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[RP] La cavalerie gasconne en plein excès de zèle.

Simone_de_beauvoir
À son tour il hésitait, se taisait, réfléchissant visiblement à une réponse. Après tout la question se posait. Si par extraordinaire il avait eu dans l’idée de la faire évader, il aurait déjà agi, non ? Il s’agita soudain maladroitement et lui fit une réponse merveilleuse.

Et bien je pensais que peut être vous auriez faim, mais cela peut servir pour attirer votre chat aussi.

Son visage s’illumina. Il y avait pensé ! Il n’était donc pas de ces hommes qui prêtaient au sexe opposé un régime alimentaire à base de pétale de fleurs et de rosée matinale, mais la voyait bien comme une créature de chair et de sang. Affamée, elle se retint de ne pas se jeter contre les barreaux et se contenta d’un second pas en avant. Des cliquetis métalliques se firent entendre, suivis d’un soupir. Attendant toujours sa pitance, elle finit par comprendre qu’elle avait la forme d’une bouteille de lait trop large pour les barreaux de sa cage.

Il y a t'il quelque chose d'utile que je puisse faire pour vous ?

Songeant qu’un fruit ou un quignon de pain eût été plus pratique à faire passer en douce, elle se contint.

Hum… Ouvrir la porte ?

Elle eut le même rire clair, étouffé de peur d’éveiller le gardien, qui résonna tout de même dans le cachot.

Excusez-moi mais j’ai bien du mal à comprendre ce que vous faites ici, au juste…

Elle s’interrompit et décida de hausser les épaules.

Pourriez-vous… Pourriez-vous glisser le goulot entre les barreaux ? Je tâcherai d’y boire…

Il va s’imaginer qu’elle ne pense qu’à son ventre mais baste. Après tout elle ne sait pas à quoi il pense, lui, alors c’est de bonne guerre.
_________________
Ardath
Une souris verte
Qui courait dans l'herbe
Je l'attrape par la queue
Et la montre à ces messieurs.


Scritch Scritch, patapatapatapata.

Le rat en question se redresse sur ses pattes arrières et se sauve.
Un instant plus tôt il observait l'Enseigne Moufette du haut d'un moellon qui saillait du mur. Plutôt gras, une longue queue de lombric …
Ardath détourne le regard, elle se remet à fixer le plafond. Il n'y a pas grand chose d'autre à faire quand on est l'invitée expresse des geôles de Guyenne délocalisées à Labrit, Gascogne.
Des pierres, un peu de mousse, de l'eau qui suinte du coin.


Clap, clap, clap. Bouint.

Respectivement : les pas du gardes dans le couloir de sa cellule et le bruit de sa main sur les barreaux de la fenêtre de sa cellule.
Il penche la tête vers elle, il n'est pas méchant son garde.


Un petit tour en taverne ma jolie ?
La planche en bois qui sert de couchette à l'Indigne est juste en face de la porte, elle a juste à tourner la tête pour voir le visage plutôt rougeaud et amène de celui qui doit veiller à ce qu'elle se tienne tranquille.
Peut-être l'ami, j'ai la permission de minuit ?
Ouaip, pas d'ordre contraire du proc … D'toute façon t'es en Gascogne ici, les Guyennois hein …


Le brune se redresse et se lève. Boulet au pied direction la taverne.
C'est pas qu'on y est mal en prison mais on n'y mange quand même pas à sa faim. Elle n'a jamais entendu dire que la bière remplaçait la nourriture mais ça peut valoir le coup d'essayer.

En taverne elle retrouve Rincevent, passager malheureux de leur lance illégale le temps d'un soir. Libertadien à ses heures perdues.
Charmeur d'un jour passé qui cours à Mauléon. Trop de bières l'entraînent sur un sujet qu'elle préférerait ne pas aborder. Entre deux chopes elle confesse qu'il lui manquera.
C'est comme ça qu'elle se retrouve avec les lèvres de l'homme plantées sur les siennes. Une fraction de seconde, juste une de trop.

Soupire. Elle y repense et fait demi-tour vers sa planche de bois.
Pas besoin de renouveler les exploits de la veille.


Déjà de retour brunette ?
Ouaip, deux jours au frais me remettront les idées en place. Fini de faire la mariole.


Le garde rit de bon coeur et la boucle. C'est pas souvent qui voit des donzelles revenir bien avant le couvre-feu. Même si les donzelles ont quitté les jupons de papa-maman depuis une décennie ça reste des bonnes femmes : elles changent pas.

Mon pauvre Aurel : je fais vraiment une piètre compagne.

Mais que dire d'un fiancé porté disparu depuis mai ?
Il faudra peut-être juste la verve d'un Rincevent, le panache d'un tricorneux pour lui sortir des tripes.
Ou quelques jours de prison et une rencontre improbable.

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Libre vagabonde et Fleur d'échafaud
Enseigne Moufette, cavalerie Gasconne.
Betoval
A Marmande


Il s'exécute, lui donnant la bouteille dans la main qui passe les barreaux pour qu'elle puisse s'y désaltérer.


Si je pouvais je vous ouvrirais malheureusement cette porte ne s'ouvrira pas avant le temps annoncé, je suis juste venu essayer de rendre votre captivité un peu moins pénible, c'est la seule chose qu'il me soit donné de faire.
Puisque notre maton continu son somme je vais vous conter l'histoire de ce lieu.

Cette battisse est nommée la maison des plaintes, mais cela n'est point due aux cris des condamnés, cela remonte à plus loin.

Il était une fois, un noble de Marmande immensément riche, ce dernier n'avait qu'une crainte, qu'on lui dérobe ses biens.
Il fit appel a une sorcière qui habitait dans la forêt derrière le verger. Il lui proposa de la payer largement si elle pouvait utiliser sa magie pour protéger ses richesses.

Elle lui dit: "Construit une maison, mais avant de placer portes et volets appelle moi je jetterais un sort sur eux pour qu'ils soient inviolables".
Il s'exécuta et sa nouvelle demeure fut bientôt construite, ici même, il n'en reste plus que cette partie a l'heure actuelle.

Donc notre richard demanda à la sorcière d'enchanter son huisserie, ce qu'elle fit. On installa les lourde portes ferrés, l'une d'elle est celle qui ferme votre cellule, on installa aussi des volets de fers qui ont aujourd'hui disparu.

Il paya la sorcière, elle lui expliqua qu'en fermant sa maison il devait prononcer une durée et que tant que cette durée ne se serait pas écoulée la maison serait inviolable.

Notre noble fut fort satisfait de sa demeure, aucun brigands, même les meilleurs n'arrivèrent jamais à pénétrer ces murs.

Mais un jour la ville fut attaqué par une compagnie de routiers, tous les habitants furent appelés aux armes, le maire de la ville vint personnellement chercher le noble, c'était un soir, l'avare s'apprêtait a se coucher. A l'appel du Maire le noble lui dit, "qu'ai je a faire de tout cela, il ne pourront pas pénétrer ici, débrouillez vous sans moi" et il claque la porte au nez du maire.

Malheureusement les sortilèges sont d'une bêtise crasse, la porte avait pris le sans moi pour une centaine de mois.
Il avait déjà fermé porte et fenêtre pour la nuit, il se retrouva donc coincé a l'intérieur.

Les routiers prirent possession de la ville pour quelque semaines, il essayèrent bien de pénétrer dans la Maison mais elle restait imperméable a toute tentatives.

Les routiers furent repoussés, les habitants tentèrent à leur tour de se frayer un passage pour libérer leur Cresus, mais rien n'y fit.
On entendit longtemps les plaintes du prisonnier, certains disent qu'il les entendent encore parfois au milieu de la nuit.
La maison resta fermé de longues années, mais au bout de cents mois la porte s'ouvrit sur un triste spectacle.


Betoval se dit qu'il aurait peut être du taire le passage sur les plaintes actuelle, mais trop tard.

Voila pourquoi, trois jours, c'est trois jours, et que je ne peux rien y faire.

Y croirait elle? en tous cas c'est l'histoire qu'on lui racontait étant enfant, et puis il n'a pas le moyen d'ouvrir cette foutue porte, au moins il espere l'avoir un peu diverti.

Le vieux se met à bouger,

J'y vais il se reveille

Bon courage

Et il file discrètement.
Simone_de_beauvoir
L’épais goulot se faufilait entre les barreaux. Elle se courba, le porta à ses lèvres tandis que Betoval l’inclinait. Entre ses dents jaillit à flot le lait, qui coulait sur son menton et qu’elle avala avidement, en prêtant une oreille distraite aux propos de son bienfaiteur qui s’excusait de ne pouvoir la libérer. La bouteille eut tôt fait d’être vide. Simone se redressa, repue de crème, presque essoufflée d’avoir bu si vite. De l’écume lactée lui restait au reste au coin des lèvres. Elle se rassit dans l’ombre pour écouter l’histoire qui emplit peu à peu l’obscurité. Un sourire amusé se dessina sur ses lèvres. Les Guyennois étaient donc plus superstitieux que les Béarnais, pour ne pas dire… crédules. Elle en prit bonne note.

Le maton se retourna dans son sommeil, et aussitôt Betoval prit la fuite. Elle se releva, suffoquée. Le pleutre se carapatait sans même lui dire au revoir. Était-ce donc pour lui conter cette fable qu’il était venu ? Elle se laissa retomber sur la paillasse, affreusement déçue alors qu’encore quelques instants auparavant elle s’imaginait déjà libre. On ne pouvait donc compter que sur soi-même. On allait donc compter sur soi-même.

Il était temps de vérifier cette crédulité guyennoise.

Elle ramassa son appeau, y souffla joyeusement. Trois notes en sortirent, pas assez puissantes toutefois pour réveiller le gardien. Elle insista, et bientôt un merle fit son apparition dans l’encadrement de la fenêtre. Elle siffla de nouveau, et l’oiseau lui répondit par les trois mêmes notes. Il fut suivi d’un autre merle qui l’accompagna de son chant. Et bientôt une foule de merles envahirent la prison et la cellule de Simone, voletant, virevoltant, et babillant à qui mieux mieux.

Le maton finit par s’éveiller mollement et sursauta à la vue des oiseaux noirs que l’ignare prit pour des corbeaux. Pris de panique il se rua sur les barreaux du cachot en vociférant.


C’est toi qui fait v'nir tous ces oiseaux d’malheur ?!! Maudite sorceresse, attend que j’t’attrape !!

Simone se colla dos au mur du fond et eut le ricanement le plus terrifiant qu’elle réussit à produire.

Sorceresse, vraiment ? Craignez donc mon pouvoir, pauvre mortel !

Le pauvre bougre blêmit et s’immobilisa. Alors elle sortit lentement de l’ombre, veillant à garder un sourire diabolique qui déformait ses jeunes traits.

Laissez-moi sortir… Et je ne vous toucherai pas, vous avez ma parole.

Cette dernière phrase était si comique, adressée d'un tendron à un barbon, qu'elle avait peine à garder son sérieux. Quant à lui, malgré sa peur il hésitait toujours, et elle sentit qu’il craignait de croupir à son tour en prison si on savait qu’il l’avait libérée.

Réfléchissez… Les portes sont gardées, on ne me laissera pas sortir de la ville, qu’avez-vous à perdre ? Il fait presque déjà nuit. Je ne me ferai pas voir, tout le monde doit déjà être au courant de mon arrestation et il ne manquerait sans doute pas de bonnes âmes pour me ramener ici en vitesse. Je serai discrète, nul n’en saura rien…

Sa voix n’avait plus rien de démoniaque mais au contraire se faisait douce, persuasive, et s’insinuait tranquillement au creux des méandres et replis de l’esprit du geôlier, qui se décida enfin, la bouche sèche et le verbe hésitant.

D’accord… D’accord. Mais euh… Si j’osais… ajouter une clause au contrat… Une mesure de sécurité supplémentaire…

Elle reprit son air menaçant, destiné à l’en dissuader, et il courba les épaules. Derrière lui les oiseaux chantaient toujours.

Comprenez-moi… Chuis pas un mauvais bougre, juste que… Ben c’mon boulot, quoi. Ben obligé, quoi. Alors, sious l’permettez, euh, ma dame, euh…

Il disparut un instant de son champ de vision, et l’espace de cet instant elle crut s’être fait flouer, qu’il était parti chercher du renfort et que toute sa tactique n’aurait comme succès que celui de la mener droit au bûcher. Mais il reparut promptement, tenant dans ses bras un boulet fixé à une chaîne.

Voilà… Sioulez ben m’tendre la patte à travers les barreaux… J’serais plus rassuré, quoi.


Elle secoua la tête.

Si ça peut vous faire plaisir… 'ttendez Deux minutes.

Elle fourra dans sa besace ses affaires éparpillées sur la paillasse, puis se retourna et glissa la cheville hors de la cellule. Le vieillard y attacha scrupuleusement le boulet, puis se redressa pour ouvrir la porte et recula prudemment. Elle dégagea la chaîne du dessous de la porte, jeta son sac sur l’épaule et se dirigea vers la sortie. Arrivée à l’embrasure de la porte, elle se retourna vivement, prise d’une inspiration subite.

Oh ! J’oubliais !

Sous l’œil ahuri du gardien, qui n’avait encore jamais vu prisonnier libéré retourner volontairement dans son cachot, elle s’y précipita en traînant la patte. Face à un pan de mur nu, à l’aide d’un caillou, elle grava quelques mots.


Sur mes refuges détruits

Je recommence ma vie

Sur les murs de ma prison

J'écris ton nom



Liberté.


Elle fit volte face et, avec un dernier sourire au maton déconcerté, disparut dans la nuit.

_________________
--Narvi
[Dans le petit matin qui se lève sur Marmande]



Une minuscule silhouette musarde à pas hésitants dans les rues de Marmande. Son petit pas résonne à peine dans le silence.

Déjà levé, l’enfant admire le vide de la ville muette à laquelle l’aube prête une couleur blafarde. Dans cette grisaille bleutée tranche un éclair roux qui attire son attention. Il s’approche de la porte cochère où se rencogne prudemment une forme orangée indistincte. Un goupil ! Assurément, un goupil. En écarquille les yeux de ravissement, et fouille dans ses poches à la recherche d’un cadeau qui tranquilliserait l’animal. Il en sort un des gâteaux au miel offerts par Biche. Sans doute la bête préfèrerait-elle une poule mais le petit n’imagine pas plus belle offrande, une princesse exceptée, et la lui tend candidement. Un museau intrigué sort de l’ombre pour la renifler. Narvi constate son erreur. Mais le pelage du chat qui lui fait face vaut bien celui d’un renard, aussi ne retire-t-il pas sa main.

Le chat semble rassuré quoique peu intéressé par le miel. L’enfant vide ses poches trouées sur le sol. Rien de très comestible hélas. Des cailloux en guise de billes ou d’osselets, quelques deniers, un mouchoir brodé d’initiales qui ne sont pas les siennes, une plume d’oiseau bleu… un noyau d’olive dont le chat s’empare. Le gosse le regarde avec ahurissement le suçoter, et éclate d’un rire argentin qui résonne dans la ruelle. Le chat se recule dans l’ombre, comme vexé, et l’enfant se plaque maladroitement le main sur la bouche.


Pardon…

...

J’me moquais pas, t’sais…


Il lève doucement une petite main qu’il approche lentement de la fourrure rousse, par à-coups hésitants, intimidé par le regard énigmatique du félin.
Simone_de_beauvoir
Un peu plus tôt, à Marmande toujours.

Une ombre encapuchonnée rasait les murs. Le col remonté jusqu’au nez et la tête enturbannée de son écharpe, Simone traversait la ville à pas feutrés, essayant de se repérer dans la nuit et les rues qu’elle connaît mal. À tâtons, elle longea le verger, décida d’éviter la mairie et les quartiers animés des tavernes. Mais les ténèbres de ce fait se firent plus noires encore, et des larmes de rage et de découragement poignirent au coin de ses yeux, qu’elle essuya du revers de sa manche. À droite, à gauche… Une erreur pouvait être irrémédiable. Elle ferma les yeux, inspira profondément. La main posée sur le pommeau de son épée retrouvée, elle poursuivit son chemin, comme rassurée par le froid contact du métal. À gauche donc, on verrait bien. Elle avait toute la nuit si nécessaire. Si seulement Faust avait pu se trouver à ses côtés…

Elle s’immobilisa, frappée de stupeur. Elle avait la solution dans son sac.

À présent aux anges, persuadée d’être enfin tirée d’affaire, elle défit fébrilement la boucle de sa musette où somnolait le pigeon voyageur. Il connaissait les lieux. Il en venait. Elle s’en saisit et par mesure de prudence attacha l’extrémité de sa longue écharpe à sa patte. Ainsi ne risquait-elle pas de perdre sa trace. Tenant fermement l’autre dans sa main, elle lança dans les airs le pigeon et croisa les doigts pour qu’il ne s’envole pas trop haut. Il s’éleva dans la nuit, puis, entravé par l’écharpe qui l’empêchait de survoler les maisons, battit lourdement des ailes jusqu’au coin de la rue où il obliqua. Simone le suivit en courant, le cœur battant.

Le curieux équipage atteignit enfin la porte d’une petite ferme assortie d’une étable. La jeune fille tira sur son châle pour faire redescendre le pigeon qui lui tomba dans les bras de stupéfaction. Ces méthodes plutôt inhabituelles devaient l’avoir perturbé. Elle le rempocha dans sa musette, où il se rendormit, épuisé d’avoir volé avec ce handicap.

Simone saisit le heurtoir et frappa deux coups.

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Betoval
Betoval finissait d'écrire une lettre, une colombe posée sur la table attendait patiemment en picorant quelques grains de blés. Il signa et plia soigneusement le parchemin.
Prenant délicatement l'animal dans ses mains il fixa le message à l'anneau de la patte.
Il s'approcha de la fenêtre, poussa le volet, deux coups retentirent à son huis.


Qui cela peut il être? Il n'invitait jamais personne dans sa demeure.

Il chuchota à l'oreille de l'oiseau
va retrouver ta maitresse, adieu et il ouvrit ses mains.

Il regarda l'oiseau blanc monter dans la nuit, il prit rapidement de l'altitude, choisit le sud et disparu.

Betoval se dirigea vers la porte prenant au passage sa lampe
.
J'arrive.

il ouvrit son judas et approcha la lampe, il reconnut l'éclair que projetèrent les yeux d'acier
Vous?

Il se dépêcha d'ouvrir la porte, entrez, vite!

Il laissa entrer la forme encapuchonnée et sorti sur le pas de la porte pour voir si quelqu'un pouvait les voir, personne. De toutes façons qui s'étonnerait ici de voir une femme entrer chez lui en catimini, souriant à cette pensée il rentra et ferma la porte.
Il se retourna vers son invitée sont sourire se fit plus contraint. Il n'était pas inconscient, il savait ce qu'il risquait.

Pour une surprise! Vous êtes la bienvenue dans mon antre, il y a t'il quelque chose que je puisse faire pour vous être agréable?
Simone_de_beauvoir
Le froid lui picotait la peau. À l’intérieur de la maison, aucune réaction apparente. Elle soupira. Sans doute passait-il la soirée en taverne. Et st c’était le cas, peut-être ne serait-il même plus en état de la reconnaître. La porte s’ouvrit à la volée. Elle n’eut pas le temps d’écarter son châle qu’il la reconnut.

Moi.

Elle passa prestement le seuil et se dirigea directement près de l’âtre attiédi où faiblissait un feu mourant. Elle y étendit les mains et y plongea le regard.

Vous attendiez quelqu’un d’autre ?

Elle se retourna vers la porte d’où son hôte lui souriait sans conviction et lui fit face, immobile et toujours emmitouflée, sans répondre à son sourire.

J’ai hésité à venir, croyez-le bien. Mais après tout ma réputation serait tout autant entachée que l’on me sache ici, que la vôtre ternie que l’on vous pense mon complice.


Elle planta son regard dans le sien, l’air farouche et ombrageux, prête à repartir immédiatement s’il faisait mine de regretter sa quiétude.

Merci pour l’accueil. L’hospitalité marmandaise est légendaire, j’ai voulu m’en assurer par moi-même. Quant à m’être agréable, il me le serait suffisamment que vous acceptiez de m’héberger. Ce n’est que l’affaire de deux jours. En principe.

Elle se rapprocha de nouveau du foyer, souriant en se remémorant son étrange évasion, qui lui rappela la quête de la flûte magique.

J’ai cru comprendre que vous aimiez les histoires. Si vous êtes sage, je vous raconterai même un conte de mon invention. La joueuse d’appeau du patelin.
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Betoval
Le ton faussement détendue de sa visiteuse n'échappa pas à Betoval, quels étaient ses choix? La pauvre jeune fille était en détresse, il n'aurait peu être pas du aller la voir dans ses geôles, mais le mal était fait.

Restez le temps qu'il vous faudra, ma demeure n'est pas confortable mais elle le sera plus que la maison des plaintes.


Je n'ai pas grand chose à vous offrir, j'ai eu quelques soucis avec mes vaches, l'une est morte, mes seaux fuient, enfin je ne vous embêtes pas avec ça, vos soucis sont plus graves, si vous voulez j'irais nous acheter du pain demain matin.

Prenez la paillasse je vais dormir a l'étable, j'imagine que vous devez être épuisée.

Quand vous en aurez la force contez moi d'abord comment vous êtes arrivée ici, ensuite j'écouterais avec plaisir vos autres contes.
Mais soyez prudente, ne mettez pas le nez dehors.

Voulez vous que je contacte quelqu'un?
--Hunginn


Un appeau pour merles.
...
Ridicules.
...
Plus que tout autre volatile, Hunginn le Sage méprisait ces piafs avec lesquels certains hommes de peu de goût les confondent. Rengorgé dans son orgueil de freux dominant, Hunginn observait cette volaille insignifiante s'engouffrer dans une cellule comme des bousiers plongent dans un monticule de merrde.

L'espace d'un instant, il en vient à regretter l'absence de Draugar et d'Heidrun, qui se seraient faits un malin plaisir à leur donner la chasse et marquer à tout jamais leur cervelle d'oiseau de l'évidence de la supériorité corvidée sur leur engeance misérable. Ils lui donnaient envie d'gerber.

Marmande.
Il ne saurait dire pourquoi, mais il détestait déjà cette cité fade qui ne laissait aucune trace à ses sens. Parcourir les cieux de Marmande c'était comme picorer du sable. Tout naze.

Tout naze, jusqu'à ce qu'il tombe sur ses copains les merles, et, un peu plus tard sur le spectacle peu commun d'une dame qui offrait l'illusion d'un soir à son pigeon d'être aussi fort qu'un aigle royal, la tractant à bout de patte dans les rues via une écharpe. Pauvre bête, fallait oser. Le pigeon ne s'en remettrait jamais. La lueur de son oeil rapace se ralluma instinctivement lorsqu'il aperçut ce dernier à bout de forces s'endormir dans la musette. Il ne passerait sans doute pas la nuit. D'autant plus si sa patte avait finit par se décrocher, comme il l'espérait. Quoi de mieux que l'âpre fumet du sang avant le hors d'oeuvre ?

Prenant son envol, le freux alla se poster sur le toit de chaume de l'habitation d'en face, dardant de ses yeux sordides la porte de la maisonnée derrière laquelle le singulier cortège avait disparu.
Simone_de_beauvoir
Les yeux grands ouverts, comme hypnotisés par la danse des flammèches dans l’âtre, elle écoutait attentivement son hôte, soucieuse de déceler dans sa voix la moindre trace d’embarras. Le laissant parler, elle se pencha pour ramasser une des dernières bûches, qu’elle jeta dans la cheminée. Dans une bouffée de chaleur, le feu enfla subitement en projetant des étincelles. Elle étendit de nouveau les mains vers lui, la peau frissonnante malgré la tiédeur qui l’envahissait lentement. Le regard toujours rivé au feu, elle lui répondit doucement, d’un ton neutre.

Je vous remercie, je n’ai pas faim.

Ses doigts rougissaient à vue d’œil sous l’effet de la chaleur réconfortante.

Votre lait était très bon. Je suis désolée que votre vache soit morte.

Betoval se proposa de lui laisser sa couche pour le reste de la nuit. Sans détacher le regard du feu, elle fronça le sourcil, se demandant ce que signifiait cet évitement. Était-il si peu maître de ses pulsions qu’il n’ose partager la paillasse d’une invitée presque inconnue ? Mais peut-être ne s’agissait-il que d’une habitude Guyennoise. Peut-être le duché était-il si riche que chaque habitant avait son propre lit. Elle haussa les épaules.

Ne soyez pas ridicule. Je ne vais pas vous déloger de chez vous. Et vous n’allez pas dormir dehors par ce temps, à plus forte raison en compagnie de vaches malades.

Elle haussa de nouveau les épaules d’un air agacé.

D’ailleurs je n’ai pas non plus sommeil. Si vous craignez ma promiscuité je veillerai. Je n'ai besoin de rien, j’avais seulement froid. Mais cela va mieux.

La chaleur qui l’enveloppait à présent tout entière lui rosissait les joues, et elle retira enfin l’immense châle qui la caparaçonnait.

Les yeux brillants, elle s’écarta du feu et lança au maître des lieux un regard reconnaissant. Puis elle s’approcha de la fenêtre pour coller son œil à une fente du volet, à travers laquelle la nuit bleuissait déjà. Bleu sur lequel se découpait en noir la silhouette d’un oiseau perché sur l’éteule de la chaumière voisine. Elle sourit. Sans doute un merle qui l’avait suivie jusqu’ici. Elle adressa une pensée muette au malheureux volatile, involontaire instrument de sa libération, et se détourna de la lucarne.


Je ne comptais pas me montrer, non. Sans quoi je ne serais pas venue, figurez-vous. Je vous demande moins un asile qu’une cachette… Un refuge. Venez voir. Voyez-vous l’oiseau noir là-bas en face ? C’est moi qui l’aie appelé pour qu’il vienne me délivrer. Et il est venu. Avec tous ses amis. De quoi fortement impressionner mon geôlier, qui a préféré me laisser partir. Avec ce charmant souvenir, toutefois.

Elle eut un geste du pied qui fit grincer le boulet sur le bois du plancher.

J’y ai déjà émoussé mon épée. Peut-être avez-vous un ami forgeron ?

Elle le regarda, cligna des paupières et s’amusa à parcourir la pièce de long en large en traînant exagérément la patte.

Personne d’autre à contacter, merci. Les nouvelles vont vite, par ici. Presque trop vite.
_________________
Betoval
Au fur et a mesure que la demoiselle parlait Betoval senti sa tension monter, les haussements d'épaules, l"inconscience de la jeune fille commencèrent à lui courir sur le haricot.

Écoutez je suis ici chez moi, je fais comme il me plait, il n'est même pas question que je dorme avec une aussi mignonne demoiselle.

Demain j'ai du travail.
Oui tout le monde ne court pas les routes à la recherche d'aventures pour tromper son ennui.
Donc je vais dormir à l'étable, et vous feriez mieux de dormir aussi, la nuit vous ouvrira peut être les yeux sur la situation.


Il se reprit un peu
Nous parlerons demain si vous le désirez.

Pour votre boulet je ne peux rien, le seul forgeron que je connaisse a Marmande est parti ce soir, j'en connait bien un autre mais je me demande s'il ne vous couperais pas le pied pour vous libérer,
une pensée pour son compagnon des Flandres, le colosse ne faisait pas dans la dentelle. Bref il est loin de toutes façons, heureusement pour votre vertu.

Dormez ou... faites comme il vous plait, je m'en contre fiche.
Bonne nuit.


Il prit une couverture et sorti en grommelant. Il se dirigea vers l'étable, s'installa dans le foin et s''endormi harassé par les efforts et les émotions de la journée.
--Faust



Cris et secouage de puces, Faust s'était carapaté en vitesse de la besace de sa maîtresse. Le sac était un endroit idéal pour se laisser transporter : tout chaud et le berçant tranquillement au rythme des mouvements de sa maîtresse. Mais dès que celle-ci se mettait à le transbahuter n'importe comment, Faust ne réfléchissait même pas, et s'en extirpait en vitesse. Diantre, s'il doit être secoué que ce soit en poursuivant une musaraigne mais pas enfermé dans une prison moelleuse. A peine une patte sur le sol, son instinct de survie lui fait faire quelques rapides pas de course pour l'éloigner du tumulte au milieu duquel semble être mêlée Simone.

Premier réflexe : bondir sur ces hommes qui malmènent la jeune femme. Mais les coutumes de l'Homme sont parfois étranges, et voyant les deux molosses prendre Simone et la soulever pour la transporter ailleurs, Faust se demande si ce n'est pas une espèce de leurs danses stupides. Et puis surtout, voilà qu'une ombre glisse à l'encoignure d'une rue. Ni une ni deux, devinant plus que ne voyant la silhouette d'une proie potentielle, Faust se précipite.

Il caracole à travers les rues, distinguant le bout d'une longue queue effilée. Un rat pour sûr. Ses babines se retroussent déjà à l'idée de croquer dans la chair tendre. Il se faufile, fonce, évite des pieds, des jambes, saute par-dessus des étals de marchands qui s'installent, il se rapproche de sa proie, là, juste un coup de patte et il devrait la toucher... Mais... pschiiitt. Disparue. S'est glissée dans un trou de souris. Faust s'assoit face à l'entrée minuscule. Sa langue pourlèche ses canines immaculées avec dépit. Les villes ne sont décidément par un terrain de chasse idéale... Les rongeurs ont toujours une planque où se faufiler dans l'obscurité. Et dont ils ne sortiront jamais parce qu'il doit y avoir des milliers de couloirs planqués là-dessous.
Rien ne sert de patienter là.

Faust regarde autour de lui. Le voilà donc dans une ville inconnue, sans sa maîtresse, le ventre vide, et le froid commençant à venir lui frictionner les poils en chair de volatile. Pas bon. Pas bon du tout. Et puis cette course l'a épuisé, et un peu démoralisé aussi, il faut bien le dire. Il va donc se poser un instant, là, au pied de cette porte. Se reposer. Avec un peu de chance soit la souris sortira de son trou et il pourra la croquer par surprise, soit la porte s'ouvrira sur un humain qui le prendra en pitié et lui offrira quelque pitance. Soit il ne se passera rien, mais il se sera au moins reposé à l’abri du froid.


Une odeur sucrée vient lui titiller le bout des narines. Son ventre commence sérieusement à grogner, et ce petit rappel d'odeur de nourriture finit par le sortir complètement de sa torpeur. Il sort doucement la tête de l'obscurité. Au bout de petits doigts minuscules, une sorte de morceau de pain enrobé de miel est tendu vers lui. Il connaît bien le miel, il se rappelle d'un jour, il était jeune alors, il avait poursuivit pendant des kilomètres un Bourdonneur qui l'avait empêché de se reposer tranquillement au soleil. Il voulait lui faire sa fête, lui décortiquer le corps à coups de griffes acérées, et s'était donc lancé à sa poursuite. Pour tomber les coussinets les premiers dans une matière gluante et collante, et s'enfuir à toutes pattes, à son tour poursuivit par ce qui ressemblait à une armée de Bourdonneurs. Il leur avait échappé de justesse, surtout avec sa patte se collant au sol, et se recouvrant de toutes les brindilles et cailloux qui croisaient son chemin. Il avait dû passer de longues heures à se nettoyer à grands coups de langue râpeuse. C'était écœurant.

Tous ses souvenirs remontent lorsque le gamin lui tend ce bout de nourriture qu'il dénigre d'une expiration. L'enfant ne semble pas découragé pour autant, et commence à déballer devant Faust tout ce qui comble ses poches. Le chat vient renifler chaque chose, sans grand intérêt (cet enfant ne connaît vraiment rien aux chats! Une lampée de lait aurait suffit). Puis là, un noyau qui a un goût salé bien appétissant, Faust le suçote avec plaisir, mais avec le regret de s'apercevoir qu'il n'y a plus rien à manger dessus.
Eclat de voix soudain. Reflexe de survie qui précipite le chat dans l'ombre qui lui servait d'abris quelques minutes auparavant. Dans le calme et l'insécurité de l'inconnu, rien ne vaut la prudence. Et puis les enfants, faut faire attention, ils vous câlinent, vous nourrissent et se mettent à vous tirer brutalement par la queue. En fait le gamin riait, puis se met à lui parler doucement.

Faust se rassure, se calme. Faut dire qu'il n'a plus trop le choix : il a faim, un peu froid, n'a aucune idée d'où se trouve Simone... peut-être que ce petit humain lui donnera à manger s'il se laisse câliner... le ventre plein sans effort il pourra plus facilement partir à la recherche de sa douce maîtresse.

Il se laisse donc caresser. Vient même se frotter en ronronnant aux jambes de l'enfant. Il sait qu'ils adorent ça. Sa queue vient s'enrouler autour de la cuisse du gamin pendant qu'il frotte sa tête contre un mollet. Il lui cède même un coup de langue râpeux sur le bout des doigts. Si avec ça, il comprend pas qu'il faut lui filer de la vraie nourriture.
Puis il se met à miauler entre deux coups de langue. Si l'enfant fait mine de le guider vers un bol remplie de victuailles, Faust le suivra. Mais restera tout de même prudent.

On ne sait jamais.
--Freki


L'aube n'était plus très loin et les premières lueurs ne tarderaient pas à éclaircir le ciel, drapant le coeur d'Hunginn d'un voile endeuillé sur la nuit agonisante. Qu'importe pour Freki. La nuit ou le jour, le terrain de jeu était le même, seulement sous des données différentes. Des changements qui attisaient son amour pour le jeu périlleux qu'était l'existence.

Hunginn n'appréciait pas tellement le plus jeune de ses camarades. S'il admirait secrètement son habilité, il méprisait ouvertement ses manières infantiles, ses croassements pas assez revêches, sa frivolité, et son ostentation au spectacle. Sa petite taille et ses talents d'acrobate lui avaient valu d'arracher la dernière place du quintet, mais c'est presque à regret qu'Hunginn décida de s'appuyer sur pareille sentinelle, lui préférant nettement Draugar et Heidrun, quand bien même ces derniers étaient aussi discrets qu'une avalanche. Eux au moins, étaient fiables, et ne lui arrangeaient pas systématiquement de mauvaises surprises.

Trop insouciant pour se formaliser des sévérités de son meneur, le jeune Freki s'élance le moment venu vers l'étable où réside le gros bonhomme aux longs cheveux couleur paillasson. Ne s'intéressant guerre aux vaches mourantes au lait tourné, Freki, freux malicieux, sautillait sur le rebord de la lucarne avec la vicacité d'une hirondelle, surveillant de ses yeux à la fois sinistres et joueurs le propriétaire des lieux qui cherchait sommeil.

A fréquence régulière, l'Acrobate se tourne vers le Sage, et hoche la tête d'un air entendu, même s'ils étaient évidemment les seuls à y entendre quoi que ce soit.
Simone_de_beauvoir
Elle décela dans son comportement ce qu’elle redoutait et prévoyait tout à la fois. Il devait déjà déplorer l’instant d’égarement qui l’avait conduit à la prison malgré les sages conseils des villageois. Simone n’est pas fréquentable, Simone a mauvaise réputation. Ça lui apprendra à commettre de bonnes actions. On ne vient pas distribuer du lait aux brigandes, quand on veut mener une vie tranquille.

Elle réfléchit donc sans l’écouter, ne relevant même pas qu’il la traitait de mignonne demoiselle, ce qui en temps normal lui aurait valu un soufflet, ou à tout le moins un regard noir pour lui apprendre la politesse. Il allait lui falloir partir, quitter la maison qu’un instant elle avait pris pour un refuge. La solution la plus évidente serait de fuir immédiatement la Guyenne, pour la terre gasconne ou son foyer élusate, si les portes n’avaient pas été si soigneusement gardées. Un vieillard solitaire est manipulable, mais les deux brutes devaient assurément manquer cruellement d’imagination, et même avec son épée elle ne se voyait pas les affronter seule.

Il allait donc falloir fuir avant que la nuit ne se fasse trop claire, et dénicher une cachette dans cette ville inconnue, et surtout retrouver son chat. Vaste programme, d’autant que malgré ce qu’elle avait prétendu elle tombait de sommeil. Elle vit Betoval ramasser sa couverture et ouvrir la porte.


Dormez ou... faites comme il vous plait, je m'en contre fiche.
Bonne nuit.


Il paraissait furieux. Elle ouvrit la bouche sans répondre. Elle ne voulait pas s’imposer, ni dépendre de qui que ce fût, et elle lui devait déjà beaucoup. Elle s’était désaltérée, réchauffée, et lui en demandait encore. Elle comprenait sa fureur. La porte claqua, elle le regarda par la fissure du volet traverser la cour et entrer dans l’étable. La nuit était encore sombre mais l’heure avançait. Elle s’emmitoufla de nouveau dans son châle, souffla la bougie et referma soigneusement la porte derrière elle. Le froid s’engouffra dans ses vêtements, lui pinça les joues et le nez, et l’espace d’un instant elle hésita à regagner le foyer. Pour ne pas céder à cette impulsion elle prit le boulet dans ses bras et pressa le pas dans une direction quelconque. Il manqua lui échapper des mains, affaiblie qu’elle était, elle le cala sous son aisselle et reprit sa route, le nez en l’air pour repérer le clocher et la main en avant de peur de se cogner aux murs. Quel meilleur asile qu’une église, elle aurait dû y penser avant, au lieu de se rendre stupidement chez cet inconnu. Les relents anticléricaux de son éducation lui jouaient encore des tours.

Alors qu’elle atteignait enfin la porte de son sanctuaire, les cloches sonnèrent à la volée, et surprise elle se laissa tomber le boulet sur le pied. Les joues mordues au sang, elle pria que son cri étouffé eût été recouvert par les cinq coups. Cinq heures déjà. Il était temps, les coqs allaient criailler leur chant strident et les premiers mineurs sortir de chez eux. Elle ouvrit la haute et lourde porte et se rua à l’intérieur. L’odeur d’encens la prit à la gorge, elle n’avait jamais pu supporter ce parfum. Elle se raisonna, il valait toujours mieux que l’haleine du geôlier. Son pas résonnait légèrement dans l’allée. Elle se sentait plus sereine, désormais à l’abri. Quand bien même on la retrouverait, on n’oserait transgresser l’amitié aristotélicienne dans la demeure du Très-Haut. Elle se signa respectueusement, désireuse de s’attirer ses faveurs, et se laissa tomber sur le sol glacial, adossée à l’autel. La chaleur de son Faust lui aurait été nécessaire, et son absence se fit un peu plus cruellement ressentir. Pour la compenser elle tira de sa musette le pigeon endormi qui paraissait de plus en plus faible. Elle le glissa sous sa chemise et s’endormit dans la position fœtale d’une vagabonde transie.

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