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[RP] La peur nait à la vie plus vite que tout autre chose

Soren

Aux jurons, l’apparition posa sa main sur ses lèvres, stupéfaite comme si ces mots avaient été prononcés par ses propres lèvres. Elle, elle ne jurait jamais, même en de très rares occasions et dans un tout autre cadre qui ne se présentait plus depuis des années. Cela faisait longtemps, très longtemps qu’elle avait été enfermée ici, aux Houx-Rouges, sans voir personne, sans avoir la possibilité de partir. Au début, ils l’avaient traité comme une Reyne qu’elle n’était pas. La petite paysanne avait valets, toilettes et mets raffinés à portée de main. Il lui suffisait de demander et elle était servie, elle et son fils. Elle en avait profité. La chambre dans laquelle ils l’avaient installé avec ce dernier était vaste, bien aménagée et luxueuse. Ici, pas de rat, pas de blattes ou autres rampants qui venait s’insérer dans ses draps pendant qu’elle dormait. De cela, elle avait horreur. C’était ce qui rendait sa vie à Helsingør insupportable: les blattes, surtout les blattes. Ici, elle n’avait plus besoin de travailler pour subsister. Elle était soudainement montée de plusieurs crans dans la société. Les hommes ne lui parlaient plus à l’impératif, ne reluquaient plus sa poitrine avec concupiscence, ne glissaient plus leurs mains sur ses fesses… mais cela ne dura pas.

Le prix à payer pour tout cela? Répondre à quelques questions et laisser son fils s’entretenir en tête à tête avec le seigneur des lieux de temps à autre. Elle n’était d’ailleurs pas dupe: tout ceci, elle le devait à lui, à lui et à certains traits de la famille régnante qu’il portait sur sa face. Elle n’était pas folle…enfin…pas encore: pour que cela continue, elle le savait, il fallait qu’elle continue à être une source d’intérêt pour le maître des lieux. Alors, aux questions qu’on lui posait, elle répondit toujours dans le sens attendu par son interlocuteur sans en dore jamais trop. Servir à l’auberge des clients de toute sorte lui avait permis de développer ce don, celui de savoir ce qui est désiré. Oui, elle était tombée enceinte après qu’un homme ait abusé de ses attraits charnels et ce malgré les précautions qu’elle prenait toujours en pareille situation. Non, elle n’était pas une catin et ne vendait pas son corps à tout venant. Oui, l’homme avait payé pour la basculer dans son lit mais il était riche et noble. Cela ne faisait pas d’elle une prostituée, simplement une jeune fille qui avait envie d’un peu plus de confort de temps à autre.

Au début des interrogatoires, elle avait hésité à donner plus de détails sur celui qui était sans aucun doute pour elle le géniteur de son fils. L’homme n’avait jamais reconnu sa paternité et elle, elle n’avait même jamais osé lui dire qu’elle était tombée enceinte de ses oeuvres: elle tenait à sa vie et savait que toute démarche pour obtenir bourses ou privilèges pour cette naissance se serait conclus par sa propre mort. L’homme avait cette réputation. Il était radical dans sa façon de régler ses soucis. Niels? Elle ne le connaissait pas. Elle ne savait pas qui il était, ce qu’il désirait. Il lui offrait ce qu’elle aimait. Elle le prenait de bonne grâce et se contentait d’alimenter sa curiosité comme elle le pouvait pour profiter le plus longtemps possible de cette situation. Et puis, elle ne voulait pas s’exposer à la vengeance de ce géniteur.

Le temps passa aux Houx-rouges et elle comprit alors que le Roy de deniers ne désirait qu’une chose : que soit enfant soit de la descendance de l’héritier Eriksen, le jeune, celui qui ne régnait pas et dont on disait qu’il avait été banni du Danemark pour éviter qu’il ne revendique le duché d’Helsingør. Niels s’était trompé et elle en comprit alors la raison. Pour autant, devait-elle renoncer à ses toutes ces petites gâteries que la vie lui avait offerte? Elle savait pertinemment comment les hommes de son pays se comportaient quand ils étaient déçus de ne pas avoir ce qu’ils désiraient. Alors, elle se tût. Elle conforta Niels dans son erreur, profitant encore et encore de ses largesses. Pourtant, ce fut tout le contraire qui se passa: une fois Niels convaincu que l’enfant était de Søren Eriksen, ses journées devinrent un enfer. Son fils lui fut enlevé le jour et Niels s’occupa de son éducation. Quand à elle, elle devint progressivement l’objet de railleries et de défoulement de la part des sbires du roy de deniers. Fini les jolies robes, les manières élégantes et les repas raffinés. Elles fut confinée dans sa chambre. Toute visite lui fut interdite. Les interrogatoires cessèrent. Elle perdit intérêt aux yeux de Niels. Le danois se contenta de la garder en vie et sous sa coupe. Lui même ne la toucha jamais, ses hommes eux profitèrent de son corps lorsqu’ils en eurent envie. Ils la violèrent: seul, à deux, à plusieurs. Ils la battirent, l’humilièrent. Elle devint leurs esclaves dans les limites autorisées par Niels. Son esprit s’étiola peu à peu, glissant inexorablement vers la folie, vers une peur raisonnée mais prenant toute la place dans sa vie. Seul son fils la retenait encore à la surface lorsqu’ils lui permettaient de venir la retrouver pour la nuit. Le secret de la descendance de Lars Eriksen resterait sans doute à jamais murée entre les parois de la folie d’une ex-serveuse d’auberge d’Helsingør.

Derrière ses barreaux, la voix s’interposa.


- Ne blasphémez pas malheureuse! Ici, il ne nous reste que le Très-Haut comme allié! Vous êtes dans l’antichambre de l’enfer lunaire petite sotte!

Sortir d’ici? Si seulement, elle savait comment faire, elle ne serait pas là, à parler à une inconnue dont elle se foutait royalement…ou presque car la présence de la folle ici, derrière ces barreaux n’était pas fortuite ni désintéressée.

- Crois-tu que je serais ici à te parler si je savais comment sortir d’ici petite sotte?

Sotte. Voilà un mot qu’elle adorait prononcer à l’encontre des autres. C’était sans doute un moyen de défense naturel que son esprit avait mis en place pour nier la réalité. Avec Eudoxie, elle alterna vouvoiement et tutoiement sans aucune raison, sons même y faire attention. D’une réplique à une autre, son ton passait du registre de la compassion à celui de la raillerie, de la douceur à la rigueur de l’impératif. Elle était serveuse attentionnée, mère aimante ou mégère qui était loin d’être apprivoisée. Elle sautait du coq à l’âne, complimentant Eudoxie pour la beauté de sa toilette puis tapant du plat de la main contre le mur et mâchant ensuite quelque chose de non identifiable qui croquait sous la dent. Lorsqu’Eudoxie remarqua l’enfant qui l’accompagnait, elle se raidit dans l’ombre, portant ses bras autour du petit être comme si la béarnaise était un danger pour lui. Elle ne le lâcha plus du reste de la conversation.

- Tais-toi! Tu vas tous nous faire repérer et ils vont venir nous prendre. Au propre comme au figuré. Même toi tu y passeras. Ils n’auront cure que tu sois enceinte alors tais-toi!

Un bruit métallique se fit entendre dans la pièce alors qu’une lame racla la pierre de la cellule en passant entre les barreaux de la petite ouverture. La folle d’Helsingør ne relâcha pas le poignard danois pour autant. Sur celui-ci, des entrelacs métalliques entourant les initiales « S » et « E » brillaient lorsque l’éclat d’une flamme passait dessus.

- Tiens! La voilà la clé que tu cherches. Prends-la et sers t’en toi, toi ou ton homme, quand ils viendront vous quérir. Tue! Ensuite…

Ses prunelles brillèrent dans la pénombre. Des doigts décharnés s’agrippèrent à l’un des barreaux et un visage émacié vint se coller dans l’ouverture, visage s’approchant du mieux qu’elle le pouvait d’Eudoxie.

- Vous devrez payer votre dû toi et lui!… Il se dit que ton blond est entré ici par un passage secret? Ça veut dire qu’il connait un moyen de sortir non?

Elle avait beau être folle, certaines traces de logique subsistait encore dans son esprit.

- Vous viendrez me chercher, moi et mon fils, dans notre chambre et vous nous ferez sortir avec vous. Si vous mettez trop de temps à tenir parole… je les alerte…et ils me vengeront!

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Eudoxie_
J'ai appris que le courage n'est pas l'absence de peur, mais la capacité de la vaincre. ( Nelson Mandela )

Captive ? Poignard? Qui…

"Salle du trône des Houx Rouges"


Sotte... Petite sotte... Oui mais en attendant qui se trouvait enfermée depuis des lustres et charriée d'un endroit à un autre avec son mouflet ? uhm ? La petite brune était déjà au bord de la rupture nerveuse alors fallait voir à pas trop la chatouiller quand même.
Bon le discours de la blonde était pas faux non plus, si elle avait su comment sortir elle serait sans doute pas là n'empêche que bon... pas obligé d'être désagréable quand on est à peu de chose près dans la même galère.

La réaction de la femme l'interpellait, sauf celle protectrice de son petit, ça elle pouvait le comprendre mais pourquoi le garçonnet semblait-il bien traité alors que la femme était si.. sale ? Chétive ? L'ombre d'une âme ?
Tout à ce questionnement les pupilles sombres furent attirées par le poignard et ses inscriptions, un autre juron manquant de s'échapper de ses carmines tandis que sa main vint presque arracher la lame de celle qui la tenait.

Sa clé, bah tiens... Faisant pivoter l'objet entre ses doigts, confirmation fût faite, cette lame danoise elle la connaissait bien, très bien même et la bougresse n'avait aucune raison d'avoir cette arme entre les mains.
Sans sourciller, les perles sombres se posèrent sur l'inconnue, captive ? vraiment ? alors comment avait-elle ceci en sa possession qui hier encore ornait la ceinture à la taille de son géant blond ?

Qui es tu ? Comment as-tu ça en ta possession ?
Tu sais beaucoup de chose sur lui pour quelqu'un qui est soi disant "captive" ?


Main se détachant des barreaux et visage de la proximité d'un autre émacié.

Tu me demandes de l'aide et tu me menaces en même temps ? Qui est sotte...
Je pourrais décider de te laisser moisir ici...


Regard porté sur le gamin sous la protection de la blonde.

Sauf que je suis pas mauvaise et que ton fils a rien demandé maintenant je veux savoir : pourquoi il te garde ici, il ne fait rien pour rien.

Se décalant un court instant, la tête pivota pour voir ce que faisait Soren de son coté, s'étonnant de ne pas l'avoir vu arriver déjà, songeant qu'il était sans doute plus faible qu'elle ne l'aurait cru.
Finalement revenir à la blonde emprisonnée et poser une main sur la sienne, avant de s'approcher pour lui murmurer tout bas en la fixant droit dans les mirettes bleutées.

Je te promets pas de te sortir de là...
J'ai aucune idée de ce qui est faisable ou pas, d'où tu te trouves, je ne connais pas ce lieu et mon "blond" n'est pas vaillant après être passé entre les mains des sbires de Niels mais...
Je te promets d'essayer...
Je veux pas te faire une promesse que je suis pas certaine de pouvoir tenir.
J'ignore bien qui tu es et pourquoi, mais lui ne devrait pas être là c'est sûr.


Un long soupir en jetant un regard sur le petit blondinet et la béarnaise s'éloigna pour traverser de nouveau la pièce en sens inverse, la fouillant du regard en cherchant une outre, un vase, un godet, quelque chose pouvant contenir de quoi boire... mais rien.
Arrivée à proximité de son danois, Eud l'aida à s'assoir en l'appuyant contre le mur, son ventre la tiraillant, son crâne la faisant toujours souffrir, préférant s'installer au sol aussi, étourdie de trop d'émotion ou du sang qui filait doucement de son cuir chevelu.

Sans un mot, la dextre armée vint déposer sur les genoux de Soren le poignard qui lui appartenait, observant son visage les lèvres pincées.
Et dans sa tête tout s'imbriquait, se mélangeait la rendant perplexe, une blonde, un petit, eux en piteux état, Niels, ses sbires, Morten, les autres et une question posée intérieurement : "Et maintenant on fait quoi ?"


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Soren

 « Houx-rouges, salle du trône. »


Et maintenant on fait quoi? La question était pertinente, la réponse était moins évidente. Dans un premier temps, il me fallait rassembler mes esprits, lutter contre cette somnolence, cet engourdissement qui cherchait à s’emparer de moi, à me submerger à chaque fois que je sortais la tête hors des brumes. Était-ce cette boisson qu’ils m’avaient forcé à ingurgiter? Le résultat des coups distribués et savamment dosés? Niels n’avait pas été présent et pourtant ses hommes savaient exactement ce qu’ils devaient faire, jusqu’où ils devaient aller: ni trop ni trop peu. Avoir conscience, en partie, de ce qui se passait mais ne point pouvoir agir, devoir imputer cette faiblesse à mon corps sans même être capable de hurler, de vociférer, voilà où j’en étais rendu. Niels voulait clairement me faire passer un message: ici, je n’étais qu’un spectateur, un témoin, un personnage secondaire qui irait tout naturellement vers lui. Oui, il voulait que ce soit moi qui vienne à lui, de plein gré, parce que mon consentement était la seule chose à faire et il jubilerait que je le reconnaisse. Il ne voulait pas forcer mon allégeance par la torture, la douleur. Il voulait que je reconnaisse sa supériorité.

J’avais soif. Les lèvres gercées, la langue gonflée, et cette difficulté à garder la tête droite s’ajoutaient aux crampes d’un estomac vide qui se plaignait à son tour. Le contact du métal froid sur la peau tuméfiée de la jambe droite au travers d’une large déchirure des braies provoqua un sursaut de conscience qui me fit ouvrir les yeux. Hésitante, la dextre s’empara de la froide intruse et vint la porter à la hauteur du regard. La lame tourna devant mes yeux incrédules, présentant chacun de ses côtés successivement: le poignard danois. Mon poignard! Offert par Morten, perdu suite à un pari et gagné par Niels. Décidément, ce poignard était lié aux Houx-Rouges. Ce fut Albanne qui me le rendit en me demandant comment il s’était retrouvé dans le dos d’un de ses proches, m’accusant à mots à peine voilés de ce meurtre. Et voilà qu’après s’être retrouvé confisqué par les hommes de Niels dans l’antre de Mapsie, il revenait à nouveau entre mes mains dans cette prison glaciale. Était-ce un bon ou un mauvais présage? Qui avait donné cette lame à Eud? J’avais vaguement perçu qu’elle discutait avec quelqu’un il y a un instant mais avec qui? qui…

…Aux questions d’Eudoxie, la « fantôme » n’avait esquissait qu’un sourire qui se dissimulait aisément dans l’obscurité et les réponses de la brune furent un véritable nectar à ses lèvres: elle, la folle, la moins que rien, celle dont on abusait sans autre raison que de satisfaire ses propres désirs, voilà qu’elle impressionnait, qu’elle devenait source d’intérêt, bras sauveur. Sa connaissance des passages souterrains des Houx-rouges faisait d’elle celle avec laquelle il fallait compter, transiger. Pour une fois, c’était elle qui avait le jeu en mains. Elle expliqua alors cela à Eudoxie, lui dit que dans cette bâtisse, on pouvait aller de n’importe où à n’importe où en toute discrétion si on savait s’y prendre. Cette nuit, après que les hommes eurent passé devant sa chambre sans s’y arrêter, elle sut qu’ils ne reviendraient pas: le maître des lieux avaient des affaires importantes à traiter et ses hommes ne se soucieraient pas d’une pauvre folle ni même de son fils. Même lui ce soir était de moindre intérêt. Elle avait hésité un moment et puis, rassemblant son courage, elle était sortie par le passage secret de la cheminée. Elle s’était rendue jusqu’au poste des gardes, espérant y chiper quelques extras de nourritures que les hommes laissaient derrière eux de temps à autre. C’est là qu’elle me vit, moi, le blond, l’héritier des Eriksen, celui que le maître des lieux désirait comme père pour son enfant, ce gosse qu’elle serrait dans ses bras jusque dans cette pièce. Le « Eriksen » comme elle m’appelait dans ses chimères était mal en point. De la bave s’écoulait de la commissure de mes lèvres. j’étais inconscient, les poignets et les chevilles attachés aux quatre coins de la table qui servait à boire, à manger, à danser, à torturer. Me délivrer? Elle ne le pouvait. Elle n’avait pas la clé. Et puis pour quoi faire? Je n’étais visiblement pas en l’état de la sortir de là. C’est alors qu’elle aperçut mes effets entassés dans un coin de la salle. Elle avait eu le fol espoir d’y trouver un plan. Pourquoi aurais-je eu un plan des souterrains des Houx-rouges? Parce qu’elle le voulait, elle l’espérait, parce qu’elle aspirait à s’enfuir d’ici plus que tout. N’est-ce pas le pouvoir des fols de croire que tout est possible? Lorsque cela fonctionne, le fol devient génie et passe à la postérité. Pour elle, cette postérité lui tendait les bras car ce fut alors qu’elle aperçut le poignard. Elle s’en empara et s’éclipsa, emmenant son fils toujours dans ses jambes. Enhardi par sa découverte, la curiosité la poussa à en savoir plus sur les activités de ses geôliers. Elle ne manqua pas une miette de l’apparition maternelle au réveil d’Eud et elle y vit un signe: la brune était protégée par des forces éthérées bienfaisantes. Elle n’avait aucun doute là-dessus. Cette brune, c’était sa planche de salut si seulement elle voulait partager un peu de sa protection divine. Elle arriva près de la grille de la salle du trône au moment où Niels et ses sbires s’apprêtaient à partir. Quelques instants plus tard, elle comprit comment elle pouvait tirer partie de la situation.

Eud lui avait promis. Essayer de la sortir de là? Pour elle, c’était suffisant. C’était courir une chance qu’elle n’avait pas eu depuis son enfermement ici. Qu’importe que la brune ait des soupçons sur elle, l’important était qu’elle la sortisse de là. Ce fut d’ailleurs par un sifflement de dédain digne d’un serpent menaçant qu’elle répondit aux interrogations de la béarnaise et lorsque son fils entra dans la conversation au travers des paroles d’Eudoxie, elle raffermit plus encore son emprise sur celui-ci. Elle resta tapie dans son ombre, observant Eudoxie s’approcher de moi et me tendre le poignard, estimant qu’un pacte avait été conclus entre la brune et elle. Elle était sur le point de regagner sa chambre, avait même tourné le dos à la grille lorsque un bruit métallique rompit la quiétude de la pièce: le lourde porte à l’entrée de la salle du trône venait de s’ouvrir dans un grincement sinistre.

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Eudoxie_
L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l'équation. ( Averroès )

Porte ? Visite ? Qui…

"Salle du trône des Houx Rouges"



Pas même un mot... rien... Tout juste le regard clair s'était-il perdu sur la lame qu'elle venait de lui rendre après l'avoir soulevé pour s'assurer que c'était bien le sien, les glaciers posés sur les initiales gravées étant plus que parlant.
Le mutisme de celui qu'on aime... était-il pire souffrance quand on était dans l'incertitude de quoi faire ? probablement que non, en tout cas pour la bestiole l'effet était aussi douloureux que cet étau qui enserrait son crâne.

A quoi pensait-il ainsi plongé dans ses pensées ? Avait-il encore conscience qu'elle était là à côté de lui, robe maculée de sang, le ventre rond de porter son enfant en proie à des tiraillements depuis plusieurs heures.
Avait-il seulement idée, de ce que Morten avait subi... avaient-ils été molestés de concert ? Toute cette violence, si lui avait déjà vu tête rouler dans un panier d'osier, participé à des guerres, vu couler plus de sang qu'un corps en contient, il n'en était rien pour la béarnaise.

Se rendait-il compte de cette peur qui la prenait toute entière malgré son désir de la refouler ? De ce qu'elle se demandait encore comment il était possible qu'elle n'ait pas craqué avant que Niels ne sorte, avant ce cri primal poussé plus tôt ?
Une main allant pour chercher ancrage sur sa sœur danoise, Eudoxie avait besoin de le savoir conscient de sa présence, mais en lieu et place la main arracha le poignard des doigts qui le tenait en entendant la porte s'ouvrir.

Réflexe de survie, instinct, appelez ça comme vous le voudrez mais la bestiole se redressa avec difficulté mais assez rapidement pour que l'impétrant ne soit pas là avant que la main armée ne se cache dans son dos.
Le souffle affolé et la tête lui tournant légèrement, les petites obsidiennes n'avaient pas lâchés l'homme de main qui s'approchait d'eux, repensant aux paroles de la petite blonde, Niels avait donné trois jours alors pourquoi le borgne revenait ici.

Sans un mot la trogne des mauvais jours avait lancé une outre non loin de Soren avec une miche de pain, ne s'étonnant même pas qu'il soit détaché à peine un rictus moqueur dédaigneux s'affichant sur sa face burinée.
L'œil avait fait le détail de la situation et de la bestiole, comme si son intégrité se devait de rester entière, un frisson désagréable la prenant entière, main libre se posant alors par automatisme protecteur sur son ventre.

Donnez-lui ce qu'il demande, sinon...
Coup de menton porté vers le bidon avec un signe explicite d’éventrement
Ce ne sera pas beau à voir
Rictus malsain s'élargissant en regardant Soren
Demandez-lui

Un poignard dans le dos, mais venait-il de se planter dans le sien ou la poigne qui se refermait sur la garde de celui entre ses doigts allait-il venir s'enfoncer entre les omoplates du borgne ?
L'homme était aussi haut qu'elle était petite et pourtant l'idée lui traversait l'esprit à elle qui n'avait jamais blessé personne, sur l'instant oui planter cette lame dès qu'il aurait le dos tourné lui semblait une porte de sortie, peut-être bien la seule.

Et lorsque l'homme eu finit de se repaître de sa situation de puissance pour tourner talons, un moment de latence, avant que la décision se prenne, le corps de l'orthézienne avançant vers le mastodonte.
Le bras levé pour frapper, le regard sombre s'ouvrit grandement, sa bouche s'ouvrant manquant d'air, la main armée s'ouvrant laissant tomber le poignard danois pour soutenir la fulgurance d'un ventre déchiré par la douleur qui la terrassait.

Bruit de fer rebondissant au sol, Thorvald avait pivoté pour ne voir qu'une petite brune en train de s'effondrer devant lui, bras se tendant pour la rattraper avant qu'elle ne heurte le sol, la brunette était un pion important dans les desseins de son maître.
FOR FANDEN !!!
Fulgurance d’une onde électrique dans ses chairs et étonnement de constater la réaction du borgne qu’elle s’apprêtait à trucider, une once d’humanité ? un réflexe ? une intention réelle de lui éviter tout mal ? Le cerveau de la brune engourdi ne savait qu’en penser, juste peut-être ne pas l’abimer sous peine de sanction…


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Soren

« - For fanden! Tu ne dois pas l’avoir mis dans tes bras pour ses qualités au maniement des armes! »


Ça, c’était l’Autre.

« - Non, pas la peine de me répondre: je sais. Je t’ai déjà dit que je vous voyais quand vous faites des choses que vous n’êtes pas censé faire?  »

Il avait parfois un sens de l’humour assez particulier…

« -  …et de facto, je la pensais plus habile de ses mains. »

Mais en règle générale…

« -  Alors maintenant, t’as plus qu’à te bouger les fesses et à réparer ses bourdes. For fanden! Une crampe au bide au moment où elle allait frapper: moi j’appelle ça du manque de courage! »

Il était plutôt du genre…

« -  Ramasse ce poignard avant que cet abruti ne le voit et fais ce que tu dois faire. Tue-le! TUE-LE! »

… Violent!

« -  Sinon, ni l’un ni l’autre, vous n’aurez plus l’occasion de rouler dans les draps et faire vos mille détours avant d’arriver au but final! »

Il pouvait parfois être subtil et parfois manquer cruellement de tact. Cynique, impudent, moqueur étaient des adjectifs qui lui collaient assez bien à la peau mais « violent » était l’essence même de cette partie de moi-même qui ne me quittait jamais. La première fois qu’il s’était manifesté, j’étais encore à Helsingør. C’était par une chaude journée d’été. J’étais parti faire une balade solitaire à cheval sur les terres de mon oncle. Lorsque je suis passé sur la lande au sud de Helsingør, mon chemin a croisé celui d’un troupeau de moutons, décharnés pour la plupart. La lande n’était pas des plus verdoyante dans ce coin de pays. Il m’a parlé. Non. Il a d’abord murmuré indistinctement à mes oreilles, comme une brise d’été qui peine à remuer les branches des buissons. Et puis ses paroles se sont faite plus compréhensibles, sa voix plus affirmée, ses mots plus ciblés. L’intensité de sa voix est monté crescendo. Je suis descendu de cheval, j’ai sorti le poignard qui pendait à ma ceinture et j’en ai attrapé un. De quoi? Un mouton! Un de ceux qui étaient tellement chétifs qu’ils ne méritaient pas de vivre. C’était ça que je me disais lorsque je me suis approché de lui et que mon poignard est passé sur sa gorge. Pauvre bête! J’ai du m’y reprendre à plusieurs reprises. C’était la première fois que j’en tuais une, que je tuais tout court…et j’ai aimé ça. Le sang qui s’écoulait de son cou à grand jets macula mes vêtements, éclaboussa mon visage, couvrit mes mains. Depuis, Il ne m’a pas quitté et ses visites subséquentes ont été plus macabres, plus intenses. Il, avec un I majuscule.

« -  Tue! TUE! Tue avant qu’il ne découvre la lame pauvre idiot! »

Je ne sais même pas comment c’est arrivé. Tout ce que je me rappelle, c’est Eud qui se tordait de douleurs dans les bras de Thorvald et la face au regard surpris de cet abruti de Thorvald comme s’il venait d’entendre Oncle Lars dire qu’il voulait devenir moine et se faire pardonner tous ses crimes. Et le froid de la lame…Et son oeil empli de dédain quand il s’est penché sur moi… Son haleine fétide qui me leva un haut-le-coeur…À moins que ça n’était la mienne. Et puis son « For Fanden! »… Son oeil exorbité, l’autre qui aurait pu tomber dans l’instant s’il avait été présent. J’ai senti la lame déchirer ses entrailles. J’ai entendu le bruit du métal qui perforait sa chair, le poignard s’enfoncer jusqu’à la garde et même au delà, l’extrémité du métal qui ressortait dans son dos sous la force de l’impact et ce malgré l’épaisseur du colosse. L’autre me faisait tout percevoir. Il avait décuplé mes sens. Le flot sanguin qui s’écoulait de la blessure du borgne devenait un torrent impétueux qui cherchait son chemin au travers des écueils d’une chair meurtrie, la mousse rougeâtre qui s’écoulait d’entre ses lèvres était comme ce bouillon de cultures qu’une sorcières faisait mijoter dans son chaudron de malheur. La lame qui entaillait l’abdomen était un rasoir qu’un barbier aiguisait sur sa lanière de cuir, l’onomatopée de l’agonie s’inspirait du crapaud repu d’avoir avaler trop de mouches, le bruit sourd du corps qui s’effondra sur le sol à la bille de bois fendue en deux par la vigueur d’un bucheron bien charpenté.

Une flaque sombre s’étala sur le sol sous le cadavre de Thorvald. La tête du danois s’était tournée de mon côté dans sa chute, le dallage de pierre avait fait pénétrer la lame plus profondément encore dans le ventre. Mon regard s’était figé sur la lame ensanglantée qui sortait de son échine, comme pour bien me convaincre qu’une telle bête pouvait être abattue d’un seul coup. Thorvald n’avait pas eu le temps de faire ses adieux. De toute façon, dans mon souvenir, il n’était pas connu pour être le meilleur des orateurs. Il avait fini sa vie comme il l’avait vécu : dans la violence. Peut-être espérait-il une mort en champ de bataille comme ses glorieux ancêtres? Tant pis, je n’avais pas de guerre à lui offrir. Il allait devoir s’en accommoder.


« -  Jamais je n’aurais pensé que tu y serais parvenu. Joli non? Avoue que cette exaltation est bien plus intense que tes chevauchées provençales! Maintenant, débrouille-toi! Je t’ai fait revenir à la conscience, je t’ai débarrassé de ce tas de graisse, Il faudrait bien que toi et ta grosse fassiez une part du travail! »

- Ferme la porte Eud. Vite…

Une voix trainante, un esprit qui se secouait comme un chien en entrant dans une auberge après avoir reçu une ondée printanière...Thorvald mort, Eud qui semblait souffrir le martyr, une porte ouverte devant moi, un couloir duquel je percevais du bruit. For fanden! Mais où étais-je? Qu’est-ce qui s’était passé? En cet instant, je ne pouvais laisser parler que mon intuition et celle-ci me disait : danger. Gagner du temps, reprendre pied dans la réalité, reconnecter les points, les souvenirs. La dernière chose dont je me souvenais, c’étaient ces signes gravés sur la table, mon étonnement dans la caverne de Mapsie… et Niels accompagné de ses hommes qui venaient d’entrer dans la pièce. Devant mes yeux qui clignaient pour effacer les derniers limbes du voile qui les obscurcissait, m’apparut alors le visage d’Albanne de Castral-Roc, un visage sur lequel se lisait un doux sourire apaisé, un abdomen cerclé de rouge à l’endroit même où ma lame s’était enfoncée lorsque j’ai mis fin au duel qui nous opposa.

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Eudoxie_
Où serait le mérite, si les héros n’avaient jamais peur ? ( Daudet)

Vitesse ? Tuerie ? L'Autre…

"Salle du trône des Houx Rouges"


Une ombre furtive, rapide, à peine un souffle était passé au-dessus de son visage que la noirceur du regard eudoxien s'ouvrait en grand pour voir le S et le E gravés au pommeau en se sentant atterrir lourdement au sol alors que son blond l'enjambait pour se ruer sur Thorvald.
Comment ? Comment celui qui était dans les choux un peu avant pouvait-il agir avec une telle rage. La brune ne chercha pas plus loin en poussant sur ses pieds pour glisser sur ses fesses et s'éloigner de cette scène de boucherie dont elle avait bien failli être un dommage collatéral.

Une main soutenant la douleur d'un ventre meurtri de contractures et l'autre portée devant sa bouche pour éviter de crier et d'ameuter le reste de la troupe, le regard noir de la béarnaise ne pouvait pas se détacher de ce qui se jouait devant elle, bien incapable d'y apporter quelque chose favorisant son danois.
Les deux avaient une stature similaire, la différence ne se ferait pas là, ni sur leurs compétences à combattre sans doute et une note aigüe s'échappa de ses phalanges en voyant Thorvald avoir le dessus une lame déjà prête à trancher la gorge de son scandinave.

Regard vainqueur posé sur lui avant de la regarder rapidement de son unique œil, pour narguer celui qu'il tuerait sous peu sauf qu'il ne faut jamais sous-estimer un Eriksen amoureux, futur père de surcroît et l'air hébété de Thorvald suivi du mousseux rougeâtre à ses lèvres effraya autant qu'elle tira un sourire la béarnaise.
Sourire qui disparut tout aussi rapidement en assistant à la violence gratuite qui s'en suivi poignard danois s'acharnant sur une chair dont la vie s'échappait inexorablement, carmin filant au sol plus vite qu'une goutte de pluie tombant des cieux.

Noire... Rouge... De quelle couleur il s'agissait Eud ne le savait pas trop mais celui qui tirait les ficelles à ce moment précis n'était plus Soren, elle en était maintenant persuadée et si le doute lui avait encore taraudé l'esprit, l'attaque le lui confirma, jamais il n'aurait pris tel risque de la blesser....
Corps dégagé et les petites sombres rivées sur ce métal sortant d'un corps répandant son résiné rapidement, en une flaque inondant tout autour d'elle et l'entendre la sortant de l'état hypnotique presque végétatif.

Pivotée sur elle-même et se mettre à genoux en usant du mur pour se relever malgré son ventre rebondi, et avancer rapidement pour pousser la porte, clé du borgne usité pour fermer de l'intérieur, bonne option aucune idée, faire ce qui passe en tête et revenir vers son autre.
Stoppée debout auprès de lui et charbonneux de regarder la masse morte à ses côtés, sentiment étrange s'emparant d'elle, comme si... elle se rendait compte que le corps étendu là aurait pu en être un autre.

Pour qui, pour quoi, la brune se pencha pour glisser sa main entre la dépouille et le sol, extirpant non sans mal la dague des vicaires et de la chair transpercée, fermant les yeux de dégoût en ressentant les vibrations des entrailles exhortant de l'abdomen sur sa main.
Ils auraient besoin de cet objet pour sortir encore, c'était certain et l'ombre croisa la clarté du regard de Soren encore étendu de son combat quand les mains jointes sur la garde du poignard se levèrent dans les airs retombants autant que la brune sur le dos de Thorvald le poignardant... comme pour aboutir le geste inachevé plus tôt.

Une fois....
Deux fois....
Trois fois....
Et...
Encore...

Cri primal et frénésie, peur, tension, crainte, tout sortait là, le dos du borgne se retrouvant larder d'entailles, la béarnaise continuant cette folie jusqu'à ne plus avoir de souffle et stopper son geste la lame encore ancrée dans cet homme mort sous ses genoux.
Respiration lourde et écourtée, les mains pleines de sang crispées sur l'arme et le regard dans le vague.

Sortons d'ici...

Non elle n'avait pas tué ce gaillard mais ce qu'elle venait de faire était l'aboutissement de tout ce bordel, de ce qu'elle n'était pas, et à cet instant Eudoxie compris en partie ce que pouvait ressentir son ange blond quand l'autre prenait possession de lui, à ceci près que la brune était très consciente de ce qu'elle venait de faire même si elle n'expliquait pas comment et pourquoi.
Les Houx Rouges étaient en train de la changer et il fallait qu'elle sorte... vite....

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Soren
 
« Salle du trône des Houx-rouges, caverne de l’Autre »


- « Oh! Mais c’est un côté de ta brune que je n’imaginais ça! »

Quelque part en moi, dans une caverne où la lumière ne filtrait pas, des chaînes s’étaient brisées. La rage avait eu raison de ces liens. D’habitude, je me sentais glisser petit à petit vers cet abîme, comme si j’étais sur une planche savonnée. Si je me débattais, je ne faisais qu’accélérer la venue de l’issue fatale. Si je n’y résistais pas, elle arriverait malgré tout, inexorablement. Ce jour-là, il avait profité de mon état d’engourdissement, de la situation présente et peut-être oui d’une part de complicité de ma part. Seul lui pouvait nous sortir de ce guêpier. Seul lui pouvait rassembler les forces de ce corps désarticulé, fatigué qui ne me répondait plus, d’insuffler une énergie supplémentaire et… de planter ce couteau dans le ventre de Thorvald! Mon esprit était trop embrumé. C’était pile ou face. S’il prenait le contrôle, nul ne pouvait prédire ce qu’il ferait et je sais qu’il ne partagerait pas ses souvenirs avec moi. J’ai tergiversé et lorsque Thorvald a menacé Eud, la chaîne a cédé et le sang s’écoula du corps sans vie du geôlier.

Qui l’a réellement tué? Moi ou lui? A cet instant, je le voulais. Lui, il le veut toujours. Tout cela a t-il vraiment de l’importance? Alors que Eud s’échinait sur le cadavre de la montagne danoise, Je perdis contact avec la réalité. Les sons se déformèrent grossièrement pour devenir totalement inaudibles et s’éteindre. Un voile sombre s’étira devant mon regard, s’opacifiant graduellement. L’odeur de l’humidité ambiante, de la sueur, du sang s’estompa. Le froid de la pierre contre mon visage, mon torse ne devint plus qu’un vague souvenir. Les lumières s’éteignirent alors. Lorsqu’elles réapparaitraient, je n’aimerais pas ce que je verrais. Je le savais. Cela se passait toujours ainsi.

    « Il m’appelle l’Autre, sur un ton de dédain, comme si ce corps lui appartenait, comme si j’étais quelqu’un d’étranger à lui. Il se ment à lui-même parce qu’il ne m’aime pas. Il n’apprécie pas ma façon de faire, mes paroles. C’est un hypocrite. Sans moi, ou plutôt sans cette partie de lui, nous serions déjà morts. Je suis lui et il est moi, deux facettes d’une même personne mais cela, il le dénie vigoureusement. C’est un couard. Qu’est-ce qu’il croit? Que je ne sais pas que cette fois-là aux Houge-rouges, c’est lui qui s’est arrangé pour briser mes chaînes? Ces propres chaînes que lui même utilise pour me garder prisonnier. Saleté d’hypocrite et de couard! Saleté de blond! Un jour, c’est toi qui prendra ma place. C’est toi qui sera enchaîné dans cette caverne et c’est moi qui te permettrait de sortir prendre l’air de temps à autre et de profiter de ce corps. Oui, moi! Car je ne suis pas un faible moi! Tu aurais beau essayer de tirer sur tes liens pour te libérer, tu n’arriveras à rien, pas sans mon assentiment. J’attends ce jour avec impatience tu sais? Et à chaque fois que tu cèdes comme tu l’as fait ce jour-là, tu nous rapproches un peu plus de ce moment. Inexorablement. C’est ce qu’on appelle la fatalité Seurn… Et j’aime ces jours comme ceux-là, comme cette fois-là aux Houx-rouges… »


La tignasse fut agrippée et tirée vers l’arrière, une main ensanglantée disparaissant sous les épis bruns. Le corps jusqu’alors inerte avait repris de la vigueur. Les lèvres de Søren distillaient le venin de la haine au coeur même des esgourdes d’Eudoxie. Les traits du danois n’avaient plus rien à voir avec ceux du prisonnier. Ils étaient déformés par la haine, par l’appel de la violence, par la jouissance que lui procurait la mort de ce porc de Thorvald. Sa main droite, appuyée au sol, était une île dans la mare de sang qui s’étendait au fur et à mesure que le borgne se vidait. Le visage maculé de sueur et de coulisses sanguinolentes, les lèvres gercées par la soif, par la douleur, le blond mordilla indécemment le lobe de l’oreille de la béarnaise, caricature grossière d’un amant se voulant sensuel et inspirant le désir à sa maitresse. Mais de sensualité, il n’y en n’avait pas une seule once.


- Tu aimes ça hein? Avoue! Tu as pris beaucoup de plaisirs à enfoncer cette lame dans son dos n’est-ce pas? Bien plus que quand ce niais de Søren s’insinue entre tes cuisses. Admets-le! Il n’y a rien de plus jouissif que de donner la mort à ceux qui nous veulent du mal. Même les plaisirs charnels sont fades à côté de cela!

Les mains de l’Autre délaissèrent alors la cascade brune de ses cheveux, glissèrent le long de échine laissant des marques rouges éphémères sur sa peau légèrement hâlée, sur le tissu de sa robe de bal. Sa paume agrippa sa poitrine, la pétrit vigoureusement avant d’enlacer son poignet d’un filet digital. Son autre main recouvrit celle de la béarnaise, celle qui avait porté les coups. Il resserra alors sa poigne sur la prisonnière, faisant tourner lentement son poignet pour que la lame à la lame l’angle qu’il désirait.

- Tu crois que je ne vous vois pas quand il te déshabille? Que vos corps s’enlacent? Quand il te dit des mièvreries au creux de l’oreille pour éveiller ton désir?

D’un geste sec du poignet, L’Autre imprima un mouvement rapide de haut en bas à la main d’Eudoxie. Un son lugubre se fit entendre lorsque le métal déchira une fois de plus la chair du geôlier inerte. Une fontaine de sang sortit de l’entaille.

- Il ne sait pas ce qu’  « extase » veut dire…

L’attelage manuel fut relevé et rabaissé une fois encore. L’impulsion donné par l’Autre suivit un crescendo macabre.

- Il manque de ce côté intense, sauvage qui démultiplie les sensations…comme maintenant!

Et une fois encore la lame déchira les chairs du borgne. Et encore. Et une autre fois encore.

- Tu as besoin de violence dans tes ébats et moi seul suis capable de te le donner.

Le métal enfoncé dans les chairs, l’Autre lui fit lâcher le poignard en détachant un à un ses doigts crispés de la garde. Son visage s’écarta de celui de la béarnaise.

- Mais avant, on va sortir d’ici. Qui m’aime me suive! Et ne tergiverse pas trop longtemps, ça va aller vite.

L’Autre s’éloigna d’Eudoxie et de dirigea vers la porte. Dans sa main droite, le poignard de Søren dégoutait encore du sang de Thorvald, prêt à frapper de nouveau. Le démon vengeur, comme l’avait appelé une fois soeur Marie-Clarence à Ste-Illinda, n’était pas du genre à élaborer des plans complexes. Il ouvrit brusquement la porte et sortit dans le couloir, tournant la tête vers la droite, vers le côté le plus probable d’où pouvait venir le danger. Erreur! Dans l’obscurité de la place, le garde qui se tenait là mit un instant avant de frapper. Sans doute attendait-il de clairement identifier celui qui venait de passer, la possibilité de blesser Thorvald avait dû le retenir de toute précipitation. Cette hésitation lui fut fatale. Si une lame froide frappa bien le gras de l’épaule gauche, elle ne fit qu’entailler profondément la chair. Quelques instants auparavant, elle se serait plantée entre les deux omoplates, entre deux vertèbres, faisant voler des éclisses d’os dans l’air. Une pièce avait été lancée en l’air et elle était tombée sur le côté « Autre ». Le garde de Niels n’eut pas de deuxième chance: Le poignard gravé des lettres « S » et « E » entremêlées vint déchirer ses entrailles. La force du coup fit rejaillir une gerbe carmine d’entre ses lèvres. Le corps se recroquevilla autour du poing de l’Autre, la lame ayant emporté ses viscères tourna dans son abdomen d’un mouvement rotatoire sous l’impulsion du poignet donné par l’Autre. Le visage de Søren exprima une satisfaction silencieuse à entendre les entrailles se déchirer sous l’effet de son coup. Lui ne ressentait pas la douleur provoquée par la lame ennemie dans son épaule.

Le corps s’affaissa sur celui de Søren, inerte, les yeux ouverts, exorbités, figé dans le froid de l’éternité. Une mousse rosâtre s’était formée à la commissure de ses lèvres. Des coulisses brunes maquillaient son visage de part et d’autre de sa bouche. L’Autre s’écarta et le cadavre chuta lourdement sur le ventre. Le bruit sourd se répercuta en écho le long du couloir. Le visage de celui qui n’était qu’un simple homme de mains était tourné vers l’entrée de la salle du trône, le corps barrant le pas de la porte. L’Autre tourna le visage de Søren vers l’intérieur.


- Alors? Tu attends quoi?

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Eudoxie_
Dans tous les cas, l’espérance mène plus loin que la crainte. (Ernst Jünge)

Crainte ? Espoir ? L'Autre…

"Salle du trône des Houx Rouges"


Sortie du vague brutale, poigne ferme agrippée à ses cheveux l'entrainant de force contre des lèvres connues, à l'écoute d'une voix familière et pourtant... c'était la première fois que celui qui s'adressait à elle lui parlait, la première fois que la petite brune le rencontrait sans ses chaines protectrices.
S'il eut été encore un doute, celui-ci s'évanouit au moment où les yeux de la béarnaise s'ouvrirent à leur maximum sous le vent glacé que représentait ces mots "ce niais de Soren"...

L'Autre, sans entrave, Eud l'avait entraperçu quand Soren avait abattu froidement Thorvald mais pas à ce point, c'était la prima nova pour elle et cette entité qui vivait au creux de son danois, cet Autre dont elle savait qu'il était... dangereux était un doux euphémisme.
Mâchoire serrée et résistance passive, l'orthézienne l'écoutait déblatérer ses insanités à son oreille, quand sa tête fut rendue à sa liberté, le regard sombre suivant le moindre geste du corps de son blond.

Paupières closes au passage des mains sur son corps, sentant le carmin du borgne s'imprégner sur sa chair, les mains sans douceur, grossières et la geôle digitale se former autour de son poignet.
Etrange sentiment que celui d'être caresser par l'homme que l'on aime et ne pouvoir l'apprécier sachant qu'il n'est pas lui-même, qu'il n'est plus maître de ce qui se passe, se réjouir de le retrouver et craindre ce qu'il serait capable de faire.

Baisser le regard sur la main enveloppant la sienne sur la garde du poignard danois et frémir, l'image de cette pauvresse éventrée dans les bois lui revenant brutalement en pleine face, lui ou un autre ?
Le murmure à son esgourde ne put que la ramener à sa situation précaire, un frisson lent détaillant chaque vertèbre sous la concupiscence des mots distillés à son oreille, d'une telle perfidie qu'un haut le cœur aurait pu la prendre en quelques secondes.

Et le premier coup porté au cadavre des mains associées lui fit fermer les yeux sous la giclée de sang encore chaud qui vint maquiller son visage d'un trait de carmin sombre, la suite du massacre de ce corps inerte et du venin verbal se déroulant dans l'ombre d'un regard clos.
Était-ce la peur ? Les mots empoisonnés susurrés ? La chaleur du sang sur ses mains ? La puissance de la vengeance au travers de ce corps lardé ? Mais le discours de l'Autre trouvait écho chez la petite brune et oui... lacérer ce corps lui avait procuré du plaisir et lui procurait encore alors que sa main unie à l'Autre s'abattait encore pour s'enfoncer dans la chair de Thorvald brisant os sur son passage.

Le regard de l'orthézienne ne s'ouvrit de nouveau qu'une fois sa main séparée de la lame et le corps de l'Autre dégagé du sien, ne découvrant sous ses genoux qu'un amas de chair informe, une boucherie sans nom qui lui aurait assurément soulevé le cœur rien que de l'imaginer, et pourtant...
Pas même un haussement de sourcils, pas même un battement de cils, rien... aucune réaction si ce n'est d'avoir relevé son corps endolori et jeté un regard vers le fauteuil trônant là avant de pivoter vers la porte en avançant vers la sortie pour voir le corps du garde s'affaler au sol.

Un allié ? Eudoxie avait plusieurs fois imaginé sa prime rencontre avec l'autre, sans que Soren ne contrôle plus rien, mais jamais au grand jamais elle ne l'avait envisagé comme un "sauveur", la vie prend de ces détours parfois que l'humain n'est pas à même de décrypter.
Ensanglantée de la tête au pied, sans pour autant être blessée, la petite brune enceinte jusqu'aux yeux avança vers la porte alors qu'il l'invectivait, visualisant le paradoxe entre l'aimé et le craint, l'espérer et le redouté, et pourtant à cet instant l'un et l'autre ne semblait faire qu'un.

Je te suis Se...

Se reprendre et réaliser en plissant le regard.

Je t'appelle comment ?

Oui a question pouvait paraitre stupide et pourtant elle revêtait tout une symbolique, pour elle en tout cas, peut-être pour lui aussi, alors que les pépites sombres découvraient la blessure sur l'épaule de son danois, billes noires cherchant alors l'arme responsable près du garde du regard pour s'abaisser et la ramasser.
Un poignard danois aussi, forcément... quoi d'autres dans une bâtisse où ne résidait que des colosses scandinaves blonds, et puis se souvenir subitement et se surprendre à hésiter mais...

Il y a une femme et son fils par là, elle sait comment sortir, c'est elle qui t’a rendu le poignard, faut qu'on la récupère.

Oui, Eud n'avait qu'une parole, même si elle doutait que l'Autre en ai quoique ce soit à faire, mais elle ne pourrait se reprocher de l'avoir abandonnée sans essayer, et il n'y avait pas de mensonge là-dedans, qui mieux que cette blonde aurait pu les guider.
Sortir, seul désir, que ce soit avec cette femme ou non, mais sortir, s'enfuir pour vivre, elle avait hésité... elle avait aimé cette vengeance... elle tenait en main une arme tout à fait prête à l'utiliser... Qu'est-ce que les Houx Rouges étaient en train de faire d'elle ?



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Soren
 
« Souterrain des Houx-rouges, l’Autre aux commandes »


 
« Je t’appelle comment? ». Cette question l’avait fait sourire et quand l’Autre souriait, son regard s’allumait d’une lueur mauvaise. « Tu ne m’appelles pas. Tu me suis ou tu meurs. ». Tel avait été sa réponse sifflée entre des lèvres d’où sortaient assurance et autorité. L’Autre avait les rênes en mains et il n’avait nullement l’intention de les lâcher. Il tourna alors la tête en direction de son épaule blessée. Une tâche sombre s’étalait s’étalait sur sa peau, dans son dos, sur sa poitrine, ce corps qui portait déjà de nombreux souvenirs de cette soirée. Il porta sa main sur l’endroit tuméfié et observa sa paume maculée de rouge. L’Autre ne ressentait pas la douleur. Ni coups, ni entailles. Il était insensible à ces signes, à ces mises en garde émises par le corps qu’il occupait. Ça, c’était le fardeau de Søren. C’était son rôle à lui de remettre la chair en état après ses escapades. Qu’il puisse franchir un point de non-retour n’était pas son problème. Cette carcasse était une prison pour lui, une prison… mais un moyen d’action malgré tout. Silencieusement, il tourna son regard vers Eudoxie.


- Fais attention à la marche! En plus, elle est poisseuse.

Il avait les traits de Søren ses yeux avait l’écume bleu-grise de Soren. Il avait les lèvres du danois, celles qui répondaient aux appels sensuels de la brune béarnaise mais il n’embrassait comme l’héritier Eriksen. Pourtant Il était l’essence même des Eriksen, la source maudite dans laquelle tous les mâles de cette famille ont bu depuis des générations. Il était ces tâches noires qui coulaient dans leurs veines, cette déshumanisation qui leur avait permis d’asseoir leur autorité, leur domination sur les terres autour de Helsingør. Certains le maudissaient, d’autres l’appelaient. Aucun ne le commandait. Il venait quand il le désirait, quand il trouvait une faille dans leur esprit et qu’il avait envie de s’y glisser. Søren l’appelait folie ou malédiction, d’autres le vénérait. Et en cet instant, dans le couloir de la salle de trône, il faisait connaissance avec sa nouvelle amie.

L’Autre détourna alors son regard d’Eudoxie. Son message était passé. Il n’avait pas besoin d’en ajouter plus, ni par des mots, ni par l’expression de son visage. Il vint poser son pied contre la joue de sa victime. Le cuir de sa botte caressa sa joue barbue sans précipitation. Ses revinrent vers celles de la béarnaise. Le sourcil gauche levé, il la toisa d’un oeil interrogateur. Puis sans ménagement, sans prévenir, par trois fois, il tapa le visage du cadavre de le pointe de sa botte. Par trois fois, la tête vola sous la puissance des coups. Le visage se couvrit d’hématomes, prenant une teinte rosée. Au quatrième coup, un « crac » sinistre se fit entendre. La tête faisait un angle étrange avec le corps. L’Autre poussa alors le corps sur le côté et s’abreuva du résultat de sa mise en scène sur le visage de sa « coéquipière » du moment.


- Il était en travers de ton chemin. Tu aurais pu trébucher. Tu vois que je prends soin de toi?

Sa main s’empara alors de la joue d’Eudoxie. Elle se fit étrangement câline. Les paumes de ses doigts effleurèrent la peau maculée de sang, redessinant ces coulisses qui captaient son attention, étalant sur son visage une goutte carmine comme d’autres plus coquettes étalent la poudre blanche. Du revers de ses phalanges, il lui prodigua la même douceur en suivant l’arête de sa mâchoire. Il releva la tête et chercha son regard. Qu’y lira t-il? Peur? Envie? Dégout? Que lui inspirait-il? De la répulsion? Sa main emprisonna alors sa nuque. Il referma sa poigne sur elle. Ses yeux se plissèrent, Ses dents se serrèrent. Sans lui donner d’autres échappatoires, il amena ses lèvres aux siennes. Si elle avait résisté, ç’eut été après un crac sinistre qu’il aurait eu son baiser. Le goût en aurait été indubitablement différent, pas désagréable non. Il ne dit pas un mot. La détermination sur son visage parlait pour lui. Leurs lippes se joignirent. Il investit dans le même geste sa cavité buccale. Il ne l’embrassait pas, il prenait possession d’elle avec le même état d’esprit que celui qui l’animait lorsqu’il a guidé son bras armé pour exprimer sa vengeance contre Thorvald. Il n’y avait aucun douceur dans ce baiser, aucune volonté d’échanger, de partager, de transmettre. Il se faisait pilleur, détrousseur, voleur. Il prenait ce qui désormais lui appartenait parce que tel était son désir. Sa main passa de sa nuque à son menton. Son emprise se referma sur lui, l’empêchant de détourner le regard.

- Ça n’a rien à voir avec les mièvreries que le blond te donne n’est-ce pas? Ça, ça a du gout!

Il pencha la tête vers le bas, vers ce voyeur au regard fixe qui les avait regardé s’embrasser et du bout du pieds repoussa encore un peu plus loin le cadavre sur le côté.

- Tu vois? Même lui approuve.

Il relâcha alors son étreinte sur Eudoxie et d’un coup de pied dédaigneux retourna l’homme de main de Niels sur le dos. Il s’accroupit et récupéra dans les entrailles la lame à la garde marquée d’un S et d’un E. Il nettoya la lame poisseuse sur les braies du garde et s’adressa à la béarnaise sans même la regarder.

- C’est pas fait pour les petites filles comme vous ce genre de jouet.dit-il en faisant tourner la lame qu’il tenait en main de tous les côtés.

- Faites attention! Vous pourriez vous couper! Ça serait dommage. Ça n’est pas fait pour couper des légumes.

Un sourire narquois au coin des lèvres, il s’enfonça dans le couloir en face de lui, dans ce labyrinthe qu’étaient les soubassements des Houx-rouges. Si l’objectif de Søren était de sortir de là, l’Autre était mû par des sentiments différents: ceux de la haine, ceux de la violence, ceux de la vengeance. Les histoires de Mapsie ne l’intéressaient pas, les énigmes n’ont plus. Pour le Eriksen, il n’y avait que deux manières de reprendre le contrôle. La première, c’était l’épuisement physique. Quand à la deuxième, il ne l’avait encore jamais expérimenté.

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Eudoxie_
"Tu ne m’appelles pas. Tu me suis ou tu meurs." (L'Autre)

Rouge ? Noir ? Roulette…

"Souterrain des Houx Rouges"


Le ton était donné, "marche ou crève"... le choix avait déjà été fait avant même l'annonce perfide sifflée avec mépris, l'inspiration lourde qui lui déchira les cotes oppressées ne fit que confirmer la souffrance qui lui étreignait le ventre rond depuis un moment.
Mais de moment justement il n'était pas bon, pour de multiples raisons et le corps déversant son fluide vital à ses pieds imprégnant un peu plus le bas de sa robe d'une teinte rouge était là pour valider le sentiment s'il était besoin.

Viscères épars au sol, mare de sang, et l'Autre qui s'amuse, qui se joue de la joue du garde à terre, qui jubile du spectacle, et qui achève un homme qui n'a plu besoin de l'être devant un regard eudoxien vide de compassion pour le pauvre ère.
Tout juste un sourcil tressaille-t-il au "crac" sinistre, où étaient donc passés les hauts le cœur ? les vomissements ? la révulsion ? l'envie de fuir ce spectacle et de hurler "stop ça suffit" ?

Les obsidiennes se détachèrent du reliquat humain pour revenir sur les glaciers de l'être aimé, dont la propriété avait changé de main, lorsque l'argument à tout ceci fût sa protection, un pouffement contenu arqué d'un étirement rapide de lippes se manifestant malgré elle.
Resterait-il autre chose que l'enveloppe charnelle de son danois pour que l'Autre annonce telle ambition à son égard dans un lieu où tout était danger pour elle comme pour lui, l'idée traversa l'esprit en perdition de la béarnaise.

Et quand l'espace d'un instant l'odeur du sang se mêla à la douceur d'une caresse, les voiles de chair se fermèrent sur les pépites noires, reprenant contact avec les lacs scandinaves quand visage fut redressé pour sonder son âme au travers de son regard.
Oui il avait son visage, oui il venait de se faire doux avec elle, oui elle savait qu'il pouvait la tuer d'une simple pulsion, oui Soren était là quelque part, et oui ce n'était pourtant pas lui, mais bel et bien l'Autre, un regard ne trompe pas, et pourtant...

Pourtant, le démon vengeur ne trouverait dans les yeux de l'orthézienne, ni dégoût, ni répulsion, pas plus que du dédain ou la négation de ce qu'il était, il faisait parti de Soren, il ne lui avait jamais caché l'Autre, et quelque part... il intriguait Eudoxie plus que toute autre chose.
Dire qu'elle ne ressentait aucune crainte à son égard eut été fadaise, dire qu'elle en avait peur... oui et non... pourquoi ? Parce qu’elle savait ce dont il était capable, et si elle en doutait il venait de lui prouver, mais par deux fois il aurait pu la blesser, lui faire du mal et par deux fois il avait laissé Soren reprendre le dessus, sans la toucher.

Était-ce le fait qu'il ne lise aucune peur ? Ou l'envie étrange de le connaître ? L'instant d'échange pris fin d'un plissement de regard et d'une paire de lippes s'imposant aux siennes d'une pression douloureuse à sa nuque ne souffrant aucune contestation.
Baiser sauvage, bestial, brutal, viol buccal sans âme et d'une puissance au pouvoir... étrange. Lèvres reconnues au goût connu mais à la saveur différente, inconnue... perturbante.

Aucune intention de détourner le regard, onyx épousant topaze jusque dans l'observation du cadavre voyeur, restant stoïque à chacun de ses mots, et elle ? approuvait-elle ? Il n'était pas lui, il n'avait pas sa saveur, ça n'avait donc pas le même goût non... en avait-il plus pour autant ?
Les doigts de la brune se refermant sur la garde du poignard danois à cet instant ne répondrait pas à cette question, pas plus que le pivotement qu'elle orchestra avec la lame s'entaillant la cuisse sans sourciller serrant les dents et... pas le temps de précaution.

Voilà c'est fait coupée

Non le geste n'était pas volontaire, mais pourquoi ne pas lui laisser croire alors que s'accommodant au mieux de son ventre rond, les mains de la béarnaise vinrent s'engouffrer dans l'étoffe coupée pour tirer d'un coup sec dessus et la déchirer sur tout le tour, laissant une corolle de froufrous rose tomber à ses pieds.
Surplus handicapant laissé au sol près du gisant, le pas de la bestiole délivré des fanfreluches emboita celui de l'autre, occultant douleur abdominale, bourdonnement de son crâne et les coulisses chaudes qui sillonnaient sur sa jambe droite jusque dans ses bottines.

Tu sais comment sort...
...iiirrrgglll


La question fut interrompue d'un énorme bras s'enroulant à sa gorge, à presque l'étouffer, lui faisant sortir un gargarisme sonore et... quasi inhumain, senestre se posant sur l'avant-bras entravant son cou, pupilles s'ouvrant toutes grandes les posant sur l'Autre, son regard s'arrimant au sien.
Ce sbire là lui avait échappé et c'était Eud qui en faisait les frais, mais ce qui défila sous ses yeux et les coups au creux de son ventre, alors que l'étouffement posait son voile sur sa conscience acheva le travail entamé par son séjour au Houx Rouges.

Un détail, le poignard, négligence crétine d'un mastodonte trop sûr de lui, mâchoire serrée et respiration forcée par la contrainte, l'avant-bras droit se leva pour planter d'un geste sec la cuisse du gaillard, étreinte tenant son bras se libérant sous la douleur.
Un, deux, trois et de mordre la chair à portée jusqu'à avoir le goût ferreux su sang dans la bouche pour faire lâcher prise et... furie hors de contrôle pivotant pour faire face, un geste rageur et désorganisé lança le bras armé vers son assaillant.

Jet chaud et visqueux la faisant reculer, le regard d'Eud se ferma sans voir où elle avait touché, n'ayant foutrement rien visé, passant le revers de sa dextre assassine sur son visage pour essuyer le sang ayant giclé sur ses traits déformés par... par quoi ?
Qu'avait-elle vu au final quelques instants plus tôt ? Elle ? Lui ? Eux ? Ce petit être ? Autre chose ? Une seule chose était certaine, le gaillard blond qu'elle vit en rouvrant les yeux avait le visage entaillé en diagonale tout comme le cou au niveau de la carotide.

Exit Eudoxie compassion, Exit la bestiole aimante, Exit l'inénarrable pensant aux autres...
La blonde et son gosse pouvaient bien crever là elle s'en foutait...

Hypnotisée par la montagne danoise glissant contre le mur les mains sur sa gorge à se vider de son sang, agonisant doucement, Eudoxie reprenait lentement son souffle.
Comment avait-elle pu faire ça ? Elle ? Et pourtant... seuls deux mots s'échappèrent de ses lippes à l'attention de l'Autre.

Finis le...

Les Houx Rouges : 0 Eudoxie : 1
Ou était-ce l'inverse ?


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Soren

Quand il était dans cet état, la haine et la violence contrôlait tout. Le sens de la tactique et de la stratégie étaient mis de côté pour un « Droit au but » plus expéditif. Évidemment, cette façon de faire n’était pas sans conséquence. La fameuse chevalerie française l’avait d’ailleurs appris à ses dépend il y a quelques dizaines d’années à Azincourt. Lorsque l’Autre prenait le contrôle, le locataire indésirable ne se souciait pas trop de l’état des lieux qu’il rendait à son propriétaire légitime. Passer le balai et la serpillère après la fête n’était pas son truc, éviter les excès et les mauvais coups non plus. Non, il ne l’avait pas vu. Qui? Lui, le blond sanguinolent. Dans sa folie destructrice et la délectation malsaine de ses actes, surveiller les abords ne faisait pas partie de ses priorités. Après tout, ce corps n’était pas le sien, c’était celui du Eriksen. Tout ce dont il avait besoin, c’était qu’il puisse le supporter jusqu’à l’épuisement total de ses forces. Et si son hôte prenait un coup fatale? Bah, tant pis! C’était la vie! Ou plutôt: la mort.


- Le finir?

L’Autre jeta un regard dédaigneux sur la « chose » affalée contre le mur, cherchant à refréner l’inexorable, comme si ces mains pouvait arrêter une hémorragie, comme si cela suffirait pour le rattacher à la vie qui le fuyait. L’homme le plus puissant du monde n’est qu’une loque lorsqu’il sent la vie le quitter et la mort s’approcher. Tout l’or du monde, toute la puissance, les intrigues, le savoir humain ne peuvent rien pour vous lorsque la Faucheuse a décidé qu’il était temps que vous l’accompagniez. La montagne de muscles, ce pitoyable vermisseau se dandinant frénétiquement et suffoquant lamentablement n’échappait pas à la règle. L’Autre s’approcha et dévisagea celui qui ne pouvait plus parler, plus ameuter ses congénères, plus les trahir. Il lui envoya un coup de pieds dans les côtes avant de se retourner vers Eudoxie.

- C’est bien plus amusant de le voir s’étouffer dans son sang non?

Il n’avait rien de plus à ajouter. Le ton de sa voix valait mille mots et l’Autre n’était pas du genre bavard quand l’action lui tendait les bras. S’Il avait été surpris du geste de la brune? Un peu. La fragile béarnaise, grosse de surcroit, avait un côté caché intéressant à ses yeux (Enfin, ceux de Søren mais qu’il partageait avec le blond). Qui sait? Peut-être que sa fréquentation, même passive, lui faisait du bien pour voir les vrais côtés de la vie? Lorsque le corps de Søren faillirait, celui de la brune ferait peut-être un bon lieu de repli? Quoique…Une femme peut-il être aussi résistante qu’un homme lorsque la fureur se déclenche? Et puis, abuser d’elle de l’intérieur, ça serait comme une sorte d’inceste spirituel, une relation charnelle entre l’hôte et son « invité ». L’Autre en était à ces réflexions lorsque le ver de terre cessa de se trémousser contre le mur. Le corps avait glissé contre la paroi. Les yeux ouverts, le regard dardait sa terreur vers la plafond. La peur, celle d’avoir mal, celle de souffrir, celle de mourir, la peur était la source de sa puissance, celle de sa jouissance aussi.

-C’était un des amis d’enfance du crétin de blond. C’est plaisant?

Si elle s’attendait à être remerciée ou être félicitée, elle se trompait. L’Autre n’était pas Søren. Les considérations sociales ne faisaient pas parties de ses préoccupations. Le sang qui maculait la place? Un détail. Le regard qu’elle lui lança alors qu’elle se trouvait sous l’emprise du geôlier? Un autre détail. Pour toute réponse, elle n’eut qu’un froncement de sourcils et un sourire de satisfaction. Voir le sang jaillir alimentait sa frénésie. Qu’il soit celui de la brune ou de son assaillant lui importait peu, le plaisir était le même. Si Eudoxie avait trépassé sous les coups de cet individu, l’Autre aurait ensuite éliminé tout danger potentiel. Affaire close. Au suivant.

Le spectacle achevé, l’Autre tourna les talons. Il n’y avait plus rien d’intéressant dans cette pièce. Il s’enfonça dans l’obscurité des dédales sous les Houx-Rouges. Dans cette cathédrale du silence, son pas lourd et sa respiration haletante devait s’entendre d’un bout à l’autre du couloir.Peu lui importait. Il n’était pas ici pour passer discrètement. Devant lui, se présentèrent les marches d’un escalier. Descente aux enfers ou remontée à la surface? Au final, l’un et l’autre n’étaient-ils pas intimement mêlés? Indiscernables? Les marches furent dévorées sans même que la cadence de progression n’ait eu à souffrir du dénivelé. Le colimaçon fut grimpé quatre marches par quatre marches, la fraicheur et la puanteur des souterrains des Houx-Rouges cédait peu à peu du terrain à une atmosphère plus conviviale, celle des hommes et non plus celle des bêtes. La palier fut franchi et le chasseur se mit à traquer. Nul ne pouvait savoir ce qu’il cherchait à par lui. Ici, le danger était plus grand encore qu’en bas. Ici, il était dans son élément.

Une porte s’ouvrit, un regard s’immisça dans l’ouverture. Un « Oh » trahissant surprise et frayeur se fit entendre. La porte se referma sur son battant. L’Autre tourna la tête dans cette direction. Les yeux se plissèrent, les lèvres s’étirèrent. Une goutte de sueur s’écoula sur sa tempe, le long de son visage. La créature se précipita alors vers l’ouverture qui venait de s’effacer. L’épaule gauche frappa lourdement contre le bois, qui grinça sous la vigueur des coups portés. A l’intérieur, de petits cris effrayés filtraient au travers de sanglots féminins.Des éclisses de bois volèrent aux alentours quand la porte céda. Le métal des charnières avait plié sous la force de l’impact. Si la serrure avait résisté, la porte avait été partiellement arrachée de ses gonds. L’Autre l’enjamba, se déchirant le bras et les cuisses sur les tranchant métallique des charnières, sur les saillants et les échardes de bois. A l’intérieur, un cri de femme déchira l’obscurité de la nuit du l’hôtel particulier.


- NOOOOOoooooooooon !


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La.peur

    "Nous avons des démons
    Des démons coincés dans notre sang
    Ouais nous avons de la drogue dans notre cœur
    Ouais nous mangeons la boue pour être libres"

    Mud Blood (Loïc Nottet)


      Viens à moi fils vengeur libéré
      Viens à moi pureté infâme
      Inspire... Expire... Exulte

      Ma créature : L'Autre

      Contrôle le
      Détruis le
      Prend le
      Brise le

      Fais moi naitre dans ces regards se posant sur toi
      Fais moi grandir de tes paroles, de tes actes
      Jouis de m'ouvrir la porte de leur esprit
      Jouis de ma présence sur leur face

      Sois mon instrument, ma main armée

      Ôte lui toute positivité
      Prend lui tout espoir
      Annihile sa volonté
      Rend la misérable

      Tue de l'intérieur
      Tue l'immondice
      Tue la menace
      Tue le positif

      Sois impitoyable
      Sois inflexible
      Sois Puissant
      Sois "Toi"

      Démon vengeur Tisirhée : L'Autre

      Sanctifie moi !!!
      Encense moi !!!
      Glorifie moi !!!



_________________
“La peur... Une arme primitive mais efficace.”
Eudoxie_


(RP écrit à 4 mains)




Bien sûr qu'il ne ferait pas ce qu'elle demandait à quoi s'attendait-elle ? Qu'il lui obéisse et aille dans son sens ? Hérésie... Perdait-elle définitivement tout sens de la raison ? Et... non impossible, pas plus que ce qu'il disait soit juste... que ça n'avait rien de jubilatoire de voir le colosse blond suffoquer et s'étouffer dans son propre sang, ni de voir son corps devenir loque molle et inerte se répandant de tous ses fluides.
Non.... Et pourtant, ce fût bien une esquisse de rictus qui avait animé la commissure de ses lèvres l'espace d'un instant... Mais qui l'eut vu ? Uhm ? Lui ? Elle ? Le mort ? Personne ne s'en souviendrait.

L'association du cadavre à un ami d'enfance fit grandement tiquer la bestiole qui reporta son attention sur le scandinave puant de ses miasmes expulsés, plissant regard avec difficulté pour détailler les traits du gisant et... inconnu au bataillon des blonds copains de son danois, aucun besoin de s'y attarder et honnêtement hormis Morten, cela ne lui aurait sans doute fait ni chaud, ni froid.
L'heure n'était plus à palabres ou questionnements, L'Autre reprenait la conduite des opérations et filait déjà aussi droit qu'avant la petite interruption négligeable qu'avait pu être ce quidam à ses yeux, et ce qui étonna plus que tout la brune, c'est qu'il avait l'air de sacrément bien savoir où il allait et comment y aller, la progression était précise, calculée, avec un but à n'en pas douter, lequel ? aucune idée.

Suivre son danois possédé n'était pas chose aisée, car si le sang qu'elle voyait filer sur sa peau de la plaie à son épaule se faisait abondant, le démon en lui n'en avait cure et rien ne semblait vouloir lui faire obstacle ou l'atteindre, et si la descente avait pu être suivi sans trop de peine malgré son ventre de parturiente, la remontée en revanche fut beaucoup plus complexe, coulisses sanguinolentes se renforçant de la coupure à sa cuisse à chaque marche enjambée, mais quelle idée de s'être entaillée franchement...
Tête à droite, à gauche en arrivant en haut du colimaçon, la béarnaise se rendit compte que l'hôtel particulier et la hauteur de rue avait été rejoint, mais où était passé son danois ça.... la porte qui claqua et le souffle de bête qui s'en suivit, les heurts contre le bois et le bruit de l'éclat guidèrent ses pas pour avoir juste le temps de voir la carrure de Soren s'engouffrer dans une pièce à la porte dégondée pressant l'allure jusqu'à entendre ce cri...

Figée quelques nanosecondes par ce SOS d'une terrienne en détresse qui perdait de l'ampleur sur la longueur, Eudoxie eut une vision d'horreur lui passant devant les yeux, la blonde... mais surtout le petit... pour qui, pour quoi ? La petite brune se mit à courir jusqu'à la porte se faufilant par la même entrée que celle empruntée par son géant scandinave, l'ouverture arrachée l'égratignant légèrement aux cuisses, peur ne faisant pas occulter toute prudence contrairement à fureur.
Et là, le cauchemar, l'Autre, cette bête sauvage s'était déjà abattue sur le corps d'une femme, une bulle sonore se formant alors autour de la bestiole, comme si le temps s'était arrêté, quelques secondes qui auraient pu sembler une éternité, le bruit avait surement alerté les chiens de garde de Niels, tout ça n'aurait servi à rien, ce sang versé, ces morts, tout ça... et les poings de se serrer fermement, le droit resserrant sa poigne sur la garde de cette lame meurtrière.

CA SUFFIT !!!!!!!!!!
ARRETE !!!!!!!!!





Au premier coup d'œil elle l'avait reconnu et la terreur s'était emparée d'elle. Il portait ses traits, mais il n'était pas lui, elle le connaissait et elle savait ce dont il était capable. Les images de cette nuit-là lui revinrent à l'esprit dès qu'elle avait vu la haine déformer son visage. C'était il y a plusieurs années déjà, à Grønnehave, un petit village au bord de mer non loin de Helsingør. Søren et sa bande d'amis avaient débarqué en ville. Ils étaient venus honorer le propriétaire de "La luciole du cap" de leur visite. La soirée s'annonçait festive. L'héritier Eriksen régalait et ses compères étaient manifestement de bonne humeur: Morten Sørensen dansait sur la table autour de laquelle ils s'étaient rassemblés. Sven Poulsen et Thomas Hanssen débitaient les chansons les plus paillardes qui soient. Niels descendait les bières et jetait les chopes vides derrière son épaule. Et puis il y a eu cette altercation avec ce voyageur, une bêtise comme seuls les hommes peuvent monter en épingle. Le ton est monté, les lames furent sorties. Les quidams quittèrent alors l'auberge, évitant soigneusement de prendre parti pour ou contre un Eriksen et de se mêler à des affaires qui ne les concernaient pas. Elle, elle s'était réfugiée dans la cuisine, elle avait dans un premier temps fermé la porte mais sa curiosité l'emporta sur la prudence pour son plus grand malheur. Elle le vit, lui, le regard déformé par la haine, les muscles saillants, les traits du visage transformés comme s'il était possédé par le Sans-Nom et jamais elle ne l'oublia. Elle vit avec quelle bestialité il se jeta sur son adversaire, avec quel manque de pitié il le frappa encore et encore. Plus l'homme implorait et plus il le frappa. Ses amis semblaient comme figés par la surprise et la stupeur eux aussi. L'effroi de la scène la glaça mais comme une langue que l'on ne peut détacher de métal gelé en hiver si l'on se prend à le lécher, elle ne put détacher son regard de cette vision d'horreur. Ce soir-là, ils durent s'y mettre à quatre pour le neutraliser. Ils échangèrent coups pour coups et malgré l'infériorité numérique, ils eurent du mal à le contenir. Morten lui porta le coup final. Søren s'effondra sur le sol, aux côtés de sa victime au visage méconnaissable. Sans rien demander de plus, les cinq emportèrent l'héritier Eriksen à l'extérieur. Niels laissa une bourse bien ronde sur la table. Il n'avait pas besoin d'en dire plus. Lorsqu'un noble de la région de Helsingør exagérait, il était dans les us et coutumes danoises de payer pour le silence de ceux qui avaient été importunés.

Quelques jours plus tard, Le roy de deniers revint à l'auberge. Cette fois-là, il était seul. Il discuta longuement avec la petite serveuse, la seule qui avait eu le courage d'affronter cette vision d'horreur et qui le regrettait amèrement. Comme s'il désirait racheter les fautes de son ami, Niels la prit sous son aile. Il lui trouva un emploi au château familial, Il se chargea de lui octroyer un salaire généreux et de pourvoir à son éducation. Le meilleur ami de Søren Eriksen devint son protecteur, celui qui était désireux de racheter les fautes de son prince.

Dans la chambre de l'hôtel particulier des Houx-Rouges, l'Autre s'était jeté sur la jeune fille aux cheveux blonds. Il l'avait acculé contre le mur. Il tenait son poignard dans sa main droite et la froide lame caressait l'extérieur de la cuisse féminine. L'autre main avait disparu sous le tissu de sa robe, son visage maléfique fourrageait le cou de sa victime qui n'osait résister, comme tétanisée par la peur et le souvenir d'un voyageur passé de vie à trépas, de séducteur à bouillie informe en moins de temps qu'il ne fallait pour appeler à l'aide.





Et de subir encore malgré son invective, cette scène abjecte de l'homme aimé en train de trousser une autre avec violence, imposant sa force comme un porc ignoble, lisant dans les yeux exorbités de celle qui leur avait fourni l'arme de leur liberté une terreur sans nom, la fin d'un monde et une utopie qui s'écroule.
Respiration accélérée, souffle court, et une envie de... impossible à assouvir, s'extériorisant par une avancée furibarde dans le dos de celui qui l'ignorait royalement, elle était enceinte oui, elle n'était pas grande non, mais on la disait "inénarrable", pourquoi ? uhm... surement pour les mêmes raisons qu'on disait Soren imprévisible.

J'ai dit : CA SUFFIT !!!!!!!!!!

Et le talon d'une botte d'aller se loger d'un coup franc dans l'arrière du genou droit.

J'ai dit : ARRETE !!!!!!!!!!

Et le même talon de botte d'aller saluer l'arrière du genou gauche, observant le corps subir l'attaque en articulant silencieusement à la blonde "cassez-vous", regard sombre ayant aperçu le minot jusque-là occulté, recroquevillé dans un des coins de la pièce, effrayé, apeuré, à la limite de la catatonie.
Attaque suffisante surement pas, la blonde devrait se bouger le cul aussi pour se sortir des pattes de l'Autre mais il était hors de question qu'il se serve du corps de Soren pour violer la pauvresse qui les avaient aidé.




Il ne l'entendait pas. Il était dans son monde, celui de la haine, de la violence gratuite, celle qu'on laisse déferler pour satisfaire ses instincts les plus bas. Il était une bête, elle était un morceau de chair dont il se repaissait. Les coups prodigués par Eudoxie n'étaient que des piqûres de moustiques faites à un sanglier en rut. Son corps ploya malgré tout une première fois lorsqu'elle heurta l'arrière de son genou. Il émit un grogrement sourd et de la main armée, dessina un large cercle en direction de la mouche du coche. Et puis, il porta sa main à ses braies pour s'adonner à cette ignonomie que l'on nomme viol. Une deuxième fois elle le frappa alors que le décolleté de la robe venait de souffrir des tentatives de l'Autre pour se frayer un chemin jusqu'à sa poitrine. L'Autre se retourna alors vers Eudoxie, les yeux injectés de sang, le regard trahissant la colère d'une bête qu'on venait de déranger pendant qu'il s'apprêtait à consommer sa proie.

- Dégage putain ou il va t'en couter.

Se rappelait-il seulement qui elle était? Les paroles échangées dans la cellule? L'homme qu'elle avait tué? Ou ne voyait-il en elle qu'un trouble-fête? Une trompe-la-mort qui ne mesurait pas les risques qu'elle prenait en se mettant au travers de sa volonté? Les cris féminins, les bruits de porte défoncée à coup d'épaule avaient alerté les sbires de Niels et déjà le branle-le-bas de combat se faisait entendre jusque dans la chambre. Profitant du répit, la prisonnière des Houx-Rouges s'extirpa de l'emprise de l'Autre, longea les murs sans détacher son regard du monstre auquel elle venait temporairement d'échapper et vint se porter à la défense de son enfant. Ses bras de mère protectrice s'enroulèrent autour de ce dernier, tremblant autant que lui mais faisant rempart de son corps entre la créature et son fils.




Et voilà pour le coup, elle avait ce qu'elle cherchait... toute son attention !!! Et pour la première fois depuis qu'elle avait pu côtoyer l'autre, Eud ne voyait plus que lui et non pas Soren, les zébrures sanguinolentes qui habillaient les glaciers avaient fait disparaitre son danois, tout autant que cet acte qu'il aurait commis sans son intervention, abusant autant le corps de son hôte que celui de la pauvresse, deux viols et non pas un.
Il avait pris le contrôle total... cette fois tout était là pour lui confirmer et anéantir l'idée que son ange blond se trouvait encore en surface, l'ignominie d'un viol il ne l'aurait jamais perpétré... et ces mots à son encontre, ce qualificatif... cette menace... exit celui qu'elle aimait et à cet instant oui... oui la sonnette d'alarme se mit à sonner, oui jusqu'ici elle avait pu avoir une emprise sur l'autre mais parce que Soren affleurait encore sous-jacent, qu'en serait-il lui absent ? La donne serait-elle la même ?

Pour l'heure ne pas y songer et remonter la lame danoise longeant sa cuisse, en soutenant le regard injecté de sang de ses pépites obsidiennes, le tambourinement de son crâne se faisant plus présent encore, tandis que son corps se déplaçait lentement pour se placer entre la bête et sa victime... ses victimes, le toisant de toute sa petite hauteur, de l'aplomb que cet endroit lui prenait ou lui offrait à sa guise, lui donnant l'impression d'être quelqu'un d'autre, de ne plus se reconnaitre.
Mouvement de la lame en direction de la porte et des bruits de pas des sbires de Niels qui se ramenaient déjà avec le boucan qu'avait fait l'Autre pour assouvir ses bas instincts, ce besoin de posséder, de meurtrir, de... mâchoire crispée à l'idée et sous une contracture abdominale qui n'avait rien d'agréable, une longue inspiration prise lui permettant de contenir la douleur avant de s'adresser à lui, sur un ton d'une froideur méconnue de la majorité de ceux qui pouvaient côtoyer Eudoxie.

Même pas en rêve... Moi vivante, tu ne les toucheras pas...
Et on sait tous les deux que tu ne me feras rien... T'es pas aussi stupide...
Les chiens de Niels seront là d'ici rien... à cause de TOI... Tu tiens vraiment à les attendre ?


Folie ??? Perte de la raison ??? Aplomb ??? Rien de tout ça, ou peut-être bien au final...
Car le raisonnement logique de la bestiole supposait que l'Autre soit suffisamment intelligent pour pouvoir réfléchir à "l'après", à ce moment où, comme à chaque fois, son danois reprendrait la main en ne se souvenant de rien.

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Eudoxie_


(RP écrit à 4 mains)




[i]C’était un brouhaha indescriptible qui venait du rez-de-chaussée, mélange de pas, de cliquetis d’armes, d’ordres beuglés au travers de tout cela. Personne ne savait encore ce qui s’était passé dans les sous-sols des Houx-Rouges, la mort de trois des leurs, Søren en vadrouille emmenant avec lui Eudoxie dans son sillage. Ce soir-là, après l’entrevue dans la salle du trône, Niels avait rejoint son bureau de travail pour s’allonger sur le sofa et sommeiller quelques instants. Le dernier geste de Thorvald envers son maître avait été de lui préparer son remède, celui qui apaisait ses douleurs. Lorsque l’Autre avait défoncé la porte de la jeune prisonnière blonde, Niels était déjà dans un sommeil profond.

Dans la pièce, l’Autre s’était approché des trois réunis: De celle qu’il aurait dû avoir violé, de son enfant qu’il s’apprêtait à tuer, de celle dont le bedon rond la mettait à l’abri d’un viol - Non pas pour des raisons morales mais simplement des raisons de gouts de la Bête. Le regard qu’il porta sur Eudoxie n’avait rien de celui triple A que Søren distillait à Eudoxie. Il n’avait rien d’humain. Il était froid, sans l’ombre d’un sentiment, d’une compassion. La lame du poignard qui, quelques instants plus tôt caressait l’extérieur de la cuisse au duvet blond trouva sa place sur le cou parsemé de tâches de sang de la béarnaise.


- T’as pas compris connasse. Ici, c’est moi qui décide. Dégage sinon je te tranche la gorge.

Le rictus qu’il émit alors pouvait-il lui donner un air plus maléfique encore?

- Et n’oublie pas que si tu me trucides, c’est ton abruti de blond que tu perceras comme un vulgaire tonneau de bière.




Quitte ou double... Et la supposition que l'Autre soit en capacité d'analyser et de réfléchir avait été, trop optimiste à priori, Eudoxie lui donnait apparemment encore trop de crédit sorti de sa bulle vengeresse et libidineuse, et le froid de la lame qui caressait sa gorge le lui démontra rapidement quant au fiel qu'il lui cracha au visage, il ne fit que ponctuer la stupidité du "parasite".
Lentement, Eudoxie laissa place à ce que cet endroit avait fait d'elle, et étira son cou en faisant un pas vers lui, peau tendue de sa gorge appuyant sur le tranchant, tandis que sa main libre se posait sur le torse dénudé au niveau du pectoral couvert de coulisses sanguinolentes, visage relevé vers celui de Soren, alors que l'arrivée des chiens de Niels se précisait à chaque minute qui passait.

Vas-y t'attend quoi ?

Un pas de plus et une fine coupure laissa filtrer filet carmin sur un endroit qui appelait d'ordinaire des lèvres chaudes et suaves à s'y attarder, et non pas le froid d'une lame.

Tu ne le feras pas... et tu sais pourquoi ?
Parce dans ta folie tu sais que si il m'arrive quoi que ce soit Soren préférera mourir que vivre sans moi et...


Rictus mesquin s'affichant au faciès, aussi perfide voir sadique que celui qu'il lui envoyait avant de chuchoter.

... t'en as pas plus envie que moi parce que tu te plais dans son corps...
Alors cesse ton caprice et sors-nous de là...


Mais qui des deux étaient le plus fou ? Lui qui n'avait en tête que de troncher une femme à peine plus vieille qu'Eud ou elle qui le provoquait sans avoir aucune certitude sur le fait que le corps de Soren lui importe plus qu'un autre ?
Quitte ou double ? Coup de bluff ou réelle détermination ? Après les échecs et les pions de Niels, Eud se lançait dans le poker et l'art d'abattre les cartes, bonnes ou mauvaises, bluff ou atout.





Quelque part au fond d’un caverne, un bruit métallique se fit entendre, celui de chaînes qui frottaient contre le froid d’un rocher. Il était encore groggy, conscience à peine consciente. Les paroles qui s’échangeaient dans la pièce des Houx-Rouges n’étaient encore pour lui qu’un assemblage grossier de graves et d’aigus, un étirement grinçant de sons balayant le spectre de l’audible sans aucune harmonique. Le métal avait prise sur cette âme muselée, bâillonnée, maitrisée et même l’usage de son prénom résonnait comme le miaulement d’un chat sur un toit par une nuit de lune pudique.

Il savait qu’ils viendraient, que ce n’était qu’une question de temps. Il savait que sa fureur s’abattrait sur eux comme une tempête au cœur de l’été. Et elle qu’en savait-elle? Le défier? Pour espérer quoi? Avoir le dessus? L’appeler lui à l’aide? Ce blond qu’il maintenait fermement sous son joug? Elle le provoquait de son corps, de ses mots. Elle cherchait une conscience là où il n’y en n’avait pas. Derrière lui, le bruit de la mêlée prochaine s’amplifiait. Il ne l’aurait pas. Il ne l’aurait plus? Qui? La blonde captive des Houx-Rouges. Ce n’était pas la première fois qu’ils se croisaient. Elle le savait, il le savait et il semblait que cette fois encore elle échapperait à sa fureur dévastatrice. Pourquoi? À cause d’elle, cette brune qui le défiait, cette gourde que Søren s’enfilait dès qu’il avait un moment, cette catin qui appelait à l’aide mais qui ne savait comment s’y prendre avec lui. Pourquoi? Parce qu’il n’y avait pas de moyen, parce qu’il était tout ce que Søren contenait en lui de mauvais: haine, colère, vengeance, qu’il était l’essence de ce patrimoine Eriksen qu’il cherchait à masquer. Le revers de la main scandinave vint alors lourdement heurter la mâchoire d’Eudoxie.


- Salope! Si tu cherches à me priver de mon plaisir, tu échoueras…parce que tu ne me comprends pas.

L’Autre relâcha alors son étreinte. Ses sourcils se plissèrent et ses lèvres s’étirèrent. Un rictus de satisfaction remplaça la crispation des traits de son visage. Son regard passa outre Eudoxie et s’étira jusqu’à la captive blonde tenant son fils entre ses mains. Il s’était approché de la table basse qu’utilisait la maitresse des lieux pour écrire à la lueur d’une flamme discrète un journal intime que personne jamais ne lirait.

- Tu m’as privé d’elle mais la suite m’appartient.

Passant la main derrière la lampe à huile, il tourna la tête vers celle-ci puis son regard passa vers les trois autres personnes présentes dans la pièce.

- Rendez-vous en enfer pour terminer ce que nous venons de commencer!

La lampe fut alors violemment projetée contre le sol. Son contenu s’étala sur le tapis, là où une chasseresse à moitié dévêtue mettait à mort un cerf de belle taille. Le liquide s’embrasa immédiatement, suivant les chemins que l’huile s’était taillée au travers de la forêt tissée de laine, avalant tout sur son passage pour satisfaire son appétit de matière combustible. Au travers des flammes qui s’élevaient, l’Autre pouvait apercevoir le premier homme de main de Niels qui se frayait un passage au travers d’une porte défoncée.




Passe, impair et manque.... Le taulier quitte la table de jeu et le visage de la petite brune, dont le chignon de fortune se délia sous l'impact de la paluche danoise, recevait la douloureuse addition de sa défaite, le souffle coupé de sentir cette main trop connue lui prodiguer une souffrance qui outre l'aspect physique se jouait bien plus en interne, au ceux de ses entrailles, de son cœur, de son... âme.
Il avait gagné... cette fois, rien ne semblait pouvoir l'arrêter et le regard noir se fit brillant en regardant la scène continuer de se jouer sans elle, clignant à peine des paupières en voyant le chemin de feu se former sous ses yeux, mourir ici ou dehors, de sa main à lui ou de celle de Niels... Quelle différence à part le bourreau...

Lentement le regard se porta sur le garçonnet effrayé et c'est Soren qu'elle vit, son enfant à naitre, peut-être un des maudits Eriksen après tout, et si tout venait de là au final ? De cette malédiction ? De ce qu'ils avaient voulu combattre en décidant d'avoir ce bébé, de défier une destinée danoise longue de plusieurs générations... et cette godiche qui restait à chouiner sans bouger et lui qui souriait et.... eux qui arrivaient.
La nuque raidit de colère et de haine, Eudoxie engagea en visuel la porte fenêtre de la pièce donnant sur les jardins visités plus tôt et tournant dos à l'infâme et aux flammes se saisit du gamin l'arrachant à sa mère en la fusillant du regard.

Bouge-toi le cul !!!!

Et ne pas chercher à comprendre en ne réussissant pas à ouvrir cette foutue porte se mettant à coller de grand coup d'épaule à s'en déchirer la peau, jusqu'à la voir céder manquant de la faire vaciller, en poussant le gamin dehors lui murmurant "sauve toi".
Petit blond courant au travers du labyrinthe des jardins, le visage aux traits tirés par le mépris se figea sur la blonde sur lesquels la lumière des flammes se reflétaient sous le sourire jubilatoire de l'autre qui se délectait de sa peur, mais un détail manquait à son équation.

Sans crier gare, la bestiole se rua comme une furie sur l'autre, sur lui, sur son danois, sur celui qui restait envers et contre tout Soren, le poids de son corps alourdi de l'enfant qu'elle portait emmenant la brute scandinave au sol tout comme elle, avant de hurler à la blonde, pour la faire réagir et enfin la voir déguerpir.
CASSE TOI NOM DE DIEU !!!!
Blasphémer ? Eudoxie ? Lâcher prise, le dernier cran de sureté venait de sauter, il n'était qu'un moment où la brune prononçait cette phrase dans son entier, et celui-ci était plus du genre extatique qu'apocalyptique, et la main armée se leva pour venir se planter dans le gras de l'épaule déjà meurtrie, regard noir rivé à la clarté de celui du danois, rien de vital, en tout cas elle l'espérait mais suffisant pour argumenter ce qu'elle siffla entre ses dents.

J'ai besoin de toi, et je me fous de ce que tu diras je sais qu'il est encore là quelque part.
Et je ne te laisserais pas me le prendre, Seurn est à moi.


De tourner la lame dans la chair épinglée par la lame danoise, plus rien à perdre... il pouvait se débarrasser d'elle comme d'un insecte indésirable et elle le savait, mais sans lui, elle y resterait de toute façon...
Folie, hérésie, envie d'y croire ou force du désespoir... à votre choix M'sieu, Dame

Je lui ai fait une promesse, tu dois savoir laquelle... Toi qui vois, entend et sais tout...

Penchée sur lui lèvres furent scellées d'un baiser dont le goût se fit "différent", entre confidence et vice, sang s'écoulant de la lèvre fendue par la beigne qu'il lui avait coller le réhaussant d'une pointe "acide", avant de chuchoter à son oreille d'une voix qui ne souffrait aucun doute quant à sa détermination et la véracité de la menace, même si elle devait y laisser sa vie et celle de son bébé.

As-tu envie de prendre ce risque "l'Autre…"

Tu ne m'appelles pas ? Et bien si… il était et resterait l'Autre ! Ce parasite, ce côté sombre qui venait potentiellement de perdre la seule alliée qu’il n’ait jamais eu.
Et oui, la pièce était en feu… oui les sbires de Niels se pointaient de l'autre côté des flammes… et alors ??? Tout se jouait ici et maintenant alors qu'assise sur lui, le surplombant lippes gouttant le carmin et visage tacheté de sang, Eudoxie gardait sa dague ancrée dans l'épaule déjà salement amochée qu'elle venait de meurtrir un peu plus, onyx rivés aux topazes sans ajouter un mot.





Le brasier prenait rapidement de l’ampleur. Les flammes léchaient déjà les tentures des rideaux, enveloppaient les lattes du plancher de leur étreinte ravageuse. La chaleur de l’endroit rendait le lieu étouffant. Les prunelles de l’autre se teintèrent alors d’un rouge ondoyant, un avant-gout de l’enfer solaire. Il l’avait vu se jeter contre la porte-fenêtre qui donnait sur le balcon, dans les jardins et il avait souri. Elle se démenait comme un démon qui frétille dans un baptistère, pataude comme le sont les femmes enceintes jusqu’au cou. Et eux…Eux. Ceux qui allait devoir subir son courroux, ceux qui croyaient pouvoir l’arrêter au travers de ce rideau de flammes. Pauvres insensés! Niais! Ils couraient tous vers leur mort, avec l’empressement des sots.

La fenêtre céda. Le bruit du verre qui éclate en mille morceaux et se répand au sol attira l’attention de l’Autre. Il vit Eudoxie pousser le gamin hors des murs de la pièce en feu, s’échapper de l’enfer. Il tourna ensuite la tête vers l’intérieur, vers cette larve rampante au sol, ratatinée dans une posture catatonique comme si cela la mettrait à l’abri des coups. Elle tremblait, elle était terrorisée, tétanisée par sa peur. Elle était en son pouvoir, même s’il ne l’avait pas encore frappé. A nouveau ce fut vers les intrus qu’il se tourna. Il déchainerait sa fureur sur eux.


- Approchez!… Approcheeeeeez!!!!!!!

Il attendait l’assaut vers l’avant et c’est de l’arrière que vint l’attaque, d’une démone en cloques qui espérait encore. Sous l’effet de surprise, elle le jeta au sol, plantant sa lame dans son épaule. La fureur qui l’animait lui ôtait le rendait moins sensible à la douleur. Le sang gicla des chairs déchirées. Elle lui parlait et il s’en foutait. Elle évoquait une autre personne, celui dont il occupait le corps et en cet instant, il n’en n’avait cure. Il était dans son élément, là au milieu des flammes, du désespoir, de la haine qu’elle le vouait. Sans même l’avoir cherché, il la nourrissait elle, comme il avait nourri Søren pendant toutes ces années. Elle lui parlait d’une promesse, celui de tuer son blond s’il devenait dangereux pour elle. Était-ce par ces mots, par un baiser, qu’elle espérait le voir disparaître? Pouf… Comme les petits génies d’Orient?

Du côté de la porte, les gardes portant les armes de la maison de Niels cherchaient un moyen de passer la barrière de flammes. Des ordres furent aboyés, la fenêtre défoncée fut pointée du doigt et des bruits de bottes précipités se firent entendre derrière eux.


- Dégage de là catin! Ou toi, ton mioche et lui ne survivront pas.

Elle pouvait le tuer. Elle pouvait tous les tuer et finir tout cela dans la haine, la violence et une marée de sang. C’était ainsi qu’il avait toujours vécu. C’était son monde, celui qui inspirait de ses paroles à Søren. Sa tête tourna de la porte encore gardée par une poignée de soldats en armes à la fenêtre vers laquelle d’autres se ruaient en passant par l’intérieur de la bâtisse, cette porte de sortie par laquelle Eudoxie avait fait sortir l’enfant. Son regard se reporta vers elle une fois de plus. Il aurait pu aisément l’envoyer valser dans le brasier toujours plus vigoureux. Elle avait voulu jouer avec lui? Elle devait désormais finir la partie.

- A toi de choisir: La vie….ou la mort: pour tous !
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