Afficher le menu
Information and comments (0)
<<   <   1, 2, 3, 4, 5   >>

[RP] Oustau de Château-Thierry - Demeure des Blackney

Gabrielle_montbray
« Elle passe sa vie à l'attendre
Pour un mot pour un geste tendre
Elle le suivrait jusqu'en enfer
Et même l'enfer c'est pas grand chose
À côté d'être seule sur terre
Elle l'aime, elle l'adore
Plus que tout elle l'aime
C'est beau comme elle l'aime
Elle l'aime, elle l'adore
C'est fou comme elle aime
C'est beau comme elle l'aime »

- Michel Berger -

Citation:
A vous
De moi


"Crevez alors".
Vraiment?
Et si je vous prenais au mot?
Et je me laissais tenter par l'attraction du sol vu du haut des remparts?
Ou par les marécages un peu au sud?
Ou par les eaux du port?
Ou par la froideur et la gentillesse de ma lame?
Voire, puisque j'ai toujours vos clés, par l'acidité d'un poison?

Le poison ne me tente pas... c'est trop... fade. Si je dois crever par vous, ça sera violent. Sanglant. Passionnel. Ca vous ressemblera. Ca sera beau et terrifiant comme un orage d'été. Brûlant et piquant comme la première gorgée de Calvados. Une mort arrogante. Une mort orgueilleuse.

"Crevez alors".
Vous me tuez déjà Enzo. Tous les jours. Un peu. Vous creusez ma tombe plus sûrement que le plus expérimenté des fossoyeurs. Vous m'arrachez l'âme, le coeur, le corps.
Et j'aime ça.

"Crevez alors".
Si tel est votre bon plaisir, mon Seigneur et Maitre...

... mais pas cette nuit.

Je vais crever en vous attendant. Crever de peur en attendant les coups. Crever d'angoisse en attendant les paroles dures. Crever d'espoir en attendant votre baiser. Vous savez de ceux que vous m'accordez parfois. De ceux qui me vrillent le ventre et me retournent l'esprit. De ceux dont vous ignorez le pouvoir... Vous ne voyez rien. Et pourtant, Enzo...

Je crève déjà.



Voilà la lettre que Gabrielle fit porter à Enzo à la taverne de Traverse dans laquelle il s’alcoolisait probablement plus que de raison.
« Crevez alors ». Les derniers mots qu’elle avait entendu. Elle avait préféré quitter là. Le quitter lui. Pas définitivement, elle en était bien incapable, mais pour le reste de la nuit.

« Crevez alors ». Pourquoi ? Parce qu’elle lui avait dit non. A lui, Enzo, son Seigneur et Maître. Sa raison de vivre autant que son bourreau. Authentique salaud, parfait petit con, beau comme un Dieu, charmant à ses heures, mais sale type odieux. Gabrielle lui refusait peu de choses, lui pardonnait tout, acceptait beaucoup. Trop disaient les autres. Mais les autres… que pouvaient-ils bien y comprendre ? Ils n’étaient pas là le soir au fond des tavernes, au fond de l’oustau, au fond des lettres qu’ils s’écrivaient. Personne ne pouvait comprendre, parce que les gens avaient une vision de l’amour que Gabrielle trouvait morne et fade. Pour elle l’amour c’était un sentiment violent, destructeur, un sentiment qui la dévorait, qui la brûlait, qui l’épuisait. Elle ne voulait pas qu’Enzo lui offre des fleurs, elle ne voulait pas qu’il lui tienne tendrement la main, elle voulait encore moins qu’il lui murmure des « je t’aime » rougissants. Non, elle voulait qu’Enzo l’aime violemment, durement, passionnément. Elle voulait qu’il la remue, la fasse vibrer, elle voulait le haïr parfois pour mieux l’adorer ensuite. Enzo était sa folie, son opium, son alcool violent. Il était son complément d’âme, son tout et son absolu. Oui, il était son Seigneur et Maître. Mais elle n’était pas son esclave, sa soumission à elle était une forme de jeu, une soumission volontaire qui avait ses limites. Elle lui tenait tête, souvent, et le faisait flancher, parfois.

Il l’avait emmerdé pour une histoire de colle pour sa maquette. Une putain d’histoire de colle pour une saloperie de maquette ! L’engueulade la plus minable qui soit. Mais elle avait dit non. Et on ne dit pas non à Enzo sans en subir les conséquences.
Elle ne savait pas encore ce qu’elles seraient. Des coups, du mépris, des paroles atroces ? Peu lui importait, elle attendait, dans la chambre de l’Oustau, seule. Un mélange de peur et d’inquiétude lui vrillait l’estomac. Elle espérait son retour autant qu’elle le redoutait.

Elle sursaute, juste un peu, quand elle entend la porte d’entrée s’ouvrir avec fracas. Des cris. De l’agitation. Une chaise qui a volé probablement. D’autres cris. Des éclats de voix. Un piaillement. Agnès. Cette idiote a du avoir un geste ou un regard malheureux. Gabrielle s’en fout. Elle ira la voir demain. Elle trouvera les mots et ça passera. Un bruit de verre brisé. Un calme relatif. Un cri. Enzo. Un cri de douleur. Le corps de Gabrielle se tend mais elle résiste. La mesnie est là. Qu’ils s’en occupent tous. Des objets qui se fracassent. Bois, métal, verre. Le Maitre des lieux saccage ce qu’il peu semble-t-il. Gabrielle tremble légèrement, elle se dit que la fureur pourrait bien s’abattre sur elle. Plus rien. Elle reste aux aguets, tendant de savoir ce qui se passe. Puis un bruit sourd dans l’escalier et un juron. De nouveau cette envie d’aller voir. Mais non. Crevez alors.

Le temps semble long parfois. Les minutes s'étirent. Gabrielle attend toujours. Elle entend les pas. Elle reconnaît les voix d’Anastase et de Robin qui chuchotent. On frappe à la porte. Forcément. Il faut prévenir madame.

- Entrez.
- Madame….


Pathétique. Il est pathétique. Soutenu, presque porté, par les deux gardes, la main droite en sang, l’œil vitreux, les cheveux en bataille. Il pue le whisky, pire qu’un marin anglois après sa première nuit de retour au port.
Gabrielle le regarde et secoue légèrement la tête.
Un signe aux deux gardes. Un geste de la main, désabusé.


- Installez-le sur le fauteuil… et sortez.


Gabrielle hésite.


- Robin… ? Vous resterez en garde devant la porte.

Des fois que. Des fois qu’il recommence. Des fois qu’il la crève vraiment.
Les gardes sortis, Gabrielle regarde Enzo, avachi dans le fauteuil. Il est complètement fait. Elle ne sait même pas si elle l’a déjà vu dans cet état là. Une pauvre histoire de colle, un refus et Gabrielle regarde son mari en se demandant combien de temps encore elle pourra tenir.
Crevez alors.
Sale type. C'est beau comme je t'aime. Mais tu ne le vois pas.

_________________
Isleen
now that's a hell I can't describe
So now I wander through my days
try to find my way ...

Street Of Dreams – Guns’n roses

Adieu…

Un mot, cinq lettres.

L’irlandaise, âme errante dans la nuit, avait tourné avec ce mot dans l’air froid de l’hiver, un mot qu’elle n’aurait pas pensé entendre ainsi, comme cela, si tôt, si vite, un mot qu’elle n’aurait pas voulu entendre prononcé, mais qui avait été dit, avec tant d’autres venus se planter directement en elle, tels des lames affutées lancées avec adresse par un saltimbanque lanceur de couteaux. Sauf que là le lanceur était blond, et wiking, un guerrier.

Adieu…

Un mot, un froid.

Elle n’avait pas craqué, non tout était resté contenu, même lors des fameuses confrontations, elle ne savait pas parler, ce qu’elle voulait lui dire, lui faire comprendre, tout était restée en elle, comme tant de mots qu’elle était incapable de sortir correctement au bon moment. Elle n’avait pas plus craqué lorsqu’elle avait résumé la situation dans ses très grandes lignes à Gabrielle, juste avant de partir dans la nuit. Mais il lui était impossible de résumer la détresse qui la submergeait petit à petit, l’immense chagrin qui comme un raz de marée déferlait en elle, la déception, la…non impossible de résumer tout cela, elle ne l’avait même d’ailleurs pas fait.

Adieu…

Un mot, un glas.

L’Oustau. Elle se trouvait devant l’Oustau. Gabrielle. "Tu sais ou me trouver" lui avait-elle dit. Oui elle savait, si son esprit semblait être en dessous de tout, ses pas, son errance, l’avait mené jusqu’à elle, jusqu'à eux, en cet instant, elle …non…elle ne pleurerait pas, non ce n’étaient pas des larmes qu’elle sentait sur ses joues, dévalées comme des traitresses. Revers de mains qui vient les essuyer. Garde en faction qui la laisse entrer, n'ose pas l'en empecher de peur de se retrouver avec une femme pleurant dans les mains. Telle une somnambule, elle avance vers le logis, en franchis le pas, son regard se pose, se tourne autour d’elle. Les souvenirs de ce que le bâtiment fut au début, de ce qui a changé encore.

Adieu…

Un mot, une tombe.

Et… non…elle n’allait pas pleurer là, dans l’entrée…elle n'était pas venu là pour ça...non elle n’allait pas…les prunelles se ferment, se closent pour tenter d’enrayer l’arrivée des flots salés, mais peine perdu, devant un raz de marée, il n’est nul chose à faire. Il emporte tout, il dévaste tout. Et ceux sont des pleurs silencieux d’abord, puis des sanglots qui secouent les épaules de l’irlandaise, qui la terrassent, l’envoient dans un coin de la pièce, l’assoient au sol, la font se recroqueviller sur elle même.

Adieu.

Un mot, une tombe, la sienne.

La mort d’avoir cru en l’amitié qu’ils avaient l’un pour l’autre, la mort de ce qui avait commencé et qu’il tuait dans l’œuf sans qu’elle comprenne pourquoi, puisque apparemment elle ne le comprend pas, qu’apparemment elle ne sait pas, ne fait que penser pour lui, ne fait que se tromper. Mais ou est passé leur complicité ? Les échanges qu’ils ont eus ? Les taquineries ? Ou est passé leur bonne entente ? Les caresses, les baisers échangés, l’évolution de leur relation…est-elle la cause de cette distance que petit à petit elle a senti qu’il mettait entre eux. Il ne disait rien. Il gardait tout. Elle avait attendu, rien dit, laisser, attendant qu’il vienne de lui même en parler, au moins un peu. Respectant, ce qu’un jour il lui avait dit : qu’il n’avait pas toujours envie de parler sur le moment. Elle avait attendu, espérant qu’il finirait pas lui dire. Mais il n’avait rien dit, il avait mis de la distance. Comment voulait-il qu’elle fasse, qu’elle sache…s’il ne lui disait pas, elle ne pouvait que supposer, deviner…si…

Il n’y avait rien à dire…elle s’était leurrée, elle s’était confiée à lui, avait ouvert un pan d’elle…lui…lui il avait ouvert un peu…mais si peu par rapport à elle. Elle avait confiance en lui, elle tenait à lui, le lui avait dit, peut être écrit aussi…et lui ? Lui…elle ne sait plus, elle n’est pas de sa famille, pas sa mère, sa femme, sa cousine, ou n’importe qui d’autres la composant, elle est quoi pour lui ? Elle était quoi pour lui ? Elle ne sait même pas. Surement que maintenant, elle n’est plus rien.

En dessous de tout encore une fois. Un beau gâchis encore une fois. Et des sanglots qui reprennent, secouent les épaules de l’irlandaise, recroquevillée sur elle, la tête sur les jambes tenues entre ses bras, les cascades rousses recouvrant le tout. Combien de choses gâcherait-elle encore avant de comprendre ? Combien avant de comprendre que l’espoir est un chemin direct vers la tombe ? Qu'il ne faut jamais avoir d'espoir, jamais croire...


Traduction :
Maintenant c'est un enfer que je ne peux décrire.
Alors maintenant j'ère au milieu de nulle part,
Essayant de trouver mon chemin...

_________________
See the RP information <<   <   1, 2, 3, 4, 5   >>
Copyright © JDWorks, Corbeaunoir & Elissa Ka | Update notes | Support us | 2008 - 2024
Special thanks to our amazing translators : Dunpeal (EN, PT), Eriti (IT), Azureus (FI)