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[RP]Sémur, ces murs, nos murs.

Sylvain_d_aupic
Sylvain avait écouté avec attention et une grande peine les propos d'Anne, se contentant d'aquiesser de temps en temps. Il apprenait chaque jour à quel point le pouvoir était acide qui rongeait les personnes qui en détenaient une parcelle.

Il salua Emmaline à son arrivée.


Enchanté Dame, soyez la bienvenue en ces murs.

Quelques instants plus tard, une servante annoncait l'arrivée d'une visiteuse. Un regard d'Anne vers Sylvain et il comprit. Il se rendit donc à l'entrée afin d'accueillir la visiteuse. En la découvrant, il ne put cacher sa surprise, mais il était vrai que sa mère comptait nombre d'amis de grand prestige. Il s'inclina donc devant la princesse.

Votre Altesse, c'est un honneur de vous accueillir en ces lieux, je vous conduis auprès de Mère immédiatement.

Précédant Armoria, il la conduisit dans le salon où se trouvaient déjà Anne et Emmaline
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Anne_blanche
Évidemment, pour une fois qu'Armoria venait visiter Anne, elle n'était encore pas à son avantage. La fois précédente, la princesse l'avait trouvée grelottant de fièvre au fond de son lit, et cette fois elle la découvrait en robe fourrée à une demi-toise du feu, les pieds dans une chaufferette, les mains nouées autour d'un gobelet d'hypocras.

Anne était cependant habituée, depuis fort longtemps, à n'offrir à ses interlocuteurs que le visage qu'elle voulait bien offrir. Aussi se leva-t-elle avec une dignité toute baronniale, avant de plonger dans une révérence quasiment royale. Après tout, elle était chez elle, la nuit était fort avancée, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'elle eût pris ses aises.

Donc, une révérence, un faudesteuil offert, une robe fourrée supplémentaire, un verre d'hypocras, quelques questions sur la santé de Son Altesse Philippe-Levan, et un raton-laveur plus loin, Anne se tut, pour laisser la Vanillée exposer le but de sa présence en son hôtel. Elle s'en doutait bien un peu, ceci dit...

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Anne_blanche
Le verdict de la Pairie était tombé, comme une évidence : l'inéligibilité d'Anne n'avait pas lieu d'être. La nouvelle aurait dû la réjouir. Mais c'était trop tard. Quelque chose s'était cassé. La démone Acherpée avait si bien creusé sa niche dans l'esprit du Bouillon, de La Mirandole et de quelques autres que la simple idée de leur existence ne pouvait plus susciter qu'écœurement ou pitié. Rien qu'à l'évocation des images honnies, Anne s'empressa de se signer.
Elle était en bonne position pour le faire. Depuis trois longues semaines, elle ne quittait quasiment plus son prie-dieu. Le soir, elle s'arrachait à la contemplation pour rédiger les courriers aux va-nu-pieds, ou donner ses ordres à Maître Histos, son maître de forges, pour qu'il affûte les haches confiées par la Mairie. Elle soupait, retournait à ses courriers, en rédigeait à l'adresse de sa fille, toujours murée en son couvent, ou de Messire Walan, sans aucune certitude de les voir parvenir à destination, ou de son filleul.

Anne s'ennuyait ferme.

Il faudrait bientôt retourner à Paris, pour un bref séjour au palais des Académies. Même cette perspective ne lui souriait pas.
Suivant en cela un rituel établi de longue date, Bacchus vint poser près de l'écritoire le courrier de la journée. Trois ou quatre poulets sans importance, et un rouleau de parchemin de bonne taille.


Son Excellence Arutha daigne enfin répondre ?

Je crois pas, Dame Anne. Il n'y a point de scel.


Et Bacchus s'éclipsa, d'une allure de crabe qui surprit Anne. Le bon Bacchus l'avait habituée à plus de dignité dans ses déplacements, même pris de boisson.
Elle déroula le parchemin.


Citation:
Très chère Mère,

J'aurais aimé vous l'apprendre de vive voix, mais celà n'a hélas pas été possible avant mon départ. Car je suis parti. Voici quelques temps que ce projet tournait dans mon esprit, et la fin de mes fonctions à la Mairie me permet de m'éloigner maintenant avec sérénité.

J'ignore combien de temps durera ce voyage, ni où il me conduira, mais je sais que vous ne désappouverez pas, sachant qu'il sera pour moi source d'expériences et de découvertes.

Je ne voyagerai pas seul. Je pars avec une jeune personne que j'accompagne à Fribourg, en Hélvetie. Je ne chercherai pas à dissimuler mes sentiments pour cette damoiselle, je pense que vous les connaissez, malgré l'absence de rencontre en vous. Je connais également votre opinion sur les Helvètes et les Genevois en particulier. Je saurais faire preuve de prudence.

Je ne manquerais pas de vous tenir informée de l'évolution de ce voyage. J'espère recevoir également de vos nouvelles, car je suis très inquiet de votre état de santé.


Recevez, ma chère Mère, l'expression de toute mon affection, et qu'Aristote vous garde sous sa protection.

Votre dévoué fils

Sylvain


Elle dut relire, et relire encore. Elle se leva, se rassit, se releva.


Matheline ! Matheliiiiiiiiiiiiiiiiiine !!!
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Matheline
Il n'y a pas que des avantages à servir dans une bonne maison. On est nourri de viandes délicates cuisinées dans le vin. Ca c'est un bon point. On dort dans un lit garni d'un matelas de bonne laine. Ca c'est un deuxième bon point. On vous donne une robe neuve tous les ans. Troisième bon point. On n'a pas grand chose à faire, ça laisse du temps pour bien dormir, ça laisse du temps pour bavasser et même pour ouvir une taverne.

Mais mais mais mais mais mais mais... mais méfiez-vous ! Il n'y a pas QUE des bons points. Pas que.

La preuve ?


Matheline !Matheliiiiiiiiiiiiiiiiiine !!!

Matheline sursaute.

Kek elle m'veut 'core ?

Dommage. Matheline faisait un bien beau rêve. Son bel amant, le prince charmant, l'emmenait sur son cheval blanc. En fait de prince c'était seulement un vicomte, mais c'est le plus beau des vicomtes, plus beau que tous les princes de la terre. Il n'y a que dans les rêves que les beaux vicomtes emmènent les servantes quadragénaires sur leur cheval blanc. Oui, d'accord, dans les cauchemards aussi.
Rêve ou pas rêve, quand faut y aller, faut y aller. A cette heure, la patronne est dans sa chambre, à faire ses écritures. Matheline s'y rend en traînant les pieds.


Me v'là, Dame Anne.

Un peu inquiète, tout de même. Matheline n'a pas cassé d'écuelles, aujourd'hui, ni brûlé de tapis en ravivant le feu, ni déchiré de drap en le lavant trop fort, ni tiré les cheveux d'Anne en la coiffant. Elle a fait faire tout son ouvrage par une petite servante qui n'est pas trop futée, tout est fait, pas trop mal. Qu'est-ce qu'Anne peut bien avoir à lui reprocher pour crier si fort ?

Qu'est-ce que c'est que ça ?

Hou ! Dame Anne a sa voix des mauvais jours, celle qui vous fige le sang dans les veines tellement que c'est froid. Le parchemin qu'elle tient dans les mains, Matheline y reconnaît l'écriture de son Sylvain. Sauf qu'elle va pas le dire à Anne. Point si bête !

Bé Dame Anne, c't'un perchamin.

Moué, c'est peut-être un rien trop fort. Se faire pasesr pour bâsine, c'est bien pratique pour éviter les corvées, mais ça marche que si on ne pousse pas le bouchon trop loin.

J'veux dire c't'un perchamin qu'Messire Sylvain l'a écrit d'sus. Je r'conna ben son escriture.

C'est qu'elle ne dit toujours rien, Dame Anne. Et Matheline se met à tortiller entre ses doigts un coin de son tablier. Elle n'ose plus regarder sa patronne. C'est comme ça depuis tout le temps : quand Dame Anne la regarde froidement comme ça, elle a l'impression qu'elle lit ses pensées et que c'est pas la peine de lui cacher des choses.

J'suppose que Messire Sylvain il vous esplique qu'il est parti pour quelques jours hein. Mais vous en faites point, Dame Anne : il est point tout seul. Ya la Bellabs qu'est 'vec lui, pis Fribourg, c'est point si loin qu'Jelura... qu'Jerula... hem... que Rome. Pis c'est un homme, aneu, mon nourrain. L'est point 'core si fort qu'feu son pauv' père, mais ben assez pour estourbir les vilains qui lui chercheront pouille, si qu'il s'en trouve.

Le vertige de la gaffe, que ça s'appelle. Matheline sait bien qu'elle ferait mieux de se taire, mais elle ne peut pas s'empêcher de continuer.

Pis tous les crétins qui vous ont fait misère, au moinsse ils lui ficheront la paix, à lui, si qu'il est pus en Bourgogne. Vous voulez-t-y une tisane, Dame Anne, pour dormir votre content ?
Anne_blanche
Mais qu'a-t-il dans la tête ? Quatorze ans ! Quelle mouche l'a piqué ?

Les questions revenaient en boucle. Matheline fit enfin son apparition, si placide qu'elle donnait envie de la prendre aux épaules et de la secouer.

c't'un perchamin qu'Messire Sylvain l'a écrit d'sus. Je r'conna ben son escriture.

Anne ferma les yeux. Cette sotte de Matheline ! Quand donc comprendrait-elle que c'est épuisant, de devoir toujours mettre les points sur les i, même pour les choses les plus simples ? Elle rouvrit les yeux, et la bouche en même temps, pour une répartie cinglante qui n'eut pas le temps de partir. La servante prenait l'air penaud, et Anne enrageait de constater que, une fois de plus ,elle s'était laissée prendre à la fausse naïveté de Matheline.

J'suppose que Messire Sylvain il vous esplique qu'il est parti pour quelques jours hein. Mais vous en faites point, Dame Anne : il est point tout seul. Ya la Bellabs qu'est 'vec lui, pis Fribourg, c'est point si loin qu'Jelura... qu'Jerula... hem... que Rome. Pis c'est un homme, aneu, mon nourrain. L'est point 'core si fort qu'feu son pauv' père, mais ben assez pour estourbir les vilains qui lui chercheront pouille, si qu'il s'en trouve.

Qu'est-ce que ... ?

Pis tous les crétins qui vous ont fait misère, au moinsse ils lui ficheront la paix, à lui, si qu'il est pus en Bourgogne. Vous voulez-t-y une tisane, Dame Anne, pour dormir votre content ?


Anne n'en revenait pas. Les questions se bousculaient. Bellabs ? Fribourg ? Rome ? Et puis quoi, encore ?

Non, je ne veux pas de tisane !


Les mots tombèrent, syllabes nettement détachées.


Je veux que vous me disiez ce que...


Hum... La baronne s'arrêta net. Plus pour se donner une contenance et un temps de réflexion que pour s'imprégner des mots qu'elle connaissait déjà par coeur, elle relut le courrier de son fils. Les mots de Matheline prenaient peu à peu tout leur sens. Le départ de Sylvain était bel et bien prémédité, et Matheline était manifestement au courant. En fait, selon toute probabilité, tout le monde était au courant ... sauf Anne. Mais pouvait-elle l'avouer à la servante ? Poser des questions trop précises, ce serait exposer son ignorance. N'en point poser, ce serait prendre le risque de ne jamais comprendre.

Elle arrivait au bout de sa lecture.


Je veux que vous me disiez tout ce que vous savez de cette ... hum ... Bellabs. Qui sont ses parents ? Quelle est sa famille ? Elle n'est point Genevoise, j'espère ! Allez ! J'attends !


Mais elle ne laissait pas le temps à Matheline de répondre, dans sa fièvre de tout savoir, vite.

Ah ! et puis je veux que vous envoyiez deux valets. Tout de suite. Non. Tout bien réfléchi, envoyez-en trois. Avec deux chevaux de mes écuries, les deux hongres que ma tante d'Angillon me fit tenir cet hiver. Et la grande malle de Père. Remplissez-la des effets de Sylvain, je suis sûre qu'il est parti seulement vêtu. Allez, ma fille ! Bougez !... Non ! Attendez ! Vous leur donnerez une lettre pour mon fils. Je l'écris tout de suite.


Et sans plus se préoccuper des réactions de Matheline - qui seraient de toutes façons jugées non conformes, tant il est vrai que la place d'une mère est dans l'erreur, et celle d'une nourrice sèche aussi - elle jeta quelques mots rapides sur le parchemin, en s'attachant à lisser toute trace d'acrimonie.

Citation:
Sylvain,

La surprise que me cause votre départ n'a d'égale que la joie où je suis de vous voir suivre votre voie. Sans doute le chemin qui mène de l'enfant à l'homme est-il semé d'embûches, sans doute est-il doté de moulte bifurcation, sans doute est-il aisé de se tromper à chacune d'elle. Mais chacun doit suivre son propre chemin.

J'envoie sur vos pas des valets qui vous aideront à tenir correctement votre rang. Les sentiments que vous dites éprouver pour une jeune personne ne doivent pas vous faire oublier les devoirs de votre sang. Seul cela compte, au fond : le respect de la parole donnée par les aïeux, le respect des hauts faits qui leur ont mis entre les mains leur fief. S'il est chose qu'à aucun prix vous n'oublierez, c'est celle-là, dût-elle vous en coûter autant qu'à moi.

Il est fort dommage que votre départ ait eu lieu avant l'arrivée d'un homme qui m'honore du nom d'amie, et que je recevrai sous peu en nos murs. J'aurais aimé vous présenter à lui.

Le Très-haut vous garde, mon fils.

Votre mère affectionnée,

Anne

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Matheline
Tout est en l'air à l'hôtel de Culan. Matheline va et vient, monte et descend l'escalier, s'arrête pour faire briller la rampe, court dans le corridor, s'écroule trois minutes sur une escabelle pour soulager sa jambe boiteuse, crie après une servante, en bouscule une autre. Elle descend aux cuisines houspiller le cuisinier, remonte dans la chambre de dame Anne houspiller la lingère, redescend dans la grande salle houspiller le valet, court aux écuries houspiller un garçon ... bah un garçon d'écurie, forcément, puisque c'est aux écuries.

Depuis que dame Anne est partie la Matheline n'a rien fichu. Elle ne l'avouera pour rien au monde mais c'est clair qu'elle n'a rien fichu. Ce matin quand la cloche des couvents a sonné prime il y avait de la poussière sur tous les meubles, du crottin dans la cour, les roseaux mis sur les dalles de la grande salle pourrissaient en répandant une odeur de marécage en août et Matheline dormait du sommeil du juste et des servantes sans maîtresse. Quand le chat n'est pas là etc...

Les cloches des couvents ont sonné tierce et un gamin tout essoufflé a apporté un billet signé Bacchus. Matheline ne sait pas lire, elle n'a jamais eu le temps d'apprendre. Elle reconnaît cependant certains mots. Dans le B de Bacchus, elle voit la bonne trogne du cocher qui surmonte sa grosse bedaine pleine de bière. Matheline n'est pas si bête : elle a compris que si le Bacchus lui envoie un billet c'est qu'il arrive. Or Bacchus est le cocher de dame Anne. Donc si Bacchus revient c'est qu'il est aux guides du coche. Et dans le coche il y a dame Anne. Et la poussière n'est pas faite.

Une Matheline échevelée, en chemise et pas lavée a parcouru l'hôtel de Culan en hurlant les prénoms des valets et servantes. Les cloches ont sonné sexte, les valets ont grondé qu'ils avaient faim, Matheline a hurlé qu'ils mangeraient quand tout sera impeccable.


Toi! va cueillir des roseaux frais! Toi, le gars, demande des fleurs au jardinier! Cours donc, malappris!

Les fleurs c'est pas ce qui court les rues ni les jardins au mois de mars mais Matheline n'en a cure. Ils ont bien profité de l'absence de dame Anne cette bande de fainéants, qu'ils se débrouillent, maintenant!

None sonne. La maison a retrouvé un air présentable.


Grmbl grmbl grmbl faudrait point qu'al' passe el' doigt su' l'arrière des bahuts grmbl grmbl Ouvre les fenetres, bougre d'ânesse! ça puire le pourri!

Vêpres. Du bruit dans la rue. Matheline se précipite dans l'avant-cour.

Norf de norf! ma vesture!

Avec tout ce train, elle a oublié de passer ses vêtements par-dessus sa chemise. Elle court dans sa chambre, alors que la grande porte cochère s'ouvre pour laisser passage au coche conduit par Bacchus. Vite, vite ! Elle relace son bonnet, bien pratique, le bonnet, on voit point qu'on n'est point coiffé dessous. Par la fenetre elle voit Bacchus descendre de son siège et ouvrir la porte du coche. Viiiiiite !

Essoufflée et en nage, la jupe de travers et le bonnet de guingois, Matheline se tient dans la porte, prête à accueillir sa maîtresse.
Anne_blanche
L'entrée en Bourgogne s'était faite par Tonnerre.
Dans les dernières lieues, Anne s'était dit qu'elle aurait dû ressentir ... quelque chose. Peut-être pas de l'excitation. Mais un certain bonheur, peut-être. Ou, à tout le moins, du soulagement.
Or, elle avait beau interroger son cœur, elle ne ressentait rien d'autre qu'une intense fatigue. C'était certes compréhensible. Elle venait de vivre des semaines harassantes. Mais tout de même ! C'était bien décevant, au fond, de s'apercevoir que l'expression "rentrer à la maison" ne suscitait pas plus de plaisir.

Anne se rencogna donc au fond de son coche, la couverture de voyage remontée jusqu'au nez, et somnola derrière les rideaux de cuir. En vue de Sémur, cependant, elle sentit s'envoler toute fatigue. L'Armançon parvint à lui arracher un sourire. La montée vers le château, au son des cloches de vêpres, lui parut bien trop longue. Pourquoi donc Bacchus ne poussait-il pas davantage ses chevaux ?
Et enfin, l'on parvint dans la cour. Il fallut encore patienter quelques secondes, pour que Bacchus déplie le marchepied et ouvre la portière. Engourdie par tant d'heures de voyage, éblouie, au sortir de la pénombre du coche, par le grand soleil de mars, Anne cligna un instant des paupières, agrippée des deux mains aux montants de la portière.
Sur le perron se tenait Matheline.


Par les sabots roses d'Aristote !

La servante était encore plus mal mise que d'habitude. Son bonnet cachait mal une tignasse en bataille, son bliaud tombait de travers. On voyait qu'elle avait couru.

Eh bien, Matheline, vous êtes donc remontée si vite de votre taverne, que vous voilà toute en sueur ? Comment vous portez-vous, ma bonne ? Et comment se porte Sémur ?

C'était bien flatteur, en tous cas, que Matheline se soit ainsi précipitée en entendant le coche. Bien flatteur aussi de constater que malgré son absence la cour avait été gardée bien propre, le pavé bien balayé. Tout en questionnant à la servante, Anne adressait des sourires à toute la maisonnée, qui s'était rassemblée dans la cour pour l'accueillir. Elle s'arrêta soudain pour renifler.

Dites-moi, Matheline : il y a une odeur, non ? On dirait ... hum ... oui, ça me rappelle les marais de Bourges. Étrange, à cette hauteur !
Entrons, vous me conterez tout ce qui s'est passé en mon absence.

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Delamark
[Mercredi 25 avril, Sémur]

Il l'avait revue, elle, cette Baronne avec la dignité d'une vraie noble et qu'il appréciait toujours autant. Toutefois il ne pouvait que noter un changement depuis son retour en Bourgogne. Un retour qu'il avait premièrement salué, et qu'il avait même espéré tellement le balafré ne pouvait que regretter le jugement profondément injuste à ses yeux qu'avait subi la Sémuroise et tête de liste d'alors pour des motifs, finalement, inexistants.

C'était durant cette soirée qu'il avait découvert une autre facette de la Culan, cet instinct maternel qui lui allait si bien et dont il ne put s'empêcher de souligner, sur le ton de la taquinerie avouons-le. La petite Amellia qui se trouvait parmi l'assemblée, en cette taverne à une heure quelque peu avancée, avait été à l'origine d'une discussion peu banale. Là n'était plus question de politique ou d'autres échanges de "grands", et le Dijonnais n'en était d'ailleurs pas déçu, un répit en cette campagne ducale dont il voulait profiter pleinement.

La parenthèse sémuroise fut néanmoins courte, comme prévu même. Le seul changement inopiné fut la décision de prendre la petite orpheline dans leurs bagages, donnant à ce petit tour de Bourgogne un air de voyage familial.


[Et quelques jours plus tard, durant ce fameux petit tour.]

La confiance.
Ce sentiment qui liait les hommes et fondait la sincérité d'une amitié. Cette sensation de ne point craindre de nouvelles blessures, ces coups de poignard à la profondeur double et à la guérison d'autant plus longue à la mesure même de la surprise, c'était justement l'une des choses que François chérissait le plus. Et à vrai dire, l'ex-diplomate ne se confiait que très peu, pas même à sa propre compagne, et les rares personnes en qui il pouvait croire et se laisser aller à la confidence étaient loin d'être légion. D'ailleurs, on pouvait même les compter sur les doigts d'une main.

Anne de Culan faisait partie de celles-ci. Honnête, droite, fière et menée, semble-t-il, par un même idéal.

Le balafré, qui prévoyait une célébration toute particulière pour un avenir proche, se décida à prendre plume, vélin & encrier, pour y rédiger quelques mots. La missive fut donc courte, l'essentiel était dit et l'expéditeur ne trouva point d'intérêt à faire dans la longueur tant la simplicité pouvait souvent être des plus à-propos, en particulier pour telle requête. Un pigeon s'envola et il connaissait parfaitement le chemin.
Anne_blanche
Anne ne sortait plus guère, depuis son retour à Sémur. Elle passait quotidiennement au Conseil Municipal, s'efforçant de faire coïncider ses heures avec les absences du bourgmestre, pour ne pas avoir à croiser le bâtard de son père. Elle l'avait invité à venir chez elle, c'était le moins qu'elle pouvait faire. Il ne venait pas.
Elle se rendait régulièrement à Dijon, à l'Université ou chez le bailli, par une longue habitude. Son coche, aux rideaux de cuir soigneusement baissés, la ramenait à Sémur dès le cours donné ou pris, dès les dossiers récupérés.
Elle envoyait ses rapports à Paris, ponctuellement.

Et elle s'ennuyait. C'est terrible, l'ennui. Cela vous pousse à toutes les bêtises. Y compris l'introspection.
C'est ainsi qu'elle avait découvert que ses enfants lui manquaient. Un geste de tendresse pour la petite Amellia, un étonnement dans le regard de Messire Delamark, témoin de la scène, et une intense surprise avait coupé le souffle à Anne. Elle les avait eus bien trop jeune, ses jumeaux, et en plein deuil d'un époux adulé. Elle les avait subis comme une malédiction. Et soudain, elle découvrait qu'elle aurait tout donné, ce soir-là, pour que Sylvain revienne à Sémur et qu'Anne-Marie quitte son couvent.

Le candidat aux ducales avait repris la route, emmenant la petite. Anne avait retrouvé la routine.
Comme bien souvent, ce fut une lettre qui la rompit. Elle était de la main de François Delamark, et Anne s'en étonna. Elle appréciait leurs échanges, leur concordance de vues sur plus d'un point, le respect dont il faisait preuve en écoutant jusqu'au bout ses arguments quand ils n'étaient pas d'accord. Mais une lettre ...
Certes, elle ne s'y attendait pas.


Citation:
Le bonjour, Baronne.

Voilà près d'une journée que nous nous sommes quittés et, par la présente, je gage que vous avez pensé que vous me manquiez d'ores et déjà. Et vous n'auriez pas tort, tant votre compagnie m'est agréable et sympathique.

Cependant, le but de cette missive est toute autre. En effet, je compte officialiser mon entrée dans la foy aristotélicienne d'ici peu et je souhaiterai grandement vous avoir pour marraine lors de ce jour qui sera certainement très spécial et important dans ma vie d'homme.

La cérémonie devrait avoir lieu en l'Eglise Saint-Miguael de Dijon.

En attendant vostre réponse, prenez grand soin de vous.

Bien à vous,
François Delamark


Toute seule dans la grand-salle, Anne sourit au pêcher dont les fleurs se montraient au ras de la balustrade bordant la première terrasse.
La réponse fut brève, elle coulait de source. Anne héla le gros Bacchus, qui prenait le soleil sur la terrasse.


Bacchus ! Ce pli pour Messire François Delamark. Vous devriez le trouver en gargote, sur l'estrade de son parti. Remettez-le en mains propres, et dites à Messire François qu'il est convié à me porter céans réponse.

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Sylvain_d_aupic
Un retour aux sources pour Sylvain... Et au fond de lui, il savait que ce serait un retour difficile . Il était parti brutalement, quelques mois auparavant, laissant derrière lui Sémur, sa famille, ses affaires qui prospéraient à nouveaux après l'incendie. Un choix d'adulte, peut être peu réfléchit, mais voulu. Une envie de découvrir le royaume, les villes, les gens, mais également, et surtout, l'amour avec Bellabs. Les convictions religieuses de chacun les avaient préservés de la tentation de l'amour physique, parfois au prix d'efforts conséquents.

C'est donc riche de nombreuses rencontres, observations, discussions et cicatrices que le jeune couple avait rejoint la demeure de Sylvain. Dès le lendemain, ils rencontrèrent Anne, un soir, dans une taverne. Il est probable que les murs et les sémurois présents se souviendront longtemps de la tension qui régnait alors dans la salle, alors que Sylvain osait, pour la première fois, affronter sa mère. Il lui fût difficile d'exprimer ce qu'il ressentait, ce qu'il désirait, et pourquoi l'approbation sincère d'Anne avait une telle importance pour lui. Et il est probable que le baron n'y parvint qu'à moitié, tant la Dame de Culan se montra distante, au moins pendant un temps.

Puis Sylvain perçut quelque chose qu'il n'avait encore jamais vu chez elle: une faille, une faiblesse. Son grand père, adulé par Anne depuis toujours, s'était avéré être... un homme! Un homme, riche de larges qualités, mais également de faiblesses. Un homme qui aurait donné, semble t'il, un frère, à Anne, alors que celle ci s'était toujours sacrifié en l'honneur de son nom, de son rang. Et là, devant un Sylvain transpirant et fébrile, elle avait donné son accord. De façon distante, certes, et sans trop s'attarder sur une Bella choquée par cette rencontre, qu'elle avait si longtemps attendue et redoutée, mais elle était d'accord.

Après son départ, Sylvain et Bella n'eurent pas le loisir de se réjouir. Ils devaient rencontrer à nouveau la Dame de Culan, en sa demeure Sémuroise, dès le lendemain. Une nouvelle épreuve pour la demoiselle qui craignait de ne pas être à la hauteur. Sylvain se montra rassurant, il avait foi en son aimée, et, plus étrangement, il lui semblait que sa mère, qui s'était alors presque toujours refusée à la moindre marque d'amour maternel, changeait, lentement.

Après une nuit brève, le baron s'était levé et préparé longuement. Il avait embrassé sa nourrice, la brave Matheline, envoyée par Anne pour chaperonner Bella... Délicate attention qui perturbait un peu les tendres habitudes des jeunes gens. Puis, une fois le couple prêt, il avait prit le chemin de la demeure maternelle, sur les hauteurs de Sémur.

Pierre les accompagnaient, il regagnait son point de départ, quitté dans la précipitation sur la demande d'Anne, afin de servir le baron sur les routes. Le jeune labrador Hercule suivait, il aurait l'occasion de découvrir les terres autour de la demeure. Arrivés devant le portail, Sylvain entra sans trop hésiter, puis, dans la cour, il remercia Pierre qui parti saluer ses anciens collègues, accompagné d'Hercule. Puis prenant la main de son ange, il cria en direction des écuries:


Bacchus! Viens par là, il y a des visiteurs à annoncer!

Par un heureux hasard, les écuries et la cave étaient sensiblement dans le même axe, ce qui doublait les chances que le fidèle cocher entende l'appel, qu'il fût au travail ou ... en attente de travail. Puis Sylvain se tourna vers Bella, l'admira et lui murmura:

Tu es superbe, et d'une grâce infinie. Elle va t'apprécier, je le sais. Tu es prête?
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Bellabs
La fameuse rencontre avec la grande dame de Culan la confortait dans ses doutes: elle n'était pas à la hauteur! Sylvain avait beau dire de manière rassurante l'inverse, Bellabs avait ce sentiment d'avoir échoué aux présentations. Pourtant son cher et tendre avait ce sentiments de fierté et satisfaction qui la laissait quoi. Comment pouvait-il apprécier une ambiance si froide? Comment pouvait-il se sentir bien en connaissant aussi peu sa mère? Ou était l'amour la dedans? La frigidité de la dame laissé la rouquine dépitée. Certes elle n'en avait pas l'habitude mais elle était certaine de ne jamais comprendre ce qui se passait chez cette femme.

Il fallait désormais faire une présentation officielle, cela aussi n'était pas dans son domaine. Combien y aurait il de présentations? Une en taverne ne suffisait pas? De toutes manière Anne n'avait point envie de connaître Bellabs, sans doute devait-elle dégager quelque chose d'inintéressent. Au lieu de rentrer dans une colère noire et trouver ce comportement méprisant et irrespectueux presque digne des Vaisneaux , mais bien loin de là elle semblait assez d'accord avec cette femme d'accorder peu d'importance à elle même. C'était donc cela être noble? Ce n'est pourtant pas le portrait que lui avait dépeint Sylvain de sa mère et de sa vision à lui de la noblesse. Elle verrait bien, c'était peut être une rencune envers son fils et il fallait que sa compagne paye aussi.... Etrange manière de voir les choses. Dans une incompréhension totale, elle n'avait plus qu'à faire confiance à son baron pour avancer yeux bander sur un fil au-dessus d'une marre à crocodile. La demoiselle avait donc suivis les conseils de son ange, "pas de crouge ça fait trop passionné", manque de chance elle adorait le rouge... Une fois le rouge éliminait il ne restait plus beaucoup de tenues.... Mais elle se décida
pour une robe bleu simple et élégante.

Il lui faisait encore des compliments, mais elle, elle n'osa plus parler tant cette nouvelle rencontre l'effrayait. Allait-elle la regarder? Lui accorder un soupçon d'attention? Faire qu'elle se sente une personne et pas une moins que rien? Et dans sa tête trottait la vilaine idée que dans le royaume existait une dame aussi belle et grande que Anne, faite pour Sylvain. Le visage fermé par la tristesse de ses pensées et l'angoisse de la rencontre, elle avançait main dans la main avec Sylvain à ses cotés.
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Anne_blanche
Bacchus! Viens par là, il y a des visiteurs à annoncer!

La voix de Sylvain ! Anne, qui s'occupait les doigts, faute de mieux, à ôter de son vieil abaque d'inexistants grains de poussière, se composa aussitôt une attitude sévère. Elle était, comme à l'accoutumée, installée sur son cousiège de la grande salle, pour profiter de la vue sur la campagne, bien au-dessus des toits de Sémur. La lumière coulait à flots entre les meneaux, lui dessinant un profil de madone.
Elle se sentait vieille. L'est-on, à même pas trente ans ? Ne l'avait-elle pas toujours été ?
Elle avait vu son fils, la veille, en taverne, alors qu'elle s'y rendait pour avoir aperçu de l'extérieur le profil de l'ex-bourgmestre Cristophe. Elle voulait l'entretenir de son projet minier, craignant de n'avoir pas été assez précise lors de leur discussion au Conseil Municipal. Sylvain était là. Interdite, elle avait cru voir HdB. Le fils ressemblait de plus en plus au père. A quinze ans, il était grand, bien découplé, avec encore aux joues des traces d'enfance.
Il n'était pas seul. Il avait tenu à lui présenter cette fille qui l'avait entraîné sur les chemins, loin de Sémur, pendant si longtemps. Une Helvète. Une de ceux qui avaient tué Gabriel.
Il voulait l'épouser...

Et Anne avait cédé. Elle avait accordé l'approbation demandée.
Toute la nuit, elle était restée assise derrière ses courtines, les mains inertes sur le revers du linceul, les yeux perdus dans le vague, à se demander si elle avait eu raison. De temps à autre, une larme dont elle n'avait pas conscience roulait sur sa joue, quand elle évoquait ce père dont elle avait adoré l'image. Valatar avait été sa figure tutélaire, à qui elle adressait de muettes prières chaque fois qu'une alternative délicate s'offrait à elle. Il l'avait trahie, par-delà la tombe, par-delà les années, en envoyant à sa rencontre un frère bâtard. Celui-là aussi venait de chez les Helvètes honnis.
C'est seule qu'elle avait pris la décision d'accorder son approbation à l'union projetée.
Valatar était mort et bien mort. Sylvain vivait, et portait en lui le sang de HdB, la sagesse de HdB ... et l'orgueil des Culan. Il ne mentait pas.


Bacchus! Viens par là, il y a des visiteurs à annoncer!

Bacchus ne répondrait pas. Anne s'avisa soudain qu'elle l'avait expédié à la Mairie porter la dernière hache aiguisée par Maître Histos. Quant à Matheline, elle avait pris bien soin de rester chez Sylvain ... puisqu'Anne ne lui avait pas signifié à quelle heure elle devait rentrer.
Elle se leva donc, traversa la grand-salle, resta un instant en retrait de la fenêtre donnant sur la cour. Sylvain tenait la main de la jeune fille, et avait à son égard une attitude si protectrice qu'Anne se fit l'effet d'un dragon. Sans doute la demoiselle avait-elle mis son acharnement à respecter strictement les convenances sur le compte d'une prévention à son égard. Tant pis. Si elle voulait entrer dans sa famille, elle s'y ferait.
Anne détailla quelques secondes la silhouette toute de bleu vêtue, le voile virginal posé sur les cheveux dont elle préférait voir aux reflets la blondeur des femmes de Venise plutôt que le rouge que l'on impose aux filles publiques.
C'était donc là sa future belle-fille, une enfant, belle comme le sont toutes les amoureuses de quinze printemps, terrifiée à l'idée de la rencontrer. Qu'eût-elle pensé si elle avait su qu'Anne ne l'était pas moins ?
Alors-même qu'elle venait de s'apercevoir que son fils lui manquait, et s'était laissée aller à imaginer qu'il reviendrait bientôt, qu'elle rattraperait le temps perdu, cette fille venait le lui enlever.

Elle passa dans l'antichambre, ouvrit elle-même la porte extérieure, et se tint toute droite, dans son impeccable robe de lainage blanc, le visage si étroitement encadré par sa guimpe que nul ne pouvait deviner la couleur de ses cheveux, en haut des deux marches de pierre. Elle avait la gorge trop serrée - à son grand dam - pour proférer la moindre parole de bienvenue, esquisser le moindre sourire. Elle se contenta donc de s'effacer et de désigner l'intérieur de la maison.

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Sylvain_d_aupic
Il ne vint pas, le brave et fidèle Bacchus... Si la raison en était inconnu de Sylvain, la conséquence en fût évidente. L'apparition de la silhouette blanche, si familière, et pourtant, à cette heure, si effrayante, annonçait l'heure de la rencontre. La seconde, moins brutale, plus attendue, ne serait sans doute pas plus facile. Face à l'attitude silencieuse de sa mère, le baron redouta que la faille de la cuirasse, à peine dévoilée la veille, ne se fût refermée, plus causée par la surprise que par une réelle évolution du caractère de la Dame de Culan.

Il ressentait, sans même la regarder, la tension qui envahissait à nouveau sa jeune compagne. Il serra doucement sa main, lui signifiant ainsi qu'il était là, avec elle. Il aurait voulu la regarder, la rassurer d'un regard, d'un sourire, mais, face à sa mère, il se devait de garder son regard sur elle, Anne, Dame de Culan, sa mère... Lui revenait en mémoire les multiples fois où, par le passé, il avait vécu pareille situation. Toujours, face à lui, le même masque, la même attitude, distante, lointaine, s'affichait. Mais si, enfant, il baissait le regard, essuyant fréquemment les reproches sur l'inconséquence de ses actes, aujourd'hui, homme, il la regardait en face, sans affront, sans défi, mais avec fermeté, en tout cas toute la fermeté dont il se sentait capable alors.


Bonjour, Mère.

Il aurait voulu sa voix plus dure, plus assurée. Elle était ferme, mais douce. Sylvain sentit la main de Bella lui échapper. Elle saluait probablement Anne d'une révérence. Il aurait voulu se retourner, à nouveau, la regarder, l'encourager mais aussi se rassurer lui même. Il ne doutait pas d'elle, il doutait de lui. S'il échouait aujourd'hui, si Bella se sentait à nouveau indigne de l'intérêt d'Anne, il les perdrait, toutes les deux. Il ne pouvait concevoir une telle souffrance, et quand il senti le bras de la rousse se glisser à nouveau sur le sien, ses doutes refluèrent.

Quand ils furent dans la pièce, Sylvain chercha au fond de lui comment il devait présenter, officiellement, Bella. Les mondanités et leur formalisme avaient toujours été une épreuve pour lui. Il s'y pliait, par devoir, mais avec chaque fois une maladresse navrante. Face à sa mère, qui semblait toujours aussi fermée, il ne devait pas se tromper.


Mère, permettez moi de vous présenter Bella, demoiselle provençale qui m'a accompagner lors de mon récent voyage, et dont la compagnie m'est extrêmement chère.

Pathétique ! Il ne saurait sans doute jamais respecter les usages, mais il avait transmis les informations importantes à ses yeux. Et les origines de Bella comptaient parmi celles là, Sylvain connaissant l'aversion d'Anne pour l'Hélvetie.

Bella, je te présente Dame Anne de Culan et de La Mure, Membre de l'Académie Royale et Secrétaire d'Etat, ma chère mère.

Seconde couche, avec la première pas encore sèche, ça commençait à faire beaucoup... Mais il fallait tenir le cap, quelle que soit les vents contraires... Et pour le coup, Sylvain sentait que ça soufflait fort.

L'essentiel était dit, sans doute, mais ce n'était qu'un début. Il fallait maintenant attendre la réaction d'Anne. Et espérer... Sylvain gardait en mémoire le trouble de sa mère, la veille. Peut être y avait il là un signe, un espoir. Ce qu'il voulait au fond de lui, c'était un pas, un simple pas, qui devait rapprocher les deux femmes qui comptaient le plus dans son coeur. Car petit à petit, il comprenait que cette silhouette blanche, menue, austère, cette femme si souvent lointaine, il l'aimait, malgré tout.

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Bellabs
Devant la dame la rouquine s'inclina en gracieuse révérence. Tout de blanc vêtue la Dame de Culan pourrait avoir l'allure d'un ange si son visage fermé ne lui donnait pas cet aspect de vide. Trop apeurée pour sortir le mondre mot Bellabs laissa Sylvain se dépatouiller avec ce qu'il devait dire ou faire. Un bonjour était un bon début, à ce bonjour la demoiselle esquissa un petit sourire courtois pour appuyer ce bonjour.

Une fois entrée dans la grande pièce des Culan, elle eut un frisson mais pas de crainte. Bien au contraire, elle était intimidée et émerveillée. C'était un grand honneur que d'être dans la maison d'Anne.

Sylvain présenta les dames. Et tout comme lui Bellabs était dans l'atente.

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Anne_blanche
Anne reprit sa place sur le cousiège, plus lentement qu'il n'était nécessaire, pour se donner le temps d'avaler la boule qui lui obstruait la gorge. Elle referma doucement son plumier, le mit de côté, roula un parchemin, l'enrubanna ; assura ses pieds sur le coussin, tira sur un pli de sa jupe.
Elle était furieuse. La colère, sa vieille compagne, celle qui venait à son secours quand plus rien n'allait droit, était fidèle au rendez-vous. Colère contre Sylvain qui lui ramenait pour future belle-fille - il irait au bout de son désir, il n'y avait pas à en douter - une Helvète ; contre ladite Helvète qui lui enlevait son fils au moment précis où elle avait enfin envie de le trouver ; contre sa fille qui ne se résolvait pas à quitter son couvent, et qu'elle aurait aimée à ses côtés, en médiateur, en cet instant ; contre les mânes de son père, celle de sa mère, de son frère ; contre le monde entier.

Furieuse de l'être, avant tout.
Car quoi ? Qui était responsable de ce gâchis, au final ? Qui peut oser prétendre qu'on élève un enfant pour le garder près de soi ? Quelle créature sans nom avait fait que Bella fût Helvète ? Qui peut en vouloir à ceux qui dépeignent le père d'une orpheline comme un être d'exception ?


Mère, permettez moi de vous présenter Bella, demoiselle provençale qui m'a accompagner lors de mon récent voyage, et dont la compagnie m'est extrêmement chère.

Provençale ? Nouveau, cela... A tirer au clair. Sylvain ne s'en sortait pas trop mal. Anne se raccrochait à des détails, cette mèche rebelle sur le front de son fils, le bleu de la robe de Bella, qui lui rappelait l'aversion de sa mère pour cette couleur, la douceur de la laine sous ses doigts, le parfum frais de la jonchée...


Bella, je te présente Dame Anne de Culan et de La Mure, Membre de l'Académie Royale et Secrétaire d'Etat, ma chère mère.

Il usait envers la jeune fille du tutoiement, comme n'importe quel gueux ... ou enfant. L'Helvète provençale ne disait rien, ne bougeait pas. Elle avait fait une révérence tout-à-fait acceptable, avait offert un sourire timide.
Il y eut un silence - pas très long, quelques secondes tout au plus, mais qui dut paraître aux enfants une éternité - qu'Anne mit à profit pour se repasser dans la tête le résultat de ses cogitations nocturnes, et au bout duquel elle se leva, descendit du cousiège, se porta à la hauteur de son fils.

Damoiselle, soyez la bienvenue.


[i]La voix était encore atone. L'effort consenti avait été trop violent. Mais Anne ne reviendrait pas sur l'approbation donnée. Sylvain le savait, évidemment. La jeune fille, pas forcément. Anne précisa donc.


J'approuve sincèrement le choix de mon fils. Bon sang ne sait mentir.

Les paroles, une fois prononcées, la confortèrent dans sa décision. A l'état de pensée, le proverbe n'avait que valeur générale ; dit à voix haute, il prenait un accent de vérité tel qu'Anne elle-même s'en tint convaincue. Sylvain ne pouvait tout simplement pas s'être trompé.
Restaient quelques formalités, et non des moindres.


Sylvain, faites-nous porter céans quelque collation, je vous prie. Vous trouverez le cuisinier en son office.

Et en attendant que son fils s'éloigne pour quelques minutes, elle plongea son regard bleu dans les yeux de Bella.
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