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[RP] Puisqu'elle a promis...

--Pierre.de.craon


Il y a dix-sept ans, il avait paniqué ne sachant que faire, comment agir, comment soulager son épouse qui se mourait devant ses yeux. Et pendant tout ce temps, il avait revécu la scène encore et encore. Se demandant à quel moment il s'était trompé, à quel moment il aurait dû agir différemment pour sauver l'amour de sa vie. Et sont-ce ces longues années qui lui permettaient à présent de paraitre si calme ? Rassurant presque. Même si dans sa tête, c'était une tempête de questions et d'interrogations. Il l'écouta, prenant sa main pour la rassurer.

Je ne connais personne ici Fanette hormis toi ...
Il y a un jeune homme dehors qui semble travailler pour toi.


Il lui prend délicatement le visage de sa main pour l'obliger à l'écouter et à se concentrer sur sa voix pour qu'elle ne pense pas aux douleurs qui vrillaient son ventre.

Je vais aller lui demander d'aller chercher les femmes dont tu me parles. Il va y aller et moi, je vais rester avec toi, jusqu'à ce qu'elles arrivent, d'accord ?

Il attendit un signe, un faible hochement de tête, un battement de cils, quelque chose qui prouvait son consentement.

Bien ... je reviens.

Relâchant sa fille à contre-cœur, il se précipita dehors, paniqué. Là, il pouvait laisser la panique s'emparer de lui, le souffle court, le cœur au bord des lèvres, les mains tremblantes. Il lâcha les noms, s'emmêlant certainement les pinceaux dans des consonances qu'il ne connaissait pas, tenta de les répéter, repris par le jeune homme ou pas, il n'en savait rien, il n'écoutait pas. Tout ce qu'il voulait à l'instant, c'était revenir avec sa fille. N'écoutant même pas ce qu'il répondait, il repartit en trombe dans la taverne, passa à l'office pour trouver un peu d'eau fraiche, un linge et avant d'entrer dans la chambre, il reprit son souffle.

Quelques secondes pour prendre sur lui.
Un sourire aux lèvres et il réapparait.
Venant s'asseoir à côté de son enfant, il lui passa le linge frais sur le visage et continua de lui parler.


Maman serait si fière de toi, tu sais ...
J'en suis certain. Tu as vu comme tu es belle ... et tu as bien réussi. Cette auberge est bien tenue. Et tu as tout un tas d'amies, ce sont tes amies, les femmes qui vont venir ?


Il prit avec douceur sa main pour qu'elle puisse la serrer quand une nouvelle contraction viendrait. Oh il la voyait avec les yeux d'amour d'un père pour sa fille car la pauvre Fanette n'avait rien de bien joli à cet instant. Entre les cernes des nuits trop courtes, les yeux tristes d'une vie qui est partie à vau-l'eau dernièrement. Les cheveux en pagaille, la mine défaite par le chagrin ou tendue par la douleur et pourtant ... pourtant, là devant lui, il avait la plus jolie des enfants. Un mélange parfait de ses deux parents.

Sans même attendre de réponse, il caressa sa joue et tendrement fredonna un air qu'il avait inventé pour elle, quand petite, il avait du mal à calmer ses pleurs.


Il était une petite fauvette
Qui enchantait tout le monde
Elle sifflait des notes fluettes
Et invitait ses amis à la ronde.

Mais le petit oiseau avait peur
Peur de se faire croquer
Par le vilain renard rusé
Qui jouait les vils flatteurs.

Mais papa oiseau veillait
Et quand le vilain futé
Tenta de manger son bébé
D'un bond, il alla la sauver.

De son bec, il picora le museau
Du vilain renard tout pas beau
Et sa jolie petite Fanette
Sous son aile enfouit sa tête.


Il se rappelait alors que la petite fille venait glisser sa tête sous son bras pour s'endormir en hoquetant encore des sanglots de ses nuits sans maman.
Lison_bruyere
De signe elle n'en fit aucun, déjà figé dans sa douleur et ses craintes, c'est la stupéfaction qui venait de s'emparer d'elle à présent, de ce qu'elle comprenait, au fil des mots, de la tendresse des gestes paternels. Et quand elle réalisa enfin que c'était bien lui, dont elle avait manqué de si longues années, une vague de larmes de nouveau la submergea. Et sous son aile, la petite fauvette enfouit sa tête, bercée de la comptine enfantine qui ravivait une bouffée de souvenirs remisés au plus profond de sa mémoire.

Régulièrement, la douleur venait contracter son bas-ventre, tordait ses traits, mais elle restait blottie contre ce père dont elle était redevenue la petite enfant, elle qui s'apprêtait pourtant à être mère pour la seconde fois. L'inconvenance de la présence masculine en cet instant ne l'effleura même pas, et pourtant, sous aucun prétexte elle n'avait envisagé le soutien d'un homme en pareille circonstance, craignant que ça porte malheur, ainsi qu'elle l'avait si souvent entendu dire. Un an plus tôt, elle avait même refusé le soutien de son époux, qui avait pourtant plusieurs fois aidé des enfants à venir au monde.
L'attente de Lenù lui semblait interminable, et en même temps, même écartelée par les douleurs invariables et cadencées, elle appréhendait l'arrivée de la Napolitaine et des autres femmes, comme si leurs présences suffiraient à tout accélérer, le départ de son père à peine retrouvé, la naissance d'un enfant qui ne connaîtrait pas l'amour du sien, sa propre mort. Elle releva son regard pailleté d'or vers ce visage qu'elle redécouvrait, en détaillant chaque courbe, chaque creux, chaque angle, chaque ride, la teinte sombre de ses yeux, les reflets roux de sa barbe brune, et seulement, elle parvint à lui répondre.

- Pas des amies non, enfin ... ma belle-mère, ma marraine ... et Lenù, Lenù connaît la médecine, elle fera au mieux.

Fanette avait revu son avis sur l'amitié, et rechignait à user de ce mot, sauf à quelques exceptions qui avaient résisté au temps, et elles étaient rares.

- Papa, j'veux pas mourir.

Voilà, sa plus grande crainte était avouée. Bien sûr on lui avait dit bien des fois qu'un second enfant venait plus facilement, parce que le chemin était fait, mais, Fanette savait bien que ce n'était pas vrai. Après tout, sa mère était morte en mettant au monde une sœur, un an après sa naissance, tout comme elle s'apprêtait à mettre au monde son enfant, un an après la naissance de Milo. Et en un an, elle n'avait pas pris plus de poids, ses hanches n'étaient pas plus larges qu'au jour de ses dix-sept ans, son courage bien plus grand sans doute mais les épreuves des derniers mois et la fatigue des derniers jours se lisaient sur son visage, aux cernes qui ombraient son regard.

- Il me manque papa.

Elle n'avait pas précisé qui était ce "il" tant pour elle, c'était une évidence. Elle avait mené sa grossesse seule, passant du désarroi de se savoir grosse, des doutes de savoir aimer cet enfant que Roman refusait de considérer comme sien, de l'angoisse d'une autre bouche à nourrir quand elle avait déjà tant de mal à joindre les deux bouts, et de la culpabilité dont elle n'arrivait à se défaire, persuadée d'avoir tout gâché du bonheur que l'Italien lui avait offert deux ans plus tôt.
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--Pierre.de.craon


La situation est des plus étranges, vous en conviendrez. Une mère qui vient de retrouver son enfant, cette mère qui redevient enfant dans les bras de son père qu'elle vient également de retrouver. Un père et une mère qui ne savent pas s'y prendre avec leur tout petit, bon pour l'un le tout petit est déjà bien grand. Mais les gestes maladroits n'en sont pas moins sincères et c'est en la berçant doucement contre lui, en enfouissant son nez dans ses cheveux qu'il écoutait les malheurs de sa fille. Elle lui avait assuré dans ses lettres qu'elle avait manqué d'un père tout ce temps. Peut-être ... mais sans vouloir se dédouaner de quoi que ce soit, il était fier de voir que sa petite oiselle était bien plus courageuse et vaillante que lui. Pour cela, elle tenait assurément de sa mère.

Étrangement, il ne cherchait pas dans son visage à la découvrir. Il avait là, tout contre lui, son enfant. Pendant quelques secondes, il retrouvait sa petite Fanette qui pleurait. Les chagrins d'aujourd'hui étaient tout autres que ceux d'hier mais instinctivement, il essuyait les larmes, réconfortait doucement. Quand une nouvelle contraction venait, il la sentait tant elle se blottissait contre lui et vivait la douleur avec elle. S'il avait retenu certaines choses des deux accouchements de son épouse, il se souvenait parfaitement de la manière de respirer pour tenter de tenir lors des contractions. Alors telle une ventrière un peu trop barbue, il la guidait en respirant avec elle.


Tu ne vas pas mourir ma chérie ...
Tu ne peux pas mourir alors qu'on se retrouve.
Tu es bien entourée et je suis là. Je suis là pour toi ...
Regarde-moi Fanette.


Il chercha ses yeux noisettes et lui souriait avec une infinie tendresse et peut-être que pour la première fois depuis le décès de son épouse, ses yeux exprimaient autre chose que de la tristesse. Il se voulait fort pour elle et il voulait partager cette force qu'il ne se connaissait pas avec elle.

Tout va bien se passer.
Je vais aller défaire les noeuds de ta maison une fois les femmes arriver. Et j'attendrai pas loin. D'accord ? Je vais rester tout près de toi et bientôt, tu me présenteras ton enfant, fièrement, contre ton sein.


Il n'osa pas demander si elle avait retrouvé Milo.
Et quand elle lui parla de son époux, il la prit de nouveau dans ses bras.


Je sais qu'il te manque ...
Veux-tu que je lui écrive une fois l'enfant né ?
De ... père à père ?


Le cœur de Pierre se serra un instant. Il n'avait bien entendu aucune légitimité à écrire à cet homme. Mais au-delà du cœur brisé de sa fille, il pensait à tout ce que ce père manquerait auprès de ses enfants. Il ne savait que trop la douleur qui existe quand on se demande ce que devient son enfant. Pendant des années, il s'imaginait les progrès de Fanette. La voir devenir une petite fille pleine de vie puis une jeune fille et enfin une femme. Il aurait aimé être là pour son premier chagrin d'amour, pour son premier accouchement. Il aurait voulu être là pour les anniversaires, les Noëls, les fêtes en tout genre. Il a tant manqué et ne souhaitait cela à aucun père. Jamais. Peu importe les circonstances, peu importe que ce soit suite à une séparation, à une mort, à un enlèvement.

Il profitait de chaque seconde passée avec elle avant que les autres personnes n'arrivent et qu'il soit mis dehors manu militari parce qu'un homme n'a pas sa place ici. Il caressait le bout du nez de sa fille comme elle aimait qu'il le fasse quand elle était petite. Parce qu'on a beau grandir, on reste dans le fond la fille de son papa.
Lison_bruyere
Fanette ne parlait plus. Elle attendait, soufflant bruyamment sa douleur à chaque fois qu'une contraction venait lui tordre le ventre. La main pâle et fine, dans les grandes mains burinées de son père, s'agrippait à ses doigts, à moins que ce ne fût l'inverse.
Quand enfin, le mal la relâchait, elle fermait les yeux et se laissait retomber mollement à l'étreinte qu'il lui offrait, et elle l'écoutait la rassurer de ses mots tendres. Quand il évoqua les nœuds, elle songea aux talismans, celui que lui avait remis Faust quelques mois plus tôt, et celui gravé par Svan quand Milo était venu au monde.

- Dans le tiroir du bureau, il y a un béryl que m'a donné un médecin, je dois le garder sur moi à présent, pour qu'il nous protège, l'enfant et moi. Tu verras, il y a aussi une petite rune taillée dans du peuplier, un B est gravé dessus. Il me la faut aussi papa.

Elle se détacha légèrement pour laisser aller son père, et quand il revient auprès d'elle, referma sa main sur les petits objets, soulagée. Elle acquiesça sobrement à sa proposition d'écrire à Roman, mais déjà, une nouvelle contraction déformait ses traits et s'emparait de ses entrailles.
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--Kieran.



    L'homme déboule, visiblement paniqué. Grand, long, barbe bien taillée et vêtements sobres mais neufs, jamais je ne l'ai croisé auparavant. Je saisis rapidement l'urgence de la situation, ne m'en fais guère en imaginant Amarante déjà au chevet de Fanette.

    - Rassurez-vous, j'y vais.

    Je souris en remontant la rue vers la cathédrale. Bientôt, les rires reviendront dans cette maison bien trop triste depuis l'automne. Sur le parvis, quelques fidèles sortent de l'office des laudes, sans doute des paysans, qui iront retrouver leurs champs avant que le soleil ne dissipe tout à fait les teintes de l'aurore. Je bifurque devant la vieille dame de pierre pour rejoindre la taverne indiquée. Je suis passé bien des fois devant l'enseigne au nom étrange, l'ewedishalahu, me demandant quelle en est sa signification. Jusqu'à ce jour jamais je n'y suis entré. Aujourd'hui, c'est différent. D'un coup d'épaule, la lourde porte gravée d'un cerbère me cède place et j'avance de quelques pas dans la salle commune, lumineuse et finement décorée. Je m'approche du comptoir et claque deux fois d'une main franche sur bois ciré, espérant rameuter du monde s'il en est dans l'arrière-salle. Je me penche, pour y être entendu.

    - Il y a quelqu'un ? On m'envoie prévenir dame Daeneryss. Vous êtes là ? Fanette Loiselier a besoin d'aide, le travail a commencé. Il paraît que vous saurez où trouver la matrone, une Italienne.

    Je n'avais pas vraiment retenu le nom que m'a donné l'homme un peu plus tôt, d'ailleurs lui-même ne semblait sûr de rien, pas même que la femme en question soit une matrone. Ça me semblait juste logique. Je m'impatiente en avisant les portes qui s'ouvrent sur la pièce, et entreprit d'aller les pousser tour à tour. Tans pis pour l'intrusion, la situation l'exige, je dois prévenir ces femmes dont Fanette a besoin.
Daeneryss
[ Limoges - Avril 1467 - Ewedishalahu ]

- L'étagère est bancale, là. Celle-là, tu vois ?
Silence.
- Suffit de bien regarder, et si tu vois pas bien, il te suffit de pencher la tête comme ça. Non, dans l'autre sens !

Pour qui entre dans cette pièce de l'arrière taverne au nom imprononçable quand on est ivres - et même quand on ne l'est pas - il serait tout à fait possible de me penser folle. Les mains parfaitement parallèles de part et d'autre de mes hanches, je parais en grande conversation... avec moi-même. Assurément, me voir pencher la tête tantôt à droite, tantôt à gauche suffirait à offrir de merveilleuses nausées à quiconque n'aurait pas le pied marin ; mais moi, je tente simplement de reproduire les dodelinements de la petite tête du moineau qui s'est invité dans la cuisine. Il faut croire que c'est l'odeur du vin italien qui l'a appâté, car dans ce coin de la ville, c'est bien connu désormais, on ne mange pas de pain, mais fort liquide. Du moins, quand la cave est pleine. Non ravie de débuter dans ma carrière de tavernière de fortune, il me fallait assidûment songer à une restructuration des lieux. Si nous voulions voir du monde dépenser de l'argent dans cette taverne, fallait-il encore que les étagères soient droites ! Et celle-là ne l'est pas.

- Ne bouge pas, je vais réparer ça. Oh tu peux bien me regarder comme ça... je sais ce que tu penses ! Tu me diras : Daeneryss, ne te lance pas dans un combat que tu ne pourras pas gagner. Oui oui, je sais tu as raison. Mais avoue que ça chiffonne tout de même rudement de devoir passer sa vie la tête penchée, alors que si je me m'y prends bien, enfin... pas trop mal, on ne finira pas avec le cou coincé. Notre avenir, piou-piou, c'est de casser la jambe de ceux qui tentent de sortir. Je t'assure ! Il suffit de faire en sorte qu'ils se prennent les pieds juste avant la sortie, ils se ramassent et.. ho non ! Vous voilà fort mal arrangé ! Laissez, je vais vous resservir un verre ! Tu me suis ?! Evidemment que tu me suis.

En trois coups de maillet et dix-sept injures nordiques plus tard, je dois bien l'avouer : c'est une catastrophe. Ce qui ressemblait à une étagère bancale ressemble maintenant à un petit bois à peine utile pour un début de feu de cheminée. Sans oublier les résidus de casse qui amoncellent à mes pieds, je ne peux m'empêcher de me dire que la décoration actuelle n'est peut-être pas non plus la plus adéquate à l'appel du client. Aux piaillements de mon comparse, je comprends son mécontentement et soupire exagérément lasse avant d'étirer une moue tordue tout en secouant la tête.

- Tu vois, je te l'avais dit... On aurait pas du toucher !
- Il y a quelqu'un ? On m'envoie prévenir dame Daeneryss. Vous êtes là ?
- Revenez plus tard, je refais la déco !
- Fanette Loiselier a besoin d'aide, le travail a commencé. Il paraît que vous saurez où trouver la matrone, une Italienne.
- Pourquoi faut-il toujours qu'on arrête les grands esprits qui réfléchissent ! Oui, oui j'arrive, j'arrive !!

Sans lâcher mon maillet, je quitte l'arrière salle pour aviser le jeune homme. Fanette ne s'entoure pas trop mal et à cette nouvelle tête que je découvre, je reste sur la conviction profonde qu'elle connait décidément bien trop de monde. Mon air solennel peut paraître un tantinet louche, mais qu'importe, c'est d'un sourire assuré que je lui fais face.

- Je suis Dae. Retournez dire à Fanette que je gère la situation, que j'arrive avec Lenù. Et qu'elle serre les cuisses en attendant ! Elle a su patienter huit mois et demi, elle peut bien encore le faire quelques minutes. Dites lui de pas tenter de toucher ses pieds pour le moment, faudrait pas qu'en se penchant... bref !

La décoration devra attendre, j'en ai bien peur. Désolée Gabriele, j'ai une affaire des plus urgentes à traiter, tu ne m'en voudras pas, hm ?
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Alaynna
Je m'en revenais d'un pas trainant à l'auberge en compagnie de Milo, que je tenais bien lové entre mes bras, tout contre mon coeur. Les au-revoir d'Anna-Gabriella avaient été poignants, et encore une fois, j'avais eu l'esprit traversé par l'idée de m'en foutre le camp avec les deux petits. Mais ma conscience de mère, m'interdisait, maintenant que je connaissais toute la vérité sur l'identité de cet enfant que j'avais élevé comme mien depuis des mois, de priver plus avant une mère de son petit.
Alors si, ça me déchirait le coeur et l'âme, autant pour ma fille que pour moi-même. Et pour Milo également mais dans une moindre mesure, puisqu'il venait de retrouver sa mère légitime. Il ne pouvait en ressortir que du bon pour lui. Et son bonheur et son bien-être étaient ce qui m'importait le plus. Le bien des enfants avant toute autre chose.
Néanmoins, il était évident que je trainais le pas, dans l'unique but de gagner quelques précieuses minutes avec petit Corleone. Et maintenant que je savais, je comprenais mieux cette ressemblance du regard si frappante avec son padre et les traits de son petit visage qui m'évoquaient, sans équivoque, ceux d'Andrea.

Ne trouvant pas la mère légitime dans la grand-salle, je montais les marches afin d'aller terminer de rassembler les affaires de Milo quand j'ai aperçu la porte ouverte sur la chambrée de la propriétaire des lieux.

C'est ainsi que je me suis présentée sur le pas de la porte, sans le franchir, et que mes bleus ont embrassé la scène que j'avais sous les yeux. Un homme que je ne connaissais pas se trouvait près de Fanette et celle-ci avait de toute évidence, commencé le travail. Et au vu de la fréquence des contractions, la mise à bas ne tarderait plus. Si. J'avais toujours cette manie de penser en terme de juments, car bien que je sois apte à la manoeuvre, j'avais plus l'habitude d'aider les juments à pouliner que des femmes à accoucher. Pourtant quelques jours avant d'arriver sur Limoges, j'avais prêté main forte à Marzina, lors de la venue au monde de Loris.
Une fois que mes bleus avisés eurent fait le tour de la question, tout en glissant une main tendre dans la chevelure de Milo, je me décidais, enfin, à l'ouvrir. Sans doute aurai-je mieux fait de la fermer. D'autant que tout ce qui m'importait désormais, c'était de nous éviter à Anna et moi toute souffrance superflue et quitter cette ville de malheur au plus vite. Notre départ était d'ailleurs prévu dans la nuit.
Mais no. Il a fallu que malgré tout, j'ouvre ma gouaille de Ritale et fasse preuve d'empathie.


" - Vous avez besoin d'aide ? J'peux faire quelque chose ?"

Comme aller chercher de l'eau, du linge frais, un truc dans le genre quoi.
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Lison_bruyere
La silhouette de l'Italienne se découpa dans l'encadrement de la porte, Milo tendrement serré contre elle. Fanette releva vers eux un visage aux traits ternis par la douleur qui lui déchirait le ventre. Sa main s'agrippa davantage à celle de son père, ses ongles s'ancraient à la chair, quand l'autre se serrait désespérément sur la rune et le béryl. Le sourire qu'elle voulut offrir à l'enfançon se perdit dans un rictus trahissant le nouvel assaut qui l'écartelait. La question d'Alaynna se fraya un chemin jusqu'à sa raison abandonnée aux craintes et à la souffrance. Son regard perdu glissa de son fils à Alaynna, avant de se relever vers Pierre.

- Lenù ? Pourquoi Lenù n'arrive pas ?

C'est tout ce qu'elle parvint à articuler dans un souffle. Rien ne se passait comme il fallait, c'est l'idée qui vint l'effrayer un peu plus. Point de Joséphine Rougemont pour sauver l'enfant à naître, point de Corleone pour bouter la camarde hors de la chambre, la Danoise ne viendrait pas éponger son front et soutenir son dos. Elle avait l'impression qu'une éternité s'était écoulée depuis que le travail avait commencé, ou depuis que son père lui avait été rendu. Sa chainse humide plaquait ses bas et ses chausses encore trempés du liquide clair qu'elle avait perdu dans la pièce voisine. La cotte de laine qu'elle portait au-dessus l'incommodait. La sueur perlait sur chaque parcelle de sa peau. Ses longues boucles dorées collaient à sa nuque, son front et ses joues.

Ses yeux cherchèrent le regard de ciel d'orage de l'Italienne. Et sans aucun doute, toutes les demandes que sa voix éraillée d'angoisse refusait de formuler se reflétaient dans ses noisettes éclaircies de larmes. Elle sentait bien que son père n'avait pas sa place à ses côtés en pareil moment, et pour rien au monde elle n'aurait pu le mettre dehors, de peur de réaliser qu'il n'était qu'un rêve. Elle voulait que cesse la douleur qui déchirait ses entrailles. Elle souhaitait que vive cet enfant qui s'annonçait bien trop tôt. Milo, presque un an avant était né sanguinolent, grisâtre et amorphe, souffrant d'avoir trop attendu. Et si la fauvette n'avait pu le voir, déjà perdues aux limbes de l'inconscience, Svan le lui avait suffisamment raconté pour que le souvenir la hante à présent, tout comme la hantait la mort en couches de sa mère. L'urgence ravivait ces images qui l'assaillaient, nourrissant la terreur qui était sienne de ne pas savoir mettre au monde son enfant sans l'aide de Lenù qui avait promis de ne pas les laisser mourir.

Noisettes suppliantes ne lâchaient plus la brune à l'enfançon. Fanette aurait pu s'en remettre à n'importe qu'elle femme, pour ne pas affronter seule l'épreuve qui meurtrissait ses chairs, mais en l'instant, la seule présente était la Valassi.
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Pierre.loiselier
Voir sa fille ainsi était un déchirement. Tout père qui se respecte ne pourrait que souffrir avec son enfant à cet instant. Il fallait réellement ne pas avoir d'âme pour ne pas céder devant les larmes de son enfant. Son cœur se déchirait déjà quand nourrisson, elle était prise de gros sanglots que ni lui, ni Orphée ne savait calmer. Puis quand plus grande, elle tombait et chouinait d'un genou écorché. Oui, pour ceux qui se le demandaient, Fanette pleure depuis toujours, ça n'est pas arrivé avec l'âge adulte. Mais elle pleurait autant qu'elle riait et si le cœur de son père se fendait en deux quand les larmes coulaient, des jolies sutures de rires enfantins venaient le réparer.

Contrairement à Fanette, Pierre n'était pas tellement superstitieux. Avec la mort d'Orphée, il avait pris le parti de croire que si ça devait arriver, cela arriverait. Sinon il aurait fini fou à se demander encore et toujours ce qu'il aurait pu faire pour éviter le drame. Ce fut le cas durant des années mais à présent, il en était sorti. Alors même s'il connaissait les grigris en tout genre ou les superstitions telles que défaire les nœuds, il n'en restait pas moins pragmatique. Il fallait à sa fille une femme qui s'y connaisse et vite. La voir tenir à ses babioles aussi fort, lui rappela qu'on estimait que sa place d'homme n'était pas avec elle. Alors bientôt Fanette allait lui demander de partir ... Il aurait pu protester, s'imposer mais il ne voulait pas faire subir cela à sa fille. Il voulait qu'elle accouche en paix et attendrait donc ailleurs.

Quand enfin quelqu'un arriva, les sentiments ambivalents se bousculèrent. Il aurait voulu garder son enfant au creux de son bras, sous son aile comme tout papa fauvette qui se respecte. Il aurait aimé que cet instant dure pour toujours, rien qu'elle et lui. Néanmoins, il était soulagé qu'enfin, une femme arrive. Même si elle semblait un peu hostile, elle portait un tout petit en ses bras, elle ne pouvait donc que comprendre l'épreuve que traversait Fanette à ce moment-là. On a beau se détester, il y a des épreuves qui rapprochent et l'accouchement en était certainement un.

Alors il expliqua à sa fille comme à une enfant, qu'il allait y aller, qu'il allait défaire les nœuds comme la tradition le veut, qu'il allait attendre sur le pas de la porte cette Lenù qui tardait. Il cala doucement Fanette dans les coussins, l'installant aussi assise que possible, essuya une dernière fois son front y déposant un baiser aimant et se dirigea vers la femme. Elle était le genre de femmes à qui jamais il n'aurait même demandé sa direction dans la rue. Le genre de beauté glaciale qui d'un regard te fige sur place. Avait-elle même souri une fois dans sa vie ? Il secoua la tête pour se reprendre et de sa voix calme et posée se présenta à l'entrante, souriant au petit garçon entre ses bras.


Bonjour, je suis le père de Fanette, Pierre.

Voilà c'était lâché. Il l'avait dit sans détour, sans faillir.
Qui sait ce que Fanette avait pu raconter sur lui à ses amies.
Tant pis, il fallait assumer à présent. Après tout, il est son père.


Est-ce que vous pourriez rester avec elle ? En tant qu'homme, le travail commençant, je ne peux pas être à ses côtés et je crois qu'elle n'ose me le demander mais elle préfèrerait que je ne sois pas là ... Je peux garder votre fils en attendant si vous voulez. Je serai à côté à attendre que celle qui doit l'accoucher arrive.

Ses yeux tristes se posèrent de nouveau sur le bambin. Et à bien y regarder, il lui rappelait quelqu'un.
Alaynna
Les douleurs de la parturiente semblaient s'intensifier, mais il aurait fallu être aveugle pour ne pas se rendre compte également que la future mère était terrorisée.
Et le regard qu'elle me lança, aurait pu faire fondre un millier d'icebergs. Chez d'autres, mais pas chez moi. Cela ne fit au contraire qu'amplifier le cinglant de mon regard. Apparemment, que je lui ai ramené son enfant ne lui suffisait pas ! Elle avait très certainement décidé de me torturer !
Car les supplications de son regard étaient on ne peut plus claire. Forcément, elle me savait apte puisqu'elle avait appris que j'avais suivi des cours à l'Ostel Dieu. Même si mes cursus n'étaient pas terminé, il en était tout de même vrai, que je savais quoi faire lors d'un accouchement. Tant qu'il était sans complication. Parce que pour tout ce qui relevait de la chirurgie, il était clairement hors de question que je m'y aventure. C'était l'un des cursus qu'il me restait à valider d'ailleurs.
Et dans l'instant, je me fis la promesse de faire passer la fin de mes cursus en priorité, au niveau de mes études.

Puis voilà que non seulement la fille, mais maintenant le père, avaient du prendre le parti de se liguer ensemble pour me torturer davantage. Puisqu'il ne semblait apparemment pas au courant de l'identité de l'enfant que je tenais entre mes bras et qu'il le prenait pour mon fils.
Réaction ne se fit donc point attendre, alors que j'acquiesçais d'un signe de tête et que je déposais avec précaution, petit Corleone entre ses bras, non sans que mes lèvres ne vinrent effleurer la petite joue potelée.


" - Prenez soin de Milo. Je vais rester avec votre fille. En espérant que la femme qui est sensé l'accoucher ne tarde plus. Si l'accouchement est simple, ça devrait aller, mais s'il se complique, j'serai pas en mesure d'être d'une grande aide. Si vous pouviez trouver Joanne également..."

Au moins le ton était donné et on ne peut pas dire que j'avais fait dans la nuance.

Je m'approchais du lit, et d'un geste ferme, mais non hostile, j'empoignais la côte de laine afin de la lui ôter, et, parce qu'il s'avère que moi aussi, je suis superstitieuse, je m'assurai d'une main que je lui passais dans les cheveux, que ceux-ci étaient bien dénoués. C'est que chez nous, en Italie, nous avons nos propres superstitions concernant ces genres de moment. Et entre mes dents, je lui sifflais d'un ton monocorde


" - Espérons que cet enfant n'ait aucune tâche de naissance sur le corps. Bene. Maintenant vous allez m'écouter ! J'sais bien qu'vous avez mal, qu'vous avez la trouille, mais qu'les choses soient claires. J'vous aide mais vous cessez tout d'suite d'pleurer. Chouinez autant qu'vous voulez, gueulez aussi si ça vous soulage, mais cessez d'chialer. Capito ?"

No mais quoi, à un moment donné fallait bien dire les choses. Déjà que de mon côté, je commençais seulement à prendre la pleine mesure de ce qui était en train de se passer. Ce n'est pas comme si j'n'avais pas foiré d'mon côté. C'n'est pas non plus comme si cette femme n'était pas la seconde épouse d'mon premier mari. Et pour me mettre un peu plus en panique, fallait qu'ce soit la mère d'Milo. Et qu'si j'me foirais sur c'coup là, j'les entendais déjà balancer qu'je l'aurai fait exprès.
Je sentais mon être envahi par un vent de panique et mon coeur qui s'en commençait à jouer ses roulements de tambour comme à son habitude dans ces moments là.
Je me suis souvenue que je n'étais pas seule à dormir dans l'auberge, et, je filais jusqu'à la porte à reculons sans lâcher Fanette du regard, pour lâcher un cri tonitruant et paniqué, qui a du s'entendre jusqu'à l'autre bout du couloir.

" - ALESSANDROOOOOOOOO ! "

Et puis, comme si le fait d'avoir gueulé, venait de me calmer, je me rapprochais de la mère légitime de Milo, tout en avisant un broc d'eau dont je me versais une bonne partie sur les mains et je tirais sur la chainse plus qu'humide.

"- J'vais poser mes mains sur votre ventre. C'pour m'faire une idée du placement d'l'enfant et d'sa descente. Après, vous écarterez les jambes, pour qu'je puisse m'rendre compte d'la dilatation."

Si un jour on m'avait prédit que j'allais m'immiscer dans l'intimité de celle qui fut la seconde épouse de mon ex-mari, en vue de lui venir en aide pour l'arrivée d'un enfant dont Roman était le supposé père, il est certain que je n'en aurai rien cru.

Et sans attendre, je glissais mes paumes tièdes sur la peau pâle et j'évaluais où en étaient la position et la descente de l'enfant qui s'annonçait.

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Aless..
" - ALESSANDROOOOOOOOO ! "

Il y'a des cris qui sortiraient un mort de son somme. Et celui là en est un, pas à dire. Le corps lourd du mâle sursaute et s'extirpe du pieu, le reflexe premier est de saisir sa lame d'une main ferme. Les bottes attendront, la pogne libre ouvre déjà la porte de sa chambrée, déjà prêt à en découdre, corps et muscles tendus.

Vivia ? Zilofus ? Le couple infernal semblait pourtant avoir quitté la ville. Et la blonde avait donné sa parole au Balafré de ne plus venir tourmenter Fanette. Etrangement lui qui ne croyait pas à grand chose et encore moins à grand monde, l'avait cru. Le mec par contre plus fourbe, voulant jouer le coq dans une taverne pleine, pour se sauver comme un chiot en pleurant peu après, possible.

Dans son champ de vision un type portant un bébé. Aucun doute possible, c'est Milo. La rage monte rapidement en lui, il sait qu'il va tuer cet homme. Non, l'homme n'est pas armé. Le grand brun se contente donc de faire barrage dans le couloir et sa voix rocailleuse tonne.

Qui es tu ? Qu'fais tu avec c'ptit dans tes bras.

Alaynna !! Fanette !!


Lui aussi crie, mais pas dans les aigus. Sa voix est calme, mais il veut se faire entendre des deux femmes.
Loin, très loin de s'imaginer qu'Alaynna a du avoir un moment de panique en se retrouvant pour l'heure seule avec Fanette sur le point d'accoucher.

Non point. Pour lui elle a hurlé quand l'homme est sorti pour s'emparer du petit. Sur ordre de qui .....? La situation est dans ses cordes. Il lui a promis en étant à ses côtés de veiller à la sécurité de l'enfant et promis également à Fanette la même chose le temps de son séjour sur Limoges. L'homme risque de passer un mauvais quart d'heure....
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Pierre.loiselier
Alors que le petit atterrit dans ses bras, ils se jaugent l'un l'autre. Ils se regardent droit dans les yeux comme pour s'apprivoiser. Pierre a toujours eu un don certain avec les enfants malgré son incertitude et son incapacité à élever sa propre fille. Alors c'est tout naturellement que le petit Milo -mon Dieu, son petit-fils !- passe sa petite main dans sa barbe et s'amuse à la lui tirer après les quelques secondes de flottements.

Avec douceur, il la repousse et fait non de la tête. Il y va patiemment, pas d'yeux qui grondent ou de voix qui ...


ALESSANDROOOOOOOOO !

Bon si une voix qui crie, qui porte, qui emporte même et qui les surprend tous les deux et leur fait faire des yeux tout ronds comme des soucoupes.

Elle crie fort hein !

Pierre hoche lentement la tête, scrutant le tout petit, les fesses calées sur son bras et de sa grande et fine main qui maintient son dos le caresse doucement. Il n'a même pas le temps de se présenter à Milo qu'il entend une cavalcade au-dessus de sa tête et voit apparaitre dans le couloir alors qu'ils allaient chercher cette Joanne, un homme ... armé ! Non mais Pierre ne pensait pas arriver dans une sorte de mauvaise comédie italienne avec des personnages tous plus étranges les uns que les autres. Entre les retrouvailles avec sa fille qui est en train d'accoucher, une femme glaciale qui se promène avec son petit-fils qu'on lui fourre dans les bras pour la première fois et maintenant, un homme avec d'immondes balafres qui est à deux doigts de l'embrocher, c'était une sacrée journée !

C'était tout de même à se demander si le balafré n'avait pas pris de trop nombreux coups sur la tête pour penser que Pierre pouvait être du genre dangereux. Il n'en avait pas le physique et pas les attentions. Si vraiment, il avait voulu enlever le petit, il se serait rapidement carapaté et il ne serait pas là à discuter calmement avec lui, échangeant des petits sourires. Bon, on va dire que le balafré pionçait et que le hurlement de l'italienne n'avait pas aidé à ce qu'il ait les idées en place durant les quelques secondes qu'il avait mis à descendre les escaliers. Alors Pierre se tourne de trois-quarts vers lui et lève la main en signe de paix, protégeant de son corps, le petit Milo qui se retrouvait ainsi derrière lui, toujours dans ses bras. Il lui répondit d'une voix qu'il voulait calme et posée, bien qu'elle trahissait sa peur de se prendre un coup d'épée.


Je suis Pierre ... Loiselier, le père de Fanette. Le travail a commencé.
Et votre ... amie ? Votre amie l'aide parce que la femme qui devait l'accoucher n'est toujours pas là.


Et comme pour le lui prouver, il recula doucement pour se rendre de nouveau vers la chambre de sa fille et l'inviter à s'en rendre compte par lui-même. De toute façon, même si ça avait été un taré qui tentait d'enlever le petit Milo, il se bloquait tout seul dans le couloir et ça ne serait vraiment pas malin de sa part.
Aless..
L'homme face à lui ne semble pas belliqueux et décline rapidement son identité.

Je suis Pierre ... Loiselier, le père de Fanette. Le travail a commencé.
Et votre ... amie ? Votre amie l'aide parce que la femme qui devait l'accoucher n'est toujours pas là.


L'attitude du Balafré change elle radicalement, sa main non armée passe sur son visage, tout en enregistrant l'information, et son corps de lui même se détend.

Scuse moi.....mais quand une femme hurle comme Laynna vient d'le faire c'est jamais bon signe.
Moi, c'est Aless....

Point de formalités superflues, les excuses pour la méprise à sa façon. Brèves, mais compréhensibles. Il se contente de passer sa tête par le montant de la porte. Regard sombre qui se pose rapidement sur Alaynna.

T'vas d'voir assurer si sa belle mère n'arrive pas Bella......mais j'suis certain qu'tout va bien s'passer. C'pas ma place d'me trouver là tout comme son père. On n'sera pas loin.

Son ton est assuré, il sait qu'elle saura gérer mieux que quiconque la situation. Fanette aurait pu moins bien tomber. Certes il ne faut pas être devin pour savoir que la panique qu'il lit sur son visage est démultipliée par le fait qu'elle fut l'épouse du père de l'enfant à naître. Et des répercussions qui peuvent la hanter en cas de problème. C'est donc d'un ton confiant à nouveau qu'il réitère.

Tout va bien se passer Laynna. Fanette a besoin de toi. Si t'as tout c'qui t'faut j'vais descendre à la grand salle....

Revenant vers Pierre.

L'temps qu'j'passe à ma chambre pour chausser mes bottes et j'te r'trouve en bas si t'veux boire un verre.

Si de son côté la tension est relâchée tout reste à faire pour les deux femmes. L'une en particulier....
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Alaynna
Je suis affairée à mon affaire, quand j'entends les éclats de voix dans le couloir. Obnibulée par la seule pensée que je ne dois pas céder à la panique, mais que je suis à deux doigts pourtant de le faire, je me concentre un peu plus sur ce que je fais.
Mon coeur lui, est toujours prêt à imploser et je sens quelques gouttes de sueur qui s'en coulent le long de mon échine.
Jusqu'à ce que la voix soit là, toute proche, et que je sente un regard posé sur moi. Tout va bien se passer qu'il me dit. Il en a de bonnes. Il a sans doute du oublier cet épisode en Anjou quand il m'avait demandé de le rejoindre en douce pour lui porter de quoi le soigner. Si je lui avais bien emmené ce qu'il fallait, n'hésitant nullement à aller chouraver sous la tente des chirurgiens, ce n'est pas moi qui lui avait prodigué les soins, mais c'était bien lui.
Alors tu parles que tout va bien se passer.
Certes, avec Marzina ça a été, mais accoucher un médecin qui est malgré tout apte à vous guider, c'est pas la même chose que d'accoucher une femme qui non seulement s'avère être la mère de l'enfant que j'ai élevé durant des mois, mais qui est aussi l'ex-épouse de mon ex mari, qui, selon de forte probabilité devrait être le padre du bébé à venir.
Alors déjà qu'il me traite de monstre parce que je n'ai pas su accoucher de nos deux bébés viables, si je me foire aujourd'hui, ce serait un vrai désastre.

Néanmoins la voix masculine semble insister, comme si le brun avait capté. Et contre toute attente, les pulsations cardiaques s'amenuisent et la respiration se fait moins saccadée.
Et de tourner la tête brièvement vers lui.


" - No j'n'ai pas tout ce dont j'ai besoin. M'faudrait ma besace, celle en cuir, posée sur l'bureau dans ma chambre. Et puis il faut aussi des linges propres et que quelqu'un fasse chauffer de l'eau. Tiède. "

J'me reconcentre sur Fanette, et quand je comprends que la descente est amorcée et pas qu'un peu puisqu'il me semble déceler ce qui ressemble à des cheveux et donc, un crâne, je grimace et pousse à la fois un soupir de soulagement.

" - Bene. Devrait plus y en avoir pour très longtemps maintenant. L'enfant se présente
bien. Y'a quelque chose qu'je dois savoir sur l'accouchement d'M..sur votre premier accouchement ? "

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Lison_bruyere
C'est un sourire que Fanette voulut offrir à son père quand il quitta la pièce, mais une nouvelle contraction vint déformer ses traits. Elle releva ses yeux éclaircis de larmes sur l'Italienne qui lui causait. Le ton était sec, mais pas vraiment efficace, au vu de la douleur qui meurtrissait son ventre et se reflétait dans ses yeux. Elle fronça sensiblement les sourcils à l'évocation de la tache de naissance. Elle en portait une sur la fesse droite, en quoi était-ce de mauvais augure ? Est-ce pour cette raison que sa mère était morte trop tôt pour qu'elle en garde souvenir ? Etait-ce pour cela qu'elle avait manqué de perdre Milo quelques mois avant sa difficile naissance ?

La main de l'Italienne la débarrassait des étoffes inutiles, ne lui laissant que la fine chainse de lin remontée sur ses cuisses. Et déjà, elle sentait les doigts sûrs palper son ventre douloureux, glisser à un genou. La femme laissa échapper un cri qui la perturba, couvrant presque celui que lui arrachait la souffrance agrippée à ses hanches.
Elle secoua imperceptiblement la tête, plus vraiment sûre de ce qu'elle avait entendu, un prénom, un juron ?
Et soudain, la panique s'ajouta aux affres qui déchiraient ses chairs. La seule femme qu'elle avait sous la main pour l'aider en était-elle capable ? Saurait-elle au moins sauver la vie qu'elle s'apprêtait à expulser de son giron ? Elle avait tant de fois songé à sa mort prochaine que seul à présent importait le souffle de cet enfant à naître.

Et l'accent chantant de la brune s'opposait à l'urgence de son ton quand elle s'adressait à la porte. Fanette tourna la tête vers la voix qui lui parvenait dans son dos, plus grave, plus encourageante, mais la configuration de la pièce ne lui permettait pas de voir de qui elle provenait.
Elle ferma les yeux dans l'un de ces instants de répit qui se faisaient de plus en plus courts. Pouvait-elle déjà être si épuisée. Plusieurs heures s'étaient écoulées depuis le début du travail, mais la fauvette était sans doute déjà bien trop éprouvée par les épreuves passées, et les nuits sans parvenir à trouver le sommeil. En proie à un nouvel assaut, elle resserra les poings sur le drap qui couvrait le matelas d'étoupe, rouvrant les yeux sur la Valassi qui posait une question qui la ramena à ses angoisses. Elle était bien dans l'incapacité de répondre là, traits tendus, corps entier contracté, souffle court. Elle laissa passer la vague qui la submergeait avant de pouvoir souffler d'une voix blanche une réponse.

- Oui.

Elle s'efforça de rassembler quelques forces pour préciser ce que Svan et Roman lui avaient relaté de la naissance de Milo.

- On a manqué de mourir ... Trop étroite, trop de sang, de fatigue ... Il est né gris, amorphe ... Roman a dû me suturer ... le reste, j'me souviens plus... J'étais plus là ...

Elle referma les yeux, son ventre de nouveau se contracta dans une crampe violente qui la fit suffoquer dans un sanglot. Les larmes de douleur roulaient à ses joues, traçant des sillons de sel qui ternissaient la jeunesse de ses traits. Elle avait l'impression de n'être qu'un fétu de paille, livré au ressac d'un océan tourmenté. Quand l'accalmie revint, pour un court instant, elle fit un effort pour se redresser davantage et allongea les doigts jusqu'à frôler la main de la Napolitaine.

- Faites ce qu'il faut, mais faut qu'il vive. Moi peu importe, mais lui, faut qu'il vive. J'vous en prie.

Les boucles trempées, collées à son visage, le front perlé de sueur, le regard presque éteint, elle se laissa retomber mollement dans les oreillers. L'image de sa mère, celle qu'elle avait vue sur la petite miniature qu'elle conservait précieusement dans un linge, s'imprima derrière ses paupières closes. Allait-elle la rejoindre ?

- Maman ...
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