Afficher le menu
Information and comments (3)
<<   <   1, 2, 3, 4, 5, 6   >   >>

[Rp] La mémoire dans les Tresses....

hildegarde.


Le 20 Mars - Tolon, Ville Franche

Encore une journée sans joie, sans rire, sans chaleur malgré les rayons dans lesquels le soleil les avait baignés alors qu'ils jouaient avec la porteuse de faux.

Encore une journée de combat, de douleur, de blessure, de mort...

Il estait vivant... Du moins il l'estait il y a quelques jours selon ceux qu'elle avait rencontrés en taverne. Elle avait emprunté une grande partie des rues espérant croiser ses tresses... Mais aucune vision de sa haute stature. Ses pas l'avaient ensuite amenée à arpenter une partie du campement, sans grand succès. Estait-il parti en mission? Loin de Tolon? Ses paupières s'abaissèrent quelques instant, moment fugace ou elle s'imagina croiser son regard, sentir la caresse de ses doigts sur sa joue...

- Ma Dame, il faut rentrer... Cela ne sert à rien de rester ici, vous ne le trouverez pas ainsi...

Long soupir, les cils de la Belle se mouvèrent enfin pour embrasser du regard le champ de bataille jonché de corps.

- Vous avez raison Pépin, il y en a tellement... tellement trop...

La fleur de l'espérance qui naissait chaque matin se mourrait le soir, pour renaistre à nouveau après une nuit salvatrice ou la Donà pansait les blessures de son coeur... Mais les pétales devenait de plus en plus fébriles à mesure que les jours passaient... Chaque jour estait une lutte contre les démons qui lui sussuraient qu'il fallait l'oublier, qu'il ne reviendrait jamais... Point de résignation, mais conviction qu'un jour elle croiserait la noisette de ses tresses au détour d'une ruelle.... Ou peut-estre n'estait-ce qu'aveuglement de la Donà de Brison Saint Innocent qui ne pouvait se résoudre à accepter le mauvais sort qui semblait leur estre réservé.

Pépin lui offrit son avant-bras, et c'est le bras enlacé au sien qu'ils revinrent au campement... Hildegarde laissait nonchalamment trainer son espée sur le sol, il aurait juste fallu suivre le sillon formé par la pointe pour les rejoindre sous le carmin de sa tente.
Les nouvelles estaient changeantes, tantost on lui contait que la victoire estait proche, tantost on lui rappelait que le Marquisat estait féroce et que la résistance s'organisait. Qu'ils les affameraient afin qu'ils partent... ou qu'ils crèvent.

Repas en groupe, autour du feu, du poisson... Rien d'estonnant vu leur lieu de villégiature. Silence pesant, deuil de ceux qui venaient de rejoindre leur voisin, leur frère dans l'au-delà. Tout devait cesser... Le plus vite serait le mieux... Afin que le peu qu'il restait puisse à nouveau trouver le sourire en retrouvant leur compagne, à gouster aux plaisirs de la vie, à la douceur de l'eau du lac lorsque le soleil se faisait trop bruslant.
Les turquoises de la succube, fixées sur un point imaginaire de l'horizon, tentaient d'offrir à la Donà la vision de Salesses. Quel temps y ferait-il? Etouffant et sec? Combien de moutons pourraient-ils avoir dans les estables? Quel nombre serait suffisant à les agacer tant leurs bêlements seraient perçants? Et ces vers dont elle avait tant entendu parler... Pourrait-elle en acquérir pour tisser ceste si précieuse soie?
Tant de projets qui devenaient souffrance tant elle estait dans l'ignorance.

Le crépuscule les enroba de ceste aveuglante obscurité, instant mi chien mi loup qui brouillait leur vision... Tout repère perdu, ils partirent s'enrouler dans les peaux de bestes dont la Donà les avait doté. Hildegarde, quant à elle, se réfugia derrière les pans de la tente, liqueur à la main... ne pouvant au milieu de cest amas humain donner libre court à ceste boule d'inquiestude qui lui bloquait la gorge... Sans doute aurait-elle alerté la moitié du campement en hurlant telle une possédée pour exprimer au monde toute ceste sombre colère qu'elle ne faisait que réprimer.

Demain elle tuerait, encore... Au nom de l'Empire libérateur... Et déverser toute ceste haine contre ceux qui l'avaient sans aucun doute privé de sa chaleur.
--Julyan
[Plus ou moins au moment où deux femmes se penchaient sur un corps tressé; en Provence, pas loin de Toulon.]

Il l'avait vu choir le Senher.
A croire que ces hommes là ils étaient pas plus résistants que des autres.
Massif, tressé et le visage plein de hargne, il n'en était pas moins tombé comme bien d'autres. Un coup sur le crâne et il s'était écroulé...

... Et lui ben il avait fuit. Il savait qu'il risquait cher. Faisait pas bon de quitter l'armée en courant, même quand son Seigneur venait de se faire tuer au combat.
Enfin si il était mort. Il avait l'air mal en point de toute façon, il ne risquait pas de se relever.
Mais de toute façon, il le connaissait à peine l'Insanius là...
Le Tressé n'avait encore jamais mis les pieds dans sa Seigneurie depuis qu'il en avait obtenu la charge. Ce n'est pas à un homme comme lui qu'on doit obéissance.
Salesses, terres de pâtures fournissaient des bergers et pas des guerriers, l'homme n'y aurait pas connu son affaire.

Il les avait fait venir du Languedoc, lui et quelques autres pour venir guerroyer pour des prunes dont ils se moquaient bien. Armés, malhabiles et apeurés il les avait mené au combat au nom d'un Roy qu'ils avaient jamais vu...


Qu'il pourrisse ce fion d'tressé...

Charmant, il cracha au sol pour ponctuer sa phrase. Et maintenant, qu'il s'était carapaté, il se retrouvait comme un idiot, perdu au milieu d'une terre hostile.
Il voulait rentrer chez lui, il en avait plein le dos de ces imbécilités...
Mais par où aller? Il y connaissait guère en matière de Provence... Voisin peut être, mais lui il préférait la compagnie des bêtes à celle des conteurs...
Et puis s'il partait faudrait éviter les Provençaux comme les Français. La fuite c'est la trahison...

Assis, la tête dans les mains il se sentait sur le point de pleurer. Il avait même pas seize ans et il était déjà traitre à son Seigneur...


Mon pauvre Julyan te vlà bien encrotté... Va falloir trouver une solution...

Il voulait revoir sa mère, il voulait revoir sa gueuse... Embrasser la première et trousser la dernière, ne serait ce qu'une dernière fois...

Se frottant les tempes comme si ça l'aiderait à réfléchir, il pesait le pour et le contre de chaque situation.
Fuir, sans être sûr du chemin à prendre l'amènerait chez ces porcs d'italiens... A condition de ne pas se faire faucher par une armée de soudards en manque d'action...
Retourner au camp, c'était risquer de se faire pendre pour désertion...
A moins de trouver directement un Languedocien qui plaiderait en sa faveur...


Joan... Le larbin du Tournel, pt être qu'il pourrait m'aider... Ou la belle rousse, la donzelle du Tressé, pt'être qu'ils m'empecheront d'crever!!


A peine ragaillardit par l'idée d'échapper à sa peine, il se releva d'un bond. Fallait rentrer au camp et vite! il avait assez passé de temps dehors, il avait manqué des combats, fallait pas aggraver son cas!
La pas vif, il courut... Direction le campement d'IPM...
Virginia_
Ma marionnette étant morte la nuit passée, j’ai hésité avant de la relever pour qu’elle puisse à nouveau intervenir. Mais la beauté du RP qui a commencé avant les derniers faits et l'intérêt qu’il suscite chez moi ont été les plus forts, j’ai cédé momentanément…


La jeune femme perçut la surprise de la jouvencelle qui ne s’attendait manifestement pas à la trouver à ses côtés. Il est vrai que depuis si longtemps il lui semble être une ombre de passage que cela ne la dérangeait même plus. Pour ne pas l’effrayer, elle aussi, elle lui sourit, le regard était las mais le sourire était toujours présent, tel un masque derrière lequel beaucoup aime se cacher. Elle avait franchi le point de non-retour et ne pouvait plus se dérober à présent.

La question la surpris, la toucha au fond d’elle plus qu’elle ne s’y attendait, son mari ? Comment dire que le seul qui l’ait été devant le Très Haut était mort il y a tellement longtemps de cela, quelque part aux alentours de Craons sans que jamais elle ne puisse retrouver sa dépouille ? Comment dire que celui qui l’avait été pendant un long moment devant les hommes était parti un jour sur les routes sans qu’elle n’en soit informée de suite. Comment dire que celui dont elle croyait qu’il le deviendrait en préférait d’autres en plus qu’elle ? Comment dire tout cela à une jeune femme à peine sortie de l’adolescence et qui doit encore avoir tant d’espoirs pour sa vie à venir ? Impossible à dire, impossible de les lui briser, impossible de l’amener dans le chaos qu’est sa propre vie à l’heure actuelle. Donc, elle sourit un peu plus, son regard s’adoucit encore, s’il le peut. Sa voix douce et chaleureuse, seule chose qui n’ait jamais changé depuis tout se temps, lui répond.


Non, cet homme n’est pas mon mari, ni mon compagnon. En fait, je ne le connais pas. Pendant que j’observais, il m’a semblé en difficultés et vous aussi, peut-être.

L’innocence de la réflexion lui arracha un léger rit emprunt d’une certaine tristesse.

Nous sommes tous plus ou moins accompagné…

Les ombres du passé, les remords pas les regrets, ça non, elle n’en avait pas ou plus, au choix, les souvenirs bons ou mauvais, l’attachement, la conscience, la croyance, la Foi, le doute, le scepticisme et bien plus encore ne l’accompagnaient-ils pas depuis si longtemps ? Mais comment l’expliquer à une vierge dont la vie semblait avoir été épargnée jusqu’ici ? Comment anéantir ses illusions ? Impossible à faire. Chacun devait faire le chemin qui lui avait été tracé à sa manière, faire ses propres expériences, vivre ses propres joies, ses propres peines. Ce n’était certainement pas à elle de lui imposer le sien et les siennes.

Je suis Vinou … A Toulon … de passage …

Là encore, la jeune femme ne pouvait en dire plus. Tant de choses devaient rester cachées, dissimulées, tenues secrètes. Pourquoi me suis-je tellement approchée ? Pourquoi ? Ramenant son attention sur l’homme qu’elle voit vraiment pour la première fois, elle le vit ouvrir presque péniblement les yeux, l’observe avec attention de ses lapis-lazuli, penche la tête sur le côté, plus par habitude que pour se donner une contenance. Elle a envie de le toucher, voir s’il est bien réel, lui caresser la joue en un geste doux et presque tendre, mais ne le fait pas, toujours cette gène de déranger, toujours cette pudeur excessive à montrer ce qu’elle ressent en présence d’inconnus.

Se rattacher à ce qu’elle connaît, ce qu’elle contrôle vraiment, la maitrise de soi, l’impassibilité, le détachement des gestes purement de soins. Elle glissa alors la main dans la nuque du tressé, lui porte la gourde aux lèvres et y fait couler lentement un peu d’eau. Celui-ci à déjà refermé les paupières, il semble s’être endormi, pour un repos salvateur, pour s’abîmer dans les méandres de son inconscient, pour toujours … Elle ne saurait le dire.

_________________
--Julyan
Un merci à ljd Vinou de la part du joueur Tressé... Oui oui, le joueur aussi est Tressé...


[Quelques lieues après l'avoir quitté précédemment.]

Fallait se bouger et vite!
Éviter les patrouilles des deux camps et regagner le bivouac fissa...
Ni vu ni connu il fallait pas se faire remarquer. Il voulait pas finir en geôle parce qu'il était français, il voulait pas se faire punir parce qu'il avait déserté.
Et bon sang ce qu'il avait faim! La pitance de l'armée était dégueulasse ça on pouvait le dire... Mais il serait heureux une fois qu'il pourrait la retrouver.


Allez cours plus vite mon pauvre Julyan... Si tu veux r'trouver ta gueuse bouge toi le fion...

Se remotivant comme il pouvait, il força encore un peu l'allure. Bientôt en vue des sentinelles du camp français. L'armée Normande enfin...
Essoufflé, il s'arrêta net. A quelques mètres des gardes il était courbé en deux, soufflant comme un bœuf. Après quelques secondes, il arriva à se redresser et à se donner une allure presque convenable...
Plus qu'a franchir la distance qui le séparait des hommes postés là et il saurait si on avait signalé sa fuite...
A pas lents, le cœur cognant, il avançait... Les soldats ne bronchèrent pas... Seul signe qu'il l'avait remarqué, un hochement de tête, permission d'entrer...
Ils l'avaient reconnus, mais ne l'avaient pas arrêté...


Pfiouuu... Ben mon gars t'as de la veine... Allez, plus qu'a mettre la main sur Joan...


Le cœur plus léger, le souffle plus posé, il s'enfila a travers le dédale de tentes. Plus qu'à retrouver les armes du Phénix et il croiserait à coup sur le languedocien...
Partout sur son chemin, les mines étaient lasses... Il y avait du avoir encore des combats aujourd'hui. Pendant que lui se cachait dans son coin...
Faudrait trouver une excuse autre que sa couardise pour ça... Enfin chaque chose en son temps.
Une miche de pain attrapée rapidement au messe de la piétaille et il poursuivit sa recherche...


La bas! Je la vois!

A quelques mètres devant lui flottait dans un léger mistral la bannière du Tournel. Se faufilant entre les hommes présents, il gagna vite la tente du Vicomte et se posta a proximité. Il espérait ainsi que Joan passerait et le remarquerait...
En attendant, il attaqua à pleines dents la pauvre miche de pain qui commençait déjà à être rassie...

Je donnerais mon bras pour mettre un peu de fromage avec ça...
Actarius
[Sous la tente du phénix]

Les cent pas... Condamné à faire les cent pas. Il était des instants délicieux auprès du puissant feudataire languedocien, mais mieux valait éviter sa compagnie lorsqu'il demeurait ainsi à ruminer le feu qui rongeait son esprit. L'expérience, les années, ce collier de barbe, la paternité, rien n'avait suffi à apaiser cette fougue. Certes, il s'était assagi au fil des hivers, mais en lui subsistait cette impatience parfois juvénile qui donnait lieu à de belles représentations de colérisme avéré.

Il tournait le Vicomte du Tournel, il tournait sous cette toile dont la seule vue commençait à le titiller. Il avait bien rédigé quelques courriers, mais là il n'y parvenait plus. L'idée d'entretenir une correspondance alors que d'autres combattaient lui hérissait les poils. Et les nouvelles du Languedoc le lassaient. Toujours la même rengaine et tourner, tourner encore à ne rien faire en attendant de retrouver enfin le combat. Car, malgré son adultère avec la politique, le Mendois était de cette race pure des guerriers. Il ne se sentait jamais aussi vivant qu'au moment où la mort portait son souffle glacial sur la nuque. Il était de ceux pour qui il ne pouvait exister plus belle mort que celle offerte par le dernier coup d'épée lors de l'ultime bataille.

Certains voyaient la guerre comme une horreur. Futiles considérations de jouvenceau inexpérimenté. La guerre était par essence la plus grande entreprise humaine, aucune autre forme de projet ne rassemblait tant d'ardeur, tant de différences, tant d'énergie sous une même bannière. Certes, les conséquences étaient dramatiques, certes les souffrances étaient présentes. Mais sur un champ de bataille le verbiage des diplomates, les sinueux méandres des rhéteurs souvent incultes qui peuplaient les arènes politiques disparaissaient. Il ne subsistait qu'une vérité, simple, acerbe et amère comme l'était trop souvent la vie en temps de paix, celle des armes. Et face à cette vérité, nul mensonge ne survivait. Dans la peur, dans la rage, dans la folie, la sincérité primé. On ne pouvait feindre face à un adversaire prêt à prendre une vie. Que pouvait bien être la guerre si ce n'est l'exacerbation de la sincérité, un condensé d'une vie humaine hantée par la souffrance et la mort ?

Cette question avait longtemps parcouru son esprit. Et il en était arrivé à la simple conclusion que rien ne reflétait autant la quintessence de l'humanité que la guerre. Une conclusion froide, sordide, qui contrastait généreusement avec un caractère plutôt bonhomme, serviable le plus souvent, enjoué, mais loin du cynisme d'un Diogène entonnelé. Sans doute une des contradictions qui composaient l'être humain comme une symphonie dissonante, parfois atone alors qu'elle laissait entendre la puissance dans le même temps.

Ces considérations, aussi profondes fussent-elles, ne perturbèrent pas pour autant le méticuleux tracé vicomtal sous la toile. Les pas se multipliaient tandis qu'au dehors, non loin de là, un pauvre hère aurait donné son bras pour un peu de fromage. Le malheureux ne vit pas le morceau de tome tant désiré surgir de la temps, mais il put apercevoir la silhouette guerrière d'un Languedocien au visage marqué par un agacement certain. Le temps de l'habituelle tour du campement était venu, le temps d'abandonner la tente pour respirer l'air pur d'un combat qui se préparait pour la nuit.

_________________
Ysaure
[ Près du Tressé ]

La question posée par Ysaure ne dérangea pas la dame qui continuait de lui sourire. Cependant, la jeune fille perçut un voile de tristesse passer dans ses yeux magnifiques. Elle en fut peinée. Sans doute, cette femme avait perdu son époux à la guerre. Cette épouvantable guerre avait fait beaucoup de veuves et d’orphelins. Même les femmes combattaient dès lors pour sauver leur honneur, et leur patrie avant tout.
Ysaure n’avait que seize ans et n’aspirait qu’à une seule chose. Que ces maudits combats se terminent vite. Elle était comme un papillon qui vient de sortir de sa chrysalide et qui n’aspire qu’à butiner de fleur en fleur pour en recueillir le nectar. Malheureusement, Ysaure comprenait bien à cet instant que la guerre avait pourri les boutons et qu’il faudrait attendre un printemps plus vert avant qu’ils ne puissent s’épanouir et devenir de jolies fleurs parfumées.

La dame qui s’appelait Vinou souleva délicatement l’homme tressé par la nuque et lui donna de l’eau. Ses gestes étaient précis et sûrs. Des gestes simples presque anodins mais qui rassurèrent Ysaure. Elle sourit à Vinou exprimant ainsi qu'elle était contente qu'elle soit là pour l'aider à sauver cet homme et qu'elle lui accordait sa confiance.
L'homme était toujours endormi.
Ysaure dit de sa petite voix douce et fluette :


Il est bien mal en point, n’est-ce pas ? On pourrait peut être l’emmener pour nettoyer et panser ses blessures …Mon cocher m’attend là-bas un peu plus loin. Il nous aidera à le porter dans le carrosse. Enfin, j’espère…

Ysaure hésitait. Elle observa la tenue de l’homme qui ne ressemblait plus à rien. Des lambeaux déchirés et ensanglantés.

C'est-à-dire que mon cocher aidera cet homme seulement s’il est provençal. Croyez-vous qu’il le soit ?

Elle posa ses yeux innocents et interrogateurs sur Vinou, ne se doutant pas un seul instant que cette dernière appartenait aussi à l’armée française.
Virginia_
[Toujours au même endroit ... en plein milieu de nulle part]

L’homme n’avait toujours pas rouvert les yeux, aucun mouvement n’avait été fait, rien ne semblait plus l’animer. Avait-il poussé son dernier souffle sans qu’elles ne s’en rendent compte ? Ce pouvait-il qu’il soit parti rejoindre le Très Haut en sa demeure et qu’il ne soit plus ? Vinou secoua légèrement la tête, ne voulant, ne pouvant pas accepter cette possibilité. La voix douce et fluette de la jouvencelle la ramena à la réalité.

S’il est mal en point ? Je n’en sais rien, vraiment. A juste le regarder, il est difficile de juger de son état.

Parfois les blessures que l’on ne voyait pas étaient plus importantes que celles qui étaient visibles de tous. La jeune femme ne le savait que trop bien. Tout comme elle savait le pouvoir que l’inconscient et le mental pouvaient avoir sur les hommes et leurs facultés de guérison.

Le bouger n’était peut-être pas la bonne solution mais peut-être qu’elle l’était. Comment en avoir la certitude ? Il pouvait avoir des lésions internes plus ou moins importantes. Le déplacer ne faisant que les aggraver mais ils ne pouvaient pas non plus rester là en plein milieu de nulle part, le froid et l’humidité pouvant également causer des ravages.

Vint la délicate question de l’origine du tressé. Vinou était presque persuadée de la connaître mais n’aurait pu le jurer. Un nom sur une liste, voilà tout ce dont elle se souvenait, rien de plus, rien de moins. Un nom pouvait si facilement être mal calligraphié. Un nom pouvait tout aussi facilement appartenir à plusieurs personnes, surtout sans complément. Elle jeta un coup d’œil à la dérobée au coché, se rendant compte que sa réponse pouvait le mettre en péril, peut-être même les mettre en péril tous les deux. Était-cela le plus important ? L’origine passait-t-elle avant le fait d’être un être humain ? Sonnerait-elle le glas de l’aide providentielle qui leur fut apportée ?

Je ne saurai vous dire s’il est Provençal ou non, pas avec certitude. Pour ma part, je suis Française.

N’ayant nullement honte de son ascendance, elle reporta son attention sur le blessé qui ne bougeait toujours pas. Pourtant, il lui semblait voir sa poitrine se soulever et s’abaisser au rythme d’une respiration régulière. Elle se pencha vers lui, telle une aimante se penchant vers son aimé pour lui chuchoter des mots tendres. A la place de ceux-ci …

Nous ne nous connaissons pas, je ne sais rien de vous tout comme vous ne savez rien de moi… Mais ce que je sais, c’est que vous ne pouvez pas vous laisser aller ici… Vous ne pouvez pas baisser les bras loin de votre foyer, de vos amis, de votre famille… Vous n’en avez pas le droit, vous m’entendez … Nous ne pouvons laisser ce bourbier nous prendre ce que nous avons de plus cher … notre vie est tout ce qu’il nous reste … elle n’est pas toujours ce que nous souhaitons qu’elle soit mais elle est à nous et à nous seuls … Bougez, faites un geste, un bruit, un son, n’importe quoi … mais montrez-nous que vous êtes un être humain et non une carcasse vide …

La femme avait fait place à la mère, la mère à la combattante …
_________________
Carmeen
[Non loin de l'attroupement crée autour d'un Tressé]

Petite gitane la tête enfoncée dans son capuchon déambule dans les rues, puis sur les chemins, dans la campagne, sa cape se fond avec ses cheveux noirs, et chacun de ses pas est rythmé par le tintement de ses bracelets aux chevilles. Elle flotte, vole, sautille. Elle est dans son monde à elle, monde délicat et sans cris, aux jolis voiles colorés et bijoux scintillants.

Ses paupières sont clauses face à la vraie vie, celle de la guerre et de ses cadavres. Pourquoi regarder la triste réalité lorsqu'on peut s'abandonner aux rêves agréables ? Pourquoi se contenter du pire alors qu'on peut avoir le meilleur, si facilement ? Pourquoi s'empêcher de vivre comme il se doit à cause de la bêtise des autres ? Hein, pourquoi ?

Une brise de vent frais fait retomber le capuchon de Carmeen, soulevant derrière elle un nuage de poussière. Une frimousse en bataille s'en dévoile, aux quelques cheveux tressées, d'autres attachées à des ficelles tantôt rouges, tantôt bleues, les plus chanceux pourront apercevoir des perles brillantes enfilées sur plusieurs mèches.
Depuis "ce" temps, les marchés sont inintéressants, dépourvus de bijoux et des soieries, "du pain pour les soldats, du pain!". Quelle misère pour une Ô grande jouvencelle digne de son nom, quelle honte pour tous ces marchands en qui elle a confiance, à qui elle donne toute sa fortune pour des pendants d'oreille en argent ou des foulards venus d'Orient.

Tout en marchant, elle essaie de penser mais n'y arrive pas. Non, pas que sa petite caboche ne puisse le faire, au contraire. Seulement, pour elle, penser c'est se rappeler d'une personne, méditer sur une théorie inextricable, ou simplement se souvenir de ce qu'elle a bu hier. La danse ne rentre pas dans le sujet, la danse ne se pense pas, la danse se vit... ou se rêve. Tout un art de vivre, Carmeen, il faut l'avouer.
Bref, la conclusion est toujours la même. Elle ne pense jamais. A quoi ? A qui ? Son cœur est dépourvu de sentiment quelconque, c'est sûrement la seule partie de son corps qui n'exprime rien. Pof, s'enfou, c'est le corps qu'on voit danser, pas le cœur.

Alors elle vagabonde, sans but, sans âme. Une grande enjambée pour passer au-dessus d'une flaque d'eau, ses multiples jupons colorés voltigent joyeusement, une autre pour éviter un petit buisson, un pas sur le côté pour éviter un m'sieur allongé à terre. Et un deuxième m'sieur.

Gné ?

Elle s'arrête net. Fait un pas en arrière, regarde par terre. Penche légèrement la tête sur le côté comme pour mieux contempler le visage ensanglanté, et une grimace de dégoût se forme sur son minois. Mais lorsqu'elle lève le menton pour regarder l'horizon, c'est un cri d'horreur qui s'échappe de ses lèvres, perçant. Un champ de bataille.

Elle réfléchit plus, la gitane. Elle a peur, et comme par magie, elle se met à penser. Et s'il y avait encore des soldats ?! Et si la bataille n'était pas terminée ? Et s'ils allaient se jeter sur moi ?!!
Ses jambes s'activent, courent, vite, sans savoir où aller... à moins que la destination "Partir-vite-d'ici" existe. Elle saute par dessus les corps mutilés, atterrit dans des flaques de sang, trébuche, panique, tremble.
C'est un joli tintamarre qu'elle crée là, de quoi alerter toute la Provence, de quoi réveiller tous les morts. Debout mes jolis, c'est fini la sieste !

Course folle dans un labyrinthe de cadavres, Carmeen continue de courir, des formes se dessinent là-bas. Et moins la distance entre les silhouettes et elle est importante, plus la brune gagne de l'espoir. Des femmes, ce sont des femmes ! Peu importe leur camp, leurs origines, elles peuvent l'aider à sortir de cet endroit nébuleux et terriblement puant.

Elles l'ont vu, ça y est. Elles la regardent, mais Carmeen ne les regarde pas, son attention est attirée par autre chose. Entre elles deux, une forme. Un corps. Un homme. Ses pas ralentissent lorsqu'elle arrive à proximité de celui-ci. Ses sourcils se froncent un instant, et son visage -au lieu de se décomposer comme toute personne voyant une connaissance dans un état pareil- devient de marbre.
Se laissant tomber à genoux près de la carcasse du tressé, elle murmure :

Qu'est ce qu'ils t'ont fait...

Elle relève la tête, plante son regard dans celui de la plus jeune, puis de la brune, sûrement plus âgée.
D'une voix rauque et emplie d'amertume, elle prononce quelques mots, qui, l'air de rien, la glacent toute entière.

Il est mort ?
_________________
--Julyan
[Le camps français... Près de la tente du Vicomte du Tournel]

Derrière les voiles et les tentures, une ombre s'agitait.
Il pouvait la voir, énervée, excitée... Le grand seigneur languedocien semblait nerveux... Ils avaient du perdre une bataille. Ou peut être qu'il savait pour le Tressé...

La miche de pain descendait difficilement dans sa gorge. Il connaissait les colères du Vicomte Actarius... Il n'avait pas vraiment envie d'en subir les conséquences.

Reposant à côté de lui les restes de son pain, il joignit les mains devant lui.


Prie mon gars, le Très-Haut aura pitié de toi...

A peine un murmure entre ses lèvres... Les yeux clos, il adressa sa prière en silence. Demandant pardon sa couardise et courage pour se présenter face à Actarius...

Quelques instants plus tard, il ouvrit les yeux, un peu plus serein.
Malheureusement, ça ne dura pas... Les pans de la tente s'écartèrent et la silhouette massive du Tournel en sortit, provocant une chute glaciale dans la gorge du pauvre berger...
Il fallait y aller... En finir vite...

Il se leva d'un bond et la tête baissée s'approcha du Phénix qu'il interpella...

Seigneur... euh Messer... Enfin, Vicomte... Il... Il faut que je vous parle...

La gorge noué, le regard toujours fixé sur ses pieds, il grimaça, l'entrée en matière était déjà mauvaise...
Actarius
[Le camps français... Près de la tente du Vicomte du Tournel]

Le visage levé vers le ciel, il inspira une grande bouffé d'air. Loin d'être pur, celui-ci trahissait par l'amertume qu'il laissait au fond de la gorge la tension. Cette douce et terrible tension. Celle-là même qui chatouillait l'estomac jusqu'à la nausée, qui piquait l'échine régulièrement offrant à l'esprit une jolie acrobatie sur une corde tressée de peur et d'excitation. La guerre se sentait, se voyait, s'entendait, se palper, se dégustait. Elle se respirait. Omnisciente ténébreuse poussant l'être jusqu'à ses ultimes limites, celles où se jouait le théâtre de la mort ou de la vie.

Ses paupières se fermèrent un instant. Le noir, le vide, le néant, une étrange quiétude, le ru paisible et bleu encore d'un torrent de sang. Il se sentait vivant, serein. L'âme guerrière savourait ce moment précieux loin de toutes questions. Ses iris de sombre Sienne scintillèrent tandis le ciel renaissait à l'horizon. Le visage s'abaissa soudainement et la silhouette du Vicomte se mut.

Une voix soudain, des mots maladroits, des inflexions irrégulières, un tremolo de peur presque de désespoir. Un corbeau encore à n'en pas douter, il avait reconnu son rauque accent. Une nouvelle funeste encore à entendre. Les traits se figèrent, le corps se raidit. La silhouette était devenue statue. Les yeux se fermèrent à nouveau pour ne pas voir, pour fuir ce volatile de mauvais augure qui cracherait bientôt comme un linceul l'annonce d'un drame.

Les commissures de ses lèvres tremblèrent avant de libérer le seul mot possible en pareilles circonstances. Un terme prononcé gravement, solennellement en occitan, dans la langue du coeur.


Parla !
_________________
Ysaure
[Sur le champ de bataille ... trois femmes autour d' un homme]

Jean commençait à s’impatienter. Cela faisait déjà un petit moment qu’Ysaure s’était éloignée. De loin, il pouvait la voir penchée sur un corps. Une autre femme, sortie de nulle part, l’y avait rejoint. Et maintenant voilà qu’une autre encore arrivait, attifée de jupons colorés et parée de grelots tintant dans le silence mortel de la plaine. Une bohémienne, sans doute… Il ne manquait plus que cela. Damoiselle Ysaure avait le chic pour se fourrer dans des situations embarrassantes. Il était hors de question qu’il la rappelle à ses devoirs de jeune fille bien élevée, simple cocher qu’il était. Mais il n’en pensait pas moins et ne manquerait pas de le signaler à Maître Guillet dés leur retour.

La femme aux yeux si bleus était donc françoyse…mais cela importait peu à Ysaure. Durant son long séjour parmi les religieuses, elle avait côtoyé des visiteurs d'horizon divers et en était arrivée à la conclusion qu' il existait du bon et du mauvais en toute personne quelque soit le clan auquel on appartienne.
Cela compliquait juste la situation. Elle avait d’abord pensé à emmener l’homme chez son père pour qu’il puisse être soigné. Mais elle ne pourrait agir seule. Jean ne les aiderait pas, elle en était persuadée. Cette femme avait sans doute un camp de repli où on pourrait se charger de cet homme.
Une chose était sûre. Elles ne pouvaient le laisser là au milieu de nulle part.
La dame murmurait à présent des mots à l’oreille de l’homme toujours inconscient. Petite fouine, elle tendit l’oreille mais ne perçut que quelques mots : famille, foyer, bougez…
Bribes d’espoir insufflées à cet homme qui ne donnait aucun signe de vie. Dans cet élan de tendresse qui la gagnait aussi, Ysaure reprit la main massive et ensanglantée dans sa petite main menue et la serra.
A ce moment même, surgit une tornade de jupons, de bijoux étincelants, un visage éploré sous de longs cheveux d’ébène en bataille, un murmure retentissant teinté de désespoir.

A nouveau, Ysaure lâche la main de l’homme et se recule pour mieux voir cette apparition soudaine. Celle-ci relève la tête, la fixe de son regard sombre de gitane, puis se tourne vers la dame et demande d’une voix qui trahit sa douleur :

Il est mort ?

Ysaure remue la tête de droite à gauche, balbutiant un non à peine audible. Cette jeune fille ne semble pas être beaucoup plus âgée qu’elle. Visiblement, elle connaît l’homme et son immense douleur à le voir ainsi sans vie s’immisce dans le cercle qu’elles ont formé autour du Tressé.
La jeune Toulonnaise, à l’empathie très développée, pose sa main sur le bras de la gitane.

Ne vous inquiétez pas, il va s’en sortir…, dit-t-elle d’une voix apaisante mais déterminée, tout en jetant à Vinou un regard moins certain qui semble dire : « N’est-ce pas qu’il va s’en sortir ? »
--Julyan
[Devant le Vicomte, un minuscule berger...]

Parla !

Mon pauvre vieux t'es dans les orties jusqu'au cou... Voilà ce qui traversa l'esprit du pauvre Julyan. Le ton était dur, la voix cassante. Guère plus engageant que la mine grave, inquiète et lassée à l'avance de ce qu'il pourrait lui apprendre...

Il osait à peine relever la tête, évitant consciencieusement de croiser le regard du Tournel et avec précaution il répondit.


Seigneur, je... Je suis Julyan... Je fais parti des hommes du Seigneur Insanius... Un de ceux qu'il a fait venir de Salesses. Et euh...

Andouille, t'aurais du réfléchir... Comment que tu vas pouvoir lui dire que la grande tresse a passé l'arme à gauche? M'étonnerait qu'il s'en réjouisse...
L'esprit du berger chauffait, teintant par la même ses joues d'une belle couleur prune. L'homme face à lui ne semblait pas disposer à attendre des heures, il fallait se dépêcher...

Avalant sa salive il ferma les poings et se lança d'une traite... Plus vite passé, plus vite soulagé...


Hé bien, je l'ai vu tomber... Je crois qu'il est mort... Frappé au crâne... L'épée à la main...

Ces quelques mots prononcés, il ferma les yeux. Il ne voulait pas assister à l'ire du Vicomte. Même s'il n'ignorait pas que les colères du Mendois s'entendait à des lieues à la ronde et que cette simple précaution ne le protégerait pas...
Actarius
[Face au berger de Salesses]

La phrase s'abattit avec hésitation comme pressenti. L'annonce fut sombre, perverse puisque la croyance n'était pas une vérité. Le Vicomte se retourna. Et soudainement son regard vint frapper le malheureux berger.

Tu crois qu'il est mort ?

La voix était orageuse et ne laissait guère d'espoir sur l'effet qu'avait provoqué ces quelques mots.

Tu crois qu'il est mort...

La tempête grondait déjà et pourtant un silence long, pesant suivit cette seconde injonction. Les yeux du Mendois fixaient toujours le pauvre bougre dont la voix hésitante, le choix maladroit des mots avaient trahi la lâcheté. Pourtant, la lassitude mêlée à un profond abattement étouffa l'orage.

Bien... prépare-toi, nous allons sur le champ de bataille. Il est hors de question que j'abandonne mon vassal aux charognards.

Quelques instants passèrent, le temps pour le Vicomte de réunir quelques hommes et d'envoyer un messager à la Dame de Brison Saint Innocent pour la prévenir de la situation. La petite troupe réunie se dirigea vers le charnier où l'on ramassait toujours les morts et les blessés. La recherche commença avec un berger forcé d'agir comme guide. Nul doute que le pâtre n'aurait pas osé refuser quoique ce soit au puissant Maître de la forteresse du Tournel.
_________________
--Julyan
[Devant la Tempête...]

Tu crois qu'il est mort...

Bien... prépare-toi, nous allons sur le champ de bataille. Il est hors de question que j'abandonne mon vassal aux charognards.


Bah j'suis pas médecin moi! Et puis j'suis pas suicidaire non plus, j'allais pas me jeter dans la bataille pour y passer!
Pensée rapide qui traversa son esprit... Mais le berger se ressaisit vite... Le Vicomte semblait décider à l'épargner pour le moment. Il valait mieux faire profil bas et obéir sans rechigner.


Bien Seigneur...
Hochement de tête rapide et il se mit en poste à côté de la tente d'Euphor, attendant qu'Actarius fut prêt.

Quelques instants plus tard, il menait un groupe d'homme harassés, tous en retrait derrière un Vicomte qui le talonnait. encore un peu et il ne pourrait plus se maitriser ce pauvre berger et il s'enfuirait, croyant être poursuivit par une légion de l'enfer...

Arrivés près de l'endroit où il avait vu le Tressé choir, il s'arrêta. Doutant un instant d'être au bon endroit avant de reconnaitre un rocher derrière lequel il avait pu se cacher. Ils y étaient et montrant du doigt un amas de corps, déjà dépouillés par quelques voleurs de cadavres, il s'adressa au Vicomte.


Voilà, c'est là que je l'ai vu tomber... Mais Seigneur... Je doute qu'il soit encore vivant... vous devriez peut être... attendre en retrait...


Pour la première fois depuis deux jours, il se rendait compte qu'un homme était surement mort. ce n'était plus le Tressé de Salesses... Mais un homme, aimé par ses amis...
Virginia_
[Trois femmes … un homme … la danse continue …]

A nouveau, le temps semblait s’être arrêté pour la jeune femme. Pendant qu’elle murmurait des choses et d’autres au tressé, elle ne s’était pas aperçue qu’une autre personne venait de les rejoindre. Elle ne s’en rendit compte que lorsqu’elle entendit une voix. Le timbre de celle-ci était rauque, peu commun pour une femme et emprunt d’un sentiment étrange que Vinou ne parvenait pas à définir exactement mais qu’elle rapprochait de la mélancolie mêlée à du ressentiment.

Machinalement, elle fronça les sourcils tout en l’observant. Qui était-elle ? Que venait-elle faire là ? Devait-elle prendre garde à cette nouvelle arrivée ? Etait-elle ou ils toujours en sécurité ? De nouvelles questions se bousculaient dans sa tête, comme s’il n’y en avait pas déjà assez au vu des précédents événements.

La nouvelle venue lui semble être une zingara, une femme du voyage comme elle en a entendu parler dans certaines tavernes. Les vêtements de celle-ci, bien qu’un peu défraichis par la route parcourue sont colorés, ils semblent apporter un peu de gaité dont cette terre semble tellement avoir besoin. Tandis qu’elle se laisse tomber à genoux à leurs côtés dans un tintement de bijoux, le regard de celle-ci les sonde toutes les deux comme pour trouver une réponse … mais une réponse à quoi ? Est-ce la fin d’une vie et le commencement d’une nouvelle … ou la prolongation de l’ancienne après un lent et douloureux réveil …

La jeune Ysaure lui répondit d’une voix assurée qu’il allait s’en sortir mais les yeux qu’elle posa sur Vinou faisaient écho à la supplique de la gitane, elle aussi craignait le pire, elle aussi doutait de l’issue heureuse qu’aurait le dénouement de cette rencontre façonnée par le destin. Que pouvait-elle faire ? Que pouvait-elle dire ? Par grand-chose, certainement à part lui prendre la main à son tour et essayer de lui insuffler la force, la Foi et la sérénité qu’elle possède encore.

Sa menotte douce bien qu’un peu froide rencontre la senestre plus rugueuse et mutilée de l’homme, elle la serre fermement, laissant un instant ses doigts courir sur sa peau. Ceux-ci ce heurtent à un obstacle, dur, glacé, métallique. Intriguée, la jeune femme lève lentement le membre pour observer avec beaucoup d’attention l’objet qui lui avait échappé jusque là. Une chevalière … ainsi donc, le tressé est un seigneur … et qui dit seigneur dit … sceau …

Presque avec frénésie, elle se retourne vers sa besace qu’elle emporte toujours avec elle, n’avait-elle pas laissé un pétale de rose dans le panier de Maëlya ? Se pouvait-il qu’encore une fois, son précieux bien arriverait à les aider ? Vinou fouille, chercher, inventorie rapidement tout ce qui s’y trouve dans l’espoir d’y découvrir ce dont elle a besoin avant tout déposer sur ses genoux. Un sourire naquit alors sur ses lèvres.

Délicatement, avec des gestes précis, elle ouvrit son pot d’onguent à base de menthe, de thym et de romarin, dont la couleur verdâtre tranchera avec celle jaunâtre du parchemin et en étale une fine couche sur celui-ci. Sans lui laisser le temps de sécher, elle enleva doucement la chevalière du blessé pour en faire l’empreinte dans le baume.

S’humectant les lèvres de la langue, elle leva la tête, scrutant le ciel, priant le Très Haut pour que ce qu’Ewa lui avait appris fonctionne à cet instant. De ses lèvres, un léger sifflement se fit entendre, puis un second et enfin un troisième. L’appel était lancé, restait plus qu’à espérer qu’il serait entendu.

Fendant les nuages, Cuileog, une buse au plumage presque blanc, que la rouquine lui avait offerte, stagna un moment au dessus de leurs têtes, semblant attendre un nouveau signal pour se poser. Vinou mit le gant en cuir dont elle ne se séparait plus jamais, leva le bras, main tendue vers le rapace qui s’y posa dans un léger bruissement d’ailes.

Se retournant vers la gitane, elle lui sourit avant de lui prendre une des ficelles qui retenaient ses cheveux pour en attacher le parchemin roulé à la patte du volatile non s’en avoir lancé de sa voix douce avant.


Puis-je ?

Renvoyant Cuileog dans les airs, elle adressa une prière silencieuse pour que celle-ci trouve son chemin. Ses lapis-lazuli se reposèrent sur le tressé qui n’avait toujours pas bougé. La jeune femme n’avait qu’une envie, c’était de lui mettre une paire de claques pour qu’il recouvre ses esprits mais se contenta de dire.

Il n’y a plus qu’à espérer…
_________________
See the RP information <<   <   1, 2, 3, 4, 5, 6   >   >>
Copyright © JDWorks, Corbeaunoir & Elissa Ka | Update notes | Support us | 2008 - 2024
Special thanks to our amazing translators : Dunpeal (EN, PT), Eriti (IT), Azureus (FI)