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[RP][Oane Vira] L'Alabrena - Mesnie Saint Just

Asophie
La vicomtesse en question s'était faite discrète, la bouche pleine de sucreries qu'elle dévorait avec gourmandise en évitant d'en foutre partout, frémissant légèrement aux "agréables surprises" évoquées par Agnès. Elle tâcha de garder un air naturel, sans pour autant manquer de se demander si ça la concernait, comme en témoignait la rougeur qui lui monta aux joues.
Hum... Finalement, il faisait chaud près de cette cheminée, non? Virant son châle, dégommant la moitié de son gobelet d'étain, elle releva un visage au sourire presque naturel vers la blonde Duchesse qui entama une mise en scène particulièrement cocasse. Elle ne pouvait en comprendre que la moitié mais l'interprétation était suffisamment drôle pour que, le vin aidant, elle soit prise d'un fou rire et applaudisse avec conviction la performance de la champenoise. Puis, entendant parler du fameux "Digoine" en des termes peu élogieux voire carrément effrayant, elle replongea dans ses sucreries, un petit sourire s'inscrivant à la commissure de ses lèvres, n'osant intervenir pour l'heure dans la discussion qui évoquait trop d'inconnus...

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Chronique et Galerie "L'Escarboucle" / Atelier Rose Noire
Gnia
La scène comique jouée par la Favara fut ponctuée de grands éclats de rire entrecoupés de ponctions plus ou moins importantes dans la bouteille de vin de Champagne. La saint Just resservit tout le monde au passage puis, les yeux encore humides d'avoir trop ri, prit son air le plus sérieux pour rétorquer.

Mais enfin, ma blonde vassale, tu penses bien que si ce foutu bourguignon me passe la bague au doigt il est hors de question qu'il prétende ne serait-ce qu'effleurer un seul de tes cheveux !
Ecoute donc ça... Le pauvre homme est déjà persuadé que j'ouvre les cuisses à tout va pendant qu'il n'est pas là - point sur lequel je me fais force de ne lui donner ni raison ni tort - et semble en concevoir déjà grande inquiétude.


Là, le visage détendu de la Comtesse se fendit d'un sourire mauvais.


Comment dit-il déjà...

Elle se leva et prenant un air buté, elle se fendit d'une imitation plutôt raté du Baron de Digoine.

"Je SAIS que vous levez souvent la cuisse pour d'autres que moi !"

La Saint Just gloussa en se laissant retomber sur sa banquette, reprit une gorgée de vin et continua

Et figures-toi donc que Mossieu mon prétendant exige que ceci prenne fin une fois marié, évidemment.
Alors, je crois que la ceinture de chasteté, et bien ma foi, c'est à lui que nous la ferons porter ! Et j'en garderai précieusement la clef.
Vois-tu, il est normal d'exiger de lui ce qu'il exige de moi, n'est ce pas ?


Le godet fut descendu d'un trait et reposé d'un geste sec sur le guéridon

M'enfin.. Cessons donc de parler de ma future condition de femme sous tutelle...
A la vérité, l'idée me rend plutôt triste, même si cela semble une nécessité pour l'avenir de ma descendance...


Elle coula un regard à la vicomtesse de Terrides qui s'empiffrait de douceurs

Peut-être l'avez-vous déjà rencontré... Il est ambassadeur de Bourgogne en Guyenne.
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aSophie, incarné par Gnia


Un macaron qui fond doucement dans la bouche alors que la Saint-Just se fend à son tour d’une imitation de ce Digoine, évoquant les « autres » pour lesquels elle lèverait la cuisse… Hum, une telle évocation vaut bien de déquiller la moitié de son verre pour planquer la rougeur qui ne doit pas manquer colorer ses joues et faire descendre la pâtisserie… Un fou rire à l’idée de coller une ceinture de chasteté à un homme ce qui, en d’autre temps, aurait trouvé à ses oreilles un écho plus que favorable, la soirée se poursuit dans une ambiance délicieuse et toute féminine, de la confidence à la raillerie, passant par les potins et les plaisanteries légères, rien que de très réconfortants instants en perspective. Néanmoins, l’évocation d’une Saint-Just en femelle soumise aux liens jaloux d’un hymen bourguignon ne la fait guère sourire bien qu’elle ait, pour le coup, bien du mal à l’imaginer. Et soudain, alors qu’une douce mélancolie semble prendre place entre deux verres :

« Peut-être l'avez-vous déjà rencontré... Il est ambassadeur de Bourgogne en Guyenne. »

La bouche abandonne l’idée de se refermer sur une autre sucrerie et se tortille en une petite moue boudeuse et grimaçante.

« Non… Il ne s’est guère présenté à la Chancellerie, à dire le vrai…. Et je crois que la seule rencontre qu’il fit de son homologue de l’époque fut dans une lice. A Murat… »

Vague soupir d’une réminiscence qui la ramène à l’une des soirées les plus abominable de sa vie, évocation brumeuse de duels qui voyaient s’affronter les hommes de sa vie et donc, au milieu, ce Digoine qu’elle ne pouvait que s’imaginer. Relevant la tête pour revenir au présent avant que de s’enfoncer vers d’autres brumes nostalgiques :


« On le dit futur Duc de Bourgogne… Au moins fait-il des efforts pour se hisser à votre rang. J’espère qu’il tâchera de mettre le même entrain pour combler d’autres espérances et… »

Houla ! On allait parler amour, bonheur et compagnie, sombrer dans une mièvrerie sentimentale abjecte et vulgaire en cette soirée délicate. Voilà ce que c’était que de penser à Murat… Affichant immédiatement un sourire polisson, elle conclut sa phrase sur un ton léger :

« … tout vos désirs. Surtout s’il se met au défi d’être désormais le seul à les combler. »

Nan mais t’as raison, Terrides, c’est mieux de repartir dans le graveleux, t’es super bien placée pour ça… Genre, ça va pas du tout sous-entendre que l’Eusaias est pas équipé pour satisfaire ceux que toi seule peut combler. Nan, nan, du tout… Allez bois, Terrides, et ferme-là au fond.


Isaure.beaumont
[ Sur les chemins, la nuit tombant ]


Le soleil déclinait lentement, rosissant le ciel et jetant une douce lumière sur les remparts de la ville qui se dessinaient au loin. Il lui faudrait pourtant hâter le pas si elle voulait dormir à l’abri cette nuit mais ses pieds fatigués l’empêchaient de marcher à un rythme plus soutenu. Chaque pas de plus qu’elle faisait lui rappelait douloureusement que les soubresauts d’un coche – dont elle se plaignait si souvent – valaient bien mieux que plusieurs heures de marche. Alors, pour se donner du courage et oublier la douleur, elle essaya d’imaginer ce que pouvait bien faire sa petite maîtresse à cette heure.


Penser à elle lui faisait oublier le triste objet de son voyage. Elle imaginait Isaure seule dans ses appartements. La pauvre devait se débattre avec sa robe. Malgré ses avertissements, elle avait tenu à revêtir sa plus belle robe – qui était aussi la plus compliquée – pour son départ. La coiffure, quant à elle, était assez sophistiquée pour que la défaire devienne un réel casse-tête. Madeline souriait bêtement en se souvenant qu’en plus la jeune fille lui avait juré fidélité.



-Va donc veiller ta mère jusqu’à ce que le Très-Haut la rappelle à lui. Et ne t’en fais pas, pendant toute ton absence, je ne ferai appel à personne d’autre. Je te serai fidèle. Je m’habillerai, me coifferai, et me parfumerai seule !


Elle se demanda alors combien de temps sa petite brune tiendrait seule. Une heure ? Un jour ? Une semaine ? Connaissant la jeune fille, elle ferait tout pour tenir sa parole, mais il lui faudrait bientôt se rendre à l’évidence : on ne se débrouille pas facilement seule quand on a été assistée durant toute sa vie. On s’habitue vite au confort et au luxe, elle en était la preuve. Mais quand on était née avec, pouvait-on s’en passer aussi facilement que l’on s’y habituait ?


Ah… Sa petite Isaure. Elle la connaissait si bien. En dix ans de bons et loyaux services, elle avait appris à cerner l’enfant. Ses colères ne lui faisaient pas peur. Certes, elle était fatigante, surtout quand il fallait se mettre en spectacle ; mais une fois les portes de ses appartements refermées, elle pouvait se montrer tendre et aimable. Souriant, elle sortit de sa besace le ruban bleu qu’Isaure lui avait offert le matin-même. [ /i] « Comme cela, tu seras obligée de me revenir. Je te le confie. Il te protègera des malheurs sur le chemin. Et ainsi… tu… tu penseras à moi. » [i] Madeline avait acquiescé. Les larmes lui étaient montés aux yeux et elle avait dû se faire violence pour qu’aucune ne franchisse la barrière de ses cils. A vingt-huit ans, elle n’avait vécu que pour Isaure. Sa loyauté avait mis sa vie entre parenthèse et parfois, elle se prenait à regretter de ne pas avoir d’enfant. Reviendrait-elle vraiment auprès de sa jeune maîtresse ? Ne vivrait-elle pas enfin pour elle ? Dans le regard d’Isaure, elle avait bien vu que la jeune fille s’attendait à ne plus la revoir et qu’elle redoutait ce moment. Son cœur se serra. Elle l’aimait sa jeune maîtresse, et cela, peu pourrait le comprendre.



[A l’Alabrena – Pendant que certaines picolent, d’autres s’apprêtent à se mettre au lit]


Elle se sentait bien seule à présent que Madeline était partie. Les heures semblaient s’égrener lentement. Trop lentement. La journée lui avait semblé interminable. Et à présent que le sommeil la gagnait, il fallait se dévêtir. Cela ne devait pas être bien compliqué : si Madeline y arrivait, elle ne voyait pas pourquoi elle échouerait. D’abord, elle se débattit avec le tissu. Ensuite, elle cria quand ses bijoux s’emmêlèrent dans ses cheveux. Puis elle jura dans elle ne parvint pas à retirer parfaitement les épingles de ses cheveux. De fureur, elle se jeta sur le lit et enfouis son visage dans les couvertures pour étouffer le cri de rage qui naissait dans sa gorge. Pourquoi donc avait-elle laissé partir Madeline ? Et quelle stupide idée de lui avoir juré qu’elle ne ferait venir personne d’autre qu’elle pour l’aider. Se reprenant, elle décida d’essayer une nouvelle fois de retirer la robe. Les mains s’agitèrent un instant dans son dos, sans jamais pouvoir tirer sur les lacets. Les tentatives s’enchaînèrent, entrecoupées de crise de nerfs. Et enfin, elle céda.


Les cheveux à moitié défait, la robe de travers, la mine hystérique, elle s’aventura à l’extérieur de ses appartements à la recherche d’une bonne âme. Elle prit soin de passer silencieusement devant la porte de Griotte. La voir l’aurait rendue plus folle qu’elle ne l’était déjà. Elle aurait bien pu lui ordonner de la déshabiller, après tout, elle devait bien servir à quelque chose, mais elle n’avait pas envie de subir sa présence. Aussi se dirigea-t-elle vers les appartements de sa sœur. Elle y trouverait le réconfort dont elle avait besoin. Alors qu’elle y arrivait enfin, elle trouva les portes closes. De colère, elle donna un grand coup de pieds dans la porte qui trembla, retenant un cri pour ne pas ameuter toute la maisonnée.


Fatiguée et découragée, la jeune fille s’adossa au mur et se laissa glisser tout le long. Et, la tête sur les genoux, elle laissa dévaler des larmes de rage. Elle resta ainsi immobile un long moment. Ce fut un courant d’air froid qui la ramena à la réalité. Depuis combien de temps était-elle assise dans ce couloir ? Où donc était Maltea ? C’est alors que des éclats de voix retentirent. Maltea ! Se guidant au son de la voix amie, Isaure arriva enfin devant les portes fermées du salon. Maltea s’était tue et la voix de Gnia s’éleva, suivie par une autre. Isaure, qui ne saisissait pas leur conversation s’approche le plus silencieusement possible et colla l’oreille contre. A cette heure-ci, plus personne ne se promenait dans la demeure, surtout quand la maîtresse recevait et que l’alcool coulait à flot. Ce qui devait être certainement le cas.

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Matalena
[Cours principale de l'Alabrena - Deux jours après leur retour]


Il n'était plus question de transiger. Plus question de pitié, ou de demie-mesure. La clémence est tolérable chez les faibles et les opprimés qui jamais pourtant n'en sont bénéficiaires. Se battre, triompher, prouver et éprouver sa valeur.
Derrière les croisillons de ses fenêtres, la Saint Just devait à peine se tirer de ses draps. Toutes deux s'étaient quittées très tardivement, repoussant sans cesse l'instant des séparations nocturnes à la faveur d'une conversation enflammée. Sans doute se postait-elle déjà devant cette meurtrière, sa favorite, afin d'observer son domaine avec la minutie dont elle faisait toujours preuve s'agissant de sécurité. Peut-être ses yeux bleu nuit glisseraient alors jusqu'à la cours pour observer la scène qui s'y déroulait.

L'aube était suffisamment établie pour éclairer les visages présents des lueurs enflammées d'un soleil encore assoupi. Des sourires écaillés déchiraient les mines patibulaires, quelques galéjades grasses pour s'échauffer la gorge, des têtes qui se penchent de droite et de gauche, des poignets que l'on délie... Et les ferrements que l'on tire des fourreaux, gémissements de métal, impersonnels, sinistres.

Le cercle se forme, les danseurs esquissent quelques pas, mesurent l'adversaire du regard. Les rires sont abolis et les faciès se plissent. Les membres s'agitent, nerveux d'anticipation. Fronce les sourcils, hume l'air et ses fragrances, tu pourras sentir la camaraderie qui se change en défi. S'entrainer sans la conscience de la mort omniprésente, c'est gaspiller en vanité un temps précieux qui pourrait servir la survie. Certains portent des armures de cuir, d'autres la côte de mailles, et les derniers aucunes. En cette époque troublée où s'agitent encore les soubresauts du monde ancien et les éclipses timides de ce qu'il deviendra, il n'est point de règle qui tienne, simplement celle qu'imposera le vainqueur.
Sa posture intrigue. Pieds décalés, buste semi-plié, le bassin souple, l'espace occupé circulairement. En main droite, une rapière courbe sur toute sa longueur. En main gauche, une dague à deux quillons, pointe vers le haut.
Le premier s'avance. Elle l'engage en garde de seconde, le poignet levé au niveau de la tête, légèrement à l'extérieur des armes. Il réplique de quarte, le tranchant de la lame présenté de biais et redressant le buste, le pied légèrement en extérieur. Vive comme l'onde, la garce passe en garde inversée, change de pied, tourne, enchaine les Passos curvos en genero, se défilant tout en réduisant la distance, imperceptiblement, rendant malaisés les grands mouvements de lame. Agacé, il tente un coup de taille en banderole, visant le poitrail, la peau de la jeune femme largement visible à travers la simple chaisne dont les manches sont nouées aux coudes.
Sourire.
La dague plonge sur l'épée adverse, s'y plaque, la longe, l'écarte en parade de tierce, dégageant largement l'espace, et plonge en flançonnade pour lui percer le flanc, juste dans le gras du ventre. Un cri, très peu de sang, le premier tombe. Un souffle contre son oreille. Elle se jette sur le côté, roulant dans la poussière pour esquiver l'arme qui s'abat sur le sol à l'emplacement qu'elle occupait quelques secondes auparavant : l'impatience, la fougue, ne jamais relâcher son attention. L'homme fonce, la réformé saisit une poignée de sable et la lui jette au visage. Aveuglé, il relève un instant les poings pour se frotter les yeux. L'enragée se précipite sur lui avec un hurlement sauvage, venant percuter son service trois pièces de l'angle saillant de son genou. Sur un râle, il s'écroule.

L'écume aux lèvres, la sueur collant à sa peau le tissu de son haut avec une impudeur outrancière, la jeune femme fixe les gardes de son regard aussi sombre que les enfers, reprenant son souffle sans se départir du mépris qui déforme les traits délicats de son visage.


Et c'est comme ça que vous comptez assurer la sécurité de Sa Grandeur...

Son cimeterre est arrêté dans son élan par le manche en acier d'une lourde hache. Les yeux s'affrontent, mouvements suspendus, et le garde, le plus grand, lève la tête pour lui administrer un coup de boule magistral en pleine poire. Une inspiration. Elle lâche sa lame principale et s'accroupit soudainement, glissant sa petitesse entre les jambes arquée du gaillard, puis se redresse derrière lui d'un bond élastique, enfonçant deux longueurs d'acier de son arme main gauche qui reste fichée entre la nuque et l'épaule. Il se retourne, elle se cambre en une improbable diagonale pour récupérer le cimeterre. D'un coup de pied, ses appuis sont fauchés. La Sombre se rétablit par une roulade arrière, ses doigts minces se referment sur la garde qu'elle soulève promptement pour parer.
Des mèches éparses s'échappent de sa tresse, lovées contre son cou et ses épaules, lui prêtant des airs de furie échevelée. Le second estoc risque de briser le fil de sa lame, il lui faut abréger la passe. Feignant une attaque en garde haute pour viser l'épaule, la brune découvre largement sa défense. Il plonge. Flamboiement d'une œillade d'encre. Elle tend le bras gauche comme pour saisir celui de son adversaire, s'y cramponne pour opérer un pivotement, et profite de l'impulsion pour sauter sur son dos où, d'une puissante poussée de la main, elle termine d'enfoncer sa dague dans toute sa longueur.
Souffrance.
Le garde se laisse choir sur les genoux, et la réformé saute lestement à terre.

En hauteur, les fenêtres s’entrouvrent enfin, et le visage de la Languedocienne s'éclaira.


Bònjorn ! Il vous siérait de vous entrainer, Votre Grandeur ?

Le lumineux sourire qui transfigurait sa lugubre frimousse témoignait certainement du bien que ces exercices faisaient à son humeur. L'énergie canalisée au service du devoir. Peut-être pas suffisamment cependant pour engager sa maîtresse à imiter ce matinal programme.
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« Ne confondez pas le sombre avec l'obscur. L'obscur accepte l'idée de bonheur; le sombre accepte l'idée de grandeur. »
Victor Hugo

Gnia
La tête régulièrement tirée en arrière dès que le peigne rencontrait un obstacle - ce qui arrivait très souvent dans l'épaisse crinière frisée - la Saint Just grimaçait face un large miroir de métal poli. Ce furent les cliquetis et les cris étouffées qui venaient de la cour de l'Alabrena qui mirent une fin à son supplice. Commandant d'un ordre sec à la camériste de cesser là sa torture, elle se leva et se dirigea vers l'un des alcôves qui entourait les fenêtres de la chambrée.
Observant l'activité en contrebas, elle eut un sourire en coin à l'adresse de la Ladivèze qui mettait à mal sa garde de si bon matin. Et lorsque celle-ci l'apostropha, la Comtesse échappa un railleur


Adishatz, Matalena !
Il semble que je n'ai guère d'autre choix que de répondre par l'affirmative à votre invitation si je veux encore au zénith avoir une poignée de garde encore sur pieds.
Il va me falloir calmer vos ardeurs, Damiselà !


Un rire sonore accompagna la retraite de la Comtesse vers son intérieur. Le temps de nouer d'un lien les boucles brunes, de passer tenue masculine propre à croiser le fer et Agnès apparut sur le perron de la demeure, épée au clair et un large sourire lui fendant le visage.
Les occasions de pratiquer exercice physique se faisaient rares et cet état de fait n'était pas sans jouer sur l'humeur de la Saint Just. Elle qui avait tant prisé s'entraîner à la quintaine en Béarn, ne serait-ce que pour canaliser la sourde rage qui ne la quittait que rarement, avait été obligée de se tenir au repos des mois durant.

Un murmure à la fois admiratif et craintif parcourut les rangs clairsemés de la garde de l'Alabrena lorsque la maîtresse de maison pénétra sur la lice improvisé et salua la Sombre avant de se mettre en garde.

La garde de sa bâtarde fermement serrée dans la main droite, pied droit en avant, jambes légèrement fléchies, elle inspira profondément avant de donner le signal du début du duel d'un bref hochement de tête.
Pour le duel à pied, l'épée à une main et demie pouvait se révéler tout à la fois avantage et inconvénient. Agnès regrettait toujours la fine rapière qu'elle avait perdue durant les assauts sous les rempart de Tarbes et qui était l'arme par excellence des faces à faces.

En un ballet savamment orchestrée les deux brunes évoluèrent en cercle, s'observant, cherchant un angle d'attaque, lorsqu'enfin Matalena, avec une vivacité surprenante, se fend soudainement. A peine le temps de tenter de repousser l'assaut d'un coup puissant du pommeau de l'épée contre la poitrine de la Languedocienne et déjà la Saint Just sent la brûlure du fer sur son bras gauche, juste sous l'épaule.

Froncement de sourcils, un coup d'oeil à l'accroc sur la chainse qui ne tarde pas à se colorer de carmin, regard amusé qui envisage son adversaire et salue par là-même la touche et les deux femmes se font à nouveau face, en garde.
Cette fois-ci pas de round d'observation, la Comtesse réduit rapidement la distance qui les sépare et va chercher de la taille de son épée la lame courbe. Pression constante maintenue, le bras de fer prend alors là toute sa signification. Puis soudain, alors que les bras tremblent de l'effort consenti, elle rompt là et, au lieu d'enrouler la lame courbe vers la gauche, la bâtarde, poussé par cet élan contraire opère un mouvement circulaire et vient toucher la cuisse droite de la Ladivèze.

Regards animés d'une volonté de fer, suffisamment agacées l'une et l'autre par la touche reçue, le dernier assaut se mue en mêlée étroite, lame contre lame, et mèches brunes au vent. L'on finit par s'empoigner de la main libre, une botte rencontre une pierre sous un talon, l'on trébuche, l'on virevolte en une valse guerrière ponctuée de ahanements et grognements, et enfin la chute.
Les deux Pallas Athena perdent de leur superbe tandis qu'elle finissent l'honorable duel à lutter comme des chiffonnières dans une large flaque boueuse.
Et de l'entremêlement échevelé fusa un éclat de rire, repris en écho, longtemps, dont la montée en puissance révélait toute l'énergie que les deux femmes avaient à revendre, et ce fut cet éclat qui mit fin à cet affrontement épique.

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Matalena
Fin ? Qui donc parle de fin ? En terme de faim, en tout cas, aucune des deux camarades ne semblait rassasiée. Lorsque l'amusement prit fin, les minois se fixèrent et, en un accord sans paroles, se relevèrent en époussetant leurs respectifs et respectables derrières, singeant les mimiques les plus patibulaires permises par leurs faces acerbes et marquées. Le soleil montrait désormais un visage plus convivial, illuminant les lames d'éclats éblouissants tandis que l’atmosphère s'échauffait graduellement, lustrant les peaux luisantes de milles gouttelettes. La toilette, c'est bien plus stratégique APRÈS l'entrainement.

Ne croyez pas que je vais vous laisser vous en tirer comme ça...
Murmura la plus petite des deux.
Vous allez prendre ma botte dans votre petit cul d'hérétique oui, et battre en retraite comme une pucelle effarouchée !

Les spectateurs improvisés partirent d'un grand éclat de rire, qui marqua la reprise des hostilités comme un coup de gong.

J'vais vous creuser une deuxième balafre, vous serez bien mignonne en pile comme en face.
Elles se fendent, avec une précision dans le geste, une exactitude dans le timing propre à engendrer de terribles dégâts. Inconscience ? Ou estime ? Aucune des deux femmes ne semblait prête à céder le moindre centimètre de terrain, faire montre de la plus infime faiblesse, fusse face à une amie chère à leur cœur. Leur manière, si telle chose peut se concevoir, d'attester du respect et de la confiance mutuels qu'elles se vouaient. Mais seraient-elles assez vives pour stopper un geste lancé à pleine puissance avant qu'il ne cause de terribles dégâts ?
C'est ça, vous allez comprendre pourquoi j'suis balafrée...
Les bottes s'étaient annulées dans une violente percussion des fils, incisant d'infimes ridules qui fragiliseraient les lames. Long crissement qui fait grincer les dents jusqu'à ce que les gardes se rencontrent, les poignets ferrés forçant au maximum pour repousser l'adversaire. Le revers ne tarde guère, chacune fauchant le vide après un écart identique. Elle se regardent, et un semblant d'amusement reparait : réflexes semblables, idées qui suivent le même cheminement, et statu quo.
Un battement de cil, et la réformé se redresse, sautant presque sur place, la pointe de son cimeterre tendue vers l'intérieur de la cuisse, visant l'artère. Inspirant vivement, la noble se jette en arrière, déchirant ses braies, et l'allonge du bras reste insuffisante pour lui percer la chair.

Mais c'est que vous feriez mal, garce.
Je sais que vous aimez ça, Votre Grandeur.
Un pied s'interpose dans le parcours de sa ronde, et la Languedocienne trébuche, déséquilibrée. Elle ne l'avait pas vu venir celui-là. Sourire aux lèvres, la noble ajuste son enchainement, écarte la garde avec une facilité désinvolte, et vient titiller la hanche. La roturière tourne sur elle même pour détourner le choc, déchirant à son tour son vêtement à hauteur des côtes sur une ouverture béante.
Ce duel va devenir indécent si nous continuons à découper nos vestures comme on effeuille sa promise.
Et ce n'était certes pas l'assistance guerrière qui allait se plaindre du résultat. Le coup d’œil torve que lui renvoya sa maitresse n'avait rien de repentant, agaçant sa susceptibilité. Mais à travers ces jeux et ces simagrées, c'est une respiration qui attira son attention. Encombrée. Un peu sifflante. Un voile d'inquiétude se lut dans le regard préoccupé des prunelles sombres.
Il était temps de mettre fin à l'échange de politesses.

Ne m'en parlez pas, je vais vous faire mordre la poussière.
Et donc acte quand, après quelques passes échangées sans fausse note et sans hargne notoire, la jeune femme s'élança dans un enroulement complexe qui l'amena presque à genoux devant la Comtesse, son épée posée contre le creux de sa gorge. Un mouvement de trop, et la blessure aurait été fatale.

Victoire pour le peuple ?
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« Ne confondez pas le sombre avec l'obscur. L'obscur accepte l'idée de bonheur; le sombre accepte l'idée de grandeur. »
Victor Hugo

Baile
[Comme un vin de Bourgogne sur un marché montalbanais, pendant la "prohibition": on l'envoie à l'Alabrena.]


Elle avait trouvé Matalena Ladivèze. Et maintenant?...

Depuis ce premier soir passé dans une taverne de Montauban, et où elle avait croisé par hasard le chemin de la femme à la longue tresse noire, telle que décrite par Sadnezz dans un de ses moments de lucidité, elle tournait et retournait la question dans sa tête. Et maintenant? Se poser en championne d'une mercenaire qui perdait la raison et se venger de la femme d'apparence froide comme on briserait la glace? Au nom d'un amour qui n'a jamais été dit mais à jamais marqué dans la chair?

Elle l'avait promis à l'Italienne, la capitaine des Dames Blanches, lorsqu'elle avait soigné sa blessure. Elle lui avait dit, quelques heures avant d'effectuer une mission stérile en Limousin: Si tu meurs, je la traque jusqu'à Montauban et je la tue. Oui mais voilà. Sadnezz n'était pas morte de la blessure infligée par la Pucelle réformée. Ou du moins, elle n'était pas morte physiquement. De quoi la Baile avait-elle besoin de faire le deuil alors?

De rage, elle avait balancé contre le mur de l'auberge où elle logeait, la fiole empli de ce liquide opiacé dont elle avait subtilisé une partie à celle qu'elle n'arrivait pas à oublier, et qu'elle ne cessait de désirer, malgré le temps et malgré la distance.

Je te hais, Sadnezz Corleone!

Tes combats ne sont pas les miens et pourtant c'est la seule chose qui me lie encore à toi. Je te hais pour ça, comme je te désire, du plus profond de ce que je suis.

Elle était alors retournée en taverne quelques jours plus tard, espérant y trouver de nouveau la sombre femme, dans la ferme intention de démythifier son obsession, de s'en séparer, et de s'émanciper peut-être, un peu, de l'Italienne. Mais elle a vite déchanté. Le destin n'avait pas remis sur son chemin celle qui maniait si bien les armes. Le naturel sociable de la militaire reprit donc momentanément le dessus, et elle fit la conversation aux personnes présentes.

C'est à ce moment-là qu'elle fut sauvée par le plus improbable des gongs: le vin de Bourgogne... La discussion avait en effet vite dévié sur le vin, notamment sur les deux caisses qu'elle avait rapportées avec elle de Sémur. On lui avait redit l'anathème qui frappait le divin nectar et qui le rendait diabolique en cette ville qui ne faisait rien comme tout le monde. La veille, un Sancte frisant l'illumination et le dramatique lui avait même récité le décret qu'il avait fait passer en ce sens, et tous les châtiments que subiraient les contrevenants.

Mais une voix sortie de nulle part s'était élevée pour lui dire: "Vendez-le donc à la Saint-Just, elle en raffole". Ou quelque chose du genre. La Baile, en effet, à peine prononcé ce nom, n'avait plus rien écouté. La future femme d'Eusaias était donc à Montauban même? Elle la savait guyennoise, mais elle n'avait même pas pensé à elle en y escortant Rouquine, encore moins la trouver à deux pas d'elle, focalisée qu'elle était sur Matalena. Elle cacha son trouble autant qu'elle le pût, et donna le change en posant moult questions sur l'ancienne maire, au point d'aiguiser la curiosité et sans doute la méfiance de ses amis.

Gnia. La femme dont elle avait "acheté" le corps à Eusaias, au prix du sien... Mais l'accord oral entre eux n'avait pas tenu, Digoine l'ayant, pure coïncidence, oublié quelque part dans son cerveau après une entrevue légèrement houleuse avec sa suzeraine. Et ce soir-là, le choix fut vite fait: Entre une obsession de vengeance quasi impossible à réaliser et une obsession de chair à portée de main, il n'y avait pas vraiment matière à hésiter pour celle qui aimait les femmes par-dessus tout. Béni soit le chablis et le côte de Beaune qu'elle avait dans ses fontes! Béni soit son amour immodéré pour le raisin fermenté! Elle allait rencontrer Gnia en lieu et place de se battre avec Matalena! Ah Eusaias, quand j'te raconterai ça...

Elle se fit indiquer le chemin, presque sans le demander, jusqu'à l'Alabrena, et s'y rendit le lendemain, en fin de matinée. Elle avait troqué sa traditionnelle tenue d'amazone contre une tenue un peu plus présentable, et malgré la chaleur, avait tenu à enfiler sa cape aux couleurs de la Commanderie. Parce qu'elle refusait qu'on la prît pour un marchand ambulant, pardi. Tenant sa jument par la bride, elle fit à pieds les quelques pas qui la séparaient de l'entrée du domaine de la Saint-Just. Toussotant légèrement, elle avança le premier pion sur l'échiquier de sa tentative de séduction, et lança d'une voix pleine d'assurance à la première personne qu'elle vit:

Bonjour! Dites à la Comtesse, je vous prie, que Baile, capitaine de l'Ordre royal de l'Ecu vert, est venue de Bourgogne avec un colis spécialement pour elle.

C'est promis, elle se reconvertirait au théâtre une fois sa carrière militaire terminée. En attendant, oubliée la Matalena! Remisés dans un coin de son esprit ses désirs de vengeance altruiste! A elle les plaisirs de la chair pour oublier doutes et questionnements! Enfin, à elle... Pas encore. Mais peut-être. C'est pas mal, peut-être.


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Gnia
Derrière les murs épais de l'Alabrena, l'atmosphère était loin d'être au beau fixe. Depuis des jours qui lui semblaient des semaines, Agnès de Saint Just se morfondait, oscillant entre crises frôlant celles du haut mal et languissements qui faisaient craindre qu'elle ne fut prise par quelque mauvais flux de sang.

Aussi malgré les charges qui étaient les siennes, il était rare de voir la Comtesse du Lavedan quitter sa chambre et plus encore apparaitre en public.
Toutefois, il fallut bien, non sans maugréer, accueillir la seule visite depuis des lustres qui se présentait devant les grilles de la place forte. Ne serait-ce que par une pointe de curiosité qui parvenait à se frayer un chemin dans le grand abandon du monde et de ses turpitudes que la Saint Just cultivait avec soin.

Et puis, un présent de Bourgogne ne valait-il pas la peine que l'on se hisse un instant hors des méandres tortueux d'un esprit malade ?

Encore plus pâle qu'à l'accoutumée, visage blême qui rehaussait plus encore le bistre autour de l'oeil et l'éclat singulier d'un regard aussi sombre que les profondeurs de la mer, la Comtesse attendait, sans se départir d'un visage austère à la mine hautaine, que l'on fasse entrer la capitaine de l'Ordre Royal en ses appartements.

Celle-ci fut à peine entrée, que la voix rauque demanda d'un ton sec


Bienvenue à l'Alabrena, Dame Capitaine.
De quoi s'agit-il ?

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Baile
La première étape était franchie. Sans aucun difficulté. Ce qui contribua grandement à garder Baile dans une espèce de confiance aveugle quant à la réussite du défi qu'elle s'était elle-même lancé. L'Alabrena avait ouvert ses portes, il ne restait plus à la jeune capitaine qu'à ouvrir celles de la maîtresse des lieux. Dans sa tête, elle était prête à tout, même à sortir les béliers pour enfoncer les défenses de la forteresse comtale.

Ahhh! C'était bien sur ce terrain-là qu'elle se sentait le plus à l'aise! Et l'idée qu'elle pourrait obtenir ce qu'elle voulait sans rien perdre de son intégrité psychologico-sexuelle en se vendant à Eusaias augmentait dangereusement son excitation. Elle se frottait mentalement les mains tout en se dirigeant vers les appartements en lesquels l'objet de son désir actuel l'avait conviée, et, si la capitaine n'avait en aucune façon les lèvres purpurines, elle avait en cet instant le regard et la gravité du chasseur au moment où le cor sonne la charge.

Mais l'Agnès ne serait pas une bête aisée à capturer... Le ton sec qui accueillit l'entrée de la Baile dans la pièce laissait présager un parcours du combattant un peu plus dur que prévu... Décontenancée une fraction de seconde, la jeune femme se ressaisit rapidement et sortit le canon à la place du bélier.

De vin, votre Grandeur! De vin de Bourgogne, plus précisément. Deux caisses apportées de Sémur pour mon usage personnel, mais par le plus pur des hasards...

Tout en parlant, elle avança de quelques pas, à la fois pour casser l'immobilité qui n'était jamais un atout quand on voulait conquérir un territoire, et pour lancer un message subliminal à l'altière Comtesse, du genre "je ne suis pas venue pour repartir de suite, j'y suis, je compte bien y rester un peu!".

... j'ai appris en tav.. en discutant avec quelques-unes de vos connaissances rencontrées fortuitement, que vous en raffoliez. Emportée donc par mon inaltérable altruisme, - et mon désir fantasmé pour vous, mais ça, elle ne fit que le penser - je me suis dit que ces quelques bouteilles vous feraient plaisir...

Et me permettraient d'entrer enfin en contact avec la future femme d'Eusaias, la belle Agnès de Saint-Just sur laquelle j'ai beaucoup de vues dont je ne comprends pas l'origine, mais ce n'est pas très grave...

Elle omit volontairement de parler aussi du fait qu'elle devait repartir bientôt, qu'elle n'avait aucune envie de trimballer ces caisses avec elle en mission, et qu'elle n'arriverait jamais à les vendre sur le marché. Qu'en gros, elle pourrait joindre, à l'Alabrena, l'utile à l'agréable.

Ses pas l'amenèrent derrière un siège sur le dossier duquel elle posa deux mains fermes, tout en observant ostensiblement la Comtesse, un sourire de vendeur aux lèvres. Cette femme avait deux puits sans fond à la place des yeux, et quelque chose d'étrangement intense se dégageait de la pâleur de son teint. Belle n'était pas un adjectif fait pour la qualifier... Fascinante était un mot bien plus adéquat, et fascinée était la Baile, qui eut un fugace instant d'hésitation.

Mais sa nature fonceuse reprenant bien vite le dessus, la jeune capitaine laissa courir une main le long du tissu, et vint se placer sur le côté du fauteuil, y appuyant son corps presque en provocation.

Alors, votre Grandeur, ce vin vous tente-t-il?




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Gnia
Dire qu'à la mention du vin de Bourgogne la Saint Just n'eut pas une petite palpitation au coeur suscitée par l'envie et la curiosité eut été mentir. Toutefois elle conserva visage hiératique et observa la capitaine de l'Ordre Royal évoluer dans la pièce jusqu'à venir se coller à son fauteuil.
Sourcil haussé, regard cynique, elle finit par reprendre la parole une fois que la femme eut fini de jouer sa scène de bonimenteur.


Il pourrait me tenter votre vin, s'il n'était pas sous embargo sur toute la municipalité de Montauban. Et en grande partie à cause de mon goût certain pour le Bourgogne.

Conservant son demi sourire sur les lèvres, elle planta son regard qui n'avait rien d'amène dans celui de la Capitaine.

Voyez-vous, dès lors je n'envisage guère beaucoup de causes à votre présence.
Je n'en vois même qu'une.
Ceux qui vous envoient aimeraient probablement que je cède à votre insistance et ainsi prouver que je circonviens à un décret municipal.


La Comtesse roula alors les yeux vers les poutres sombres du plafond, avant d'ajouter.

Je suis bien désolée de vous dire qu'il vous faudra trouver d'autres lieux pour vous défaire de vos caisses. Vous ne trouverez pas preneur ici.

Fin de non recevoir et congé.
Quand bien même la Saint Just n'aurait pas été dans l'une des ces périodes où elle voyait l'ennemi partout, plus que de raison, sa méfiance aurait été probablement tout aussi forte.
Et de soupirer après la langue trop bien pendue de certains de ses concitoyens.

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--Baile.
Gnia était une forteresse dont l'Alabrena n'était que le pont-levis. Non seulement la Baile rencontrait de la résistance, ce qu'elle avait déjà prévu, mais chaque mot de l'inaccessible Comtesse était une salve des armes les plus avancées technologiquement pour l'époque, qui obligeait la Blanche à battre en retraite. Du moins à moitié. Ce qu'elle fit en retournant derrière le fauteuil, dérisoire barricade.

Ce n'était visiblement pas d'elle que se défendait la Guyennoise, aussi belle et raide qu'une statue. On aurait dit un Sphinx. Ca devait être ça… La Comtesse lui lançait une énigme et une réponse correcte ouvrirait les portes à la capitaine. Ô comme vous êtes belle en Sphinx, Agnès ! La Baile roula des yeux à son tour et attendit la fin de la tirade.

Hmm….

Elle sortit de sa poche la petite fiole cédée par Sadnezz à son corps défendant, et la soupesa quelques instants dans ses mains, tandis qu'elle soupesait ses mots dans son esprit.

Vous êtes tendue comme une corde raide, votre Grandeur… Croire qu'une capitaine d'un Ordre royal viendrait rendre un éventuel service à une municipalité guyennoise en vous piégeant jusque chez vous révèle une aveugle inconscience ou… une immense fatigue.

Elle balança plusieurs fois le flacon de paume en paume, se demandant par quel angle organiser la contre-attaque. Passer en force était non seulement un risque qu'elle ne prendrait jamais, mais contraire à sa profonde vision de la séduction. A cela, elle préférait l'action du temps.

Très bien. Oublions mon vin. Je le boirai en votre honneur plus tard. Mais comme je ne puis croire un seul instant que vous soyez réellement convaincue que je sois envoyée à vos trousses, et bien que vous courir après doive être chose bien excitante, je me permets de m'inquiéter de votre état…

Elle lança la fiole en direction de la Saint-Just et observa la parabole ratée. Au pire, quelques bourses d'écus disparaitraient en vapeurs éthérées. Au mieux, la comtesse tendrait la main en un instinct de survie qui autoriserait la Baile à rêver de victoire. Un jour. Avec le temps et son usure.

Tenez, je crois que ça vous fera du bien. Je vous aurais bien proposé un massage, mais je crois que votre Grandeur apprécierait moins… Mes respects, Comtesse!

Elle ne regarda pas la fiole terminer sa trajectoire. Elle tourna les talons et se dirigea vers la porte. La seule chose qui la faisait enrager en cet instant, c'était le sourire narquois d'Eusaias, qu'elle imaginait assister à cette scène…

L'excitation qu'elle ressentait en cet instant était à la hauteur du défi que lui avait involontairement lancé la Saint-Just. Elle se fit la promesse d'arriver à ses fins avec Gnia, dût-elle y passer des années. Je l'aurai, Eusaias, je l'aurai, tu verras...

Decombes
Le Capitaine de la garde de la mesnie se taraudait de questions sur les débats qui avaient lieu ces temps-ci. La réforme ? En quoi consistait-elle ? Diférrait-elle réellement du dogme aristotélicien ? Le jeune Decombes s'était longuement mais discrètement renseigné sur le sujet, sans trop converser pour éviter les malentendus.

Sa maîtresse comprendrait certainement ses questions et ne le brûlerait pas à la première question. Il savait que celle-ci n'était pas au meilleur de sa forme. Les affres de la politique était parfois diificils à affronter. Le jeune seigneur se dit alors que son rôle de Capitaine n'était pas difficile à côté des épreuves qu'elle traversait.

Le quartier était calme ces temps-ci. Decombes veillait en ce soir d'été à ce qu'aucun ivrogne ne s'installe sur les murs sécurisant la propriété. Une fois sa trounée effectuée, il s'enquit de voir sa maîtresse pour lui poser ces quelques questions qui le torturait. Peut-être ne voudrait-elle pas lui répondre, mais au moins il aurait essayé.

La comtesse ne quittait que très peu sa chambre ces derniers temps. Son poste de Porte-Parole ne lui prenait que peu de temps et ne l'éloignait pas des mauvaises langues.

Au fil de ces pensées le jeune capitaine arriva vite au pas de la porte de la Saint-Just. Il frappe et chuchote.


Vostre Grandeur ? Puis-je vous parler quelques minutes ?

Il attend patiemment. La comtesse était quelqu'un de spontané. Si elle acceptait sa requête, elle ouvrirait la porte sous peu.
Gnia
Correction de questionnaires héraldiques.
C'était à quoi la Comtesse travaillait, à grands renforts de soupirs exaspérés et de roulement d'oeil au ciel lorsque l'on frappa à sa porte.
Elle reconnut la voix de son trop discret capitaine de la garde et reposa sa plume avec un fin sourire.
A la suite de l'un de ses courriers, elle lui avait fait savoir que ses interrogations ne pourraient trouver réponse que de vive voix. La prudence naturelle d'Agnès voulait que ce genre de discussion ne laisse pas de trace.
Quoique qu'il était à se demander à quoi servaient toutes ces précautions quand personne d'autre qu'elle ne semblait s'en soucier.

Elle chassa ses pensées d'un petit geste de las de la main avant d'inviter Benjamin de Combes à entrer.


Entrez et prenez place, Benjamin.
Je suis entièrement disposée à vous entendre.


Et tandis que le jeune homme s'exécutait, elle leur fit servir un bon vin, propice à délier les langues et se sentir à l'aise.
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Decombes
Decombes eut l'autorisation de rentrer. Il s'exécuta et prit place sur le fauteuil qu'on lui offrait. Il n'avait pas préparé de questions ou quoi que ce soit. Tout se bousculait. Il bu une gorgée du vin qu'on lui apporta. Un vin tout à fait délicieux qui sortit Benjamin de ses turlupineries. L'esprit réchauffé par le fin liquide, il dit :

Madame, je m'interroge sur la Réforme qui s'impose en ce moment dans certaines régions du royaume. Vous savez Madame, je ne suis pas baptisé et cela m'importait peu jusqu'alors. Puis j'ai eu vent des idées réformatrices que l'on considère comme hérétique chez les aristotéliciens. Je ne vous cache pas que ces idées semblent plus m'être adressées que n'importe quelle religion n'avait fait jusque là.


Il n'osait pas trop demander, mais après une seconde gorgée de vin, le capitaine continua :


J'aimerais avoir votre ressentiment sur ce débat. Me ferez vous couper la tête si vous apprenez que j'embrasse la Réforme ? Cette question peut vous sembler cru, mais je désire vraiment rester à votre service, et je préfère que cette question soit claire entre votre Grandeur et moi ...

Peut-être était-il un peu cru dans ses paroles, mais tant pis se dit-il. Après tout, son avenir à l'Alabrena était en jeu dans cette discussion.
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