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[RP] L'Antre des Encapuchonnés, sur la rue Saint-Martin

Fourmi.
Elle s’est fermée à tout ce qui n’est pas de l’ordre de cet essaim putride qui les assaille… Concentrée, parce qu’elle n’est que Fourmi, et que bien qu’elle ait l’expérience des années sur les champs de bataille, ce combat là la dérange autant qu’il la déconcerte. Ces êtres infects et puants qui s’avancent, chicots et lames rouillées en avant… Elle n’arrive à se résoudre à vouloir leur mort, elle qui déteste tuer.
Non, elle n’aime pas le présent. Pas du tout même…

La main se raffermit sur la poignée de la masse, le poignet se fait souple. C’est à peine si les créatures infernales regardent l’arme. Leurs yeux morts la fixent elle lorsqu’ils se ruent comme des forcenés, claudiquant dans leurs haillons. Des déclarations et autres exclamations princières elle ne suivra rien occupée à repousser au départ ses assaillants.

Le premier est accueilli d’un coup de botte qui le renvoie un peu plus loin, tandis que le second est presque simultanément sonné d’un coup de pommeau sur la tempe. Ils ressemblent à ces nuées de moustiques qui vous assaillent sans relâche les soirs d’été au bord de la rivière. Le troisième, ralenti par ses deux prédécesseurs tente une approche avec un vieux bâton, cherchant à la piquer d’un mouvement plus mou qu’une grand-mère cul de jatte… Un pas sur le côté et le voici qui bascule en avant et s’étale pitoyablement emporté par son élan.

Fourmi soupire en le regardant rouler pour rattraper son arme de fortune et rejoindre ses comparses. Les repousser c’est bien, mais c’est qu’ils reviennent à la charge avec la formidable énergie du désespoir.


Ca… m’agace…

Ces débordements inutiles, cet accueil encore incompris… Et la masse devient plus douloureuse pour les mouches bien qu’elle évite précautionneusement de les blesser mortellement. Quelques côtes craquent…Ca doit faire mal ça…L’ironie pour les décourager alors que dans son dos le Colosse invective les Princes Démons… Elle en grince des dents tandis qu’un nouveau corps tombe au sol après que son genou ait plié d’une façon contre nature…Désolée… vraiment…La brindille qu’elle est fixe le dernier, son bâton… Elle lui adresse même un sourire contrit, comme pour le prévenir qu’il prenait le risque de se retrouver avec ledit bâton à un endroit fort déplaisant.

Il s’élance, enfin, sans doute imagine-t-il s’élancer, le truc en bois en avant. La chute précédente ne lui a pas servi de leçon visiblement. Elle attend le dernier moment pour s’écarter, attrapant le bout de bois au passage avant de pivoter et de laisser sa masse retomber entre les omoplates du gredin dans un craquement de mauvais augure.
Oups…Un oups qu’elle ravale presque aussitôt en voyant que quatre autres de ces débris s’étaient joints à cette joute sordide et se glissaient insidieusement dans leurs dos. Un soupçon de découragement l’envahit. A croire que décidément elle ne servait vraiment à rien… Comme d’habitude en gros. Le bâton qui l’encombre est lancé dans les jambes des deux qui se jettent comme des perdus sur l’échine du grand, sait-on jamais que ça les ralentisse.

Alors qu’ils sont en train de se faire littéralement écraser la tronche, l’un des deux qui venait vers elle semble changer d’avis et se dirige, un tesson de cruche en main, dans le dos du grand tandis que le second se jette sur elle. Un rapide coup d’œil sur la situation et elle se décale d’instinct, saisissant la miséricorde dans sa manche gauche pour réceptionner le premier. Elle sent la morsure de l’objet qui glisse contre sa hanche et déchire sa peau pour se planter dans sa chair. Dents serrées elle avise le second qui poursuit sa charge. Le bras gauche se détend. Le mouvement est fluide. Circulaire et net. La masse partie en arrière revient par le bas et remonte avec violence pour faire éclater le menton de l’olibrius qui s’écroule dans un bruit sourd. Un. Ses yeux se posent sur le visage émacié, presque inhumain du second alors que sa lame lui traverse la gorge. Elle le regarde encore lorsque les bulles ensanglantées remontent jusqu’à ses lèvres, quand il tente de balbutier et que ses yeux se parent de cet air surpris que la mort vienne le cueillir. La lame achève son œuvre, déchirant la trachée, arrachant ce qu’il lui restait de souffle de vie.

Durant quelques secondes elle reste là sans bouger, respirant longuement pour étouffer la colère qui voudrait s’inviter. Puis, elle s’accroupit, tire un carré de tissu du petit sac qui pend à son flanc pour essuyer sa lame avant de grimacer. Le tissu est replié et glissé sous sa chemise. Elle presse la plaie avant de se redresser, de refermer les pans de sa brigandine et de serrer sa ceinture pour maintenir la pression. La brune s’assure d’un rapide coup d’œil que tout est invisible avant de se retourner vers le reste de la pièce…

Les blessés geignent et rampent, les morts eux… Sont morts. La tension n’en retombe pas pour autant. Elle avance lentement dans la pièce, cherchant un nouveau piège avant de poser ses yeux sur les Princes assemblés. Un. Deux. Trois. Quatre… Cinq. Un sourcil se hausse. Un de plus que la fois précédente… Et elle n’a même pas osé ni regarder son associé, ni parler… Elle se sent porteuse d’une faute qui n’est pas la sienne. Voir pire…

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Belial_l_encapuchonne
Chanter tes louanges Belzébuth? Quand tu ne garderas pas les filins de la bourse trop serrés. C'est qu'il est ardu de tenir notre rang quand les écus viennent à manquer.

Le ton baisse.
Le sourire s'allonge.
Les dents aussi.
Tout juste si des cornes ne viennent pas à lui pousser sous la capuche.
Mains croisées dans les manches de la sombre bure, Vanité se penche en direction de Frère Avare.


Et après il me faut redoubler d'ingéniosité. Pense donc à moi mon cher Frère, et à ces miséreux qui en font les frais.

Du tout au tout.
Air tragique.
Main gantée au buste.
Poignet au masque.
Pauvre cœur!
Ou pas.
Retour à la normale.


Ou quand tu chanteras les miennes. Ne suis-je pas merveilleux?

Pari.
L’œil se fixe aux misérables et si ignobles morts en sursis.
L’œil dévie sur la Montagne et la Fourmi.
Pari.
Soit.


Il va de soit que tes mouches ne peuvent gagner contre celui qu'Elle voit Roi. Misons ma garde robe. Oui.

Acédie arrive.
Bélial en baille déjà.
Ô miroir où es-tu?
Orgueil a du mal à se défaire de son nouveau jouet.
Toutefois...


Les Princes ne l'étaient donc pas, moribonds? Vois donc Léviathan...

Colère arrive.
Oups.
Colère est là.


Le moindre geste répand les livres de poussière accumulée dans vos bures. Et ce frère Pouilleux ressemble à s'y méprendre aux gargouilles de Notre Dame.

Morgue hoche la tête.
Colère en approche.
Le sourire s'étend.
Se fige.
Se transforme en grimace au son humide d'un vent n'annonçant rien de bon.
Si Satan lui ôte les mots de la bouche, l'apnée ne sied guère à Bélial.
Précieux se recule d'un bon pas...
Question de survie.


Maître tout court Frère. Si je ne l'étais que de ton cul, il serait déjà à l'air à se faire tanner la peau après avoir été battu... Mais il aimerait trop. Et il est trop pourri. Je te le laisse donc.

Ah.
Satan.
Envie.
Sourire.


Qu'en pensez vous, Princes? Est-il fait pour régner sur la Cour des Miracles?

Grimace.
Maudit qui ose rabaisser les Démons.
Bélial gronde doucement.
Le regard oscille de la Blanche au Colosse.
Des cadavres aux bures ébènes.


Tes sbires ne semblent pas avoir fait l'unanimité Belzébuth. Oh... J'irai choisir une garde robe digne de ce nom au fait. Tu vois que tu peux être généreux.

Il n'oublie pas ces choses.
Et s'en réjouit d'avance.


Ton nom, prétendant Roi! Je l'attends toujours. Vois, les Princes sont là pour Toi.

Les mains s'écartent.
Présentent.
L'une se tend.
Invitante.
Viens donc nous rejoindre Fourmi.


Tu devrais te sentir honoré... Colosse... De l'invitation lancée.
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Le diable en rira demain.
Belzebuth_l_encapuchonne



Sous le masque de l’Avarice, le sourire s’est fait narquois dès l’entrée en action de ses moucherons. L’effet escompté s’était produit. Il l’avait noté dans le doute, la menace dans la voix du colosse. Au regard qu’il avait lancé sur la Fourmi, Belzébuth avait su qu’il avait fait… mouche. La confiance éraillée. Un point pour lui.

Le Prince Démon laisse son Frère exulter. Le vrai pari c’est lui qui était en passe de le gagner. La première touche sans anicroche, il attendait le moment propice pour la seconde.


Petit Frère… Tu pourras faire venir tous les fournisseurs qu’il te plaira…

Le sourire s’étire, plus cynique, sous l’ivoire. Tisserands, tailleurs… Qu’ils viennent, qu’ils s’enorgueillissent de vêtir l’Orgueil de la soie la plus fine, de refaire la décoration même si ça lui chante… Ils n’en ressortiraient pas vivants. Et plus personne ne voudrait après ça satisfaire les caprices de Bélial.

Quelle poussière ? Il n’y a que les pierres qui soient immobiles ou assoupies en ces lieux… Leviathan… lui… gardait jalousement les… toiles…

Evidemment il se moque… Lui qui voyage afin d’accroitre leurs richesses… SES richesses… Lui qui EST le pourvoyeur de tous ce dont les Princes ont besoin.

Cependant, tout comme ses Frères, il goûte fort peu les manières de Leviathan, ses odeurs nauséabondes qui se répandent au travers de la pièce, plus envahissantes que toutes ses mouches désormais mortes réunies.


Bélial… S’il n’avait su mettre à bas ces pathétiques résidus… ELLE en aurait fait les frais pour la perte de temps occasionnée… Quant à ces chiures… Qu’on jette leurs carcasses dehors…

Tu n’escomptais tout de même pas nous faire manger… ça..


Et dire que c’est lui le radin de la fratrie… L’air de rien et ne lésinant pas sur l’attention portée et qui ne coûte rien, il a surveillé le combat.

Et nous ne nous terrons pas… Nous t’attendons…

Il n’est pas dit que l’autre aurait le dernier mot dans leur demeure tant qu’ils ne lui auraient accordé ce droit. Ils sont toujours Princes et lui n’est rien pour l’instant qu’un invité à leur table.

Sous le masque les sourcils se froncent. Bélial, ce flatteur, qui en fait toujours plus pour s’attirer les bonnes grâces de la Fourmi, quémandant le nom du colosse puis la main de la Blanche…

Qu’elle s’avance.

L’Avarice l’attend pour porter sa deuxième touche…


A table à présent… Que nous puissions enfin converser… Et jauger…


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Bien mal acquis profite toujours... Mais plus à la même personne, voilà tout !
Leviathan_l_encapuchonne


    Entre dans le jardin des nuits.
    Verse une larme figée de crainte...
    Toutes les âmes en ce lieu sont affamées.*


Léviathan particulièrement. Il avait comme un tonnerre qui grondait à la place de l'estomac, et de l'acide sulfurique en guise de salive, laquelle se versait abondamment à la gouttière de ses lèvres dissimulées dans l'ombre de son blanc masque. Son masque, c'était à peu près la seule partie de son corps encore immaculée, soit-dit-en-passant. La danse bouffonne de ses fesses et genoux reprenait, à mesure qu'il se réjouissait de sentir bientôt les effluves d'un repas chaud.

Il riait, il riait et se frappait les mains, en accompagnant les pas de leurs invités vers la table. Il connaissait la chanson, et il la fredonnait, avec des murmures aigus qui se noyaient dans sa gorge, étranglés par l'excitation qui lui gonflait les ganglions. Le sang n'en pouvait plus de battre dans sa jugulaire terriblement saillante. L'énervement cause parfois de ces mutilations...

Ses mains moites aux ongles cassés, noircis, empoignaient amicalement les bras et les dos des hôtes qui leur rendent visite. Il les caressait, il les poussait. Et tout en gargouillant de vertes insultes, il dansait comme s'il avait le feu sous la plante des pieds, et les accueillait avec sympathie, leur faisait la fête tel un chien fou qui tournait et trébuchait, pisseux, baveux, affamé d'amour, autour de leurs personnes.


On va manger ! Pute vierge... Venez, trou du cul, venez belle dame. Mon seigneur ! Un régal pour nos ventres. déraste. Gentils bonnes gens, asseyez-vous sur vos culs. Prenez ce coussin, bon Dieu de merde. Vous y serez toute à votre aise. Fais pas chier. Parfait !

Tourette, quoi. Il appuya délicatement sur les traversins de velours pour les dégorger de leur poussière, et les replaça avec une rapidité inquiétante contre le dossier de chaque chaise.

Ses mains meurtries se précipitèrent ensuite vers une carafe de vin en argent, sur la table, jadis brillante, aujourd'hui terne et tachée de gouttes de rouille semblables à du sang caillé. Il s'y agrippa et se mit à y boire, à même le goulot, en trempant la langue à l'intérieur par dessous son masque, en la tenant recroquevillée contre lui telle une mère venant de sauver son bambin des eaux. Même, il sembla qu'il se mettait à dorloter ce récipient en octroyant à sa partie bombée des sortes de caresses qui se terminaient en arabesque du bout de l'index, comme si, à défaut d'avoir sous les doigts une surface métallique et purement utilitaire, il eut s'agit d'un nombril de courtisane. Pendant ce temps un long bruit de succion résonnait dans le carafon, ainsi qu'un murmure heureux et un peu sale...


Je vous sers ? MAJESTÉ ? Fit-il dans un brusque sursaut, en ouvrant grand les bras en croix.

C'était sa manière à lui de mettre les invités à l'aise. Et de bouleverser un peu les conventions... Car sinon, chaque nuit c'était la même rengaine.
Le festin sanglant s'apprêtait à commencer.

Princes Pécheurs qui se la Pètent Pitoyablement.
Ô... Entendez cette litanie sortie de leurs lèvres anciennes !

    Nous sommes si misérables, pathétiques, des âmes clignotantes.
    Mais mettre notre douleur en scène fait partie du tout.
    Et quand toutes les lumières se fanent, s'éteignent avec de fugaces reflets, alors...
    Après tant d'années, il est temps pour nous... D'y aller !*


Mais pas maintenant.
Maintenant y'a banquet.

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*Sopor Aeternus
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--Lucifer_l_encapuchonne



Lueurs fades de l'aube..

La demeure vit son instant de grâce, se sont tus les voix, le tintement des verres, le pas des servants chargés de plats, les rires tonitruants ou affectés de l'Orgueil.
Lui qui se plait à toujours se mettre en scène.

La table est un champs de bataille où s'amoncellent vaisselles sales, tranchoirs gras, restes de victuailles, tâches diverses, coulées de vin, de confits, de gelées.
Un masque étale son ivoire sur la douteuse blancheur de la nappe, le doigt gourmand dans une saucière froide.
Un léger ronflement accompagne le faible crépitement du feu mourant dans l'énorme cheminée.

Lucifer, lui, veille et profite de l'accalmie, jouissant du silence.

L'Acédie triomphante dans cet arrêt des turbulences savoure et fume. Comme toujours..


Sa fumée âcre et capiteuse flotte dans l'air, chape de plomb, usure des esprits.
Il se pose en maitre, un sourire vient étirer ses lèvres sous le bois précieux, le regard allumé dans les fentes du masque..

La Colère cuve, grognant quelques ires chimériques, agité jusque dans le repos..

L'Orgueil tient la pause classieuse du Penseur, la grâce des statues et le coude héroique supportant tout le panache du monde. Pas une tâche à sa manche, la bure miraculée.

L'Avarice sommeille sans bruit, sûrement soucieux de l'économie de son souffle, une cuisse de volaille encore en sa rapace main. Une cruche dans l'autre.

L'Envie soupire à n'en plus finir après quelques espoirs de possession dont il a l'eternelle obsession.

La Luxure manque à l'appel, sûrement vautré dans quelques alcoves illicites..

La gourmandise a eu les yeux plus gros que le ventre et digère lourdement avachi..

L'Acédie elle..

L'Acédie veille, sa paresse légendaire n'est qu'une chimère. Le négligé de l'assise est trompeur, aussi fourbe qu'un vin millésime à la robe pourpre mais empoisonné.

Les première lueurs d'un jour timide percent les carreaux, les parfums se mélangent lourds, festin froid, herbes licencieuses, cendres, bois brulé, sang séché.
Et tous accusent la savoureuse dose d'oubli versé dans les vins, qu'ils soient blancs, ambrés ou encore cramoisis.
Même l'eau, douceatre promettait baillements et paupières indolentes.

Tout. Même le pain.

Lucifer est silencieux souvent. Tortueux. Et prévoyant.

Il a depuis quelques heures le calme auquel il aspire..

Il ricane, le vice posé, ayant ourdi sa complaisance et son forfait.
Il expire longuement une volute vaporeuse qui fait ses entrelacs compliqués.
Il s'étire à son aise et sa botte va heurter avec douceur une forme endormie à même le tapis.
Un des petits commis que charrie l'orphelinat le plus proche..

Un oeil s'ouvre hébété.
Lucifer parle. Doucement. Il murmure. Comme le serpent sifflerait. Il ordonne sans heurts et sans cris.


Apporte le remède..
Et voilà pour ta peine..


Il récompense de quelques écus brillants le zèle et la parfaite réussite de son entreprise. Le commis empoche, s'execute, s'empresse avec la maladresse du réveil, se frottant la brume des yeux, la tignasse hirsute, la mine encore chiffonnée de sommeil mais soucieux de plaire dans l'instant.
Il reparait quelques instant plus tard le plateau lourdement chargé.
Le masque d'ivoire se penche sur un sommeil dont il a le souci depuis la veille au soir. Une sorte d'épine qui le crispe et l'a tenu éveillé.
La tasse sortie du plateau infuse et fume sa chaleur bouillante.
Un mouvement furtif l'interpèle alors,

Il s'y attendait..

Le temps d'un soupir, à peine un glissement au fourreau, sa lame caresse l'air et pique une chair qui croyait pouvoir le duper...



Ôte tes pattes..
Je te l'ai déjà dit mon Frère..
Cette âme là est mienne.


L'épée au serpent verse le premier sang. Une piqure convaincante et froide, comme l'est le regard sous son masque. Une perle carmine affleure à cette gorge par trop téméraire. L'Acédie sourit vénéneux..
Et souffle une respiration enfumée au masque qui a osé..

Le commis se fait oublier, mouchant les bougies avant qu'elles ne meurent d'elles même, raclant la cire en coulées tièdes aux pieds des chandeliers..
Et de roy n'en reste que l'illusion et le présomptueux. Et une sortie si discrète et piteuse qu'elle frise le ridicule. Rien qui ne mérite l'attention des Princes à tout le moins.


Leviathan_l_encapuchonne


Hu.....

Un petit geignement succède à une respiration nerveuse. Dans l'entrée du couloir où s'engouffre Lucifer, bordée de pilastres décrépis, un lambeau de bure noire dépasse de l'ombre. De la bure dépasse un orteil sale. De l'orteil dépasse un petit ver qui s'enfuit.

Hif... ffh... ffh...

Le menton posé sur ses genoux recroquevillés, la tête calée contre une colonne, la langue pendant contre la surface de son masque, Léviathan agite la patte dans son sommeil. Des soubresauts lui secouent les chairs de l'épaule. Il rêve... Il rêve des mains tendres de Gabriel et de ses baisers suintant la grâce et le pardon. De ses cheveux blonds d'or pur soyeux comme un cul de bébé, qui viennent lui effleurer la joue pour y laisser des gouttelettes de rosée nacrée, et de ses chuchotements tendres, susurrés au bord de son oreille, comme une mélopée sucrée, qui disent... Qui disent...

Léviathan... Ô mon Léviathan... Le Très-Haut aime toutes ses créatures, toi y compris... Viens dans l'orbe chaude de Son amour, tu verras comme on est bien... Allez viens. On est bien bien bien bien bien. Allez viens ! Tu vois tout ce qu'on peut faire... C'est génial non ?

AAAAAAAAAAAAAAAAAARHHHHHGGGhhhh !

Une sueur froide se mit à dévaler comme un torrent le long des tempes du Prince-Caca-nerveux, puis à trembler et tomber en gouttes le long de son nez. Il fit littéralement pipi par les pores, mu par une angoisse et un dégoût au delà de toute réalité.

Gabriel.

Il se jeta aux pieds de son ennemi juré. À coups de dents, il se mit à lui déchiqueter la cheville, en bavant et en grognant, et en y foutant des coups de tête, et en lui faisant des brûlures indiennes. Il s'agrippa à sa sandale avec les dents, et il se mit à manger le cuir de celle-ci plus goulument qu'un Asmodée en crise d'hypoglycémie. Il se laissa traîner au bout de ce pied qui cherchait à lui échapper et à lui balancer des coups de talon. Bavant, râlant, le tenant fermement entre ses mains et dans sa mâchoire.

La Colère est aveugle. Il lui fallut un long moment pour réaliser qu'il ne s'agissait pas de Gabriel.

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Belial_l_encapuchonne
Tout à ses réflexions, tout juste entend-il le Coléreux cauchemarder.
Routine réinstallée, Vanité s'ennuie...
Somnole?

Une pose choisie avec soin, l'immobilité pure pour objectif, il songe.
Non à ces heures entières passées devant la glace de qualité à travailler son apparence, quelque soit la circonstance.

Non à ce frère agité qui pourrit dans un coin de la grande pièce, sur les dallages, malgré un plissement écoeuré à humer l'odeur déplaisante qui parvient au nez si fin du Parfait.

Non à cet avare, qui ne lâcherait sa pitance pour rien au monde.

Encore moins à cet ogre qui rote son bon plaisir et qui suinte de la graisse avalée.

A peine plus à la Blanche attablée, qui contraste.

Le regard se pose tour à tour sur ces masques tous plus pâles les uns que les autres.
La tête ne bouge toutefois pas.

L'immobilité pure a-t-on dit!

Il songe.
Il voit grand.
Voyait?
Sa jolie vision s'effondre devant...
L'absence.

Il songe.
Pensées vengeresses.

Le son de la voix traînante lui vrille le tympan.
Il avait fait du silence son temple, jusqu'à lors.

Le voilà sortant de sa léthargie apparente.
Plutôt être foudroyé sur place que de se montrer ankylosé de n'avoir voulu remuer un doigt.

Petits pas sur le sol qui s'éloignent, et d'un geste délicat, Bélial amène auprès de l'ivoire la coupe sanguinolente qui lui a tenu une partie de la soirée...
Nuit.

Sèche.
Et ferreuse.

Nouvelle lubie de l'Orgueil.
Se targuer d'être magnifique n'est point sans sacrifices...

Humains...

... En l'occurence.

Des vierges lui a-t-on dit.
Leur sang apporte jeunesse et beauté.

Beau au naturel, délicat, fin et raffiné, il cherche à se préserver intact.
La pucelle sacrifiée à l'autel de sa gloire...
Hu hu hu...
Regrette sans doutes de n'avoir pas fourni plus de sa vie au Précieux.

Une petite dette contractée à son Luxurieux frère...
Et la jeunette aura servi deux Démons.
Sans doutes cela explique-t-il l'absence de ce dernier auprès d'eux.

La petite loque revient chargée.
De quoi occuper l'Acédie.
L'ivoire est tapotée d'un doigt avant que la main savamment gantée ne se tende en direction de la Blanche.

Curiosité fugace...
Lourdement payée.

La piqure le brûle alors qu'il sent sa gorge s'ouvrir.
Comment son Frère ose-t-il s'en prendre à lui?
Le menacer?
Le menacer?!
Il OSE verser le sang de Bélial?!
Il ose...
L'interrompre.

Un grondement sourd en réponse.
Le masque transperce la vaporeuse fumée.
Un poing rejette la lame de côté.
Effet de manches.


Comment oses-tu pointer ça sur moi?! T'approprier quelque chose ainsi?

Il va disputer sa place à l'Envie...
Mais la scène sur le pont se rappelle à lui.
L'ouragan se calme.
Sourire carnassier sous le masque.


A toi hein? Et peut-on savoir... Pourq...

AAAAAAAAAAAAAAAAAARHHHHHGGGhhhh !

Rhaa!

Bélial s'apprête à rager!
Qu'on l'interrompe de la sorte l’insupporte!
Il se tourne vivement...
Et reste muet devant la scène.

Les mains finissent par se rejoindre dans les manches impeccables.
L'ivoire éclatant se penche légèrement.
Que c'est triste d'être sénile....


Peut-être est-ce sur frère Coléreux que tu devrais user de ta lame.

Si se gnaquer tout entier ne le réveille pas...
Orgueil s'en prend au cruchon tenu par l'Avare.
Chacun sa peine.
Et de retour au devant de l'Acédie, contenu est lancé sur le Pourrissant.
Le liquide ne rate pas sa cible et cruchon reposé devant son frère...
Faux frère qui a voulu trancher sa divine gorge...

Un regard narquois, et Bélial s'écarte.

C'est pas moi, c'est Lului.

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Le diable en rira demain.
Fourmi.
Les paupières alourdies papillonnent et peinent à se soulever. La joue posée sur son bras, elle repose assise en bout de tablée, le crâne dans le cotonneux d’un reliquat de sommeil artificiel. La pénombre de la pièce altérée par les lueurs d’un soleil trop pâle suintant au travers de rares trouées donne encore à la scène un soupçon d’incertitude.

Jusqu’à cette main gantée qui s’approche trop près et la voix grave de l’Acédie qui claque. Elle gronde. Par réflexe. Par nature. Le regard lourd de reproche qu’elle adresse à Lucifer mais qui s’adoucit presque instantanément. Foutu Lucifer. Un sourire étire ses lèvres pâles alors que pas une seconde elle ne songe encore à bouger. Elle se pose en simple spectatrice amusée d’un petit déjeuner en famille. A l’exception près qu’elle ne touchera plus à rien de ce qui se trouve sur la table. Prudence revenue au galop, en partie en raison de celui qui martèle ses tempes en douceur, lancinant. Par contre cette tasse fumante qu’il s’est fait servir l’intéresse au plus haut point et tandis que les Frères se chantent pouilles à grand renfort de lame et de cruchon renversé, elle étire un bras dans sa direction pour s’en saisir prudemment.

Lentement l’illusion onirique s’efface sous le spectacle donné. Un sourire discret se dessine malgré un arrière goût léger de déception. Qu’importe qu’elle ait pu prendre le reflet d’un miroitement pour l’éclat d’un diamant. Elle est coutumière du fait, à toujours voir le meilleur et la grandeur chez les autres, quand bien même ils en sont incapables eux-mêmes.


Vous n’avez pas mieux à faire que de vous chamailler comme de sales gosses ?

La diplomatie revisitée par Fourmi. Au réveil, lui demander de prendre de gants eut été illusoire. Après tout, ne les aime-t-elle pas ces Princes, ces fous lumineux de noirceur, au-delà de toute raison, feindre l’obséquiosité aurait quelque chose de vicié en l’état.

Mes petits Princes…

Une affectueuse moquerie affleure le timbre léger de sa voix encore enrouée par le sommeil jusqu’à ce qu’elle se décide à se redresser complètement dans son fauteuil. Des doigts elle joue un instant avec la tasse avant de prendre une gorgée de l’acédieuse boisson. La chaleur du liquide apaise sa gorge alors qu’elle repose le récipient sur la table. La prudence s’impose face aux méthodes retorses de Lucifer. Un œil sur l’agité du bocal qui mâchouille une botte tandis qu’elle s’étire lentement, se demandant comment les habitués de pareilles orgies pouvaient supporter pareil inconfort.


Bélial… si vous criez encore comme une donzelle un jour d'arrivée de soieries sur le grand marché, je vous fais un accroc à la bure…

Si c’est pas de la menace terrorifiante ça ! Cependant, a-t-on idée de braire pareillement si tôt dans la journée ! Et son intuition le souffle que le Colérique risquait d’en rajouter une couche incessamment sous peu après sa petite toilette improvisée, et ça, ni ses tympans ni son crâne ne sauraient le supporter. Il était temps d’envisager un repli tout stratégique après ce banquet foiré dont même la nourriture restait sur l’estomac. Un petit craquement au niveau de l’épaule alors qu’elle se dérouille discrètement sur son siège lui confirme l’étendue des désagréments engendrés sur sa petite carcasse par cette nuit avachie sur une table, aussi princière soit-elle. Ce qui confirme assez le fait que quel que soit le trône, on n’est jamais assis que sur son cul. Elle gardera le fruit de ses pensées à l’élévation douteuse pour elle... Pour ne pas les froisser évidemment. Se faire oublier et se soustraire à leur vue discrètement est une option qu’elle aurait aimé envisager, néanmoins elle n’y escomptait que peu.

Elle envisage les options ; Prétexter un besoin urgent à satisfaire ; Un rendez vous en ville ; Une manucure, un cours d’arrachage d’ongles, le passage d’un troubadour réputé à ne pas manquer … Elle se surprend elle-même par le fil de ses pensées anarchiques et saugrenues. Ses doigts fins viennent se poser sur son front et longent machinalement la fine cicatrice qui le traverse, comme si ce geste pouvait faire disparaitre le malaise croissant entre ses tempes. Elle reprend une gorgée sans se soucier plus avant du contenu, avant de se lever.


Il me faut vous laisser. Vous conviendrez qu’il est déjà suffisamment inconvenant d’avoir passé la nuit ici et je ne saurais abuser plus avant de votre hospitalité…

Elle y met les formes non sans une petite pointe d’ironie moqueuse. Sans quoi elle ne serait plus elle… Et le sourire toujours affleure sur ses lèvre pâles.

_________________
Leviathan_l_encapuchonne


L'hiver est en route
Gris les haubans du soleil
Et l'été s'en est allé

Ô vents glacés
Laissez-moi vous entendre gémir
Ô monde blanc
Tu es de mes amis


Death in June


Le pied de Léviathan s'enfonce dans la terre croustillante de gel. Il y trace un sillon noir. Une odeur de feuilles pourries et d'urine se dégage de la creusée. Son talon s'acharne à la surface du sol. La tombe qu'il commence à creuser se situe juste devant la maison de ses frères, dans la rue Saint-Martin. Ça sent la pisse à cet endroit. Et le vomi. Et le sans-abri mort. C'est très parfumé, comme rue. Très calme, le sinistre personnage continue d'éparpiller la terre en mettant des coups de pieds dedans. Il s'arrête enfin. Il a creusé à peine de quoi faire trébucher une mémé.

Il se lèche pensivement les gerçures des lèvres, barbouillant ses peaux mortes et ses micro-crevasses, de salive pâteuse et blanchâtre. Puis il passe une main noueuse sous son masque pour se gratter la barbe et faire apparaître au petit jour, toute une série de poils incarnés qu'une fine couche de peau (bien vite écorchée), retenait prisonniers. Il a la barbe noire et drue, Léviathan, comme une brosse à récurer les chiottes.

Puis soudain ses yeux se révulsent, il enfle comme un noyé repêché après trois mois de baignade et sa voix s'écharpe dans la ruelle déserte :

Pourquoi y'a jamais un larbin dans cette putain de turne à se remuer le gland pour faire le boulot !

Il tombe parterre. Tête en avant. Crise cardiaque ? Il se rattrape, les mains en avant et se met à pelleter la terre avec ses pattes de devant comme un dogue enragé. Son front se jette sur le sol pour le tenir appuyé. Il garde les fesses en l'air et les jambes bien écartées, arquées, laissant apparaître des formes douteuses et poilues par les fentes de sa bure. Il creuse, il creuse, il grogne, il gémit, il halète, il récite des psaumes goétiques, il sue, il râle...

Enfin, il se relève et son masque ruisselle de sueur et de bave, déversant une petite flaque dans le trou. Léviathan se signe à l'envers en passant par les couilles, et procède à quelques gestes cabalistiques tracés dans les airs à l'aide du petit doigt gauche, qu'il a crochu et très onglé, mais surtout très sale depuis qu'il a creusé dans la gadoue. Ensuite, il ramasse une chose molle et poilue parterre et la jette dans la fosse.

Ses mains se referment en prière, religieusement, exception faite de ses index qui restent levés et joins en triangle, comme il est de coutume. Une larme lui gèle paisiblement le coin de la paupière. Il renifle un jus amer, dans son nez.


Bébert, tu étais plus qu'un ami. Tu étais un collègue. Un frère. Tu as fait plus d'une messe noire à mes côtés, petit salaud. Si je ne t'avais pas fait exploser la tête sous un tonneau de farine de seigle lors de mon dernier accès de colère, tu serais encore là pour rire de la veuve et de l'orphelin, avec moi. Regarde, la cruauté du froid va encore nous apporter un beau lot d'âmes damnées cet hiver. Salut tes prédécesseurs et tous mes copains pour moi.

Je t'aime putain.


Il poussa du pied la motte de terre pour recouvrir le corps du rat décédé, et recouvrit bien sa tombe, avec amour, avec dignité. Et quand il eut fini, il observa son oeuvre avec un sourire attendri. Enfin il sauta à pieds joins sur la sépulture, en scandant brutalement :

Mort aux cons ! Ta gueule ! Crève ! Foutre ! Dans ton cul ! Ta mère ! Vulve !

Puis il se recoiffa sous sa capuche, eut un soupir satisfait, et rentra chez lui.
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