent dans la tête du brun tandis que l'opium obscurcit deja son horizon et se dessine un visage oublié, un visage renié encore d'une autre mère portant un enfant au regard différent, d'une voix douce qui chante cette vieille berceuse, du sourire de l'enfant quand il apercoit ce père, une image futile d'un bonheur bien trop fugace, le fracas du verre qui se brise, la fumée de l'opium, le sang qui rougit les mains, les cris, la douleur et lentement la folie.

Najima, celle qu'il appelait Mary en souvenir de sa soeur, celle qu'il avait suivi, pensant qu'il pourrait être autre loin de son double, pensant naïvement qu'il pourrait lui aussi avoir droit à une part de lumière dans ses ténèbres.

S'il avait su alors que cette femme scellerait à jamais son destin, qu'elle le plongerait dans des abysses pire encore que ceux qu'il cotoyait. S'il avait su voir la détresse, la folie qui la gagnait, s'il avait pu empêcher cette dague de plonger en lui, cette dague qu'il réclamait à Kachina, cette dague même qui avait détruit le dernier espoir, le dernier rempart avant le néant.

Toute humanité avait quitté son corps en perdant Julian. Mais avait il vraiment déjà été humain ? N’était ce là qu'un leurre de plus ? Qu'attendre d'un maudit qui avait tué si souvent sans même un regret, naturellement, comme si cela coulait de source , fils de la mort, fruit du ressentiment, muré dans le silence.

Pourquoi avait il fui ? Pas pour sauver sa vie, même s'il avait désormais une raison de ne pas mourir, une nouvelle chance de connaitre une vie plus normale. S'il avait fui c'est simplement qu'il n'etait pas temps encore, qu'il ne laisserait pas une autre décider de quand ou comment il partirait.

Un DiCésarini ne peut mourir sans panache, et certainement pas à genoux devant une femme inconnue qui semble nourrir une obsession pour lui autant qu'elle peut en être une à ses yeux. Comprendre, connaitre, toujours cette curiosité, cette soif de savoir, de jouer avec sa vie comme avec celle des autres, narguer la faucheuse encore et encore pour mieux l'apprivoiser, cotoyer les démons et les révéler pour mieux les éliminer. Offrir une chance à certains de trouver la rédemption...

Et les souvenirs se bousculent. De cette année passée dans les geôles, des coups, de la morsure du fouet, de ce fer qui marque la chair y imprimant Gemini comme autrefois un après midi d'automne un autre fer avait marqué son épaule de sa morsure de feu laissant ce souvenir d'Anne à jamais en lui.

Se rappeler des légendes anciennes que lui comptaient sa nourrice, celle de Gemini, dont l’âme noire cherchait la rédemption et devait l'offrir à 11 personnes qui personnifieraient les 12 constellations zodiacales avant que lui même ne deviennent la 12ème et puisse enfin retrouver la lumière.

C'était donc là qu'etait sa mission, le sens de sa vie, Il l'avait compris quand cet autre l'avait marqué en lui parlant encore de cette légende, en lui disant qu'il était desormais celui qui accomplirait le cycle.

Foutu opium... Un martellement le ramène sur terre, chassant les souvenirs des prémices de sa folie.

Messire, elles ont franchies les remparts de Dijon...

Bene... que le jeu commence

De nouveau le sourire s'ancre sur le visage de Léopold... Julian n'est déjà plus qu'un souvenir, ne reste que le démon qui brule d'envie de continuer la partie ... sur son terrain cette fois.

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Kachina
Elle est dans la place.
Dans son dos la tour fortifiée de la cité des ducs, celle-là même qu'ils viennent de passer, la couve de son ombre imposante. Elle vient tout juste de s'acquitter du péage et c'est une étrange sensation de revenir en cette terre de Bourgogne, là où elle a, quelques années auparavant mis au monde un fils, dirigé le port de Cosne et joué les conseillères sans titre, tout en œuvrant pour la gazette locale, le fameux Escargot.
Les souvenirs affluent en boucle sous le front las.
Le sommeil qui la fuit depuis de longs jours a marqué de cernes les amandes claires et les muscles de ses cuisses qui enserrent les flancs du cheval noir qu'elle monte, sont fourbus, ses reins douloureux.

Elle murmure dans un souffle :
Nous y sommes !

C'est ici une joyeuse effervescence, les rues grouillent de monde. Elle se fond dans la foule, regard aiguisé cherchant malgré elle la silhouette de celui qu'elle vient rencontrer. D'une main ferme, elle guise l'étalon dans les venelles avant que d'un claquement de langue, elle ne l'incite à l'arrêt devant l'enseigne d'une auberge au nom évocateur.
Les vieilles râclures. Quel autre nom pourrait-on trouver pour une auberge dans ce quartier des exécutions ? Le métal se balance au gré du vent, dans un sinistre grincement, comme si les suppliciés venaient l’avertir d’un sort funeste. Elle chasse l’idée d’un haussement d’épaules, se laisse glisser de sa monture, caressant la robe sombre du cheval au passage.


Elle est tout à fait consciente que Leo a choisi cette fois encore leur terrain de jeu. Mais bon sang, ce frisson qui s’invite à son échine, alors que son instinct lui crie de ne pas y aller, est un pur délice. Elle va enfin combattre le monstre de ses cauchemars en face à face. Bien décidée à vaincre.
Mais si la partie ne pourra s’achever que dans le sang du Corse, Kachi veut démêler la trame des méandres obscurs qui la mèneront à la vérité nue du De Cesarini.
En finir avec cette obsession, et pouvoir au retour apporter sur un plateau à Minah, le cœur de son tourmenteur. Oublier la froideur des yeux vairons et ce quelque chose qu'elle y a lu brièvement parfois.


Et puis il y a la présence rassurante d' Axelle. Qui à son grand plaisir ne l'a pas laissée tomber, et qui saura veiller sur elle si les choses tournent à l’aigre. Axelle aussi déterminée qu’elle à déshabiller Léo de son manteau d’arrogance. Ces deux brunes là débarquent à Dijon, avec la seule intention de faire rendre les armes au démon.
Et la bouche féminine s’étire en un sourire carnassier quand elle murmure pour elle-même :


    - Ce que femme veut, Leo, Dieu le veut. Alors imagine, deux femmes !!!


A l’aubergiste qui déjà se presse pour les accueillir, elle décline son nom, annonce qu'une chambre doit être réservée, avant de suivre du regard un instant, l’étalon qu’un palefrenier emporte vers la grange. Elle gravit les trois marches qui mènent dans la salle principale, repère une table non loin de la fenêtre et va s’y installer dans un bruissement d’étoffes effleurant les dalles de pierre.
La vue sur la ruelle est parfaite, de même que la vision de la porte d’entrée.
Que le Diable s’invite à présent, et rapplique dans ses plus beaux atours. Elle est prête à miser le tapis s’il le faut. C'est un peu comme une joute amoureuse, au cours de laquelle chacun des partenaires en redemande à l'infini. Elle est certaine que l'Autre ressent la même impatience à se retrouver face à face avec elle...


La vision des cicatrices sur le corps de l’Amie martyrisée la traverse un instant, soufflant sur sa nuque un courant glacial. Est-elle chasseuse ou proie au final ? Un nouveau sourire fend sa bouche quand elle s’entend réclamer à la serveuse d’un ton enjoué : Si les choses ont été faites convenablement, il doit y avoir une bouteille de Chassagne-Montrachet mise à décanter en carafe ! J’en prendrais bien un verre !


Il ne reste plus qu' à attendre le roy de la fête...Approche Léo...Approche...
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Axelle
Dijon. Dijon et ses remparts qui jamais ne lui avaient porté chance. Et c'était bien peu de le dire quand elle y avait embrassé la mort à pleine bouche, il y avait déjà si longtemps de cela. Mésaventure pour le moins sanglante, dont la cicatrice large d'une lame d'épée sous son sein droit interdisait l'oubli. Alors que l'ombre de cette ville maudite semblait engloutir les deux silhouettes féminines, un frisson morbide glissa le long de l'échine gitane, laissant le goût de la boue et de sang mêlés refluer intact à son palais.

Saloperie de ville marmonna-t-elle entre ses dents serrées. Le regard noir glissait sur la foule, comme si, replongée dans le passé, elle s'attendait, au détour d'un rue, à voir la silhouette massive du Prince émerger. Car non, tout n'avait pas été si terrible en cette ville, sans quoi malgré l'attachement grandissant la liant à Kachina, jamais elle n'aurait refoutu les pieds dans cette satanée cité. Descendant de sa monture, une grimace furtive figea ses traits. La jument camarguaise était une bête magnifique qui, par un miracle fabuleux, avait acquis la confiance manouche pour lui offrir la sienne en retour, se trouvant alors délestée de tous les qualificatifs peu aimables dont la Casas affublait régulièrement ses bestiaux équins aux dents trop longues et aux sabots traîtres. Si la zingara portait un attachement bien particulier à la bête, il n'en restait pas moins que le voyage avait sacrément mis à mal son divin cul au point de marcher avec quelques difficultés. Difficultés encore accrues par ce fichu bestiau qui, sauvage comme pas deux, rechignait à s'engouffrer dans la foule, perdant ses allures fières pour se peindre en tête de mule. Mais finalement, l'un dans l'autre, bataillant avec les rênes et serrant les dents pour se tenir bien droite, la manouche revêtait des airs féroces que les quelques passants qui n'avaient rien de mieux à faire, considéraient d'un œil méfiant.

Après moult caresses sur entre les deux yeux ronds et doux mots chuchotés à l'oreille, la têtue jument accepta enfin de suivre le palefrenier, laissant enfin la gitane libre de pénétrer l'établissement, le jaugeant d'un regard circulaire ni mieux ni pire qu'un autre, avant d'enchaîner à la cantonade.


Et si les choses n'ont pas été faites seulement correctement, mais parfaitement, il doit aussi y avoir fruits, fromages et charcuterie à volonté.
Le regard noir alors se posa sur la silhouette de Kachina. Les deux femmes n'avaient que peu parlé durant le voyage, ce qui, si la gitane appréciait souvent le silence, n'en restait pas moins préoccupant en trahissant les idées noires qui devaient s'amalgamer entre les tempes brunes de sa comparse. Puis, laissant choir le rouge de sa robe sur une chaise pour le moins inconfortable, épousseta distraitement la table du plat de la main.

Je le veux aussi. Je veux le voir ramper, mais cette fois, je resterai en retrait, pour assurer tes arrières et saccager les siens si l'envie lui prenait encore de filer comme une anguille.


Le regard sombre et pensif se perdit sur la vue aussi grouillante qu'une fourmilière. Combien pourrait-il avoir de complices dans tout ce monde ? Avant de venir lorgner l'aubergiste, premier suspect en ligne.
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Nicolas_lazlo
Il en a de bonne le Patron. Dejà me faire guetter l'arrivée de deux grognasses inconnues en haut des remparts par cette écrasante chaleur et maintenant m'envoyer les chercher pour les amener à l'atelier....

Non mais amener les deux femmes à l'Atelier... et si elles refusent de me suivre je fais quoi ?

Le Patron vaut mieux pas le contrarier, il a des manies bizarres et quelques salissantes faut bien dire, c'est comme tous ces tableaux sur les murs de l'Atelier... pour peindre des trucs pareils faut vraiment pas être normal.

Pour sur c'est le Diable en personne, ce type là... alors ca fait de moi l'associé du Diable ? Faut dire que je le connais depuis longtemps le Leopold. Et quand je l'ai rencontré j'ai bien failli y laisser ma peau... oui ma peau et autant vous dire que c’était pas une image. Il avait entrepris de retirer ma peau juste pour savoir si sans ce vêtement de chair on pouvait vivre quand même... Avouez qu'il a de ces idées .

Mais il s'est ravisé, me demandez pas pourquoi... Depuis je suis à son service, je lui sers de cocher, de majordome et de messager. Et surtout je nettoie le foutoir derrière lui et c'est pas rien de le dire parce que du foutoir quand Monsieur s'amuse et expérimente c'est dans le genre sanglant, avec des morceaux qui trainent, des cris, des larmes et tout le toutim. Je vous le dis il est pas net ce type là.

Mais la plupart du temps, il a l'air normal . Faut le voir avec ses soeurs, ou avec la jolie Blonde qu'il a épousé. Il est parfait, courtois, tendre, prêt à tout pour leurs sourires, c'est effroyablement bizarre quand on sait de quoi il est capable.

Et puis faut voir les cicatrices sur son corps, c'est un tableau marqué directement dans la chair. Les Gémeaux . Les étoiles ca l’obsède . Une histoire de rédemption, de renaissance, un truc de païen, des histoires de sorcières tout ca je vous le dis mais bon... Il a une mission divine à accomplir ou un truc du genre... Un fêlé je vous dis .

Enfin bref, faut que je récupère les donzelles et que je les amène à l'Atelier. C'est pas bien loin des "Vieilles Raclures" je sais bien mais quand même. Et puis si Ysy me voit ... et qu'elle se met en tête de nous suivre juste pour emmerder Léopold... manquerait plus que ca tiens.

Allez direction les "Vielles Raclures"... Coup d'oeil sur l'assistance, repérage des demoiselles .

"Donna Kachina et Donna Axelle Casas ? Je me presente Nicolas Lazlo. Messire DiCésarini vous attend à l'Atelier où il se fera un plaisir de vous recevoir. Si vous voulez bien avoir l'obligeance , je vais vous y mener. "
C'est ca imbécile, comme si elles allaient gentiment te suivre sans rechigner... Quoi que peut être ... Après tout qui ne tente rien n'a rien alors voilà.

Et puis une fois à l'Atelier, ces dames pourront passer le temps en regardant les oeuvres de Monsieur.... Celles qui sont regardables sans filer la nausée... Là il fait fort le Patron, il va quand même pas les dépecer toutes les deux ? Surtout qu'elles ont pas l'air docile.

Au pire, il les a fait venir pour un portrait... après tout il a dit de les conduire à l'Atelier pas au labo... Bizarre mais j'y crois pas trop. Kachina, Kachina, j'ai deja entendu ce nom là mais où...?

La Rouquine... oui la Rouquine de l'autre fois, celle qu'il a fallu laisser à la place d'Armes, celle qu'il ne voulait surtout pas voir mourir. Elle répétait sans cesse ce nom Kachina.

Ca présage rien de bon ca. Vraiment rien de bon....

Alors elles vont me suivre ou pas ?
Ysy
[Aux vieilles raclures]

La Patronne anonyme du lieu est dans la salle, assise à une table, sa table habituelle ayant vue sur les clients et sur la place, mais à demie cachée par le rideau qui sépare la salle de l'arrière salle, elle échange avec l'aubergiste, le Patron factice, son employé.

Un message lui est tendu avec les instructions du jour en échange elle reçoit des dernières informations sur la clientèle :
Deux chambres, deux femmes, elle détaille la suite du message, réservées par Léopold, elle se met à sourire... Quelques petites choses sans importances, des fûts à remplir, une filature qui a abouti, une adresse, qui fait quoi, et où... Trois cadavres la nuit passée...
Elle se sent bien, c'est une belle journée, les traits son détendus et les vairons pénétrants à souhait.

Le message disparaît rapidement, elle évite de croiser le regard des deux femmes, s'enfonce dans son siège se cachant un peu plus et attend que son vin soit servi...

l'Aubergiste la sert comme s'il servait n'importe qui. Elle pose quelques écus sur la table et prend le temps de déguster, semble réfléchir...

Les deux femmes se connaissent, c'est évident, elle s'interroge sur le but de leurs visites, mais leurs présences ici n'est pas anodine, Léopold n'aurait pas réservé des chambres ici si ce n'était pas particulier, ce n'est pas net tout ça, Oui, elle est parfois curieuse d'autant plus quand quelque chose se passe chez elle...
Un homme va rejoindre la tablée, se penchant légèrement elle reconnaît Nicolas, tiens, tiens, décidément cette journée est intéressante, ça promet.

Elle décide de rester un peu plus longtemps que d'habitude, d'un léger Hochement de tête un homme assis au comptoir va prendre place sur la terrasse puis le petit Gus, un jeune garçon va s'installer juste à la table à coté de celle des deux arrivantes.
Ainsi en reconnaissant Gus, Nicolas saura qu'elle n'est pas bien loin et surtout qu'il est repéré.

Un enfant, on ne se méfie jamais d'un enfant, celui là est chargé par la patronne d'écouter et comme à chaque fois qu'il prend place, l'aubergiste lui apporte un verre de lait et quelques biscuits comme si c'était habituel...

Rien de remarquable, rien de particulier des gens qui vont et qui viennent, elle veut savoir ce qu'elles font là, si Léopold ne voulait pas qu'elle sache il n'aurait pas réservé ici...

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Julian.leopold
L'attente cruelle impatience, tout a été soigneusement préparé pour la rencontre. Le vin choisi avec soin, celui là même qu'elle a réclamé comme elle l'aurait exigé d'un amant... Etrange la tournure que prend ce jeu...

Etrange et terriblement excitant, je dois avouer. Il aurait été dommage de les laisser gagner si facilement lors de la première rencontre... une première rencontre... comme un premier rendez vous laisse un gout d'inachevé... et c'est bien ce gout qui donne l'envie d'en vouloir plus encore.

Sans doute voudront elles sa peau ... Après tout il l'aurait mérité... Que quelqu'un mette enfin fin à tout cela, à cette quête insensée vers une illusoire rédemption, de cette quête folle du sens d'une vie inutile marquée par la mort.

Toujours ce sourire immuable, indéchiffrable bien souvent, de ce masque de carnaval qui cache si bien l'anonyme qui ne souhaite dévoiler qu'une part de son être et conserver le mystère . Le clair et l'obscur... Comme la Lune et les Etoiles, l'un a besoin de l'autre pour exister et l'autre n'existe que pour servir à l'autre... Chaque chose a sa place dans l'univers... encore faut il savoir qu'elle est la notre.

Dans l'Esprit de l'Instable rien n'avait jamais été clair, jusqu'à ce jour là... Jusqu'à ce que dans la douleur, tout lui soit révélé, jusqu'à ce qu'on imprime en lui si profondément ces idées démentes de rédemption, qu'on lui donne un sens pour tout cela...

La folie de l'homme n'a pas de limite, comme son imagination dans le domaine de la destruction. Cet art de tuer qu'il cultive, cette forme abjecte d'art qu'il se complait à parfaire, cette envie de pureté, cette facon biaisée d'obliger certaines victimes a voir la vie autrement, à tenter de leur faire comprendre qu'ils doivent en apprecier chaque seconde comme s'il s'agissait de la dernière... Certains comprennent, d'autres non.

Quand il tue, qu'il torture à quoi pense t il ? Pourquoi tant de morts, tant de douleur ? Le sait il lui même ? Une fois encore il joue avec la mort, il la nargue et lui offre une nouvelle danse.

Une lettre à Eylia... pour lui dire enfin simplement ... S'il ne meurt pas sous la main de Kachina et Axelle... Alors peut être sera t il temps encore... de changer... de trouver la rédemption, d’espérer de nouveau en demain en se perdant dans le regard innocent d'un enfant tant désiré qui se refuse à naitre.

Et monte la fumée de l'opium entre les murs de ce qu'il appelle le Labo...

Bientôt elles seront là... Elles verront de leurs yeux les horreurs infligées déposées sur les toiles, elles toucheront du bout des doigts une part de l'enfer qu'il incarne...

Et le Diable sourit... Il ne craint pas le courroux qui s'abattra... Il ne craint rien ni personne. Une autre lettre encore pour l'Ombre...

Tout est en ordre ... Que le jeu commence...

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Kachina
L'Atelier...
Elles sont en route pour l'Atelier. Quel étrange nom, prononcé avec un respect certain par le nommé Nicolas qui leur sert de guide à travers les venelles dijonnaises.

Léo n'a rien d'un forgeron battant le fer, le torse en sueur. Ni d'un drapier ou d'un tisserand aux mains délicates et à l'allure efféminée. Elle l'imaginerait bien en joailler aux gestes raffinés, habile et doué, pour façonner, sertir les pierres les plus fines. Mais son instinct de Louve lui souffle qu'il s'agit d'un tout autre art qu'il pratique là-bas. Et que la couleur pourpre qui doit colorer le lieu ne doit rien aux plus beaux des rubis, hélas. Leo les invite en enfer, c'est une évidence.


Aucun mot échangé avec la belle gitane. C'est inutile. Les regards se parlent et se comprennent mieux que quelques phrases lancées au vent. C'est un peu comme si elles se connaissaient depuis toujours. Il est de ces amitiés particulières qui naissent parfois en quelques heures. Et la Brune qui trouve souvent les autres femmes trop mièvres ou trop perfides, s'abandonne à ce lien qui l'unit à Axelle avec un plaisir fou.
Pas née de la dernière pluie, Kachi a très vite remarqué l'étrange manège qui se déroulait sous leurs yeux aux vieilles raclures. Le mioche bien trop curieux, l'homme se déplaçant au dehors sur un signe de tête d'une jeune femme qui semblait là comme une duchesse en son fief. Leo n'est plus seul à jouer. Ce qui amène sur les lippes féminines un sourire carnassier.
A plusieurs c'est mieux, non ?


Elles suivent, presque trop dociles celui qui semble l'homme de main du Corse. Silencieuses, et la démarche souple, talons de leurs chausses claquant sur les dalles pavées que septembre ensoleille encore, elles arpentent ces ruelles si familières à Kachi. Dijon est belle sous la lumière de l'été qui refuse de céder à l'automne. Et certaines échoppes, certains édifices rappellent à la Brune un passé oublié. Elle s'étonne de rester de marbre, cette page-là de sa vie au moins est tournée et bien tournée.
Et puis à cet instant, toutes ces pensées sont essentiellement tournées vers celui qui attend quelque part qu'elles veuillent bien venir jouer sur son propre terrain. Un sentiment désagréable l'étreint alors que le fourmillement familier à sa nuque lui souffle la plus grande méfiance. Elle se sent comme un pion qu'un joueur habile pousserait à sa guise sur un grand échiquier. Ou une souris piquée au flanc par une baguette de noisetier dans un étrange labyrinthe où l'attendrait un félin affamé et cruel.


Il a fui.
Mais il n'a jamais rendu les armes.
Il veut diriger, contrôler. Dominer. Comme un amant exigeant imposant ses propres jeux pour pimenter les ébats à venir.
Elle tourne son visage vers Axelle, capture le regard sombre, s'y réchauffe un instant, alors que ses lèvres s'étirent pour offrir à la Belle un sourire complice. Si l'amant est insatiable et inventif, ces deux-là n'ont rien de filles soumises et apeurées. Quand elles choisissent de s'agenouiller, ce n'est que pour rendre hommage parfois avec gourmandise à un amant trop beau.

Et Kachi la joueuse aime parfois être celle qui lance la première le dé. Tout comme elle peut utiliser sans gêne aucune une pièce truquée pour miser à pile ou face. Ils sont déjà là dans la place, les complices fidèles, arrivés la veille, un peu comme quand on veut prendre une ville rétive. Elle sait sans le voir que Pochtron les suit discrètement et que le vieux mercenaire ne fera qu'une bouchée du valet qui les guide vers Léo si l'affaire se corse. De même qu'Axelle a surement plus d'un atout dans sa manche.

Alors le pas se fait léger, presque dansant quand elle s'enfonce dans cette impasse. Sens aiguisés, plus vivante que jamais, retrouvant l'envie qui la quitte bien trop souvent ces derniers temps. Risquer sa vie pour qu'elle redevienne précieuse. Redécouvrir son prix à nouveau. Quitte à payer cher.

L'endroit la surprend. Elle s'attendait à un grand entrepôt, une sorte d'abattoir à chair humaine. Ou alors un riche manoir où se serait accroché le lierre en arabesques folles. Luxueux et sombre, attirant autant qu'effrayant. Mais c'est vers une petite maison de pierre aux murs épais que les mène leur guide. Un court instant, une lame de glace vient mordre les tripes de la Brune. La peur s'insinue en elle, perfide et sage à la fois. Une voix lui serine dans sa tête : Méfie-toi...

Mais très vite lui revient en bouche le goût du danger et du risque. Et puis, elle veut se libérer de cette obsession-là. Danser avec le Diable, s'abandonner à son rythme pour au final lui apprendre qui mène vraiment la danse. Et Axelle à ses côtés doit elle aussi savoir danser comme personne...

Les dagues dans leur écrin de cuir souple, battent à sa cuisse, aiguisées et acérées, rassurantes. Les amandes fougères évaluent l'endroit, détaillant chaque issue, chaque entrée éventuelle, cherchant le moindre soupirail, la plus étroite lucarne . Le soleil déjà haut vient bruler ses épaules que le corsage de percale blanche laisse à nu. Peut-être est-il temps de savourer un bon verre de vin, Leo, tu ne crois pas ?

Elle pousse la porte...Comme on s'installe à une table de ramponneau. Le coeur battant , le sang courant dans ses veines comme du vif argent.
Elle n'excelle pas à ce jeu, hélas, se fait plumer plus souvent qu'à son tour.
Mais elle a déjà déshabillé les plus beaux sur un simple lancer de dés...Alors....


Au jeu d’échecs, les fous sont les plus près du roi.”
(Proverbe français)

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Julian.leopold
Combien de victimes ont franchis les portes de cet Atelier ?
Combien de personnes ont posé ici pour un simple portrait qui orne désormais les murs de cet endroit.
Des dizaines, dont le visage se découvre sur un simple tableau figeant à jamais un instant de cette vie futile.
Les visages s’étalent, hommes, femmes, jeunes ou moins jeunes, certains graves, d'autres plus légers.
Des portraits ... il y en a tant ici rassemblés sur ces murs.
Les chevalets , les pinceaux, les fusains et les toiles éparses emplissent la pièce adjacente au salon.
Un paravent, une méridienne de velours fauve, des chandeliers... un atelier d'artiste comme on en voit parfois. Rien ne laisserait supposer ce qui se passe à peine quelques portes plus loin, rien ne laisse supposer ce que peut être cet endroit, ce qu'il cache comme peuvent cacher certaines des toiles exposées.
Si l'on retournait certaines toiles, c'est une toute autre vision qui s'offrirait . Celles des tortures infligées à certains, celle de l'agonie d'autres... cette autre face de l'artiste qu'est Leopold... cette autre face cachée au milieu des portraits de celles et ceux qui ont eu la chance d'échapper au Diable, de ne venir en ce lieu que pour jouir de la vision narcissique de leur beauté déposée à jamais sur une toile.
Et au milieu de tous ces visages, celui d'une flamboyante que les deux demoiselles ne manqueront pas de reconnaitre. Au milieu des autres, le portrait de Minah cachant l'autre face ... Cette autre qu'il a créé, qu'il a façonné dans la douleur, qu'il a marqué dans sa chair avant de la coucher sur le papier... Cette autre face qu'on ne peut deviner...
Ici les souvenirs de ces actions exposées aux yeux de tous et pourtant invisibles. Qui pourrait savoir ? Qui pourrait voir au delà des apparences ?
Jouer, jouer encore et toujours. Prendre tous les risques pour sentir battre son coeur plus fort, affluer le sang dans vos veines et se sentir en vie, enfin.
Il n'a aucune crainte, nonchalant, la fine chemise de soie blanche immaculée ouverte dévoilant à peine les cicatrices, les braies noires et les lourdes bottes de cuir souple, Il s'offre comme un spectacle, dévoilant sans pudeur qui il est, offrant à la vue de ces femmes, le visage du Diable sans artifice, sans arme. Il est chez lui dans cet antre et bientôt elles verront...
Ne sont elles pas ici pour cela ? Savoir, contempler de leurs yeux la folie de cet homme, en comprendre les méandres avant d'y mettre fin...
Si elles savaient seulement que rien n'a jamais de fin, que la vie comme la mort forment un cercle infini où le début et la fin se confondent tant et si bien qu'on ne les distingue plus.
La voix de Lazlo se fait entendre. Elles sont là. Patience.
Laissons les fouiner, laissons leur une chance de comprendre, de deviner... Que veux tu Leo ? A quoi joues tu une fois encore ?
Qu'est ce que tu cherches vraiment ?
Le sais tu seulement Léopold ? Seront elles capables de lire en toi ? Et si sa dague s'enfonce en toi, sera t elle capable de te délivrer enfin ?
Quelques instants encore avant de leur faire face... Quelques instants à les observer, à les contempler et les deviner aussi.
Ange ou démon qui es tu vraiment Leopold ? Que feras tu d'elle ?
Le temps est aux questions... qui ne manqueront pas de trouver réponse ... ou pas .

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Eylia
    Julian.
    La douceur, la générosité, la tendresse, le calme. Je le connais par cœur. Sans doutes parce qu’il se plaît davantage à me montrer cette façade de lui, à m’assurer qu’il peut être une bonne personne, un bon mari, un bon père. Julian est celui qui n’est que façade. Le masque. Il le revêt en public, face à des situations où il se doit d’être droit, même s’il n’a qu’une envie, s’arracher cette peau et laisser exprimer celui qui est réellement. Julian est celui qui prévient du mal que Léopold peut faire. Julian est prévoyant, aimant, et pense davantage à autrui qu’à sa personne. Julian est simplement l’Homme que beaucoup de femmes voudraient pour époux.


    Léopold.
    L’Instable, la tempête dévastatrice, le chasseur, le Mal. Celui qui s’échappe par la fumée d’opium, qui court après des proies choisies au préalable avec soin. Celui qui vous glacerait le sang d’un regard, qui vous promet non pas de vous faire mal, mais de vous voir mourir avant de vous ramener à la vie pour mieux encore vous achever. Léopold est comme un vide. Comme s’il manquait quelque chose, une âme peut-être ? Léopold est celui qui se permet tout, mais qui malgré tout à sa part d’humain. Julian. L’un ne va pas sans l’autre. Aussi étrange cela puisse-t-il paraître, les opposés se complètent à la perfection.
    Les idées bercent les volontés. Elles leur murmurent que l'on doit changer, se modeler à l'image que l'on souhaite –ou que les autres souhaitent. Alors, on a décidé d'écouter et d'appliquer à la lettre cette grille de lecture, de répondre positivement aux envies. Néanmoins, il ne faut point conclure ce qui pourrait être conclu : nous restons amplement libre de nos vies, soit les pulsions y ont certes une place de choix mais non la place royale. Si lorsque nous marchons sur la trajectoire de nos vies, nous perdons progressivement certaines parts de nous-même que la vie pose sur le côté du chemin, sachez que le soleil brille encore au bout du chemin. Pour être on ne peut plus clair : le futur sera bien plus éclatant que notre passé, alors laissons-le derrière nous, là où l'ombre a désormais sa place.

    L’Ombre…
    « Vous êtes ma lumière au milieu des ténèbres. » qu’il m’avait dit. Aujourd’hui encore je me surprends à espérer l’en sortir de ces ténèbres. Mais paraît-il que l’on ne change jamais réellement la personne. Alors simplement, je vis avec. Avec Julian et Léopold. Avec un homme DiCésarinéen dans toute sa splendeur et son horreur. J’ai appris à le connaître, sur le bout des doigts. Le bon, comme le mauvais. Je devine ses maux cachés, et ce qu’il veut taire pour me protéger. J’ai appris à lire entre les lignes, au fur et à l’usure de ses courriers. Il ne peut plus rien me cacher, comme je ne peux rien lui dissimuler non plus. Le fait est que l’un pour l’autre nous sommes comme des livres ouverts, offrant les grandes lignes les plus importantes à la Moitié uniquement, et l’encre se voilant pour les autres.
    En parlant d’écriture. Sa dernière lettre fût des plus surprenantes. Voyez, un peu comme une lettre d’au-revoir. Celle que l’on écrit lorsqu’on se sent menacé, ou que quelque chose de mal plane au-dessus de notre tête, manquant à chaque instant de nous écraser de son poids. Et Dieu sait que Léopold ne se sent jamais en danger, qu’il est persuadé de toujours tenir les rênes et déplacer les pions sur un échiquier comme s’il était le Roi. Léopold ne doute pas, et millimètre tout acte et ses conséquences. Alors cette lettre, oui, m’a retourné le cerveau. Elle m’a fait poser mille et une questions, auxquelles je n’ai pas su trouver réponse. Et que j’en ai horreur, ça, de ne pas savoir. Autant se renseigner vers le principal concerné, non ? Mais avant toute chose, j’avais à trouver le lien qu’il y a entre Julian et Léopold, un lien fait de chair et d’os, un lien devenu le prolongement de mes yeux.

    Nicholas Lazlo.
    Cet homme devra me partager son secret, comment fait-il pour dissimuler toute trace de passage et de liquide pourpre tachant murs et habits. Une véritable petite fée veillant sur l’Epoux. Un pauvre homme à ses ordres, s’exécutant tel un automate, sans jamais le contredire, et fermant les yeux sur ses étranges lubies. Il m’avait fallu peu de temps pour apprendre à cerner le personnage et comme Maryah, venir à le considérer comme quelqu’un de ma famille. Ainsi, je ne compte plus le nombre de fois où Nicholas a été de mèche pour me rassurer sur les actes de Léopold. Il est comme son ombre. Plus fidèle encore même, lorsque le Mari s’enfonce dans les abysses sombres et froides et que son cher Nicholas reste à ses côtés, sans broncher. Il est toujours là. Même lorsqu’on ne le voit pas, lui nous suit, et veille au grain.

    Cela fait quelques temps que je ne quitte presque plus les appartements, le mal me rongeant de l’intérieur. Les rares sorties ont le don de m’agacer au plus haut point, alors je cherche vainement d’autres occupations. La démarche presque mortuaire, longeant les murs, l’on me dit éteinte. Et pourtant, les émeraudes se ravivent rapidement entendant des pas plus loin, et reconnaissant la voix de Nicholas. A l’ouïe des pas légers je ne doute guère qu’il soit accompagné d’une femme. Ou deux ? Les sourcils se froncent. Autant je ferme les yeux sur les pratiques de mon cher et tendre, autant j’ai horreur qu’il ramène des Damoiselles en nos lieux. Jalousie maladive, possessivité extrême. Et pourtant, les seules femmes que j’accepte dans la vie de l’Homme aux vairons sont ses sœurs, et étrangement, son reflet même Ysy, bien que je ne le montre pas pour un écu.

    Il aurait pu me prévenir qu’il y aurait de la visite. Après tout, il sait que j’erre dans les couloirs des appartements. Pieds nus, je me déplace suivant au loin les bruits de pas, jusqu’à ce qu’une porte s’ouvre, puis se referme. Curiosité oblige, et connaissant par cœur la moindre parcelle de l’Hôtel, j’y jette un coup d’œil, apercevant Lazlo posté devant la porte…

    L’Atelier. Bon sang Léopold, qu’est-ce que tu fiches encore ? Un regard inquisiteur est lancé à l’homme de main, qui s’efforce à me sourire. Dieu que je lui trancherais la gorge à lui aussi par moments. Comme si l’on me dupait à étirer simplement un petit sourire, et que je passerais l’éponge sur ce qu’il se passe. No. Me rapprochant de lui, je lui adresse le même sourire inquiétant que peut avoir Léopold. Replaçant au passage une mèche blonde derrière l’oreille, je garde l’index droit devant moi, imitant le mouvement d’un pendule, le faisant se balancer de droite à gauche et murmurant un simple
    « tic, tac, tic, tac ». Un compte à rebours ? Je ne supporte simplement pas perdre mon temps, et ne pas savoir ce que fait Léopold du sien. Alors je reste là, postée aux côtés de Lazlo, ne daignant pas bouger un seul petit orteil. Attentive au moindre bruit, à la moindre voix, au moindre déplacement qui se fait de l’autre côté de la porte, un fin sourire s’étire sur les lippes. Alors comme ça Léo, tu lances une partie de jeu sans moi ? Tu n’aurais pas dû. Mauvaise pioche. Mais comme je suis aimable, je vais te laisser une seconde chance, en espérant cette fois que tu abattes les bonnes cartes.

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Ysy
Le petit Gus quitte bientôt la table et vient rejoindre celle qui est devenue son amie et sans qu'il le sache sa protectrice...

Nicolas va à l'atelier avec les dames...

La brune déglutit, elle a suivi Léopold assez souvent et sait où se trouve l'endroit... Elle regarde le petit et lui sourit
C'est bien, tu as bien travaillé maintenant tu disparais aujourd'hui et demain, si tu croises les dames tu files... Compris

Elle se lève doucement et embrasse le front de l'enfant...
Maintenant Gus... Maintenant.
Elle le regarde partir en courant et se dirige vers la terrasse, l'homme qui attend va la suivre, il est payé pour.

Nul besoin d'aller chercher quelques armes, elle dissimule en permanence couteaux et dagues, elle sent que tout ça n'est pas normal mais elle ne sait pas si Léopold a pris des dispositions, elle ne veut pas se dire qu'elle a raté une chasse...
Ou imaginer qu'il lui soit arrivé quelque chose et puis ces derniers temps il n'est pas comme d'habitude, comme s'il sentait que quelque chose pouvait arriver...


Il n'est pas question qu'elle perde son frère, son âme frère.
Mais pour l'heure ses mâchoires se serrent et ses vairons deviennent froids et inexpressifs, elle croise et scrute quelques hommes qui ne sont pas du quartier, pas bien compliqué de comprendre que les deux femmes ne sont pas venues seules, pas si folles alors et pourtant, entrer dans l'atelier... Elle pense à Nicolas, se dit qu'il doit être entré avec elles...


Elle plisse les yeux et voit la porte se refermer, les suiveurs attendent, elle observe les toits et s’interroge un instant, mais non, elle ne sait pas s'il y a urgence ou pas alors pas le temps de monter, elle entrera par la porte et si les deux se trouvent derrière alors...


Alors mauvais plan, elle se décide à faire le tour de la maison et observe les alentours, elle crochète la serrure de la porte de derrière, son suiveur à elle, son homme de main restera là.
Elle entre sans bruits, forcément elle ne porte jamais de chausses, referme soigneusement la porte et s'aventure dans le couloir, Un couteau est sorti, c'est qu'elle n'aime pas être surprise.


Elle attend quelques minutes, un fin sourire s'étire, elle n'écoute plus que sa respiration qui se fait lente, elle est calme, très calme, comme souvent dans ses parties de chasses...

Elle observe les lieux et se demande où elles sont passées, il va falloir chercher, ou pas, il est sans doute déjà trop tard pour elles...

Elle se met à imaginer Léopold, il a pris la peine de réserver des chambres, Nicolas s'est déplacé, donc c'est lui qui reçoit, donc il attend, il attend au lieu de suivre, ce n'est pas très habituel...
Il doit y avoir une raison, une raison particulière...


Elle est maintenant tout à fait calme et détendue et elle s'avance le long des couloirs, la lame prend place dans la main gauche et les doigts viennent à pincer le tranchant, le couteau est prêt à être lancé et si une tête vient à sortir...
Oui ben si elles étaient venues juste prendre le thé, tant pis hein, fallait prévenir Léopold.

Mine de rien c'est aussi de lui qu'il faut se méfier, après tout il ne sait pas qu'elle est là et il pourrait avoir un mauvais geste...
Ou alors il se doute, il sait, sinon pourquoi les chambres, oui il sait, il a compté sur sa curiosité et si elle n'avait pas été là...
C'était quand même aléatoire... Mais il est un peu fou alors... Ou pire, il a étudié, observé, il connait ses habitudes...
Est-ce que Nicolas a eu le temps de prévenir ?


Elle continue d'avancer et bientôt entend des murmures, des bruits sourds, elle ne doit pas être loin...
Elle s'arrête. Ferme les yeux quelques instants, écoute..
Des mouvements juste là, elle se déplace lentement et va placer son dos contre le mur qui lui fait face, l'avant-bras gauche est plié, les doigts serrent le couteau au manche nacré et elle ne peut empêcher un léger sourire de naître sur ses lèvres...


Bon sang ce qu'elle aime ça, elle se sent vivante, de toutes parts, chaque parcelle de son être semble s'éveiller, chaque muscle, chaque parcelle de peau tout se réveille, tout prend son sens.
L'ombre, elle devient l'ombre et elle n'est plus que ça...

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Nicolas_lazlo
Pour la discretion Lazlo tu repasseras...

Au moins les demoiselles l'ont suivis sans trop de résistance, sans résistance du tout d'ailleurs... quelque peu deroutant tout ca.

Le manège du morveux n'est pas resté inaperçu. et Merde... Si Ysy s'en mêle où tout cela va t il mener ? Le Patron chasse en solo et l'Ombre est si semblable à lui... deux prédateurs sur le même terrain ca va faire du grabuge. Pas sur que le Patron le prenne bien.

Déambulant dans les ruelles en direction de l'Hotel Gray, passage par l'arrière directement vers les jardins menant à l'Atelier. Il ne manquerait plus que l'on se rende compte de la visite depuis la grande maison.

Et si La maitresse de maison venait à savoir... Si la Blonde épouse avait la mauvaise idée de venir à l'Atelier... Mieux vaut ne pas y penser, catastrophe assurée et en ce cas je ne donne pas cher de ma peau. Des fois que Monsieur Leopold voit ses envies de jadis refaire surface ... j'ai vu ce que ca donne tant de fois et il ne vaut mieux pas.

Concentres toi Lazlo, concentres toi Pardieu.

Les demoiselles sont introduites dans le petit salon donnant sur l'Atelier.

Monsieur va vous rejoindre . Faites comme chez vous .

Un salut de rigueur avant de rejoindre la sortie et de longer le corridor menant à l'Hotel pour tomber nez à nez avec .... La Blonde Eylia.

et Merde, double merde, par tous les diables, manquait plus que ca. La tuile monumentale . Sourire de faux cul ancré sur le visage, faire face au regard inquisiteur. C'est qu'elle est aussi flippante que son mari quand elle s'y met. Qui se ressemble s'assemble dis t on ... Ca doit être vrai peut être quand on remarque le regard de Madame .

Cet index qui égrène les secondes, tente de m'hypnotiser et ce tic tac ... Elle m'interroge sans même un mot et je comprends rapidement qu'il ne vaut mieux pas jouer au plus con avec elle.

Monsieur ... Monsieur a de la visite, pour un portrait Madame. Il ne ... Enfin Il ... est occupé. Vous devriez rentrer Madame, l'air est frais, il ne faudrait pas que vous preniez du mal.


C'est ca Lazlo enfonce toi plus profond encore, mets toi la blonde à dos...

Prière intérieure.... Pitié ... Mais savent ils seulement ce que c'est que la pitié en fait ? Ca va mal tourner tout ca, je le sens.
Axelle
Les deux femmes avaient suivi cet homme bien trop affable dans ce simulacre infect, minant une invitation des plus courtoises à un goûter gourmand. Oh, la pantomime aurait presque été parfaite si les yeux de la Casas, durant tout le trajet, n'avaient fouillé la foule alors que sa dernière interrogation restait en suspens. Combien de complices s'y cachaient ? Était-ce cette femme, là, rouspétant contre le prix d'un pain aux noix jugé trop élevé ? Ou cet homme, avachi dans un coin sombre, la main tendue sur la charité des passants, dont le visage restait à l'ombre de son chapeau mité ? Tous ! Tous étaient suspects et en premier lieu cet homme dont le pas fendait habilement les attroupements à quelques centimètres du duo. Si Dijon était une ville qu'elle n'avait jamais appréciée, en cet instant, la manouche en haïssait chaque pavé, chaque ombre menaçante, jusqu'à lui donner la nausée que les premiers pas qu'elle fit dans l'atelier redoublèrent.

Un atelier de peinture. La gitane connaissait ces endroits par cœur pour avoir usé ses yeux aux Doigts d'Or avant de créer ses propres ateliers. La Ruche puis l'Empreinte. Elle connaissait sur le bout des doigts les murs où s'agglutinait les toiles, les regards volés aux modèles fixant les visiteurs de leurs couleurs figées par le pinceau. Une pointe de blanc sur la pupille et ils paraissaient vivants. Des toiles comme celles qui se pavanaient, offertes aux regards des deux femmes, la manouche avec vécu avec de semblables de longues années durant. Au milieu de bocaux hétéroclites aux nuances improbables, de pinceaux de tous poils, de myriades de toiles, papiers, verres, de camaïeux de sanguines, de fusains effilés. Tout. Elle savait tout. Reconnaissait tout. Les narines piquées par l'odeur tant aimée des pigments, de la cire, des diluants toute particulière d’un atelier de peinture. Plongée dans cet univers qui était le sien, la manouche aurait dû s'apaiser, mais se tendit davantage encore. Oui, cet univers, elle le connaissait trop bien pour ne pas remarquer l'infime odeur intruse. Celle que jamais elle n'aurait dû percevoir dans un quelconque atelier de peinture. Celle respirée à l'aube sur les champs de bataille dévastés. Mélange confus de sang acre et séché et surtout, de peur.

Un regard bref mais alarmant se posa sur Kachina. Le sentait-elle, elle aussi, ce remugle traînant traîtreusement entre ces murs, se faufilant entre le piment vif des pigments et des papiers secs ?

Il n'y avait rien de bon à attendre ici. Les deux complices avait été invitées dans le vestibule des enfers. Et la manouche n'aurait pas été étonnée d'entendre les sabots d'un bouc frapper le plancher, mais rien ne venait. Alors, elle restait là, la manouche, immobile dans sa robe rouge, les boucles brunes ombrant son visage, ainsi qu'elle se l'était promis, ravalant la nausée qui se faisait bile. Qu'il vienne. Qu'il vienne et que sa lame, sans même un bonjour ne le cueille entre les deux yeux. Voilà la seule chose qu'elle désirait. Jouer, elle n'en avait aucune envie. Connaître des réponses à des question tordues, elle s'en contre-fichait pas mal. Cet homme, il fallait juste l'abattre comme un cheval blessé, ou plutôt comme un chien qui a mordu son maître. Sans lui donner l'occasion de mordre à nouveau. C'était tout.

Ce serait simple, si simple. Mais ces fichues réponses, Kachina les voulait, c'était pour cela qu'elles étaient là. Alors, la gitane tiendra sa promesse et sa lame sage tant que l'amie n'aura pas ce qu'elle souhaite, même si la manouche devinait sans mal l'erreur dont ni l'une ni l'autre ne sortiraient indemnes.

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