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[RP] Par flots et parchemins

Eavan

Le corps endolori mais l'esprit soulagé.
La vicomtesse regardait les lueurs de la cité rapetisser à mesure que le navire s'éloignait des terres. Un départ dans la nuit. Presque en silence. Presque feutré. N'étant pas physiquement apte, elle assistait à la manoeuvre en relayant les consignes. Ses compagnons de voyage savaient se faire efficaces.

Lorsqu'elle rejoignit sa cabine, elle prit un moment pour organiser son paquetage. Cela prit un certain temps, Eavan prenant garde à ne pas réveiller inutilement la douleur. Elle avait le sommeil léger après tout. Beaucoup de place était dédiée aux vivres. Sacs de jute et tonneaux occupaient une bonne part. Peut être verrait elle avec le capitaine pour les descendre en cale plus tard. Pour l'instant, elle n'avait de toute façon pas besoin de beaucoup. Un coffre contenait ses effets personnels : quelques vêtements, le baume donné par Diane pour sa jambe, qu'elle utiliserait sans doute pour ses côtes et son bras, un petit tonnelet d'eau de vie de prune, parce qu'on était jamais assez prévoyant, son Livre des Vertus et une bonne quantité de parchemins, d'encre, de cire et de plume. La Gaelig avait promis d'écrire.

L'inventaire fait, elle eut un petit hochement de tête satisfait. Eavan aimait la rigueur. Rien ne manquait. Rassurée sur ce point, quoi qu'elle ait jamais réellement douté qu'il manquât quoi que ce soit, elle se changea pour la nuit. Ce fut l'occasion pour elle de revenir un peu sur les traces qui apparaissaient sur son corps et s'étaient renforcées d'heure en heure. Les hématomes n'étaient pas jolis à voir mais cela n'émut pas la vicomtesse. Des années de guerre l'avaient habituées à voir des corps bien meurtris, le sien y compris. Le regard de l'autre la gênait comme peu de choses, mais le sien ? Non. D'autant moins que ces marques là n'étaient pas le reflet de marque plus discrètes mais plus douloureuses encore : celles au coeur. Les deux empreintes noires violacées aux rebords d'un jaune verdâtre étaient associées à un moment de détente et d'amusement. L'opportunité de croiser le fer sans animosité ni question d'honneur à résoudre. Simplement le plaisir de rencontrer un autre bretteur. La sanction pour le divertissement était assez lourde mais rien qui ne saurait s'estomper en quelques jours. Plus rien ne serait visible à son retour à part le sourire impatient d'obtenir une revanche.
Incorrigible ? Assurément.
Le baume fut appliqué avec quelques grimaces et la Gaelig songea que par chance, elle pouvait atteindre les zones meurtries d'elle même. Avec seulement des hommes à bord, c'eut été une situation bien plus gênante que de devoir demander à l'un d'eux de s'en charger. D'autant plus que cela signifiait la voir nue.
La vicomtesse termina par sa jambe, qui elle, au contraire était un mauvais souvenir. Pas la jambe, bien sûr, mais plutôt la cicatrice au milieu de sa cuisse laissée par un coup de dague injustifié. Là encore, un bleu, mais avec un peu d'imagination, l'on discernait bien la forme de fer à cheval. Que Mistral était taquin à ses heures.

Fatiguée, la vicomtesse repassa sa chainse ainsi que des braies, par prudence. Au cas où, à raison, un homme viendrait la réveiller. A raison de manoeuvre, de danger... Ce genre de raisons. A tort, il y avait peu de chance qu'elle le laisse ressortir indemne. Finalement, elle se hissa dans son hamac, qui permettait de mieux supporter le mouvement du navire pendant le sommeil. Le balancement suivrait celui du bateau. Une prière et une extinction des feux plus tard, Eavan se laissait bercée par les flots comme par l'espoir d'enfin voir son rêve se réaliser à l'issue de ce voyage.

_________________
Eavan

Premier jour du voyage...
De manière inhabituelle, Eavan fut réveillée par la luminosité dans sa cabine. Le soleil était levé. Les yeux s'ouvrirent et elle estima que cela ne devait pas être depuis longtemps. Mais tout de même. La Gaelig était d'habitude debout bien avant que l'astre solaire n'apparaisse. Alors qu'elle se redressait dans son hamac, l'endolorissement de ses côtes et son bras lui suggéra un élément d'explication. Elle devait être physique fatiguée. Non... Elle l'était, c'était certain.

De manière plus mesurée, elle quitta sa couche et passa une chemise par dessus sa chainse. Cela s'arrêterait là. Pas de fioriture. Silencieusement, la vicomtesse rejoignit le pont et avec précaution pour ne pas trop solliciter son bras blessé, elle remonta un seau d'eau de mer. Un linge sur l'épaule et assise sur un rebord, elle se lava les mains et le visage, veillant à bien fermer les yeux et à s'éponger sans attendre. Désormais bien réveillée, humant un peu l'air marin, pas encore à pleins poumons mais avec délice, la Gaelig décida de ce qu'elle ferait pour occuper les premières heures de sa journées.
De retour à sa cabine, elle pria, comme elle le faisait souvent de bon matin. Puis elle fouilla dans la sacoche que Felipe lui avait apporté avant le départ. Elle avait reçu des courriers de dernière minutes. Un sourire étira ses lèvres lorsqu'elle repensa au salonais, toujours aussi peu heureux de la voir partir sur les flots. Mais il n'avait pas tant commenté sa décision. Sans doute sentait il lui aussi que c'était désormais nécessaire.

Les deux courriers avaient des lettres bien différentes. Le trait était fin et soigné, témoignant d'une éducation de longue date d'un coté et un peu plus rugueux de l'autre. Assise sur son coffre, qui faisait un siège parfait, adossée à la paroi du navire, Eavan parcourut le premier courrier avec curiosité.


Expéditeur flatteur a écrit:
Eavan Gaelig, Vicomtesse à la main de fer et au sourire charmant


L'entrée en matière était flatteuse. Mais qui...

Bientôt moins inconnu a écrit:
Salven, Genesys à présent. La genèse, le recommencement.


Un sourire heureux fendit le visage d'Eavan. D'abord parce qu'elle avait apprécié Salven, enfin Genesys... bref : Candyce. Ensuite parce qu'il était fait mention de recommencement. Et cela... Cela n'était pas vide de sens sous la plume de l'hollandaise.
Avec une avidité certaine, la vicomtesse lut le courrier dans son ensemble.


Candyce a écrit:
Je suis partie sans que l'on puisse se revoir, ce fut un peu précipité pour diverses raisons personnelles. De plus, j'étais renfermée.

Aujourd'hui, je suis à Poitiers, d'où je sors d'une retraite dans le couvent du coin. Bien courte mais je n'en pouvais plus d'être enfermée avec ces femmes.
Nous nous sommes quittées avec ma compagne. Me voilà donc seule.
Je vais redescendre sous peu vers Nîmes pour y voir une amie que je n'ai pas vu en remontant.
Il est possible que je continue vers Arles ensuite si vous avez envie de me revoir.


Poitiers... Seule... Revoir...
Il y avait beaucoup à lire. Chaque mot pratiquement semblait en valoir dix sous le regard de la vicomtesse. Candyce était de nouveau seule. Elle avait été franche et honnête concernant sa relation d'avec sa compagne de route. Eavan avait été choquée, bien sûr. Mais au delà cela avait fait naître beaucoup de questionnements. C'était péché sans aucun doute mais qui était elle pour estimer que c'était pire encore que le péché de chair en lui même ? Y avait il des gradations ? Aux yeux de la Gaelig, la seule personne que ce péché pouvait blesser était le pécheur lui même. Mais tout cela était tout à la fois d'une clarté douloureuse et pas aussi clair qu'elle l'aurait voulu.
La vicomtesse posa son regard sur son Livre des Vertus. Elle se promit de le relire encore et encore jusqu'à ce qu'elle sentait ses questionnements s'apaiser quelque peu.

Enfin, Candyce voulait la revoir.
C'était là à la fois une surprise, un bonheur et un soulagement. Elles étaient très différente. En apparence et dans leurs parcours. Mais l'étaient elles tant ? Eavan n'en était pas si sûre. Elle avait aimé leur brève rencontre et leur discussion. Ce qu'elle appréciait, outre la franchise, était que Candyce ne se voilait pas la face. Tout aussi difficile et douloureux que cela pouvait être dans son cas.


Candyce a écrit:
J'ai cessé toutes activités mauvaises pour tenter de me racheter, pour tenter de suivre une nouvelle voie de vertu, autant que je le puisse.
Je suis donc de nouveau sur le droit chemin, celui de la lumière. Je vais même à la messe et me confesser quand je le peux. Et cela est en grande partie grâce à vous Eavan Gaelig, vous êtes une femme que j'admire et notre combat aura tissé un lien pour ma part. Cela vous fera peut-être sourire.

Appelez-moi Genesys, ou Candyce.

Bien à vous,

Genesys


Le renouveau annoncé au début du courrier se confirmait. De nouveau messe et confessions ? Eavan ne s'attendait pas à un changement si radical. Et cela grâce à... elle ? Heureusement qu'elle était assise. Elle avait bien comprit l'admiration que Candyce avait pour elle, que ce soit implicitement ou parce qu'elle le lui avait dit relativement clairement déjà. La Gaelig en avait prit la mesure un peu plus juste lorsque la compagne de route de Candyce l'avait évoqué. A la manière dont elle l'avait dit, il y avait une subtile mise en garde "ne la décevez pas". Cela avait fait prendre conscience à la vicomtesse de l'importance d'en effet, ne pas décevoir Candyce. La jeune femme luttait avec elle même et la rédemption était si dure qu'elle en était fragile.
Emue, Eavan fixa le parchemin de longues minutes.

Finalement, elle se leva, sortant l'écritoire qu'elle avait embarqué en prévision de son activité épistolaire. Il était temps de répondre.


Eavan a écrit:
Candyce,

Je suis heureuse d'avoir de vos nouvelles. Sincèrement heureuse. J'ai moi aussi la sensation d'un lien que je ne saurais expliquer, aussi ne m'y risquerais je pas. Je suis profondément touchée par vos mots. Profondément touchée d'avoir été peut être le souffle permettant à votre étincelle de resplendir à nouveau.

Mais ne doutez jamais qu'elle était bien là cette étincelle. Ce nouveau chemin il était en vous et ne permettez à personne, pas même à vous même, d'attribuer le mérite à un autre. Ce droit chemin sera dur et semé d'embûches et d'obstacles. La vie a une tendance a préférer le courbe, la torsion et non la droiture.

J'ai envie de vous revoir. Mais je sors justement depuis cette nuit du port d'Arles en direction...


Rien qu'écrire le lieu de destination suffit à faire apparaitre un petit sourire heureux sur les lèvres de la vicomtesse. Quelque chose de juvénile.

Eavan a écrit:
Le voyage prendra un moment. Mais s'il vous plait, n'écartez pas la possibilité que l'on se revoit à mon retour.

J'ai besoin de cet éloignement, au risque, je le crains, de ne plus guère tenir la droiture que vous m'admirez. Je ne sais ce que vous aurez perçu avant de partir de ce qui se passait en Provence mais j'ai passé quelques semaines bien mouvementées. Entre humiliation, jeux politiques et silences complices... Comme à chaque fois, l'arène politique aura su user mon caractère qui n'y est guère prédisposé. Certaines blessures mettront du temps à se refermer. Trouvez dans ces mots, aussi, ma manière de vous présenter des excuses pour n'avoir été guère présente. Si vous étiez renfermée, je l'étais aussi à ma manière.

Vous aurez peut être de la peine a croire mes lignes mais ce fut un honneur d'échanger avec vous. Les mots comme les coups. Si vous me le permettez, mes prières vous accompagnent. Et puissent nos chemins se croiser à nouveau.

Sincèrement,

Eavan Gaelig


La vicomtesse roula le parchemin et s'attela a sa seconde lecture. La lettre était de Braindead. Un nouveau marseillais dont elle avait fait la connaissance. Elle avait un peu de mal à savoir à quoi s'attendre. L'homme lui semblait bourru, un peu bourrin mais pas foncièrement méchant. Et une chose était certaine, il savait écouter. Elle l'aimait bien, quoi qu'il fut assez clair qu'il espérait plus que cela. Le contenu de la missive était sobre, prendre de ses nouvelles et Eavan s'appliqua à lui répondre, l'encourageant à donner des siennes.
La rédaction terminée, la Gaelig quitta sa cabine. Il fallait désormais trouver des mouettes. On lui avait dit que c'était les meilleurs volatiles en mer pour porter des messages. Nul doute qu'elle en aurait besoin d'une certaine quantité...

_________________
Eavan
Second jour du voyage...

Jusque là, elle ne s'ennuyait pas. Du temps le matin pour sa correspondance, la chasse aux mouettes, les manœuvres à assurer à bord, la pêche... Elle n'avait même pas encore eu le temps de se mettre à faire ce qu'elle et Arystote s'étaient promis de faire...

Le lever fut encore une fois plus tardif que sur la terre ferme. Peut être l'air marin y était il pour quelque chose. Lorsqu'elle sortit sur le pont, elle distingua Marseille. Ils avaient dû la dépasser au petit matin, mais n'étaient pas encore suffisamment loin pour qu'elle soit perdue de vue. Cela lui rappela qu'elle avait promis d'écrire à plusieurs marseillais. C'est alors qu'elle aperçut un volatile porteur d'un message et s'enquit de vérifier son destinataire.
C'était pour elle.
Cela simplifiait au moins un peu les choses. La vicomtesse prit le temps de nourrir l'animal avant de se caler dans un coin de passerelle pour lire le contenu tout en profitant du soleil matinal. Elle savait que l'hiver arriverait. L'automne était doux dans le sud, mais autant profiter du soleil lorsqu'il était là.


Candyce a écrit:
Vicomtesse Eavan,

Je suis moi-même sincèrement heureuse d'avoir de vos nouvelles. Comme vous dites, la vie préfère les courbes et les chemins multiples qui s'égarent parfois dans des impasses... Mais cela, c'est l'histoire de ma vie.

Les embûches, il y en a déjà, mon plus grand ennemi est moi-même. Mais je fais avec, je ne vais pas devenir une sainte non, mais déjà, je ne nuirai plus à autrui, c'est déjà une bonne chose.

Et pourquoi pas aider quand je le peux aussi. Enfin, pour le moment, je suis encore pas trop sûre de mon avenir, pas plus tard qu'avant hier, je me demandais encore si je devais continuer la route ou me laisser aller dans les limbes. Pour l'instant, j'ai un but, rejoindre Nîmes. Mais j'en suis là, parce que je suis lasse de tout. Je ne trouve ma place nulle part.

Enfin... J'ai décidé de continuer pour tenter de racheter mes fautes. Mais assez parlé de moi.


Eavan marqua une pause dans sa lecture. Lutter seule serait le plus compliqué, sans doute pour la bretonne d'adoption. Elle revenait de loin. Et il était certain que retomber dans ses travers semblait un chemin bien aisé. D'apparence au moins. Le prix à payer in fine était toujours plus terrible.
La Gaelig s'attardait sur l'idée que Candyce ne trouvait sa place nulle part. Cela était il déraisonnable de lui faire savoir qu'elle pourrait éventuellement avoir une place auprès d'elle ? Malgré son caractère exigent et apparemment sa tendance à terroriser ses semblables selon les remarques qu'on lui avait faite, Eavan savait tendre la main. Elle avait acquis la conviction que le repentir de Candyce était sincère et si elle pouvait l'aider sur ce chemin là alors qu'est ce qui l'en empêchait ? Mais n'était ce pas orgueilleux de penser pouvoir aider ? La Gaelig ne le faisait pas dans une démarche de renforcer son ego. C'était sincère. Du moins le pensait elle. Mais l'était ce vraiment ?
Secouant légèrement la tête, la vicomtesse chassa ce débat interne qui pour l'instant, tournait en rond pour reprendre sa lecture.


Candyce a écrit:
Les gens droits et honnêtes envers et contre tout, et surtout contre les ligues de sournois ou autres comploteurs, sont souvent voire toujours la cible de tous les maux. On veut vous écarter du Pouvoir et de la gestion du Comté. Enfin, j'imagine, vu que vous ne rentrez pas dans leur rang et leurs histoires. Vous m'aviez parlée un peu qu'ils vous traitaient comme la « bonne à tout faire », passez-moi l'expression qui n'est que la traduction de ma bouche de ce que j'ai pu entendre. Et qu'ils ne supportaient pas que vous mettiez votre grain de sel dans leurs affaires en gros.

Certains diraient que c'est une fuite... Eux le prendront comme ils le voudront. Mais vous avez bien fait de prendre l'air. Parfois, il faut savoir se retirer pour revenir plus fort, ou à point nommé. Cela fait aussi partie de l'art de la guerre il me semble...

Le voyage sera long oui... Et possiblement dangereux. Profitez-en pour vous reposer et vous aérer l'esprit en pêchant un peu. J'espère que la compagnie est agréable... Sur un rafiot, aussi loin, et longtemps... Je deviendrai folle. Déjà pour faire Porto – Vannes, ce fut pour moi l'ennui le plus total... une semaine... ou un peu plus... Bouh ! J'espère que ce n'est pas le cas pour vous ma chère.

Vous devriez, si je puis me le permettre, laisser la politique de côté, et vous consacrer à ce que vous savez faire de mieux. Les armes.

Et puis rassurez-vous, si vous perdez votre côté droiture et noblesse, je serais là pour vous mettre une rouste comme je l'ai fait sur le sable de la lice ! De part ce lien mystérieux, je ne vous lâcherai pas, jamais Eavan, tant que je vivrais. Que ce soit par courrier ou par ma présence physique. Je le sens comme cela. Ne me demandez pas pourquoi, je le sens dans mon cœur ainsi.

Je vous aiderai à refermer vos blessures. J'ai aussi envie de vous revoir et je n'écarte rien du tout. Nous nous reverrons Vicomtesse, que ce soit aujourd'hui ou demain. Personne ne me retirera le plaisir de vous faire la révérence.

Mes pensées de soutien vont vers vous. L'honneur est pour moi, qu'une noble femme telle que vous se soit intéressée à une femme telle que moi, avec tout ce qui nous opposait. Je suis très heureuse de vous connaître et je chéris ce lien.
N'hésitez pas à m'écrire si vous en ressentez le besoin. Je suis là, pour vous.

Bien à vous, sincèrement,

Candyce van Saalven-Bergh


Candyce.
Cette femme était d'une efficacité redoutable avec une plume.
Eavan savait apprécier cela. Laisser de côté la politique ? Se concentrer sur les armes ? L'idée n'était pas insensée. Mais y avait il encore "des armes" en Provence ? Ce sujet n'était pas le seul sur qui appelait la réflexion de la vicomtesse. Il était à nouveau fait mention de ce lien... Ce lien qui les rapprochait.
Cette fois, la Gaelig préféra ne pas répondre immédiatement. Il fallait qu'elle pense avant de répondre.

Pensive, la vicomtesse alla poser sa ligne pour la journée.

_________________
Eavan
Troisième jour du voyage...

Eavan était devant son écritoire. Un courrier ouvert d'un de ses compagnons de voyage, glissé sous la porte de sa cabine, lui annonçait une escale. Cela expliquait leur position et les choix de manoeuvre.
L'autre feuille de parchemin était en partie noircie d'encre. Mais il manquait la fin.


Eavan a écrit:
Candyce,

J'ai pris le temps de réfléchir un peu avant de répondre. Vos courriers sont denses, vous n'écrivez pas pour ne rien dire. Et votre dernier courrier était long.

La légèreté d'abord, peut être. Mes compagnons de voyage, je les ai choisi. Je n'aurais pas pu imaginer partir avec d'autres gens que ceux de bonne compagnie. Pour l'instant je ne m'ennuie pas. Il y a effectivement la pêche, des discussions au mess, de la lecture et des courriers pour m'occuper.
Qui plus est j'ai cru bon de croiser le fer amicalement avec une arlésienne avant de partir malgré une blessure à la jambe encore mal remise... Ce fut une correction. Autant dire que je sais apprécier de faire les choses lentement ces jours cis.

Concernant votre remarque quant à la politique... Vous avez sans doute raison. Revenir aux armes semble être la voie qui me convient le mieux. Le métier des armes est cependant peu considéré en Provence et comme c'est une terre pacifique qui n'attaque pas, mais défend toujours ardemment, c'est un peu compliqué. Mais je vous remercie de votre franchise.

Candyce, je suis touchée de la loyauté que je peux lire dans vos lignes. Je suis touchée de ce lien que nous avons. Etrangement, il m'est précieux. Etrangement car, admettons le, nous nous connaissons tout à la fois beaucoup et à peine. J'entends vos doutes et je crois percevoir un peu de cette perdition qui m'avait frappée lors de notre rencontre. Si je peux vous aider à trouver votre place, je le ferais. Si vous doutez, venez vers moi. Ecrivez moi. Vous m'écrivez être là pour moi. Je suis là pour vous, moi aussi.


La Gaelig hésitait quant à la suite. La spontanéité se partageait au personnage remplis de réserve qu'elle passait son temps à incarner. En somme Eavan se la partageait à la vicomtesse.
Elle n'était pas la dernière à savoir faire montre d'une plume acérée et généralement on lui prêtait de bonnes capacités à formuler ses idées. Oui... Les idées oui. Le ressenti beaucoup moins. Eavan était en défaut de mots. Et elle ignorait même si c'était la bonne chose à faire que de coucher de pareils mots sur parchemin. Elles se connaissaient peu après tout. De ce qu'elle avait cerné, Candyce était une personne qui ne prenait d'ordre de personne et se considérait libre. Pleinement. Prendrait elle mal ce que la Gaelig se préparait à lui écrire ?

Finalement pour clore le débat intérieur, la Gaelig songea aux raisons de son voyage. Pourquoi être sur les flots lui était plus tolérable que d'être sur la terre ferme ? Pourquoi se sentait elle soulagée à peine le pied à bord ?

Parce qu'ici je suis Eavan... Je suis moi.

Les mots étaient murmurés avec la conviction de l'évidence. Et cela répondait aussi à sa question. La main reprit la plume. Sans davantage d'hésitation, elle trempa la pointe dans l'encre, en laissa l'excédent couler contre l'encrier et reprit sa rédaction.

Eavan a écrit:
J'ai hésité à coucher les mots qui suivent sur ce parchemin. Non parce que je doute de moi, ou de vous, mais je m'interroge : est ce bien ma place d'écrire de tels mots. N'est ce pas trop tôt. Tant pis, j'écris.

Vous avez une place à mes côtés.
Sera-t-elle la place que vous cherchez ? Je l'ignore.
Ce n'est là ni l'expression d'un ordre, ni d'une invitation charitable. C'est l'expression de ce que je ressens. Vous avez reprit votre vie en main. C'est un acte d'un grand courage, d'une grande volonté pour lequel j'ai et j'aurais toujours le plus grand respect. Que vous le perceviez ou non, j'ai la conviction, je sais, que vous êtes une personne d'une grande qualité. Vous êtes, au moins avec moi, honnête et franche.
Ainsi je le répète, que vous choisissiez de l'occuper ou non : vous avez une place à mes côtés.

Si vous avez besoin sur votre chemin, de quelqu'un pour vous aider à repousser les limbes : je suis là.

Sincèrement,

Eavan Gaelig


Une mouette plus tard, la vicomtesse regardait le volatile s'éloigner. Alea jacta est. Aves jacta est ? Léger sourire amusé à ses pensées digressantes.
Un appel du capitaine la tira de ses pensées. A la manoeuvre !

_________________
Eavan
Quatrième jour de voyage...

Jour d'escale. Jour de se confronter à la dure réalité.
Cette réalité ,ce jour d'octobre, avait la couleur violette, entre autres... Entre beaucoup d'autres nuances.

Franchement Eavan eu bien soupiré, mais ce n'était pas encore une bonne idée. La raison était toute aussi violette que la réalité. Et pour cause c'était la même chose. En somme les marques qui témoignaient des jeux un peu bourrins de la vicomtesse commençaient à peine à se fixer un peu. Les marques du duel. Bien sur.
Le côté droit de sa cage thoracique portait une magnifique marque violette, verte et jaune. Le centre étant violet et les bords externes à plusieurs pouces de ce centre étaient jaunâtres. Mais dans l'ensemble, cela s'améliorait. Idem concernant son bras bien qu'elle se soit faite à l'idée de porter ses manches toujours au moins jusqu'au coude. Il ne faudrait pas qu'un de ses compagnons de voyage... au hasard Arystote... ait encore une bonne raison de s'inquiéter. Ou commencer à nourrir des doutes quant à la sanité mentale de la vicomtesse. Ce qui était certain, dans cette réalité violette, c'est que sa jambe allait mieux. Malgré les mouvements incessants du navire, la Gaelig faisait attention et passait beaucoup de temps à lire, à écrire et à prier. Trois activités relativement reposantes, in fine.

Pour l'escale, Eavan avait choisi de rester à bord. Ce serait plus simple ainsi. Inutile de se perdre dans une ville étrangère alors qu'on était attendu à bord dès le lendemain. Qui plus est, cela laissait le temps à la vicomtesse de tenter d'attraper plus de poisson. Et l'activité avait conservé des vertus calmantes et reposantes sur la fille de pêcheur. Cela lui rappelait son enfance et son île mais d'une bonne manière. Il en avait fallut des années pour que repenser à ce moment de sa vie lui tire des sourires. Pendant longtemps cela avait été la tristesse, le manque et l'injustice vis à vis de ce qui s'était passé qui avaient prédominé.
Aujourd'hui Eavan était plus sereine. Cela ne se voyait pas tout le temps, soit. Mais elle l'était. Assurément.

Nouveau jour donc.
Et nouveau volatile.
Le rythme épistolaire était plus soutenu que ce qu'elle n'aurait cru. C'était à la fois surprenant, rafraichissant et bien entendu, cela faisait un peu de bien à sa confiance en elle.

Profitant des beaux jours, la vicomtesse était installée sur le pont arrière, coté mer plutôt que coté port. Cela afin d'assumer jusqu'au bout son penchant asocial vis à vis de cette escale. C'est donc assise sur le pont, adossée au bastingage qu'elle déplia le parchemin et laissa son regard parcourir des lignes manuscrites dont elle commençait à devenir familière. Un peu d'inquiétude naquit alors, puisqu'elle avait un peu osé dans sa dernière missive, elle redoutait tout autant qu'attendait impatiemment la réaction.


Candyce a écrit:
Vicomtesse,

Il m'arrive d'écrire longuement c'est vrai et c'est encore le cas pour cette lettre. Vous me voyez heureuse de savoir que ce voyage sera sous le signe de l'amitié et de la bonne entente. Cela vous fera du bien et j'aime savoir que vous êtes bien. Vous allez revenir en pleine forme et prête à tous les dérouiller ces ingrats !

Décidément, vous et les duels... c'est une histoire d'amour. Par contre, voilà une belle imprudence dans votre état. Incorrigible Eavan. Rassurez-vous, je ne vais point vous sermonner, c'est l'une des facettes de votre personnalité que j'adore. Toujours foncer, peu importe le risque, voire le danger.


Petit ricanement.
Suivis d'une petite grimace quand même.
Eavan avait peut être sur estimé l'état de ses côtes après le coup. Une d'entre elles en particulier était douloureuse sur certains mouvements et certains excès pulmonaires. Brisée sans doute pas. Parce que la Gaelig avait une certaine confiance en la hauteur de son seuil de résistance et tolérance à la douleur, mais il y avait des limites.


Candyce a écrit:
Ce que je n'aime pas dans la lice, c'est le fait que l'adversaire peut faire des offrandes et tricher pour avoir un avantage démoniaque sans que personne n'en sache rien. Encore perdu alors ? Tout ça c'est à cause de la politique, ça vous ramolli. Je plaisante bien entendu, n'en prenez pas ombrage. Même le plus fort des guerriers peut se faire battre, et pas nécessairement par plus fort que lui, et même lorsqu'il est en pleine possession de ses moyens. C'est ce que je pense sincèrement, beaucoup de choses entrent en compte durant un affrontement. Certains trouvent que c'est un déshonneur de perdre, mais il n'en est rien. Le déshonneur est là lorsque l'on refuse le combat, quand celui-ci est juste. Perdre quand la cause est juste, est honorable du fait d'avoir quand même tenter de la défendre au péril de sa vie. C'est comme une personne qui regarde une autre se faire frapper sans intervenir de peur de s'en prendre aussi...

Bon, évidemment, je parle ici de vrais combats, pas de bagarres amicales. Mais j'aimerais avoir votre avis et votre vision sur ce que je viens de dire.


La Gaelig prit note de développer ce point dans sa réponse.

Candyce a écrit:
Pour la remarque sur la politique... Vous savez, j'ai une aversion prononcée pour la politique. Surtout pour la démocratie. C'est un nid à merde. Les gens honnêtes se font engloutir par les sournois qui sont toujours plus forts, car comploteurs et avides. L'avidité change un homme en démon sans scrupule.
C'est pour cela que je vous ai fait cette remarque. Une noble personne ne peut pas être elle-même sans en pâtir dans ce milieu de chiens qui se disputent des os. Là encore, ce n'est que mon opinion.

Le métier des armes est peu considéré ? Il va falloir choisir entre l'ambition et la paix intérieure. Mais je peux vous prédire qu'en politique, ils vous feront souffrir car comme vous m'aviez dit, ils considèrent votre vision des choses d'un temps révolu.


Oh mais c'était bien simple, si Eavan avait eu de l'ambition, nul doute qu'elle aurait déjà été Illustre... Qui sait ? Marquise ? Elle savait l'idée plaire à quelques uns. Après quelques bières.
Eavan faisait dans l'abnégation toutefois, pas dans le sacri... Peu être pas le meilleur argument à ce sujet.


Candyce a écrit:
J'aimerais que vous soyez heureuse dans tout ce que vous faites Eavan Gaelig. Vous devez vous demander pour quelle raison j'emploie souvent votre patronyme, c'est simplement par qu'il me plaît beaucoup. Vous avez un nom chantant, un nom très joli à écrire, à entendre, à dire... Je suis folle, je sais. J'ai un grand sourire pour vous. En plus d'avoir hérité d'un nom de goût, vos parents ont également du goût pour les prénoms. Veinarde Vicomtesse !


Ajouter un point concernant les prénoms dans la famille ? Et pourquoi pas ?
Ce qui était certain, c'est que la lecture de ces mots tira un sourire amusé à la vicomtesse.


Candyce a écrit:
Le lien qui nous uni est également précieux pour moi. Je serai toujours et en tous temps franche et sincère avec vous Eavan. C'est tout à fait vrai que nous ne nous connaissons que peu, du moins, nous n'avons jamais vécu côte à côte pour se connaître comme deux amies qui passent leur temps ensembles le peuvent. Mais nous nous connaissons quand même dans les grandes lignes. Je sais qui vous êtes et vous savez qui j'ai été. Et ma chère Vicomtesse, vous allez connaître au fil du temps qui je vais devenir suite à ma prise de conscience tardive, grâce à vous principalement. D'ailleurs, nous allons le connaître toutes les deux.

Que vous soyez à l'autre bout du monde ou à côté de moi, je vais chérir notre lien pour qu'il devienne unique.

Et nous arrivons à la partie émotion.
Vous me voyez touchée de lire ce que vous m'écrivez. Une place à vos côtés. Je ne m'attendais pas à cela. Je dois dire que je me trouve troublée par tous les sens que peut avoir ce ressenti que vous avez. Je pense à cela depuis que je l'ai lu... Je dois réfléchir à tout cela. Je vous admire et vous êtes un modèle pour moi. Je ne sais pas ce que la vie me réserve mais ce qui est certain, c'est que vous avez un rôle à y jouer. Et puis... J'ai envie que vous fassiez partie de ma vie, d'une manière ou d'une autre. Je pense que notre rencontre est importante, pour la suite de nos vies à toutes les deux. Cela fait un peu prétentieux de ma part certes... Mais je veux dire, que même si vous avez des amis de confiance que vous adorez, vous m'avez à présent moi également et je vous serai loyale tout le restant de ma vie. C'est ce que je ressens.

Je pense que la vie se chargera elle-même de nous montrer le chemin. À présent, je vais réfléchir au sens profond de la place que j'ai à vos côtés. Ce que tout cela pourrait impliquer. Je vous assure que c'est très important pour moi et que je suis touchée et troublée par tout ce qui arrive.

Je continue à avancer, comme vous le voyez, en tentant de combattre le sort pour me sortir le cul de la boue.

J'ai quitté Limoges cette nuit, et je me dirige vers Nîmes pour y retrouver une amie dans un premier temps, je vous l'ai dit je crois. Je passerais du temps là-bas. Il y a des gens qui aimeraient me voir ailleurs... Mais je ne peux pas traverser la France à chaque fois. Mais je pense que ma vie est sur les routes, comme cela a toujours été le cas.

Mais sachez que je suis prête à tout remettre en cause pour vous Vicomtesse.

Sincèrement,

Candy


Une fois la lecture terminée, Eavan replia le parchemin, pensive. Il faudrait peut être qu'elle soit un peu plus claire... Pour autant cette place qu'elle avait mentionné était plus un ressentit qu'autre chose. Comme Candyce le couchait elle même sur parchemin, elles partageaient un lien. Il y avait tout, à première vue, pour forger une amitié. La Gaelig voulait aussi parvenir à montrer à la bretonne adoptive ce qu'elle percevait chez elle. Elle voulait apprendre à connaitre cette Candyce nouvelle. Elle voulait la découvrir elle aussi.
Eavan voulait être une amie pour Candyce. Elle était déjà semblait il son idéal moral. Elle espérait simplement pouvoir être davantage qu'une simple gravure que l'on regarde comme si elle était une chose lointaine. La Gaelig n'aimait pas les piédestals. Certes elle aimait la rigueur, la discipline et le respect des rangs. Si possible lorsque leurs titulaires faisaient l'effort d'être respectables. Mais ce n'était pas pour autant qu'elle donnait différentes valeurs aux gens par rapport à ce critère. Sans doute beaucoup de gens se fourvoyaient ils en la côtoyant. Du moins, au début. Comme cet arlésien qui crachait sur toutes les vicomtesses par défaut.

Il y aurait beaucoup de choses à placer dans cette lettre de réponse à Candyce...

Un autre courrier. De Braindead, qui lui donnait des nouvelles et lui annonçait une intention de se faire baptiser. La Gaelig se ferait un devoir de l'en féliciter. Peu importait le nombre de baptisés, aux yeux d'Eavan, l'entrée d'une nouvelle personne au sein de la communauté des fidèles était toujours une raison de se réjouir. Surtout lorsque c'était issu d'une volonté tout à fait personnelle... La Provence ayant eu son lot de "baptême politique"... ou baptême pour pouvoir être éligible à des fonctions comtales.

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Eavan
Cinquième jour de voyage...

Au petit matin, à la lueur d'une chandelle, le seul son qui troublait le calme dans la cabine de la vicomtesse n'étaient pas des ronflements. Non. C'était le grattement caractéristique de la plume sur le parchemin.



Eavan a écrit:
Candyce,

Mes mots n'étaient pas pour vous troubler. J'espère d'ailleurs que vous ne resterez pas trop préoccupée. J'ai tout simplement rarement cette certitude de pouvoir faire confiance et cette envie de croire. J'ai envie de croire en vous. De croire en ces mots que vous m'écrivez. Ces mots forts, qui moi aussi, me troublent d'une certaine manière.
Je voulais juste que vous sachiez que j'ai envie de nourrir cette amitié et si je saurais me satisfaire d'un lien épistolaire, j'espère que cela sera un peu plus.

Oui, cela inclut le fait que j'ai envie que vous soyez là pour me corriger, à coups de poing s'il le faut, dans le cas où je me fourvoierai. Car j'ai quelques amis mais j'ignore combien seraient prêts à user de ce langage là pour se faire comprendre. Me faire comprendre.

J'aurais commencé par la partie émotion, cette fois.

Vous me demandiez mon avis et ma vision concernant le combat et le déshonneur. L'honneur n'est ni dans la victoire ni dans la défaite. L'honneur est dans le combat. Du choix de le mener, dans la manière de le faire, jusqu'au moment du dernier coup. L'honneur est dans cette infinité d'instants qui se seront succédé. Cette infinité de luttes intérieures et cette infinité de victoires obtenues. Car à chaque instant, il y aura une voix, une part de soi qui, parfois susurrante, parfois hurlante, parlera de fuite, de peur, d'abandon. Le déshonneur est dans la défaite face à cette voix.
Parfois, de manière paradoxale, l'honneur est dans le refus du combat. Car il est des combats qui ne sont pas justes et qu'il ne faut pas mener. Ils sont généralement attirant car souvent auréolé de gloriole créée de toute pièce. Mais il ne faut pas s'y fier. J'ai tendance à croire, du haut de mon humble expérience, que plus une cause est vendue à grands renforts de lauriers, moins elle se révélera juste et entière en réalité.
Parfois, enfin, l'honneur est dans l'acceptation de remettre son épée au fourreau. Il faut du courage et beaucoup de droiture pour savoir reconnaitre et surtout accepter qu'un combat soit terminé.
Il y a enfin, deux types de défaite. Ou plutôt : il y a la défaite de soi et il y a la victoire de l'adversaire. En somme, il y a être défait par son propre manque, ou être défait par l'excellence de son adversaire. Le déshonneur réside dans un combat durant lequel on ne donnerait pas tout et on ne serait pas prêt à tout donner. Le déshonneur n'est pas dans l'échec. Il est dans l'absence d'essai.

Candyce, tenez moi au courant de votre voyage. Racontez moi vos pérégrinations. Dites moi comment sont les lieux qui vous voient passer. Vous dites votre vie être sur les routes. Contez moi donc cela.

Sincèrement,
De mon nom complet,

Eavan Maeve Gaelig


Une missive de plus envoyée...
Les mots échappaient parfois à la Gaelig pour s'exprimer. Elle savait qu'il fallait simplement ne pas les forcer. Tout viendrait en temps voulu.

Lentement, sans violence, et sans trop de bruits l'espérait elle, Eavan se faufila jusqu'au pont. La ville et son port s'éveillaient déjà. Bien sûr. La vicomtesse alla s'asseoir sur le bastingage, le regard porté sur l'orient.
Le lieu était assez enchanteur, surtout vu depuis les flots. Des montagnes se dessinaient plus au nord, et les lueurs de l'aube offraient des nuances de couleurs merveilleuses qui ne cessaient d'évoluer à mesure que l'astre solaire se rapprochait de l'horizon pour finalement le percer. Tel un fer chauffé à blanc, d'une lumière si intense qu'elle fait détourner le regard.


Âme vagabonde qui contemple le ciel,
En quête d'apaisement après la tempête,
Seulement pour être témoin stupéfaite,
Du réveil d'un astre à nul autre pareil.


La vicomtesse resta là un long moment. Un doux sourire accroché aux lèvres.
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Eavan
Sixième jour du voyage...

Eavan profitait de l'escale pour se reposer davantage. Sans manoeuvre a effectuer, elle pouvait réellement ne pas solliciter son corps et le laisser récupérer des folies qu'elle lui infligeait.
Ce jour, elle avait sa plume en main. Ce n'était pas une mais bien un corpus de missives qu'elle s'apprêtait à rédiger. Plusieurs personnes lui avaient fait promettre de leur donner des nouvelles. Il était temps de tenir ses promesses.

Dans ce milieu de matinée, le port était animé et la Gaelig préféra la quiétude de sa cabine. Assise sur son coffre, parchemin sur l'écritoire, elle ouvrit avec précaution son encrier. A qui écrirait elle en premier ? Le visage de la jeune marseillaise qu'elle avait eu plaisir à rencontrer s'imposa rapidement. Un sourire étira les lèvres de la vicomtesse et elle se mit à tracer quelques lignes sur le parchemin jusque là vierge.


Eavan a écrit:
Kyra,

Comme promis je prends la plume. Nous faisons actuellement une escale et n'avons pas encore vraiment entamé la traversée en elle même. Je suis quelque peu impatiente mais c'est malgré tout reposant.
Les cités vues depuis les flots semblent si paisibles. Et le soir, tandis que le soleil se couche et que les torches s'allument, le spectacle est enchanteur. Je vous souhaite un jour de pouvoir le voir de vos propres yeux.

Comment allez vous ? Racontez moi.
Comment se passent vos débuts à la maréchaussée ?

Amitiés,

Eavan Gaelig


C'était court, certes. Mais parfois les longueurs n'étaient pas utiles. La vicomtesse n'écrirait pas qu'elle se demandait si la mémoire revenait à la jeune fille. C'eut manqué de tact. Elle espérait aussi sincèrement que Kyrahn soit bien entourée et qu'elle se construise une vie qui lui corresponde. Peu importe quelle fut la précédente.
Le parchemin fut mis de côté.
Un nouveau parchemin pour un nouveau destinataire.


Eavan a écrit:
Arwel,

Une petite missive depuis l'escale que le capitaine nous aura imposée. Le voyage s'annonce paisible. C'est reposant et un contraste notable d'avec ma situation sur la terre ferme. Mais je pense que vous comprendrez mieux que beaucoup ce que j'entends par là, vous qui fûtes Duchesse à de nombreuses reprises.

Je ne sais si j'aurais déjà prit la peine, un jour, de vous faire savoir que vos mots apaisants et votre soutien ces dernières semaines aura beaucoup compté. Et ce, quelque part, d'autant plus que nous ne nous connaissons finalement que peu.
Un tort que nous partageons et qu'il faudra redresser dès que possible.
Sachez, pour faire court, que j'ai été touchée par votre soutien et... merci.

Comment allez vous depuis notre petit duel ? Pour ma part je gagne en souplesse à chaque jour qui passe. J'imagine déjà une petite moue à la lecture de ces lignes mais ne soyez pas désolée. Et surtout ne vous en veuillez pas. Cette raideur est le prix à payer pour exercer le loisir qui me plait. J'ai réellement prit plaisir à vous affronter et si j'ai à rougir c'est davantage de n'avoir su vous offrir une opposition décente.
Par ailleurs, j'en profite pour vous remercier, à nouveau. Cette fois pour votre couvert impeccable. Et je sais que vous continuez à maintenir Adrian dans l'ignorance car je n'ai toujours pas reçu de lettre de sa part. Merci.

J'espère que vous vous portez bien. Ainsi que Quercus. Adressez lui un petit salut de ma part.

Respectueusement,

Eavan Gaelig


A nouveau, le parchemin fut placé de côté. Une légère brise passait par l'écoutille qu'Eavan avait entre ouverte. Cela accélèrerait le séchage de l'ancre sans aucun doute. La vicomtesse s'étira un peu, lentement, sans forcer, avant de prendre une troisième feuille de parchemin.

Eavan a écrit:
Adrian,

J'espère que tu vas bien et que tu ne t'ennuie pas trop en Arles. N'hésite pas à passer à l'Ortie d'Or à l'occasion, il semble que les Champlecy aient confié la taverne à ma nièce en leur absence.

De mon coté, je me repose. Sois en assuré.
Nous faisons actuellement une escale, je ne suis donc même plus à la manoeuvre. Repos total.

N'hésite pas à me donner de tes nouvelles.

Sincèrement,

Eavan


La Gaelig eut un petit sourire. De leur histoire, il restait finalement une certaine amitié. De la même manière qu'un combat impliquait de partager des choses incomparables avec ses compagnons d'armes, forgeant un lien bien particulier, sa relation avec Adrian Audisio était unique. Ils avaient été trop proches pour pouvoir jamais redevenir des étrangers l'un à l'autre. C'est ainsi qu'Eavan le ressentait. Malgré tout, elle ne l'aimait plus et ne pourrait plus l'aimer comme elle l'avait fait quelques années auparavant. Il l'avait trop fait souffrir et désormais elle était convaincu qu'il le savait. Pour autant, après la colère était venue la sérénité. Eavan avait accepté. Et avancé.
La preuve de leur lien particulier, c'est qu'elle avait fait tout son possible pour lui cacher le duel. Et Arwel avait même menti pour la couvrir. Les couvrir. Eavan savait qu'Adrian se serait inquiété et sans doute agacé de savoir qu'elle avait une fois de plus négligé sa santé. Et pire encore, il l'aurait chambré des années durant à ce sujet. Le cacher était le mieux.

Le rituel se répéta. Le parchemin fut placé sur la pile des courriers rédigés en attente de scel et un nouveau parchemin fut étendu sur l'écritoire.



Eavan a écrit:
Gwen,

Notre navire fait escale, nous sommes donc un peu dans l'attente. J'ai hâte de m'éloigner des côtes pour avoir davantage à vous conter de ce voyage. Pour l'heure la côte, même si j'aimerais la voir de plus loin, ou ne plus la voir du tout, à son charme. Depuis les flots le point de vue sur les choses est différent.

Une question me brûle les lèvres. Ou la pointe de ma plume, de manière plus adaptée à la présente situation : comment allez vous ?

J'espère que vous aurez le coeur à me répondre.

Amitiés,

Eavan Gaelig


Une fois cette missive terminée, la Gaelig alluma une chandelle. Il était temps de sceller tout ça. A la chaîne. Satisfaite, elle laissa la cire rouge sécher un moment, songeant à cette bretonne à la poêle si particulière. Clairement de ces gens qui ne peuvent laisser indifférents. Malheureusement pour elle, Gwennie était tombée sous le charme d'Adrian. Sincèrement, Eavan avait été surprise de l'attitude de cet homme. Car il avait été charmeur non pas qu'avec elle mais avec plusieurs femmes. Et... courir plusieurs lièvres se faisait peut être à la chasse mais pas avec les femmes. C'était somme toute irrespectueux.
Décidément, ces derniers mois, l'estime qu'elle avait eu pour l'homme qui fut Illustre, avait fondu comme neige au soleil.

Eavan eut un soupir associé à un mouvement de tête pour chasser ces pensées. Elle était là pour se reposer, pas pour repenser à ce qui tendait à l'agacer. Elle était en voyage aussi pour dompter cette colère qu'elle sentait bien présente.
Un regard alla à sa pile de parchemins. Il était désormais temps de trouver des mouettes.

Tandis qu'elle s'occupait à attacher les courriers aux pattes des volatiles qu'elle avait attrapé sur le pont, la vicomtesse vit le capitaine emprunter la passerelle pour remonter à bord. Un sourire fendit le visage d'Eavan : l'escale prendrait bientôt fin.
Bientôt la mer, le large.

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Eavan
Au soir du sixième jour...

Dans sa cabine, Eavan s'apprêtait à lire le parchemin qui lui était parvenu juste avant que la passerelle ne soit remontée. Enfin... Les parchemins. L'épaisseur l'avait convaincu d'attendre le soir et elle avait été déposer le tout dans ses quartiers avant de retourner aider à la manœuvre. Défaire les amarres, hisser les voiles et quitter enfin le port.
La Gaelig s'était un peu éternisé sur le pont afin de voir les lueurs vacillantes de la ville rapetisser à mesure que le navire s'éloignait de la côte. Finalement, la nuit était bien entamée lorsqu'elle s'installa dans son hamac, liasse de parchemins en main et une petite lampe à huile pour pouvoir déchiffrer les lignes manuscrites, en renfort de la clarté lunaire qui bien que forte, n'aurait pas suffit.


Candyce a écrit:
Eavan Maeve Gaelig,

Quel nom merveilleux ! J'aime vraiment sa mélodie. Surtout lorsque c'est vous qui le prononcez avec votre belle voix chère à mes esgourdes.
Mon nom à moi est Candyce Sigrid Ingrid Marjolein van Saalven-Bergh. Mon père avait de l'humour...


Léger sourire à l'entame. Candyce ne faisait elle pas un peu dans l'exagération ? Elle n'avait pas entendu tant de fois que cela sa voix. La tournure était presque... charmeuse. Eavan secoua la tête comme pour chasser l'idée qu'elle trouvait folle et préféra s'attarder sur le nom complet de son interlocutrice. Si long. Cela lui rappela un peu les familles nordiques qui avaient parfois cette même tendance à l'accumulation. Tout cela restait un peu étrange aux yeux de la Gaelig qui n'était pas née noble, ni de famille prestigieuse. Personne jusqu'à elle n'avait vraiment entendu parler des Gaelig jusque là...

Candyce a écrit:
Sigrid était mon arrière-grand-mère. Marjolein mon arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère. Et enfin Ingrid était mon ancêtre femme la plus lointaine connue à ce jour. Elle et son mari Karel van Saalven ont fondé notre généalogie familiale. Ils ont vécu au premier siècle des années 1000. 400 ans avant ma naissance. Mais notre famille remonte bien avant encore. Voyez l'héritage que j'ai souillé par mon ignominie. C'est du joli...

Beaucoup à me faire pardonner. Surtout qu'une partie de mes ancêtres était noble. Notre blason familial fut créé dans les années 1200 lorsque la héraldique de chevalerie s'est étendue à toute la population et toutes les castes. Depuis nous nous transmettons ce symbole de notre famille. Il a bien évolué depuis ces siècles mais j'ai choisi de m'en faire un nouveau, qui ne porte aucune marque ancienne. Je n'ai pas le droit de porter ces émaux et ces pièces. J'ai trop fait de mauvaises choses pour cela. Je préfère donc repartir sur une base neutre et nouvelle, même s'il semble que je n'aurai pas de descendants. Seule la symbolique compte n'est-ce pas.

C'est dans les années 1200 que ma branche familiale est devenue noble. Mon ancêtre Anton van Saalven-Bergh, le premier des Saalven-Bergh a été fait baron. Depuis, tous mes ancêtres sont des barons de pères en fils. Jorgen, le second avec ce prénom de ma branche, mon arrière-grand-père a été fait chevalier en plus d'être baron. C'est de lui que découle l'idéal de justice que je défendais avant de sombrer dans la folie et que j'aimerais défendre de nouveau aujourd'hui.
Son cri était : Défendre ou périr !
La devise de notre famille était alors devenue : Le valeureux jamais ne ploie !

Je suis donc de naissance noble, la fille d'un baron. Sauf que mes parents ont fui le royaume de Hollande pour s'installer en Flandres où j'ai grandi et ont du coup été destitués de leurs terres et de leur titre. Donc, de ce fait, je ne suis plus noble non plus.
Je suis aujourd'hui la chef de famille de ma branche et sa dernière descendante. Avec moi, cette branche s'éteindra. Les Saalven-Bergh sont maudits. Ils n'ont fini que par avoir des filles et plus aucun fils.
J'ai retiré le cri d'armes puisque je crois que seuls les nobles peuvent en avoir un. Vous pourrez me renseigner à ce sujet Vicomtesse, ancienne héraut d'armes. Puis j'ai modifié la devise comme étant : La vertu réside dans l'équilibre.
Mais cela ne me plaît pas trop finalement... Alors je vais réfléchir à en changer définitivement.

J'ai recopié mon arbre généalogie pour vous. Si vous avez un moment d'ennui sur votre rafiot, vous pourrez y jeter un œil par curiosité.


Cela expliquait le volume de parchemin. Et cela attendrait le lendemain pour que Eavan s'y penche. Elle avait découvert l'héraldique sur le tard, après quelques années en Provence et en même temps qu'elle avait découvert la noblesse et la vie noble. La Gaelig s'était d'abord fait un devoir d'en apprendre un maximum pour ne pas manquer à son rang et ne pas jeter le déshonneur sur son suzerain par maladresse ou ignorance. Puis elle avait fini par aimer cela et par aimer les idéaux nobiliaires derrière les textes et coutumes.
Bien plus qu'elle n'aimait l'usage nobiliaire et la manière dont beaucoup de ses pairs se comportaient. Il semblait que cela parlait d'égalité à l'assemblée des nobles... Les nobles avaient donc oublié jusqu'à ce qu'ils étaient et ce que la noblesse représentait. C'était affligeant.

Le contenu de ce courrier, lui, était passionnant. Savoir exactement d'où l'on vient, jusqu'aussi loin dans le passé était une chose qu'Eavan avait du mal à se figurer. Finalement cela la renvoyait à la situation de Candyce. De mauvais choix qui l'avaient conduite bien loin de ce qu'elle savait être un meilleur chemin. Le chemin ? Sans doute pas. S'il n'y en avait qu'un et que c'était si simple, personne ne lutterait pour avancer.
La Gaelig pouvait comprendre la pression que Candyce ressentait vis à vis de cet héritage. Cela devait être lourd à porter. Extrêmement. Et peut être l'idée de se faire sa propre devise était une manière de se laisser une chance de recommencer sans les a priori de ce lourd héritage.


Candyce a écrit:
Les mots que je vous écris sont sincères et sont dits avec le cœur. J'ai fait des choses terribles et d'autres que je me suis infligée par vice de luxure qui vous dégoûteraient. Mais aujourd'hui, j'ai sincèrement envie de me racheter et de me racheter un honneur. Pour moi, pour ma famille, et pour être digne de vous un jour. Faire honneur à votre amitié, faire honneur à l'espoir que vous mettez en moi.

Nous sommes donc toutes deux troublées. C'est un peu normal aussi. On se dit des choses que normalement des vrais amis se disent quand ils se connaissent bien ou alors quand deux personnes s'aiment d'amour. Donc forcément, c'est rapide et peu commun en ce qui nous concerne.
Mais je ressens tout ce que je vous écris, tout comme vous ressentez tout ce que vous m'écrivez. Je désire également nourrir cette amitié et j'ai également l'envie de vous revoir physiquement. Dommage que vous soyez partie... Je vous ai écrit quelques jours trop tard. Enfin, ce voyage vous fera du bien et vous ressourcera. Vous pourrez vous recentrer sur vous-même et vous retrouver. Puis rigoler avec vos amis.

Lors de votre retour, je viendrai vous voir. Une place à vos côtés impliquerait que j'emménage à Arles et que je quitte la Bretagne pour devenir Provençale j'imagine.
Vous savez que j'y réfléchis en ce moment même déjà. Nouvelle vie... encore. Il faudra que je fasse des vas et viens entre la Provence et la Bretagne.

Nous verrons où je serais lorsque vous poserez pieds à terre à Arles. Mon ancienne compagne veut me revoir à Vannes en Bretagne. J'ai aussi envie de la revoir. Mais bon, je ne sais pas quand j'irai. Pour le moment c'est Nîmes. Et je n'ai pas trop envie d'aller jusqu'en Bretagne pour l'instant.

Un lien entre vous et moi qui serait un peu plus que de l'épistolaire. Voire beaucoup plus.


Eavan eut quelques froncements de sourcils ça et ça. Ou des haussements. Candyce n'était elle pas réellement en train de la séduire ? Ou d'essayer ? La Gaelig ne l'aurait jamais envisagé si cette dernière n'avait pas été claire quant à ses mœurs. Dire qu'Eavan était tout à fait à l'aise d'ailleurs, eut été faux. Mais sachant cela, il y avait quelques mots dont elle doutait de l'innocence...
Cela dit la lecture lui tira aussi parfois des sourires. Elle était contente que Candyce envisage l'idée d'emménager sur Arles comme une possibilité. Mais encore fallait il que ce soit pour les bonnes raisons et cela fit naître une inquiétude chez la vicomtesse. La mention de son ex compagne fut pour la rassurer un peu. Etait ce bien judicieux d'évoquer ce point si l'idée avait été de la séduire ?


Candyce a écrit:
J'essayerai de faire de mon mieux quant à devoir vous corriger si je le juge nécessaire, vicomtesse ou non. J'avoue avoir tendance à mépriser rapidement les nobles qui ne respectent pas ma vision stricte d'une Noblesse utopique. Je vous accorde que cela est narcissique ou encore orgueilleux de ma part... Mais la Noblesse est un sujet sensible pour moi et vous devez le savoir normalement. On en a déjà parlé il me semble. Par contre, j'avoue préférer vous mettre la fessée cul nu...


QUOI !!

Les yeux écarquillés.
Se redresser brutalement en sursaut.
Ne même pas sentir le hamac pencher dangereusement.
Sentir déjà son corps endoloris se tendre.
Sentir ensuite le contact sec et inamical du plancher.
Grogner de douleur et rester mi-étendue mi-recroquevillée.
Voir l'ombre du hamac se balancer comme pour la narguer.

Eavan venait de choir de son couchage et de s'écraser sans cérémonie ni rien pour la sauver contre les planches qui formaient le sol de sa cabine. Le souffle coupé, les côtes endolories, le bras tétanisé par la douleur soudaine, elle resta là de longues minutes. Chaque mouvement réflexe de sa cage thoracique pour tenter de retrouver à nouveau de l'air empirait la douleur au niveau de sa côte endommagée et lorsque finalement la vicomtesse pu respirer, elle sentit quelques larmes couler sur ses joues.
Comprenez que la Gaelig restait fière et hors de question de faire davantage de raffut. Les dents étaient serrées et elle s'était refusée à émettre le moindre son au delà du grognement.

Piteusement, elle se redressa. La douleur refluait. D'un revers de manche, la vicomtesse sécha ses joues. Assise au bas de son hamac qui avait finit d'effectuer sa danse de la victoire, la Gaelig remercia le Très Haut de n'avoir eu aucun témoin à ce moment de honte.
Puis, elle repensa à la raison de sa chute. Et rougit.

Gêne à l'idée.
Parce que tout de même, ce n'était pas convenable.
Embarras surtout, à l'idée que Candyce ne se fasse réellement des illusions.
Doute aussi. N'était ce que par attirance d'ordre charnel qu'elle maintenait le contact ?

Le regard se posa sur la missive qui, elle aussi, avait chut. Mais nettement plus discrètement, elle. Eavan resta un instant à la fixer comme si cette dernière allait l'agresser.
C'était ridicule. Elle redoutait un morceau de parchemin.


Tu es tombée bien bas Gaelig...

A peine les mots franchirent ils ses lèvres dans un murmure qu'elle secoua la tête avec un sourire amusé.

Joli choix de mots tiens...

Avec de nouveau un peu de contenance dû à cet humour fortuit, la Gaelig récupéra le parchemin et tâcha de reprendre sa lecture. Peine perdue. Il faisait bien trop sombre à cette hauteur de sa cabine. Il faudrait qu'elle retourne dans son hamac.
Le regard alla à l'objet du délit.
Le regard était mauvais.
Comme si un hamac allait facilement se laisser intimider.
Léger soupir et la vicomtesse se relevait pour retourner dans son couchage. Les gestes étaient lents, le corps encore raide et se plaisant à lui rappeler que non, un plat sur le plancher n'était pas la meilleure des thérapies.

Une fois installée et après avoir prit son courage et le parchemin à deux mains, parée à prendre connaissance de la suite sans plus sursauter, au risque de renouveler l'expérience, Eavan chercha à reprendre sa lecture.


Candyce a écrit:
Par contre, j'avoue préférer vous mettre la fessée cul nu...plutôt d'un coup de poing mais je suis flexible ! Grand sourire en écrivant cela.


Etait ce donc de l'humour ?
Eavan était malgré tout désormais un peu plus sur la défensive. Et il faudrait qu'elle soit bien claire dans sa réponse à la hollandaise.


Candyce a écrit:
Tout ce que vous dites sur l'honneur reflète exactement ma pensée de la chose. Me voilà donc totalement d'accord avec vous. Vous savez si bien exprimer les choses, vous parlez bien et vous êtes très claire et détaillée. C'est un réel plaisir pour moi. Je vous trouve tout à fait passionnante Eavan.


Les compliments étaient ils ici des outils de charme ?
Candyce avait elle l'intention de la tenter ?
Le doute était de nouveau en scène et la Gaelig le sentait déjà dévorer son énergie... Elle ne pouvait pas se laisser à nouveau envahir. Il fallait qu'elle lutte, et surtout qu'elle clarifie les choses et s'assure des intentions de Candyce.


Candyce a écrit:
En ce qui concerne mes pérégrinations, sachez qu'en ce moment j'avance de champs en plaines, en passant les cités sans m'y arrêter tant que j'aurai des vivres. Cela m'évite de perdre un jour à cause des routes de 30 lieues au lieu de 20 entre chaque ville. Même si je pense que je devrais perdre un jour de toute manière à un moment vu que je n'ai point assez de bouffe sur moi. Mais de toute manière les villes du Rouergue sont désertes le plus souvent...

Je me situe entre Aurillac et Rodez. Je serai entre Rodez et Millau demain. Par contre, je puis vous parler de mon passage à Limoges où je me suis ravitaillée et où je suis allée en confession. J'y ai fait la connaissance de deux charmantes femmes. Et j'ai passé une belle soirée à discuter avec l'une d'elle. Une des deux, celle qui est partie tôt, était un vrai boute-en-train ! Un vrai rayon de soleil avec un humour plaisant. Meabh de son nom. Très peu commun comme vous pouvez le voir. Et l'autre avec qui j'ai discuté assez longuement s'appelle Fanette. Une jeune femme amoureuse qui doit se marier dans quelques jours là. Donc nous avons parlé du mariage, des implications du mariage... Il a fallu que je fasse mon homélie sur cet acte que je trouve totalement imbécile et sans fondement réel. Mais j'y suis allée doucement quand même cette fois. Et diverses autres choses, comme par exemple le fait que j'aurais pu lui apprendre parfaitement comment rendre fou son mari au lit... On s'est appréciées et elle aurait voulu que je reste à son mariage. Mais je suis très attendue à Nîmes et j'ai également hâte d'y être. Je ne peux point être partout hélas...

Je suis donc seule sur la route à la belle étoile. J'avais passé des annonces pour trouver quelqu'un pour m'accompagner dans les villes visitées plus au nord mais je n'ai eu aucune réponse. Donc je m'ennuie sur les chemins. Mais je serai bientôt à destination. Et puis j'ai divers courriers pour m'occuper aussi. Donc l'ennui n'est pas tellement ressenti en vérité. Surtout quand j'écris un pavé comme celui-ci pour une femme merveilleuse qui s'appelle Eavan Maeve Gaelig.


L'avis sur le mariage était intéressant. Elles pourraient peut être échanger à ce sujet. Après tout la Gaelig n'excluait pas d'un jour réussir à trouver un époux. Et de nouveau la mention quant à l'expérience de la bretonne d'adoption dans le domaine charnel mit la vicomtesse un peu mal à l'aise... Non que ce soit une surprise. Quelque part elle s'en doutait, mais... Défitivement une clarification.
Merveilleuse ?
Et de nouveau la Gaelig sentit comme une levée de boucliers. Elle était sur la défensive. Et cela l'agaçait car elle appréciait échanger avec Candyce... Il faudrait vraiment régler cela au plus vite avant que cela ne ternisse leurs échanges... En espérant que cela ne les coupe pas tout simplement.


Candyce a écrit:
Et vous alors ? C'est comment sur le navire en ce moment ?
Vos choix ont-ils étaient les bons ?

J'ai une requête à vous faire aussi. Je n'ai jamais vu votre blason encore. J'aimerais si vous êtes d'accord, que vous m'écriviez le blasonnement dans votre prochain courrier pour que j'essaye de le dessiner à partir du blasonnement seul.
Un petit défi amusant. Et puis cela devrait amuser une ancienne héraut d'armes. J'aime beaucoup la héraldique vous savez.

Sincèrement et avec une révérence gracieuse,

Candy

Et joint à ce courrier, le parchemin avec mon arbre généalogique.


Le blasonnement ? Oui, ça elle pouvait.

Eavan replia le parchemin. Partagée. Troublée. D'un geste plus automatique que réfléchis, elle éteignit la lampe à huile. Inutile de la gaspiller. Puis son regard alla au plafond.
Etait ce simplement une manière de dire qu'elle la trouvait attirante physiquement mais sans implication ? De la même manière que Diane lui avait dit sans hésiter qu'elle était belle ? Non... Diane n'était pas intéressée par la chair... Pas avec les femmes du moins... Pas à sa connaissance du moins... Mais d'un autre coté, est ce que cela devait forcément être intéressé ? Cela ne pouvait pas être, en un sens innocent ?
Candyce était certes en rédemption mais le terme innocence, Eavan ne parvenait pas vraiment à la lui associer.

La vicomtesse était perturbée... Perturbée car elle ne parvenait pas à percer les intentions de Candyce et que le doute était là. Une peur se développait aussi que cela change quelque chose à cette amitié naissance. Et cela, Eavan le redoutait finalement... Comment régler le problème de ce doute qui venait de germer ?


En posant la question... Ce n'est que comme cela qu'on obtient des réponses... Et tu le sais...

Le murmure était à peine audible. Eavan devisait avec elle même, pour ainsi dire.
Avec les années la vicomtesse avait dressé des murs entre elle et ses sentiments, elle et les autres. Ces murs, cette armure... C'était comme si, quelque part en chemin, elle avait désapprit à gérer les émotions. Les siennes ou celle des autres. La solitude n'avait pas aidé non plus...


En vérité, ne pas demander, ce serait de la lâcheté, pure et dure...

Nouveaux murmures...
Et de continuer à fixer le plafond...

_________________
Eavan
Septième jour de voyage...

Jour de repos.
Eavan n'avait pas beaucoup dormi et ses acrobaties nocturnes avaient ravivées l'endolorissement général dont elle souffrait. Au petit matin, elle avait prié, comme de coutume. Ses années de service au sein des Saintes Armées avaient laissé des marques... Et pas seulement sous la forme de cicatrices. Non... L'ex-Vidame conservait des habitudes. Le respect de la majorité des prières quotidiennes, fusse brèves, en était une.

Une fois parée et sur le pont, la vicomtesse négocia d'assister à la manoeuvre sans devoir trop solliciter son corps. Relayer les consignes, aller relever les niveaux des réserves du charnier : la réserve d'eau potable du bord, faire une ronde dans chaque compartiment accessible pour voir si tout allait bien avant l'entamée de leur traversée, abouter quelques cordages...
Enfin, elle alla poser sa ligne, espérant augmenter sa réserve de poissons.

Malgré les activités qui parvenaient à la distraire, la vicomtesse restait relativement pensive. Régulièrement, elle essayait de réfléchir à ce qu'elle pourrait répondre à Candyce.
Perdue dans ses pensées, elle ne vit pas venir le projectile. Un frolement près de son oreille et dans ses cheveux la fit sursauter. Il fallut une paire de secondes pour qu'elle comprenne que c'était un volatile qui l'avait presque percutée dans sa phase d'approche du pont. L'oiseau en question semblait... épuisé. Ventre contre le bois, ailes à moitié étendues... Eavan nota le volume de parchemin accroché à sa patte.


Tu m'étonne que tu sois fatigué toi...

Lentement, elle alla récupérer ce qui commençait dangereusement à se rapprocher de la définition de colis et alla chercher un petit quelque chose pour que le messager puisse se restaurer avant de reprendre son envol.

Parchemins sous le bras, et laissant l'ami plumé à son repos bien mérité, la Gaelig alla trouver un coin de pont calme pour faire sa lecture. Le regard alla aux expéditeurs. Arwel, Kyra, Adrian et Diane... Eh bien. Cela tira un sourire à la vicomtesse qui commença à lire la première missive.


Arwel a écrit:
Eavan,

Je vous remercie de votre missive. Nous aussi avons embarqué pour Lyon afin de nous rendre ensuite à Montbrisson pour récupérer une cargaison de cidre pour Quercus. Le souci, c'est que nous sommes bloqués à Montbrisson parce que le messire ne donne pas de nouvelles... Et Montbrisson, c'est vingt-neuf habitants... Donc, en matière de tranquillité, je crois que je suis pas mal non plus !

Concernant mes mots et mon soutien, ce fut avec plaisir, lorsque j'ai vu la situation, je me suis senti revenir quelques mois auparavant en Lyonnais-Dauphiné et j'aurais aimé qu'à ce moment-là quelqu'un prenne mon parti et me soutienne, comme j'ai pu le faire pour vous.

Lorsque vous reviendrez, nous prendrons le temps de mieux nous connaître. Peut-être finirons-nous par nous lier d'amitié, allez savoir !

Il n'est pas besoin de me remercier pour mon soutien, c'est normal !

Je vais bien, je vous remercie. J'espère que vous récupèrerez vite et que vous pourrez prendre votre revanche au retour ! Pour Adrian, je ne lui ai rien dit, en effet, et je sens que lorsqu'il saura, je vais me faire gronder ! Vous savez, grâce à lui, j'ai l'impression de vous connaître un peu mieux, il me parle souvent de vous. Pour notre petit duel, vous n'avez pas à rougir, c'est moi qui me suis enflammée à n'avoir pas combattu depuis des mois !

Nous allons bien, rassurez-vous et je transmettrai votre bonjour à Quercus.

Prenez soin de vous également, bien à vous,

Arwel Chanvigny


Un sourire en coin était apparu à la mention d'une possible revanche. C'était parfait, elle n'aurait même pas à réclamer. Et l'instant suivant, la vicomtesse se trouva de nouveau tout à fait incorrigible.
L'idée, ensuite, qu'Adrian parle d'elle éveilla un peu ses soupons. Son ex-fiancé était plus ou moins capable du meilleur comme du pire en la matière. Après tout il la connaissait bien.

Monbrisson donc ? Au calme ? Très calme. Trop calme. Parfois le calme n'était pas un mal et au moins voyageaient ils toujours à deux au minimum. Cela signifiait que peu importait où, il y avait a minima un peu de compagnie.

La Gaelig estima que cela n'appelait pas une réponse urgente. Certes elle continuerait à donner des nouvelles à Arwel mais cela pouvait attendre quelques jours.



Kyrahn a écrit:
Eavan,

Comme ça me fait plaisir d'avoir de vos nouvelles .Je lis votre récit et je m'autorise à imaginer ce que voyent vos yeux et j'espère vivement pouvoir contempler ce spectacle un jour par moi-même.

J'ose espérer cependant que vous vous autorisez à être vous-même, comme vous me l'aviez si bien dit ... juste Eavan. C'est là le meilleur que je puisse vous souhaiter.

Quant à moi, Marseille me plait de plus en plus. Je suis devenue gouvernante chez Messer de Festigny lorsque je ne suis pas de garde à la Maréchaussée. Et concernant celle-ci, mes nuits de garde sont calmes, mais ça me permet au moins de mirer les étoiles... Ceci dit, Diane m'a retiré une belle épine du pied me permettant enfin d'avoir mes accès à la formation.

Seule ombre au tableau, je fête mes seize printemps la semaine prochaine et vous ne serez pas là ...

Amitiés,

Kyra


Le sourire se fit doux en parcourant les lignes de la jeune marseillaise. Un instant, le sourire se crispa : Festigny. Eavan n'avait pas vraiment apprécié l'homme. Il y avait quelque chose qu'elle ne parvenait pas forcément à définir mais qui faisait qu'elle ne chercherait sans doute pas à devenir amie avec lui. Et puis il y avait eu l'affaire avec Diane. Et cela avait fini de fermer cette porte là. Elle espérait qu'il saurait bien se comporter avec Kyra et ne pas abuser de la jeune fille.
Le sourire revint ensuite, plus amusé à la lecture de la dernière ligne. Lui manquerait elle à ce point là ? D'amusé le sourire se fit un peu mutin. Trouverait elle un moyen de faire parvenir un présent à la jeune fille de sa part ? Cela valait la peine d'être organisé.



Adrian Audisio a écrit:
Eavan,

Quel plaisir de lire que tu daignes enfin prend un peu soin de toi en te reposant. Tu semblais tellement fatiguée les quelques jours avant ton départ.

Mais tes mots m’inquiètent quand même un peu. Tu sous-entends que tu aurais été à la manœuvre ? Ne devrais-tu pas plutôt penser à rester assise afin de reposer ta jambe ?

Pour ma part, je suis parti en bateau pour aider Quercus dans une de ses campagnes commerciales. Nous sommes arrivés à Montbrisson, lieux de l’échange, après avoir accosté à Lyon. Ces deux villes sont tellement vides, que même la personne avec qui Quercus doit commercer n’est pas là. Heureusement qu’Arwel, Aldéric et Quercus sont là, sinon, je serais déjà mort d’ennui.

Mais ne voyons pas que le négatif. Par le plus grand des hasards, le Très Haut a mis sur notre route, après certes un court détour, la tombe de mon amie décédée. J’ai ainsi pu me recueillir sur sa tombe sans devoir prévoir un second voyage dans ce Lyonnais plein de vie.

Par contre, comment fais-tu pour supporter le voyage en bateau ? Après 3 jours, j’avais déjà envie de fuir à la nage tellement je m’ennuyais. Quand je pense qu’on vient de me proposer un voyage jusqu’à Alexandrie, je demande si des gens ne désirent pas ma mort.

Pour ta nièce, je suis un peu surpris de la savoir tavernière, ne la croisant que rarement en taverne. Mais dès mon retour à Arles, j’essaierais de passer un tour à l’Ortie d’or, malgré que je ne sois pas un grand partisan de la famille Champlecy. Elle pourra peut-être me dire pourquoi la tisane me donne le hoquet.

Prend bien soin de toi et au plaisir de te lire,

Adrian


Adrian était donc du voyage dans la désertique cité de Montbrisson. Vrai qu'il se serait sans doute ennuyé seul en Arles. Le rongeur n'était semblait il pas patient. Étonnant tiens... Ironie.
Eavan secoua la tête à l'inquiétude qu'il formulait en début de courrier. Heureusement qu'il continuait d'ignorer le duel. Et dire qu'elle avait songé à lui en parler. Non. Elle ne voulait pas l'inquiéter outre mesure et si elle appréciait que l'on se soucie de sa santé, il ne fallait pas trop en faire. Après tout la Gaelig était seule depuis un moment et avait prit goût à n'avoir de compte à rendre à personne concernant les choix qu'elle faisait et les risques qu'elle prenait.

Les derniers mots l'amusèrent. Hoqueter avec de la tisane ? L'homme devrait se méfier de ses compagnons de voyage. Etait il bien certain que ce fut de la tisane ? Ricanement derrière son parchemin...

Enfin, elle prit la plus longue des missives. Un autre feuillet était roulé en plus du courrier. Intriguée, la vicomtesse commença par la missive. Nul doute qu'elle aurait au moins un début d'explication sur le quoi du comment pour qui. Ni plus ni moins.




Diane a écrit:
Eavan... Eavan, Eavan, Eavan!!!

Oh Seigneur, la redondance de mes pensées multiples, vient troubler le calme de cette missive, me pardonneras-tu belle Gaelig?


Deux choses vinrent alors à l'esprit de la vicomtesse.
L'écriture de cette missive impliquait forcément la consommation de chanvre.
Qu'était donc cette épidémie de compliments sur son physique ? Que se passait il ?


Diane a écrit:
Par quoi commencer??? Hmm par le début? Oui bon, certes... Je crois bien que je me parle à moi-même tout en t'écrivant... Je crois que j'ai besoin de coucher les mots autant que d'extirper les paroles d'entre mes lippes crispées d'angoisse autant que de bonheur...

Et là, je m'explique car tu dois te dire que ça y est, j'ai perdu l'esprit, je suis devenue folle et ce, pour de bon. Tu auras sans doute raison, j'ai perdu la mienne!


L'analyse de la comtesse d'Aubagne était pertinente. Eavan commençait un peu à s'inquiéter.

Diane a écrit:
Tu sais à quel point je tenais à Hermess, comme j'avais du mal à me défaire de lui sans jamais y arriver... Même le soir où tu as dormi à la maison, je t'en ai parlé... De ce trouble, de ces doutes qui m'envahissaient.... Le miracle que j'attendais mais qui n'était point.
Le désarroi dont j'étais affligée le vingt Septembre, jour de mon mariage supposé... Cette attente qui me fit souffrir encore.

La manière dont j'ai cru pouvoir tourner la page, mais que je n'arrivais tout de même point à tourner... Etait ce l'homme qui me courtisait qui était trop malhonnête pour me mettre en confiance, voyant clair dans son jeu sans vouloir me l'avouer, entestée que je suis?
La peur de souffrir davantage, si toutefois c'était encore possible...? Je ne sais, mais j'ai mis fin à toute cette mascarade dès le lendemain de vostre départ, lui faisant comprendre que je méritais mieux qu'un coureur de jupons.


Voilà qui était de nouveau un peu plus sensée. Eavan se sentit soulagée. Elle songea qu'il fallait qu'elle envoi une missive à Suzanne. Quelque part elle était certaine que cette dernière n'était pas pour rien dans le courage de Diane. Une intuition.


Diane a écrit:
Lui aie-je dit qu'il n'arrivait point à la cheville de mon doré adoré? Non, je n'ai point été jusque ce vil procédé, même s'il l'aurait mérité vu tout ce que je sais à présent.
J'ai appris que le manque de confiance que j'avais en lui était bien justifié et que la tracassière s'annonçant bonne et n'aimant guère la méchanceté, vivant sur son nuage mensonger, se fait bien plus hypocrite qu'on ne croit, elle me rend saumâtre.
Je n'ai aucun respect pour ce genre de personnes. Comment en avoir alors qu'elles n'en ont point elles-mêmes?
Et si seulement il ne s'agissait que de respect...
Tout cela pour dire que je ne veux même plus perdre mon temps à parler d'eux, ayant décidé de les sortir de ma vie. Les laissant dans leur monde amer et plein de fausseté.


Qu'est ce que ces mots cachaient ? C'était comme si Diane n'avait pas décoléré depuis ce fameux soit en taverne et l'assassinat gratuit de chope. Dans les lignes, leur enchainement, Eavan percevait l'absence de contrôle. C'était une lettre à coeur ouvert et au gré des ressentis.

Diane a écrit:
Cette vie que j'espère pleine d'espoir.
Et bien le miracle, ou tout au moins, une partie du miracle est arrivé! Hermess est de retour!!! Mais du genre, vraiment de retour...
Imagines-tu? J'ai bien mis deux jours à le réaliser... Est-ce que je le réalise à présent? je n'en suis guère sûre... Mais qu'il est bon de le revoir...

Une chose dont je suis certaine, l'amour est toujours présent en nos cœurs et je lui ai tout confié, tout dit parce que j'estime que je lui dois la vérité et surtout qu'il sache comme je l'aime encore.
Mon cœur fait des bonds en ma poitrine, tant l'émotion est forte.. J'en suis amenée à serrer le tissu de mes houppelandes afin de savoir me contenir un minimum sans sautiller partout comme une enfant, ou résister à l'envie de le regarder avec les azurs enamourés.
Je crois que cette fois je suis mauvaise comédienne... Je ne sais point faire semblant, je suis bien trop entière pour cela...
Je prie le Très Haut depuis trois jours à présent, afin qu'il réalise le reste de mon souhait le plus cher. Ferais-tu une prière pour nous ma chère Eavan?


Hermess avait laissé un souvenir mitigé à Eavan. Mais si le bonheur de Diane était avec lui... L'avis qu'elle avait n'était pas pertinent. La prière était bien évidemment acquise, bien qu'il s'agisse davantage de choix très humains plus que d'intervention divine.

Le sourire de la Gaelig était doux et serein à la lecture de ces lignes. Simplement heureuse pour son amie.


Diane a écrit:
Serais-je à nouveau pleinement heureuse un jour? Je l'espère tellement... Nous avons abordé le sujet, mais pour le moment il vient de revenir et sans doute a t-il besoin de temps pour savoir ce qu'il veut faire réellement. Alors en attendant, je vais prier pour retrouver ma vie à ses côtés, retrouver cet idéal qui nous liait, ce bonheur qui habitait nostre maison, prier pour que nos filles soient à nouveau réunies aussi.
Prier pour que nostre petit Flavien ne soit guère parti en vain...
En retrouvant Hermess, c'est aussi un peu de lui que je retrouve... Et Dieu sait comme un si tout petit être peut manquer à nos vies....


Eavan préférait ne pas s'imaginer ce que la perte d'un enfant pouvait être. Elle avait perdu ses parents de manière violente mais cela n'était pas du tout la même chose. Finalement ce qu'elle percevait comme le plus proche, c'était le décès de sa petite soeur qu'elle avait en partie élevée... Mais là encore, on était sans doute bien loin du compte.

Diane a écrit:
Et sinon.... Pour retomber sur terre ou plutôt en mer, comment vas tu? Le traitement que je t'ai donné t'a t-il soulagé? Es-tu raisonnable depuis Marseille? Je l'espère bien et je compte bien écrire à Arystote afin qu'il veille sur toi et qu'il veille surtout à ce que tu reste raisonnable.
Le vois-tu souvent? J'espère qu'il ne reste point enfermé en sa cabine cette fois. Tu imagines si j'avais suivi cette folle idée de m'enfuir et vous suivre?
Oh Seigneur, je n'ose même point l'imaginer... Heureusement que je me suis raisonnée. J'avais bien trop peur de louper ce miracle qui se fait enfin réel.
Donnes-moi aussi des nouvelles d'Ary et de Guilhem s'il te plait, ainsi que de Franc à qui je dois écrire à propos de ses petits qui vont bien...


N'ayant pour l'instant guère croisé ses compagnons de voyage, Eavan était un peu embêtée pour répondre aux attentes de Diane... Il lui faudrait aussi sans doute lui parler de ce duel. Peut être un avis concernant ses côtes serait il a propos ? Au moins pour avoir des conseils pour faciliter le rétablissement.
Du repos par exemple.
Léger grognement de la Gaelig. Elle savait bien l'évidence. Mais c'était plus facile à dire qu'à faire. Quoiqu'en ce jour du dimanche, il était certain qu'Eavan veillerait à prier plus qu'à solliciter son corps.


Diane a écrit:
Et racontes-moi tout! Où en êtes-vous? J'ai fait un portrait de toi... je pense que tu en rougirais même, mais il est très réussi, je te le joins à cette missive pour que tu puisses en juger toi-même.
Juste dommage que je ne sois guère là pour profiter de cette réaction qui m'aurait surement amusée. Je pense que tu refuseras de le montrer à Ary, pourtant l'avis d'un homme pourrait être agréable.


Quoi ?
Qu'est ce que ?
Mais !
Et pourquoi l'avis d'un hom... Oh... Oh! Oh mais... Namého!!

Le regard se posa sur l'autre parchemin encore roulé. Déjà la vicomtesse se sentait rougir. Elle se força à terminer sa lecture... Mais qu'est ce que Diane avait fait ? A quoi devait elle s'attendre ?


Diane a écrit:
Je vous embrasse tous et je vous aime! Vous me manquez déjà... J'aurais aimé que tu vois mon sourire... Te rassurer... J'ai terriblement peur que mon voeux ne se réalise point mais je reste pleine d'espoir.. J'espère, oui j'espère....encore.

Diane.


Bon... Diane semblait dans l'ensemble aller mieux. L'espoir était revenu.
Qu'est ce que c'était cette histoire de portrait !

Eavan plia la missive et entreprit de regarder ce qu'il en était. Avec une franchise certaine, trahissant davantage le fait qu'elle redoutait un peu ce qu'elle allait voir et donc, en réaction, le faisait vivement, elle déroula le parchemin.

Le regard se posa sur les lignes tracées au fusain. Un portrait certes. Enfin... Pas n'importe quel portrait.
La vicomtesse, désormais pivoine, releva la tête pour estimer si l'un de ses compagnons de voyage risquait d'en voir trop. Jugeant la chose trop risquée, elle entreprit de réunir ses affaires et de rejoindre sa cabine. Le tout sans jamais baisser d'un ton dans la nuance de rouge. Un des marins lui adressa même un regard inquiet lorsqu'elle le croisa en chemin et elle grommela une explication inintelligible avant de disparaitre dans ses quartiers.

Là, elle alla s'asseoir sur son coffre et prit une profonde inspiration avant de dérouler à nouveau l'esquisse. Le trait était appliqué. Diane dessinait bien. C'était certain. Honnêtement c'était flatteur. Le soucis du détail était là...
Mais fallait il vraiment qu'elle dresse son portrait dans cette circonstance ? Eavan soupçonnait bien évidemment Diane de ne pas avoir choisi le moment au hasard. Et certainement cela amusait il la comtesse... Elle repensa aux mots de la missive.


Diane a écrit:
...Juste dommage que je ne sois guère là pour profiter de cette réaction qui m'aurait surement amusée...


Moui... Amusée hein ?
Un grognement s'échappa d'entre les lèvres d'Eavan, qui ne parvenait pas à savoir si elle était flattée, gênée, contrariée ou en admiration des talents en dessin de son amie marseillaise.

Les yeux s'attardèrent de nouveau sur l'esquisse. Et effectivement, Eavan se regardait. L'impression était étrange. Il y avait une familiarité et pour autant, elle avait l'impression de regarder une "elle" qui n'était pas "elle". Etait ce bien elle dans ce baquet ?

Le profil était juste. L'attitude absolument détendue. Sereine et apaisée. Les yeux clos. La tête était légèrement inclinée en arrière. Les cheveux, libres, s'étendaient sur le haut de son dos et une mèche atteignait son épaule, à peine. Le soucis du détail allait jusqu'aux quelques gouttes d'eau qui se détachaient le long de la gorge... Il suffisait de suivre leur chemin pour atteindre la base du cou et se perdre dans un flouté qui marquait la limite du portrait... et sauvegardait du même coup la modestie du modèle.
Sa modestie.
Le regard s'attarda sur ces quelques zones comme un peu voilée par la censure appliquée par l'artiste... La main d'Eavan se porta à sa poitrine, là où était ce qui se cachait sous l'une de ces imprécisions : la marque reçue à Draguignan. Diane n'avait pas gommé cette marque, ni les autres... C'était simplement comme si elle était secondaires... Comme si elles n'étaient pas l'objet du portrait.
Eavan n'avait pas les traits fins. Pourtant, il y avait une sensualité certaine dans ce portrait. D'autant plus certaine qu'elle en était reconnaissante à Diane de ne pas l'avoir forcée. C'était étrange cette sensation. Tout en se reconnaissant et en reconnaissant ses lignes comme étant son corps sans liberté artistique, la vicomtesse savait regarder à ce que Diane avait perçu... non, su percevoir, de cet instant. Etait ce là aussi une part d'elle même qu'Eavan avait oublié ? La femme ? Etait elle si peu convaincue d'être capable de sensualité ?

Une part d'elle se trouvait belle. Et cela faisait longtemps.
Une part d'elle trouvait le portrait beau, et juste.
Une part d'elle se sentait aussi mal à l'aise, comme si ce portrait était une exploitation d'un moment de confiance absolue et de vulnérabilité...
Une part d'elle était gênée...

Puis, elle se souvint d'une fois, au mess des sous officiers, à l'Ost, presque dix ans auparavant... Un des soldats avait trouvé malin de la représenter nue. Elle, leur officier. L'esquisse avait circulé quelques instants à peine avant qu'Eavan n'aille mettre son poing dans un visage. Elle se souvenait encore de la lutte intérieure pour savoir si c'était une claque ou un poing qui viendrait clôturer le mouvement. Et jusqu'au dernier moment, elle n'avait pas su. Finalement c'était le poing. Mais l' "artiste" s'en était tiré à bon compte parce que l'époux d'Eavan était là et lui ne se serait pas contenté d'un unique coup pour faire rentrer la leçon.
Le souvenir tira un sourire amusé à la vicomtesse.

Elle se demanda si une esquisse comme le portrait que venait de lui offrir Diane aurait eu du succès. Là encore, quelques lignes de la missive semblèrent justement à propos.


Diane a écrit:
...Je pense que tu refuseras de le montrer à Ary, pourtant l'avis d'un homme pourrait être agréable...


Et de nouveau la vicomtesse fut pivoine.
Comment diable était elle sensée ne pas y penser en le croisant ? Comment paraitre naturelle ?!

Malgré la gêne, Eavan rangea le portrait avec un soin infini. L'objet était précieux. Et il faudrait qu'elle réponde à cette lettre.

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Eavan
Septième jour de voyage...

L'après midi touchait à sa fin.
Eavan avait retrouvé son teint habituel.

Il était désormais temps de répondre à Diane.


Eavan a écrit:
Chère amie,

Je suis contente d'avoir de tes nouvelles. Pour être sincère un jour de plus et j'allais venir aux nouvelles.
Je suis heureuse que tu aie retrouvé celui que tu n'auras pas cessé d'aimer. Bien sûr mes prières t'accompagnent, vous accompagne. Je te souhaite tout le bonheur possible.
Je prie beaucoup à bord et sache que beaucoup de mes prières sont tournées vers ceux qui me sont chers, d'une manière ou d'une autre.

Pour l'instant, j'ai l'impression que nous sortons peu de nos cabines respectives. Du moins peu pour aller au mess. Il faut préciser qu'étant donné la taille du navire, nous sommes tous d'équipage. Je suis bien sûr moins sollicitée et peu de tâches que l'on me confie requiert de la force ou de l'endurance, mais mes compagnons n'ont pas cette chance. Je pense qu'ils sont encore à s'habituer au rythme marin.
De plus nous avons fait une escale et je pense que la plupart d'entre eux ont été se dégourdir les jambes. Pour ma part je suis restée à bord. Je n'étais pas prête à me mêler aux foules et la quiétude du navire me convenait.


La vicomtesse prit la peine ensuite de décrire brièvement leur situation avec un sourire aux lèvres. Ca y était. Cette fois, leur prochaine étape devait être leur destination. L'excitation était revenue, presque enfantine tant elle était innocente.
Après quelques lignes à ce sujet, avec quelques détails techniques, Eavan revint à des choses plus personnelles, et notamment apporta des réponses aux questions que Diane lui avait adressées.



Eavan a écrit:
Le traitement que tu m'as donné aide vraiment. Sur notre chemin de retour sur Arles, Arystote a insisté pour m'offrir une canne. Je dois avouer que toute reconnaissante que je suis de sa prévenance, je n'aime guère l'image que cela rend de moi. Aujourd'hui une canne, demain je me lèverai et paraitrait plus à Fontvieille qu'à moi. Je ne suis plus de première jeunesse, certes mais tout de même. Je râle, je râle, mais je m’accommode.
Ma jambe se porte, et me porte par ailleurs, beaucoup mieux. Les premiers jours à bord ont un peu éprouvé sa stabilité mais j'ai l'impression que ce travail pour compenser la houle aura finalement été bénéfique.


Là, la plume se suspendit.
Eavan hésita. Devait elle dire, du moins écrire, toute la vérité, rien que la vérité ? D'un coté peut être Diane aurait elle des conseils, de l'autre... cela valait il bien la peine de l'inquiéter et de risquer de se faire passer... non... de se faire passer, à coup sûr, un savon...
Finalement, elle préféra botter en touche. Cette tactique étant utilisée à la soule parfois dans l'espoir d'éviter le plaquage. Cela marchait rarement.



Eavan a écrit:
Je te remercie pour le portrait. Il est magnifique. Je le garde précieusement.
Je doute en effet de jamais le montrer à Arystote. Ou à quiconque à bord. Je suis la seule femme.

J'aurais besoin que tu me rende un service. Il semble que dans le courant de cette semaine, ce soit l'anniversaire de Kyra. Je regrette de ne pouvoir être là en personne. Il semble qu'elle en soit affectée. Aussi, je pensais être là malgré tout à ma manière et lui transmettre un présent.
Pourras tu réceptionner un paquet et le transmettre à Kyra ? J'ai déjà envoyé une missive à Felipe avec les consignes. L'hiver vient et j'ai donc demandé à ce que mes veneurs confient quelques unes des plus belles fourrures de cette saison de chasse à un artisan tailleur. Ainsi Kyra aura une cape suffisamment chaude pour affronter les gardes nocturnes exposées au Mistral.

Amitiés,

Eavan Gaelig


La vicomtesse avait un petit sourire aux lèvres. Dès qu'elle avait reçu la lettre de Kyra, elle s'était mise en tête de parvenir à lui faire un cadeau pour l'occasion de ses 16 ans. Elles ne se connaissaient encore que peu, de fait, Eavan préféra songer à quelque chose d'utile... Finalement c'est un cadeau qu'on lui avait fait quelques années auparavant, tandis qu'elle veillait au bas des murs arlésiens sous la bannière de l'Ab ira leonis. Estaloth lui avait offert une cape. En peau d'ours s'il vous plait. La chose était pesante et encombrante mais le Très Haut en soit témoin : qu'est ce que c'était chaud et confortable... De fait, la Gaelig avait rédigé à la va-vite un petit message pour Felipe et elle était certaine que ses gens feraient des merveilles. La saison était parfaite, les animaux se parant de leur fourrure d'hiver... Le rendu serait sans aucun doute bien chaud, et esthétiquement, cela devrait être aussi une réussite.

Satisfaite, la vicomtesse scella en bas de son parchemin.

La tactique fonctionnait même peu. Généralement le joueur en face en voyant cela avait tendance à être d'autant plus violent dans son plaquage. Eavan soupira. Elle reprit le parchemin et griffonna tout en bas l'aveu de ses crimes.
Ce fut rédigé vite et de manière factuelle. Quelque chose cria intérieurement à la Gaelig que cela ne jouerait sans doute pas en sa faveur... Mais c'était fait.


Eavan a écrit:
ps : J'ai accepté un duel avant de partir en lice d'Arles et j'ai reçu un coup dans les côtes. L'une d'entre elles m'est douloureuse mais je doute fortement que cela aille jusqu'à la fracture. Je peinerai à tout si c'était le cas. Par contre aurais tu quelques conseils pour favoriser la guérison ?


Et maintenant il lui fallait un volatile au plus vite avant qu'elle ne change d'avis.
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Arystote
Premiers jours de voyage

Arystote bien aise de quitter la Provence avait décidé de passer la première nuit à dormir à a belle étoile sur le pont, afin d'observer le ciel. Il l'avait fait et, dans les premières heures, il s'était exécuter à repérer les étoiles qu'il connaissait et les constellations qu'elles formaient. Pour les autres il s'appliquait à en deviner de nouvelles en fonction des dessins qu'elles pouvaient former selon lui. Ainsi avait-il "découvert" trois nouvelles constellations avant que ses yeux ne se ferment : l'épée ; la marmite et l'ortie mais de sa forme héraldique, celle que l'on trouve sur le blason des Champlecy.

Son sommeil fut troublé dans les heures qui suivirent par l'affreuse sensation glacée de l'eau qui éclaboussait son visage et tout le reste de son corps. Il pleuvait. Arystote fit un bond pour se lever et découvrit que ses vêtements étaient déjà inondés par la pluie. Il finit donc par rejoindre sa cabine pour se changer et dormir dans le hamac. Avec la houle et le froid, il eut l'impression que se rendormir lui prenait une éternité.

A l'aube du deuxième jour, l'averse n'était plus qu'un lointain souvenir et les rayons du soleil perçaient la lucarne de sa cabine d'un halo doré. Il s'étira bien décidé à passer la journée à pécher. Ainsi, en fin de journée, après que le poisson ait mordu à l'hameçon, il découvrit une dorade au bout. Il revint sa cabine se reposer un peu avant d'aller au mess. C'est que ses muscles étaient endolori par une mauvaise nuit et il se sentait épuisé. Sans parler du mal de tête qui l'assaillait. Sans doute trop de soleil se disait-il. Il dormit tant et si bien qu'il ne pu aller au mess puisqu'il ne s'éveilla pas avant le lendemain.

Une mauvaise surprise l'attendait au réveil : son visage souffrait d'une congestion évidente, le mal de tête n'était pas passé, son nez était pris et il étouffait à force de quinte de toux répétées... Il ne pouvait nier l'évidence, il était tombé malade en prenant la pluie deux nuits plus tôt.


Scrogneunorf, manquait plus que ça !, maugréa t-il dans sa cabine. Il avait promis de veiller sur Eavan aussi ne devait-il rien montrer de sa faiblesse. Les deux jours qui suivirent donc, il offrit un sourire d’apparat et se fendit même de quelques blagues à l'attention des personnes avec qui il voyageait. De temps à autre à l'abri des regards, il se donnait lui-même quelques baffes pour redonner de la couleur à ses joues et se réveiller un peu. Il se cachait pour se moucher ou pour tousser et bien entendu il était toujours trop fatigué pour le mess, craignant surtout la contamination. Il s'était interdit d'user de la technique des trois chapeaux afin de conserver le peu de sens qui lui restait en éveil. Sinon comment tiendrait-il la promesse faite à Walriara, la nièce d'Eavan.

Leur capitaine les avait informé d'une escale. Arystote s'était dit qu'il pourrait en profiter pour consulter un médecin mais la barrière de la langue, la méconnaissance des lieux et la maladie avaient eu raison de lui. A peine avait-il parcouru quelques rues, qu'il se sentit faible et fit demi-tour pour embarquer de nouveau. Il fallait qu'il dorme bien que la journée soit loin d'être terminée. Difficile de faire semblant à présent. Il espérait qu'en faisant le mort, personne n'y verrait rien. Les jours suivant furent donc de longues nuits pour le Comte qui, las de son état finit par céder à la tentation d'user des ses propres méthodes de soin. Il déposa donc un chapeau devant le hamac et prit une bouteille de gnole à la poire de Sancerre qu'il avait emmené avec lui. Il but jusqu'à ne plus voir un mais trois chapeaux et s'endormit satisfait.

Si la technique avait fait ses preuves sur la terre ferme, sur un navire elle possédait quelques failles. Il était à présent malade par deux fois, le rhume et l'ivresse ne supportait que difficilement de cohabiter dans un corps subissant les affres de la houle. Arystote sentant la nausée prit la décision de quitter le hamac mais ses pieds ne répondaient pas tout à fait comme il l'espérait et se prirent dans les cordages tant et si bien qu'il en tomba.


Par la barbe du Lioncourt !, jura t-il tandis qu'il se relevait pour courir jusqu'au pont. Comme il était tombé plus qu'il ne s'était levait, il tituba plus qu'il ne courut. C'est donc l'image d'Arystote ivre vomissant par dessus le pont qui vit clore ses premiers jours de voyage.
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Guilhem..
Guilhem avait souvent prit le bateau pour ses voyages, qu'ils soient dictés par un simple plaisir touristique ou les devoirs envers la Provence pour des missions commerciales. Mais à chaque fois qu'il le prenait il n'était accompagné que d'inconnus, ce qui le confortait dans ses tendances solitaires, généralement il se payait une cabine avec une vraie couche afin d'être seul avec ses parchemins. Aussi quand Arystote lui proposa un voyage de groupe avec des amis, le Champlecy accepta, mais c'était sans penser qu'il lui faudrait être en groupe.

Le premier jour il chercha désespérément sa cabine, mais c'était avant de comprendre qu'il faudrait dormir sur des hamacs en cale, après tout il n'avait pas toujours été si bien lotit que sur les terres de son comte de cousin et il avait déjà du vivre à la dure, ce n'allait pas être un morceau de tissu tendu qui allait lui gâcher son séjour !

Mains sur les hanches Guilhem observait le hamac d'un air de défis, c'était un combat qu'il allait gagner et prouver au monde entier, que même s'il on est habitué au confort bourgeois de la noblesse et que l'on sent bon (ceci est un cliché sur les marins très cher à Guilhem) on peut tout à fait dormir dans un hamac !
C'est d'abord le bras et la jambe droite qu'il fallait passer sur le hamac, ensuite il lui suffirait de tirer son poids dans le tissu et de ne plus bouger jusqu'au lendemain matin.
Au premier essai Guilhem tomba par terre après avoir tourbillonné autour du tissu.


NORF!

Lors du second essai, une vague d'espoir apparu alors qu'il avait réussi à rester plus de dix secondes au dessus du sol, bras et jambes hors du hamac le reste en équilibre instable sur le tissu. Après nombre d'essais infructueux, Guilhem, mené par sa fierté n'osa pas demander à quelqu'un de lui montrer comment grimper dans le hamac, aussi , bien que très fatigué il attendit que la première personne aille se coucher afin d'observer la technique. Il attendit son cousin Arystote un moment sans le voir venir et c'est un autre membre de l'équipage qui vint se coucher une heure après la dernière tentative du Champlecy pour grimper dans le hamac. Après avoir observé il finit enfin par réussir à se coucher, mais il était confus, le membre de l'équipage n'avait pas apprécier d'être épié au moment de son coucher, c'est vrai que Guilhem n'avait eu cesse de le fixer même au moment du déshabillage afin d'être certain de ne pas louper l'instant ou l'homme irait dans le hamac.

Avec toute cette histoire il n'avait pas pensé à se rendre aux latrines avant de dormir et il faut dire qu'il avait bu plusieurs verres de lait de chèvre avant d'entrer dans la cale. Guilhem avait un rêve, quelque chose à faire à bord d'un navire, uriner dans la mer pendant que le bateau avance et il comptait bien mettre ce voyage à profits ! Alors qu'il venait de s'endormir sa vessie le réveilla en sursaut, son rêve valait-il le coup de descendre de ce hamac qui lui avait donné tant de mal ? Et ce doux "ploc ploc" qui avait surement motivé son envie de pisser n'était-il pas le bruit de la pluie ? D'accord nous devons tout faire pour mener nos rêves à bien, mais se mouiller l'intimité n'était pas dans ses options !

La nuit suivante il se rendit aux latrines oubliant son projet.
Il se passa ainsi trois nuits avant qu'il n'y repense, le moment tant attendu était arrivé, le voilà seul sur le pont l'engins à l'air, la vessie pleine. Le bonheur est palpable lorsqu'il s'approche du bord du bateau afin de poser son sexe sur la barrière du pont, il s'imagine grand seigneur courageux pêchant un kraken tueur à l'aide d'une canne à pêche gigantesque, mais voilà la triste vérité... Guilhem ne put réaliser son rêve sa canne à pêche étant trop courte il manqua de mouiller ses brais.

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Eavan
Huitième jour de voyage...

Eavan tenait dans ses mains un parchemin. Elle ne l'avait pas encore déplié et quelque part, elle redoutait un peu de le faire. Elle l'avait reçu en fin de journée et avait dû le laisser près de ses effets afin de retourner aider à la manoeuvre. Les vents changeaient rapidement et une paire de bras en moins, fusse-t-elle encore loin de ses capacités maximales, n'était pas négligeable. Elle n'avait pas encore pu échanger avec ses compagnons sur les conditions du voyage. Elle s'en tirait un peu mieux qu'eux puisqu'étant une femme on lui avait laissé le luxe d'avoir une cabine. Elle suspectait que la pièce n'eut pas toujours cette fonction mais cela lui allait. Il fallait aussi participer à la vie du bord... Bref, ce n'était pas seulement de la plaisance. Et cela convenait à Eavan, mais qu'en était il de ces nobles sieurs ?
De nouveau le regard revint sur l'objet de sa préoccupation immédiate, à savoir : le parchemin. La réponse de Candyce à ce qu'elle avait écrit un peu plus tôt.

Car oui, elle avait écris...




Nuit du sixième jour...
Après moult murmures et la conviction que le sommeil la fuirait tant qu'elle n'aurait pas prit la plume, Eavan se releva et ralluma la lampe à huile. Le mots coulèrent... parfois avec facilité, parfois comme entravés par un barrage invisible. Mais au final, elle pu apposer sa signature et confier le tout aux ailes d'un messager.

Eavan a écrit:
Candyce Sigrid Ingrid Marjolein van Saalven-Bergh,
Candyce,

Je vais commencer par tâcher d'assouvir un peu votre curiosité. Je n'ai pas une aussi longue histoire a raconter concernant ma famille. Vous savez déjà, je pense, l'essentiel. Gens de la mer. Notre emblême, je l'ai toujours connu, sans jamais savoir qui fut le premier à le choisir. Le lion blanc, dans cette position, était peint sur le flanc du bateau de mon père par dessus une gravure faite par mon grand père, selon la légende familiale.

"De sable à la bordure d'azur, au lion léopardé accroupi d'argent au centre"

Il reste peu de Gaelig. Mon neveu doit être le dernier mâle a porter le nom. Ironie : son père était un bâtard et n'avait de Gaelig que le nom et non le sang. Je l'aurais aimé comme un frère jusqu'au bout sans me soucier de ce détail, cela dit.

La devise : "Gaelig, jamais ne faiblit". Bons mots passés de génération en génération. Il semble que cela ait toujours été dans la bouche de mon père face aux rigueurs des éléments comme de la vie. C'est aujourd'hui mon cry.
Ma devise, elle, est le fruit d'une réflexion personnelle : "Cognoscitur virtus vera nobilitas est" soit "C'est à la vertu que l'on reconnait la vraie noblesse".

Le blasonement complet de mes fiefs, je le réserve à ma prochaine missive. Je n'ai jamais excellé dans les descriptions de blason et préfère prendre le temps de ne pas mal décrire par maladresse.

J'ai commencé à parcourir votre généalogie. C'est une oeuvre d'un certain volume, dirait on. Je crois avoir de quoi m'occuper pour l'ensemble de la traversée jusqu'à Alexandrie, rien qu'avec cela. Merci. J'ai découvert la chose héraldique et nobiliaire lorsqu'un noble me fit vassale. Cela ne m'a pas empêchée d'y prendre un certain gout. Cette généalogie sera donc une lecture agréable.


Je suis touchée de savoir que vous envisageriez de déménager en Provence. Mes lignes n'étaient pas pour vous forcer. Ce n'est pas une condition sine qua non à notre amitié. Votre liberté est une chose qui vous appartient et que je respecte trop pour ne serait ce que songer à la brider d'une quelconque manière. Si vous vous installez en Provence, j'en serais heureuse, mais seulement si cela est votre souhait et votre envie.

Je voulais d'ailleurs aborder un sujet... Vous louiez mes talents d'expression et me voilà pourtant bien désarmée face à mon parchemin. Les mots s'échappent et c'est quelque peu frustrant. Voilà l'idée, pourtant. Cela manquera sans doute de forme.

J'ai relevé dans votre dernière missive quelques tournures et quelques mots, je ne doute pas que vous saurez desquels je parle, qui m'ont interpelé. Je lis l'admiration que vous avez pour moi. Cela en soi, me gêne un peu. Je suis humaine, je suis loin d'être parfaite et sans doute loin de mériter tous vos compliments. Au delà de cette admiration, je me soucie de vos intentions, Candyce, à mon égard. Si vous aviez été un homme, sans nul doute aurais je déjà écris ces lignes, mais je me rend compte que je permet plus de familiarité aux et avec les femmes...
Au détail près que vous aimez les femmes.
S'il vous plait, ne vous méprenez pas sur mon intention ici. Si je m'inquiète d'une chose, c'est que vous vous blessiez. C'est que JE vous blesse. Par maladresse d'une certaine manière. Vous aimez les femmes comme j'aime les hommes. Et j'espère que cela saura être clair. Je ne veux simplement pas que, dans le cas où ce fut votre intention, vous ne soyez troublée de cette manière par la familiarité qu'il y a entre nous. Je voulais que vous sachiez quelle est ma position.

Je vous estime Candyce et je vous apprécie. Je souhaite entre nous une amitié sincère et solide. C'est exactement pour ça que j'ai couché ces lignes sur ce parchemin aussi maladroit cela puisse être. Je conçois notre lien comme fait de franchise. J'espère que cela ne changera rien notre relation.

Je ne sais guère comment poursuivre cette missive. Je préfère attendre votre réponse pour poursuivre notre plaisante conversation.

Sincèrement,

Eavan Gaelig



Retour au présent, et à cette missive de réponse qu'elle finit par déplier. Inquiète.

Candyce a écrit:
Vicomtesse,

Nous allons commencer avec le sujet qui vous préoccupe et vous ennuie.
Eavan, ne me prenez pas pour celle que je ne suis plus. Je sais très bien que vous aimez les hommes. Je sais aussi que pour vous, une femme qui aime une femme est une hérésie, une manifestation d'Asmodée, quelque chose de pas naturel. Si cela peut vous alléger quelque peu, sachez que j'aime également les hommes. J'aime les deux. Avant, j'aurai peut-être tenté de vous séduire, de vous changer. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. Je vous admire oui, je vous respecte et de ce fait, je respecte votre vision et ce que vous êtes.

Pour vous rassurer à ce sujet, je n'ai aucune forme de sentiment amoureux à votre égard à ce jour. Certes, il en faudrait peu pour que je tombe à vos pieds, folle de vous. Mais je suis déjà amoureuse de deux femmes vous savez... Cela suffit je pense. Et puis, l'amour ne m'apporte que des ennuient et du malheur au final.

Et même si un jour j'en arrivais à vous aimer, jamais je ne mettrai en péril notre relation, et jamais je ne vous mettrai dans l'embarras pour cela. Vous avez bien trop de valeur à mes yeux pour que je fasse quelque chose qui vous oblige à vous éloigner de moi. Il y a quelque chose de très puissant qui me pousse vers vous, c'est indéniable. Oui, je vous dis des mots qui peuvent faire penser que j'ai sentiment à votre égard, et j'en ai bien, oui. Mais ce n'est pas de l'amour.

En fait, pour faire court, ma plus grande joie serait que nous devenions à terme les meilleures amies du monde toutes les deux... Celles qui se disent tout, sans aucun tabou, qui partagent tout, les bons comme les mauvais moment, qui n'ont aucun secret l'une pour l'autre, même les plus intimes. Qui sont toujours là l'une pour l'autre, peu importe les histoires qui leur tombent dessus. J'ai envie de cette relation avec vous Eavan Gaelig. Je ne vous lâcherez plus. Vous êtes ma plus grande révélation. Celle qui aura achevé de refaire germer en moi cette envie de me faire violence pour retrouver mon honneur perdu.

Alors oui, je vous trouve belle, j'aime votre voix, j'aime votre manière de parler, votre tenue, votre noblesse. Certes vous n'êtes pas parfaite, mais personne ne l'est. Ce serait tellement chiant et ennuyeux... Mais oui, je vous admire, et je reposerai un genou à terre devant vous, même les deux genoux si j'en ai le désir. Mais ce n'est pas l'amour que je cherche avec vous. Je cherche une amitié qui deviendra plus que de l'amitié, je veux devenir votre sœur Eavan Gaelig. Et j'espère que le temps fera de nous deux des sœurs qui s'aiment comme des véritables sœurs et qui se disent tout et qui partagent tout ou presque selon les domaines... Vous m'auriez vu rire quand j'ai écrit « selon les domaines » ! Quoique... Cela ne me dérangerait aucunement de partager dans TOUS les domaines ! Ohh !! La vilaine ! J'espère que vous ne serez pas choquée ! Je suis assez portée sur la chose et j'aime beaucoup plaisanter avec cela... dire des bêtises, enfin, quand il s'agit de bêtises.


Eavan se surprit à rire doucement.
Elle se sentit soulagée. Soulagée que la franchise ait été la bonne solution. Soulagée de la réponse, de sa teneur et de son ton. Soulagée de savoir, et d'avoir la preuve là à l'encre sur ce parchemin, que Candyce comprenait exactement sa position et la respectait. Soulagée.


Candyce a écrit:
J'avoue que le plaisir charnel est la seule chose avec laquelle je vais devoir composer... Je ne pourrais pas m'en passer et vous connaissez bien mon approche de la question. Ce n'est pour moi aucunement un manque de vertu que de profiter du corps que Dieu nous a fait don. Et en plus, si je peux donner un peu de bonheur au passage... C'est positif ! Mais au contraire d'avant... Je ne me donnerai plus à n'importe qui juste par envie. Je serai sélective et il faudra me charmer ! Vous verrez bien assez vite que je n'ai aucun sujet tabou. Et je vais vous dérider sur la question !


Un léger sourire persista. Un sourire amusé.
Il était toujours divertissant de constater que la plupart des gens la percevaient comme une prude. Bon, certes, elle agissait parfois comme tel et il était vrai que sa dernière missive pouvait en donner l'idée... Mais plutôt que de plaisanteries concernant l'acte charnel et ses déclinaisons, c'était bien l'incertitude concernant les intentions et le risque qu'elle ou Candyce en ressorte blessée qui la gênait. Eavan était une militaire. Elle avait été soldat du rang avant d'être officier et avait été roturière bien plus d'années que noble. Sa famille n'avait pas des moeurs libertins certes, mais la Gaelig n'avait pas eu non plus cette éducation stricte et aseptisée de certains nobles et bourgeois. Enfin les soldats étaient loin d'être tous des gentilshommes. Bref, l'humour paillard, elle connaissait un peu.

Tout cela considéré, elle ne doutait pas une seule seconde que Candyce soit capable de la faire rougir, de la gênée et d'in fine, la dérider, comme elle l'écrivait si bien. L'esprit de la Gaelig se refusait à essayer de mesurer à quel point sa vision était étriquée concernant la chose charnelle.


Candyce a écrit:
Eavan, vous êtes très importante pour moi. Vous connaissez à présent mes intentions à votre égard. Devenir votre sœur et être celle sur laquelle vous saurez que vous pourrez toujours compter, et avec laquelle tout partager. C'est comme cela que je considère notre lien moi. Un lien qui mènerait à cet absolu à terme.
Je trouve cela beau, pas vous ? Est-ce aussi votre souhait ? Ou avez-vous déjà quelqu'un comme cela dans votre entourage ? Peut-être que j'arrive trop tard... Ou que j'en demande trop... À vous de me le dire Vicomtesse aux poings d'acier.
Et bien entendu, je ne vais pas trop vite, je dis juste vers quoi je désire aller avec vous. Ce sera progressif avec naturel. Vous verrons jusqu'où cela pourra aller.

Mais soyez donc rassurée au sujet épineux de l'amour. Et ne soyez pas gênée de l'admiration que je vous porte. Elle est mesurée et non sans borne ! Je ne suis pas une fanatique. Je vous mettrai bien volontiers une rouste si cela s'avère nécessaire. Je ne laisserai pas ma sœur chérie se fourvoyer !

Sachez aussi que j'aime parfois provoquer ou mettre mal à l'aise... Ou faire rougir ! Je sais être attachiante ou simplement chiante tout court ! Grand sourire.

Bien, me voilà émotionnée en vous écrivant ces lignes. Je pense avoir également été claire à ce sujet que je ne pensais pas aborder si vite. Venons-en à plus léger à présent.


A ce moment de la lecture, Eavan marqua une pause, relevant la tête et prenant le temps de considérer tout ce qu'elle avait lu. Beaucoup de choses faisaient echo à ce qu'elle ressentait. Sans trop savoir pourquoi, elle repensa à Lucillus, puis à Yunette. Peut être l'allusion de Candyce au fait d'être comme une soeur... Une soeur d'armes. Mais pas seulement. Lucillus avait été sa soeur d'armes. Un coeur chevaleresque. Une droiture humble et discrète. Yunette avait été comme une petite soeur. En prise avec ses démons, elle s'était relevée. Une souffrance, une détermination... L'une et l'autre avaient eu sa confiance, pleine et entière. Elle leur aurait confié sa vie, comme ses secrets les plus obscurs. En un sens, Eavan compris un peu ce qui l'avait attiré chez Candyce. Il y avait cette souffrance, cette rédemption, cette admiration pour les valeurs nobles et bien entendu, elle savait se battre. Une femme forte.
Etait ce qu'elle avait voulu dire en évoquant une place à ses côtés ? Sans doute. Oui.

Il était temps de reprendre la lecture. Il restait beaucoup d'encre à lire.


Candyce a écrit:
Question déménagement. Ma chère Vicomtesse, ce n'est pas une question de me forcer ou non voyons. Sachez que je ne fais les choses que lorsque j'en ai l'envie et que je me dresserai tel un rempart contre vous si la situation l'exige un jour. Personne ne m'ordonne. Même s'il s'agissait d'un roi de France ou d'un marquis de Provence, je leur tiendrais tête s'il le faut. Peu importe les conséquences d'un tel acte. Donc, ce point devrait vous rassurer. Si je m'installe en Provence, c'est uniquement par envie et par choix. Je n'ai aucune attache aux terres de Bretagne. Je m'attache plutôt aux gens. Bien sûr, il y a des gens en Bretagne, notamment mon amour, qui comptent pour moi. Mais j'y réfléchis quand même, et j'ai le temps pour cela. J'aimerais également être auprès de vous et pouvoir concrètement partager des choses avec vous, forcément, après tout ce que je viens de vous dire. Après, je suis aussi une voyageuse, donc je ne serai pas toujours là au même endroit. Mais notre relation devient pour moi très importante. Donc, je pense effectivement déménager. À moins que quelque chose d'extérieur vienne se mettre en travers de ce projet. Mais rien pour le moment.


Là encore Eavan fut rassurée. Et elle ne s'attarda pas de trop, l'essentiel n'était pas bien dur à comprendre.

Candyce a écrit:
Nous aimons toutes deux l'héraldique. C'est une belle passion commune.
Vous savez qu'à Alexandrie, il y a des tenues... très féminines ! De danseuse... Je vous verrais bien avec l'une de ses jupes longues, avec vos abdominaux à l'air et votre poitrine mise en valeur ! Je vous apprendrai à danser pour envoûter votre entourage.


Mais enfin... C'était une mode ou quoi ? Plusieurs personnes lui avaient suggéré l'achat de cette tenue pour se mettre en valeur. Sur ce point, la décision d'Eavan était prise. Si elle en faisait un jour l'acquisition, elle comptait bien offrir cette tenue à une autre. De toute façon, elle était convaincu que son corps couvert de cicatrices n'était pas la chose la plus aguicheuse à montrer ainsi.

Candyce a écrit:
Je suis contente de trouver quelqu'un qui saura lire ma généalogie jusqu'au bout. C'est assez difficile de s'y retrouver, je vous l'accorde.

Gaelig, jamais ne faiblit ! J'adore ! J'aurai bien aimé connaître votre père tiens. Cela donne effectivement du cœur au ventre quand l'on connaît des passes difficiles.
Au fait ! Vous ne m'avez point répondu au sujet du cry. Est-ce uniquement pour les nobles ou les roturiers peuvent également en avoir un ?

Votre devise me parle, c'est la base du pourquoi je vous apprécie et vous admire. C'est cela qui nous a rapproché et qui me donne le goût d'être liée à vous pour toujours.

Nous avons donc la même particularité d'être les dernières d'une branche. Seule l'adoption ou un enfant non reconnu par son père pourrait sauver notre descendance, même si l'adoption coupe le lien du sang hélas. Désirez-vous des enfants Eavan ? Moi j'ai perdu le mien dans une forêt bretonne. Mais je l'ai bien cherché. Aujourd'hui, je ne sais pas trop quoi faire à ce sujet. Trouver un homme qui accepte de me faire un enfant puis de nous oublier ensuite peut-être... Je ne sais foutrement pas.


Des enfants ? Oui.
Une famille.
Etait ce un besoin si impérieux qu'il dictait son existence, non. Mais le temps passait et elle y songeait. Le tout était d'abord de trouver le père et donc l'époux. De ce point de vue là, hors de question d'épouser n'importe qui.


Candyce a écrit:
Le blason. Eavan, je me vois quelque peu confuse par rapport à votre blasonnement. D'après mes maigres connaissances en la matière, je n'ai jamais entendu parlé d'un lion léopardé accroupi. Le lion léopardé est le lion passant. Il n'a qu'une seule forme : celle justement de base du léopard. Le léopard passant.

Ce serait plutôt dans votre cas, si je suis ce que vous dites, un léopard lionné accroupi donc. Car le léopard n'a qu'une seule posture à la base. Il devient lionné quand il prend les multiples postures du lion.

L'une de nous se trompe.

J'ai donc fait un blason avec un lion accroupi, et un second avec un léopard lionné accroupi. À vous de me dire si le second est le bon.


Mais... mais elle avait raison. Cherchant dans sa mémoire, Eavan se souvint vaguement d'un problème lors de l'enregistrement de sa famille. Mais après l'Indépendance, Provence comptait peu de hérauts expérimentés et entre la volonté de se démarquer et la nécessité de faire tourner la Hérauderie malgré tout... Des erreurs pouvaient avoir été commises. Il faudrait peut être songer à suggérer aux poursuivants et hérauts d'aller suivre les cours de l'Université de Belrupt.... Non. La Gaelig secoua la tête. Ce n'était plus son problème. Plus sa responsabilité. Non.

Il faudrait qu'elle corrige ce qui concernait sa famille mais la Hérauderie avait un Maitre d'armes et devrait donc se débrouiller avec elle.


Candyce a écrit:
J'aime beaucoup la description des blasons pour ma part, par contre, je suis une piètre dessinatrice, surtout en ce qui concerne les meubles complexes mais j'essaye de me débrouiller comme je peux parce que cela me plaît même si ce n'est pas parfait.

J'espère avoir pu vous rassurer sur mes intentions. Et j'ai hâte de connaître vos armes complètes afin de m'y essayer.

Aujourd'hui, je suis entre Lodève et Montpellier. J'étais dans mon campement et j'ai vu passer deux personnes qui m'ont regardées bizarrement... Je crois qu'ils se sont arrêtés un peu plus loin dans le coin où je me trouve. Il se pourrait qu'ils tentent de me tomber dessus durant la nuit. Eh bien, nous verrons s'ils sont assez forts pour m'avoir !

Sincèrement et Amicalement,

Candy


La fin inquiéta bien entendu la Gaelig. Il ne s'agirait pas qu'il arrive malheur à Candyce. Elle ne se le pardonnerait pas. Elle ne lui pardonnerait pas.

Candyce a écrit:
PS : j'ai aussi rajouté mon ancien blason, que j'avais créé avant de sombrer dans la folie. C'est un écartelé avec au premier, mon ancien blason personnel de quand je voulais être une bretonne accomplie, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui depuis ma désillusion naïve en politique, et les trois autres sont les blasons de mes ancêtres du plus récent au plus ancien détachés, car comme vous le verrez dans ma généalogie, ils avaient assemblés les blasons. Le quatrième est une brisure du tout premier que je n'ai pas mis. Et je vous dis pas la longueur du blasonnement pour celui-ci ! Je ne le porte plus parce que je ne suis plus digne de porter les blasons de mes ancêtres et que je désire pour cela repartir sur une base neutre mais je vous l'ai déjà dit. Et comme je suis roturière et que rien n'est enregistré nulle part... Je m'autorise à changer mon blason quand je le désire. Mais là, j'ai enfin trouvé mon définitif, alors ça va.
Voici quand même le blasonnement de mon ancien blason :
Écartelé : au premier, parti et contre barré de huit pièces d'argent et de sable, de l'un à l'autre, un écusson de gueules, à la macle du premier, à la bordure d'or, brochant sur le parti ; au second, d'argent, à la croix crénelée de sable, chargée d'une macle du champ, au chef bastillé d'or, maçonné de gueules, brochant ; au troisième, de gueules, à la frette d'or, au chef de sable soutenu par une trangle du second ; au quatrième, contre fascé de huit pièces d'or et de gueules, à la chappe de sable, semée de billettes du premier ; à la croix crénelée d'argent, chargée d'une croisette recroisettée de gueules.


Autant dire qu'il fallut plusieurs lectures pour en venir à bout. Et surtout avant de remarquer les trois croquis qui accompagnaient la lettre.



Lion accroupi
Léopard lionné accroupi
Ancien blason de Candyce

Après plusieurs aller retours entre croquis et blasonnement, la vicomtesse sentit ses yeux la brûler. Après tout, la luminosité baissait dans sa cabine et elle estima qu'elle avait bien prit connaissance du tout. Sur un bout de parchemin, elle nota cette histoire de blason familial à la description inexacte et se leva pour retourner un moment sur le pont, profiter de la nuit. Calme, étoiles si le ciel était dégagé et air frais. Tout ce dont elle avait besoin après ces dernières missives riches en émotion.

Tandis qu'elle s'étirait lentement, un mouvement attira son regard dans la pénombre. Fronçant les sourcils, elle s'immobilisa, attentive. Malgré les craquements du navire, elle entendit un petit grattement. A pas de loup, et allumant une lampe à huile pour diffuser un peu plus de lumière dans cette direction, elle se rapprocha. Eavan vit une ombre se faufiler plus loin entre les sacs et tonneaux de vivres. D'abord il ne se passa rien de plus. Mais au bout de quelques minutes, la Gaelig perçut une sorte de gémissement et des grattements redoublés. Sans précipitation, elle bougea un sac par ci, un tonneau de quelques pouces par là... Sincèrement, elle n'avait eu qu'un aperçu plus que furtif du fauteur de troubles et sa conclusion allait à rat pour l'instant. Un rat s'était donc faufilé jusque dans sa cabine. Peut être lors de leur escale. Et la vicomtesse, dont une part de vivres était composé de sacs de maïs et une autre de pain n'était pas ravi de cette perspective...
Finalement son regard se posa sur une petite masse noire.
Ce n'était pas un rat.
Et comme pour souligner cette conclusion, un miaulement plaintif s'éleva.
L'animal était coincé. Dans sa précipitation à fuir, il avait fini coincé.

Lentement, Eavan commença par aller saisir la peau du cou, au niveau de la nuque de l'animal. Puis, elle tendit son autre bras pour attraper un linge et entreprit de contenir la boule de poil ainsi. Au moins le temps que la dite boule de poil se range à la raison et se calme. La Gaelig tâcha de le rassurer, parlant bas, doucement. Lorsqu'elle l'eut extirpé du piège qu'il s'était fait à lui même, elle le garda encore dans le linge. Seule la tête dépassait.
Son paquet dans un bras, et l'autre main tenant toujours la peau du cou pour inciter la petite bête à rester le plus immobile possible, elle alla s'asseoir sur son coffre et entreprit un bref examen. L'animal était jeune. Sevré, sans doute, mais pas beaucoup plus vieux. Maigre. Elle doutait qu'il eut beaucoup mangé depuis l'escale et son infiltration à bord. Outre ces deux points, le poil était mi-long, les yeux ambrés et le pelage noir et gris. Si on exceptait l'apparence pitoyable dû aux circonstances, c'était un bel animal. Après un long moment, elle le sentit se détendre. Il avait lutté au début puis avait changé de stratégie, espérant tromper la vigilance de son cerbère. Désormais, Eavan pouvait elle aussi se relâcher aussi, le temps au moins de fouiller d'une main dans un tonneau pour sortir un peu de viande séchée. A l'embarquement, elle avait prit des réserves pour refaire ses forces après son duel et quelque chose lui disait que maitre félin avait été attiré par l'odeur, non pas du fromage, mais bien de la viande. Et celle du poisson aussi, sans doute.
Du bout des dents, elle déchira un petit morceau de viande, qu'elle mis à portée des mâchoires félines. Elle ne fut pas déçue. Pareil à un prestidigitateur, le chaton fit disparaitre cela en un instant. Amusée, la Gaelig répéta l'opération plusieurs fois, avant de s'inquiéter de savoir si la petite bête avait pu boire. Chaton dans les bras, elle alla jusqu'au tonnelet d'eau potable qu'elle avait dans sa cabine et remplit un petit bol. C'était l'instant de vérité. Pour que l'animal boive, elle devait le libérer de sa camisole et espérer qu'il ne s'enfuirait pas en courant. Non pas qu'il puisse aller bien loin en soi. Mais si l'on pouvait éviter une course poursuite dans sa cabine, Eavan préférait.
Pour son plus grand soulagement, le félin n'eut même pas l'idée d'essayer lui sembla-t-il, allant directement à l'eau et lapant longuement. Elle lui laissa encore un peu de viande à coté de son bol d'eau, le linge qui lui avait servi de camisole dans un coin pour qu'il puisse éventuellement s'en servir comme d'une couche et elle retourna à son plan initial.

Soit : passer sa cape sur ses épaules, chausser ses bottes et aller sur le pont.

Avec précaution, elle ouvrit la porte de sa cabine et la referma de sorte que le nouvel ami félin ne sorte pas. Puis, un peu guillerette des derniers évènements, missive et boule de poils adorable, elle rejoignit le grand air. Eh non, pas même Eavan Gaelig ne pouvait résister au pouvoir de charme félin.
Elle mit peu de temps à reconnaitre la silhouette d'Arystote. Il ne lui avait pas semblé être en bonne forme ces derniers jours. Ou bien l'évitait il ? Mais en ce cas, pourquoi ? Décidée à aller le saluer, et pourquoi pas discuter un moment, elle se rapprocha du Comte de Cassis. Et à mesure qu'elle se rapprochait, il était assez évident que c'était bien la première hypothèse qui était la plus juste.


Cher ami, vous avez vraiment une mauvaise mine...

Oui, tout en subtilité et délicatesse. Mais malgré le choix de mot plutôt direct, l'inquiétude était reconnaissable dans la voix d'Eavan et l'empathie également.
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Arystote
Huitième jour de voyage...

Imaginez un instant le sentiment de malaise que pouvait éprouver le Comte de Cassis. Au son de la voix d'Eavan il s'était figé et ses muscles déjà endoloris lui faisaient payer l'outrage. Il était là penché au-dessus du pont du navire, accroché aux cordages. Tous les traits de son visage étaient tirés par les spasmes de celui qui vient de vider son estomac et son foie dans la mer. L'amertume de la bile provoquait encore des relents de dégoûts dans son gosier. De la bave souillait le coin de ses lèvres et ses yeux étaient noyés de larmes, qui d'elles-même étaient venues inonder ses yeux sans raison pendant qu'il expulsait le contenu de son estomac et de ses poumons dans un concerto peu ragoûtant.

La dernière chose dont il avait envie, c'est qu'on le surprenne dans cet état lamentable. C'est donc un sentiment de honte qui le submergeait. Profitant d'être toujours penché n'offrant pour l'instant que son dos et un profil ombragé, il vint essuyer ses yeux puis ses lèvres du revers de sa manche avant de se redresser en titubant.


Mauvaise mi... *hips* ..ine dites-vous..., parvint-il à peine à formulé, tandis qu'il affichait un sourire de circonstance surjoué et dissonant associé au regard vitreux qu'il arborait.

Son corps lui semblait très lourd. Ce qui ne réglait toutefois pas son soucis principal : son orgueil prenait très cher à avoir été surpris ainsi et il lui était impossible à présent de faire croire que tout allait bien. Si elle prenait son état pour simple ivresse, il risquait de se retrouver avec un gant en plein face - pauvre gant !


J'ai p'têt attr... *hips* ...attrapé froid., admit-il donc à contrecœur oubliant que ça n'expliquait en rien les hoquets actuels et la sensation de lourdeur qu'il ressentait dans les muscles de façon croissante. Lorsqu'il s'était retourné, il avait pris appui de tout son dos sur le bois contre lequel son ventre s'appuyait quelques minutes plus tôt. A présent, ses jambes s'en étaient écartées sans qu'il s'en aperçoive vraiment. Elles avaient lentement glissé vers l'avant. Là où son bassin s'appuyait quelques minutes plus tôt, ses épaules s'y trouvaient à présent. Arystote s'affaissait lentement.

Un picotement dans ses narines vint forcer le Comte à se redresser un peu. Il vint poser son nez dans le creux de son épaule avant d'éternuer bruyamment.


Scrogneunorf... lâcha t-il d'une voix faible avant d'ajouter comme une prière. Je suis fatigué...
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Eavan
D'abord elle crut distinguer un mouvement, mais déjà le comte se redressait. A mesure que les secondes passaient, l'inquiétude se renforçait. Il n'avait pas "une mauvaise mine" il avait l'air "franchement mal".
A la voix et l'élocution, l'espace d'un instant, l'idée qu'il soit tout simplement ivre mort traversa l'esprit de la vicomtesse. Arystote. Ivre mort. N'apprenait il donc rien ? Qu'est ce qui justifiait cet excès ?
Mais avant que les réflexions n'aillent plus loin, a distinguer un peu plus de ses traits, Eavan changea tout à fait d'avis. Ivresse certes. Mais ce regard, cette pâleur... Cela ne ressemblait pas à un simple cas d'excès alcoolique. Et la Gaelig n'était pas médecin mais l'excès alcoolique, elle savait bien reconnaitre. L'inquiétude revint donc et le regard se fit sévère. Non pas qu'elle soit convaincue que son interlocuteur soit proprement en état de faire la différence dans le jeu de regards.

Le comte de Cassis ajouta quelque chose à propos d'attraper froid. Rien ne faisait vraiment sens mais il s'était retourné et n'avait pas mis deux instants à s'affaisser contre le bastingage. Eavan ne se souvenait pas de l'avoir jamais vu dans pareil état. Tandis qu'elle amorçait un geste vers lui, il éternua. C'était l'illustration parfaite du coup de froid donc et elle lui en fut reconnaissante d'avoir eu le réflexe de le faire dans sa propre épaule.
Reprenant son geste où elle l'avait suspendu, Eavan vint se placer sous l'autre épaule. Celle libre de toute morve. Sait on jamais. Son bras passa dans le dos d'Arystote, s'agrippant un peu à sa taille. Lentement, sans geste brusque, elle se redressa, redressant du même coup le comte.


Je vais vous raccompagner à votre couchage...

Le ton était posé, apaisant. Il y avait cette subtilité de la formulation qui indiquait clairement que ce n'était pas une question.
L'odeur âcre était sans appel : il avait bien vidé le contenu de son estomac par dessus bord. Mais cela ne couvrait pas l'odeur de l'alcool. N'avait il pas mentionné cette technique à base de chapeaux et d'alcool... Quel idiot... Boire à s'en rendre malade sur un navire en pleine mer...


Il vous faut du repos Arystote.

Cette fois, un peu d'inquiétude transpirait. Et un peu de tension aussi. Après tout, supporter le poids d'un homme adulte, fusse-t-il élancé était encore un effort et le corps de la vicomtesse était encore un peu endolori de ses divers excès.
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